‹ Les amours et autres poésies. Publiées sur les éditions originales, et augmentées de pièces rares ou inédites. Avec une notice de Guillaume Colletet et des notesChapitre 16 sur 37 · A.MOL'RS · texte numérisé non relu

A.MOL'RS

Qui vous pique et vous pousse en une esmeute telle, Et qui vous faites Christ le conducteur de vous ? Ce beau nom d'Evangile, et tous les mots plus doux, Dont la faulse apparence est faite et saincte et belle,

Pouvoyent faire cuider que poussez en ce fait Vous estiez du meilleur de ceci, mais l'effet. Comme imposer, piper, mal-dire, mal escrire.

Trafiquer, mutiner, chasser, meurtrir, brûler. Du Prince les deniers, et les villes voler. Doivent faire cuider (i) qu'estes poussez du pire.

Omoy pourtant heureux de l'heur qu'auroit ma France Si ces gens qui se sont contre elle mutinez, Si les nostres aussi qu'en fin ces obstinez Forceront de venir jusqu'à l'extrême outrance,

Avovent ceux-là par crainte et ceux cy par clémence. D'un samct et juste accord leurs cœurs desacharnez, Fuyans le cruel choc où les a destinez La contrainte dernière, et l'ardeur de vengeance :

Je sentirois fort grand un tel heur pour ne voir Ce beau règne noyé dans son sang, et sçavoir Que ces pipeurs diroyent s'ils avoyent la victoire,

(i) Penser.

Dieu venge ainsi les siens en tout temps en tout lieu Et vaincus ils diroyent, sont des verges de Dieu, De nostre Eglise vraye et la marque et la gloire.

CHRIST, pacifique Roy, qui entre les tiens estre Ne sçaurois, sans y voir ta compagne la Paix, Qui fais naistre entre nous ces troubles et mefifaits Pour nous faire tes biens par nos maux recognoistre,

Et les apprehendans t'en recognoistre maistre. Monstre que tous de Dieu les enfans tu nous fais, Toy estant nostre frère, et que soyons refaits Ton beau corps, que Satan pas discord fait decroistre :

Ou bien si ces errans tousjours obstinez sont Contre toy Roy céleste, et l'autre Roy qu'ils ont, Nostre cœur, nostre droit, et nos forces prospère :

Car je crains veu Testât oia on est, qu'en nos jours La paix ne naisse point sans qu'elle ait ton secours Pour père, et la victoire ample et juste pour mère,

Tous les saincts mandemens, que nostre foi Clirestienne Commande de garder, sont de la vieille loy Fors un, que Jesus-Christ à l'exemple de soy, Veut que comme à nous seuls particuliers on tienne.

igb LES AMOURS

C'est que nos ennemis nous aimions. Or qu'on vienne Surnommer maintenant ces assiegeurs de Roy, Ces troubleurs de repos, ces ébranleurs de foy. Les vrais restaurateurs de l'Eglise ancienne

Reserver la vengeance à Dieu, pour eux prier Qui affligent, sans fin dessous les Rois plier, Fussent-ils tyrans, est-ce ou s'armer ou écrire

Cent libelles vilains ? se filler son cordeau,

Se faire des mutins le chef et le bourreau,

Est-ce suivre de Christ et pour Christ le martyre ?

DEPUIS que j'ay leur cause entièrement sondée, La conférant à l'autre et tout point épluché. Que pour elle et contre elle aux escrits j'ai cherché. Je la hay la trouvant et nuisible et fardée.

Puis voyant leur façon austère, outrecuidée, Hayneuse en dits et faits bien que tout soit caché Sans vouloir d'éviter des autres le péché Je la hay comme estant de faux singes guidée.

Je hay que la pluspart d'entr'eux sans rien sçavoir, Voire sans leurs raisons souvent n'ouir ni voir, S'obstinent a crédit : leurs fiâmes je déteste,

Mais plus leurs fiers desseins, et plus encore cent fois. Ces petits libelleurs, de qui les sots abbois, Tant le reste est aveugle, embrasent tout le reste.

|UE je ri[s] quand je voy ces plaçants, ces requestes. Où ces messieurs se font de France les estats : Et monstrent de desja c'est s'avancer d'un pas Contre nos loix, nos Rois, nos repos et nos testes.

De France les estats, pour mouvoir ces tempestes, A Vuormes, à Genève, ou ailleurs ne vont pas. Avec pitié je ri[s], les voyant mettre à bas Leurs dess[e]ins par leur faute, et s'y conduire en bestes,

Je ri[s] d'ouir qu'il faut pour les justes venger, Ceux qui n'en peuvent mais voler et saccager, Et qu'ainsi des plus grands la tutelle on pratique :

Mais las ! je pleurerois quand ils pleurent des feux,

Pour une opinion, spectacle trop hideux,

S'ils n'escrivoyent qu'il faut ardre tout hérétique.

igS LES AMOURS

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