AIR TROISIEME
OR quant aux louanges, Maistresse, Que pour toy mesme à tous j'addresse, D'un chant diversement chanté.
Sur tes beautez qui m'on sçeu prendre :
ET AUTRES POESIES l3l
Et quant aux plaintes que peut rendre Mon cœur pris de telle beauté :
De moy tu ne peux rien entendre, Qui hors du vray soit inventé.
Car puis que l'heureuse journée En qui j'espère, qu'Hymenée Nous joindra d'un sacré lien, Est le seul but de ma poursuite :
Il faut que ma chanson conduite Soit du tout selon le cœur mien.
Qui toute feinte a interdite De l'ardeur qu'il a d'estre tien.
Si est-ce pourtant que sans feindre,
Sans trop louer, sans trop me plaindre.
Pour la louange, je diray.
Que l'air, et les traits de ta face.
Ton port, ton esprit, et ta grâce
Que sans cesse j'admireray.
Par amour dans mon cœur efface
Tout ce que jamais j'admiray.
Qu'ay-je, pour tes beaux yeux pourtraire. Des rayons du Soleil affaire ?
Ou qu'ay-je affaire de chercher L'albastre, le corail, la rose L'or, les perles, pour telle chose Aux autres beautez attacher :
Si ce qu'en toy je me propose M'est plus excellent et plus cher ?
l32 LES AMOURS
Diray-je après la peine dure Qu'estant absent de toy j'endure En l'attente de mon seul bien ?
Lequel si par quelque inclémence Du Ciel, n'est tout tel que je pense.
Ma vie pour morte je tien.
Or ta grand' grâce en ton absence, Tourne souvent ma peine en rien.
Ainsi qu'en rien je tourne encores La plainte que j'en ferois ores Contre l'aspre longueur du tems.
Que doncques le ciel équitable.
En ta beauté tant souhaitable Rende tous mes travaux contens :
Faisant honte par l'amour stable.
Aux amours faux, ou inconstans.