AU ROY CHARLES IX
Jprès la réduction du havre de grâce ( i )
PENDANT qu'en mes discours je ri[s] de l'injustice Qui à tort s'efForçant m'abysmer de malheurs, Réveille un cœur en moy, qui domteur des douleurs Ne permet qu'à mes maux ma consta.ue fléchisse :
Je songe, et contrepoise (2) à mon mal la malice Du temps, qui mesme à tort s'attachent aux grandeurs De nos princes et Rois, monstre que les grands heurs Sont enviez du peuple, et poursuivis du vice.
Mais le ris de mon mal n'est pas de là sorti,
Pour voir un mal commun jusqu'aux grands départi :
Car riant de mes maux je pleure des publiques.
Puissé-je de ces deux, en fin, telle fin voir.
Que l'un engendre en moy l'heur, l'égard, le sçavoir,
L'autre aux grands le conseil, et l'horreur aux iniques.
(i) Ce sonnet, le premier d'une série de six pièces, a été écrit, vraisemblablement, en 1563. On sait que le Havre, occupé par le Comte de Warvick, fut pris le 28 juillet de cette année par le connétable Anne de Montmorency. Charles IX, dit-on, assistait au siège.
(2) Il faut lire : contrepese, du verbe contrepeser, peser autant que telle autre chose.
POUR LE JOUR QUE LA PAIX FUST FAICTE (l568) (l)
SI ta paix est honneste, et juste, et saincte et bonne. Qu'elle ait heureuse entrée, accroissance et seurté : Si ton discord n'est pas, comme il faut, garroté. Que ta couronne on voye orner d'autre couronne.
Qui son rond d'or d'un rond de laurier environne,
Non d'olive, qui donne et loisir et fierté.
Et confort au discord, que plus grand' loyauté
Dieu pour jamais envers ton beau sceptre nous donne :
Qu'il donne à ton Conseil l'adresse et le bon cœur, A tes beaux ans la joye, et l'heur, et la longueur. Sur tous à tes faicts gloire, à ta gloire mémoire.
A moy, qui suis tout tien, grand pouvoir, grand effort. Tant pour aider, qu'orner ta Paix, ou ton discord, Ton sceptre, ton conseil, tes ans, tes faits, ta gloire.
(i) Il s'agit de la deuxième paix dite paix fourrée conclue par les protestants, à Lonjumeau, le 27 mars. On la dénomma encore petite paix parce qu'elle ne dura que six mois. C'est après cette courte trêve que Alexandre-Edouard, duc d'Anjou, nommé à dixsept ans lieutenant-général, fit campagne contre les huguenots et gagna sur eux en 1569, les batailles de Jarnac et de Moncontour.