‹ Les amours des anges, et les mélodies irlandaisesChapitre 37 sur 48 · MES ADIEUX A MA HARPE · texte numérisé non relu

MES ADIEUX A MA HARPE

Chère Harpe de ma Patrie ! je t'ai trouvée dans les ténèbres ; la froide chaîne du silence (i) pesait depuis long-temps sur toi 5 plein d'orgueil, je te saisis, ô Harpe chérie de mon Ile natale ! Je brisai tes liens, je te rendis à la lumière , à la Liberté et aux chants ! Les brûlans gémissemens de l'amour , les accens légers du bonheur, éveillèrent tes plus tendres et tes plus vifs accords ; mais tu as si souvent répété le profond soupir de la douleur, qu'il t'échappe encore au milieu de ta joie.

(1) Dans le chant séditieux mais beau, qui commence ainsi : « Quand Ërin se leva pour la première fois , » il y a , si je ne me trompe , ce vers-ci :

• La sombre chaîne du silence fut jetée sur l'abîme. -

La chaîne du silence était une espèce de figure de rhétorique fort en usage chez les anciens Irlandais. Walker dit : « Une célèbre dispute s'éleva sur la préséance entre Finn

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Chère Harpe de ma Patrie ! adieu à tes accords : ce doux chant sera le dernier que tes cordes accompagneront. Va , dors ! que le soleil de la Gloire brille sur ton sommeil, jusqu'à l'heure où une main plus digne t '-éveillera de nouveau. Si le cœur du patriote, du guerrier, de l'amant, a palpité en écoutai! t nos chansons* , la gloire en est à toi -, je n'étais que la brise qui te caressait en passant -, comme elle j'éveillais tes accords, dont la douceur sauvage et inconnue appartient à toi seule!

et Gaul , près du palais de Finn à Almhaim , où les bardes spectateurs, désirant faire cesser les hostilités, secouèrent la chaîne du silence , et s'élancèrent au milieu des combattans. » Voyez aussi l'Ode à Gaul, fils de Morni , dans les Reliques de la poésie irlandaise publiées par miss Broo. »

MELODIE XLI1

Harpe chérie ! j'éveille encore une fois tes doux accords si long-temps assoupis 5 à nos derniers adieux je t'ai baignée de larmes , et mes pleurs t'accueillent aujourd'hui. Aucune lueur de joie n'a brillé sur toi 5 semblable à ces Harpes, dont les accords célestes ont raconté un esclavage aussi sombre que le tien , tu es restée suspendue aux longs rameaux du saule.

Et cependant, depuis que tes cordes ont résonné pour la dernière fois , une heure de paix , de triomphe a sonné 5 plus d'un cœur généreux a bondi d'espérances , maintenant ensevelies dans la honte. Alors même , quand la Paix planant sur la terre et la mer , chantait son hymne d'allégresse , quoiqu'elle apportât au monde la joie et l'espérance , elle n'apportait pour toi que de nouvelles larmes!

Qui peut donc demander les accens du plaisir à tes cordes plaintives, ô ma Harpe ! Hélas , le chant

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joyeux et matinal de l'alouette résonnerait aussi mal au déclin du cygne! Comment, moi qui t'aime, qui te bénis , invoquerais-je ton souffle pour des accens de Liberté , quand les guirlandes même, dont je te pare, sont tristement mélangées de chaînes et de fleurs!

Mais reprenons courage : si l'accent de la joie peut encore t'animer, retrouve pour moi tes joyeux accords ; montre au monde étonné combien ta musique peut encore être douce , malgré tes fers et ta douleur : avec quelle légèreté, au milieu des ténèbres qui t'environnent , tu peux encore t' éveiller au frisson du plaisir ; semblable à la statue brisée de Memnon qui , du sein des ruines , fait entendre de doux et harmonieux accens (i) !

(1) « Dimidio magicœ résonant ubi Memnone chordœ, » Atque vêtus Thebe centum jacet obruta portis. »

( Juvénal. )

IRLANDAISES. l6g

MELODIE XLIIL

LE JOUR DE NAISSANCE DU PRINCE (i>

Quoique nos douleurs soient profondes , aujourd'hui nous les oublierons; le sourire brillera à travers nos larmes, comme un rayon de soleil brille à travers la pluie ; il n'y eut jamais de cœurs, si nos souverains le voulaient , plus formés que les nôtres pour la reconnaissance et le bonheur !

Mais lorsque notre chaîne moins pesante a cessé de nous faire souffrir , quand l'Espérance l'orne de fleurs , alors un nouveau lien vient accabler notre ame ! Oh ! la Joie que nous goûtons, semblable à la lumière des pôles , est un éclair au milieu des ténèbres , trop brillant pour durer. Mais, quand ce serait la dernière et faible étincelle du feu de notre ame, rallumons-la pour fêter notre Prince.

(1) Cette chanson fut composée pour une fête donnée en l'honneur de la naissance du Prince de Galles , alors régent8 par le major Bryan en 1810, à sa maison de campagne dans le comté de Rilkenny en Irlande.

I yO MELODIES

Honte au vil courtisan, qui ose nous nommer parjures ! terribles à nos ennemis , nos amis nous trouvent fidèles ; et le plus noble tribut offert à une tête royale , est l'amour d'un cœur qui aime aussi la Liberté. Tandis que les lâches, qui ternissent notre gloire , qui nous ravissent nos droits , fuiront épouvantés loin du feu des batailles , le vert étendard s'avancera le premier. Oh ! je répondrais de notre foi sur ma^vie ! appelés au combat, à l'heure même, nous bannirions nos souvenirs amers , pour montrer ce que peut le bras de l'antique Erin , armé contre l'ennemi , le jour consacré au Prince.

Il aime lTle Verte , et son amour est gravé dans des cœurs, qui ont trop souffert pour oublier. Oui, notre espoir sera couronné, notre amour aura sa récompense -, Erin reverra des jours purs et brillans !

Le diamant se brise sous des coups répétés , mais rien ne peut obscurcir ses rayons : chaque débris répand jusqu'à la fin sa vive lumière ; de même , Érin , ma Patrie , quoique brisée par la douleur , il y a en toi un éclat qui ne passera pas : un courage qui rayonne à travers les souffrances , et sourit à tes peines en ce jour glorieux!

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IRLANDAISES. ÏJl

MELODIE XLIV

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