‹ Les amours et autres poésies. Publiées sur les éditions originales, et augmentées de pièces rares ou inédites. Avec une notice de Guillaume Colletet et des notesChapitre 23 sur 37 · CE QUI FUT CHANTÉ AU LOUVRE POUR LA BANDE · texte numérisé non relu

CE QUI FUT CHANTÉ AU LOUVRE POUR LA BANDE

DE FLORE ET DE PHŒBUS (l)

LORE la déesse des fleurs La terre esmaillanl de couleurs, D'odeurs e[m]baume et ciel et terre ; Nature emprunte tout le teinct Dont vos beautez mesme elle peinct.

Sur les fleurs que sa corne enserre La belle aurore et de Phoebus la sœur En va triant ses roses, sa blancheur, Et Phoebus l'or des grands traicts qu'il deserre.

(i) Ces vers recueillis déjà par Marty Laveaux dans son édition des Œuvres et ÎSCeslanges poétiques d'Estienne Jodelle (TI, p. 341) sont extraits du manuscrit 1665 du fonds francois de la Bibliothèque Nationale ('I(ecuetl de poésies françaises et latines, xvi^ s., Ane. 7652 33 A^ Colbert 2205, fol. 52). En regard, on lit le nom de Ronsard qui a été efîacé et remplacé, de la même main, par celui de Jodelle.

Tout ce qu'ont les Roys et les Dieux Délicieux ou précieux Y prend odeur ou couleur belle L'ambroisie, je croy, s'en faict ; Tout ornement se contrefaict Dessus les beaux ornemens d'elle.

En tout printemps le ciel en recherist La terre belle et le printemps qui rit. Comme un serpent le monde en renouvelle.

Flore ne faict pas seuUement Rajeunir par son ornement Le monde, mais quand la misère Faict presque un grand règne périr.

Des qu'il commence à reflorir, Flore luy semble estre prospère Qui en Testât desja reflorissant Reverser ainsi qu'au champ reverdissant Les heurs, les fleurs dont elle se faict mère.

Elle vouloit les champs francois Et les champs de nos voisins roys Hayr, et se rendre sauvage, Moy Pan, et ces satires cy, Ces hommes sauvages aussy La trouvasmes en tel courage.

Elle vouloit exécrant voz malheurs Priver toute herbe et tout arbre de fleurs Faisant finir par force vostre rage.

Mais hors de ces boys incogneuz A nous, à ces hommes tout nuds

Estrange et fort loingtain repaire,

Apres la paix se iaict mener

En ce lieu, preste à retourner,

Si la paix s'en voulloit retraire.

Je l'accompaigne en chants et sons divers, Pour elle encor j'ay dressé d'autres vers Pour de son vueil (i) un oracle vous faire.

Vous sçaurez par eux qu'elle veult Faire florir tant qu'elle peult Non seuUement voz jardinages, Voz prez [et] voz champs et voz bois, Mais bien le beau lilz de voz Roys Qui fletrissoit soubz vos orages.

Or si ces vers plaisent à vos beaultez On ne verra désormais surmontez Par Apollon mes sept tu[y]aux sauvages.

SATYRE CONTRE LE CHANCELIER DE l'hOSPITAL (2)

IL vit encore ce vieillard, Ce meschant asne montagnard.

Et veoit avec impunité De son pays l'embrasement Dont malheureux il a esté La cause et le commencement.

(2J Dans l'édition Marty Laveaux (II, pp. 548 et 379), ces vers sont accompagnés de la note suivante : « Cette pièce n'est pas inédite ; M. Tricotel l'a fait paraître l'année dernière [1869] dans VAma-

23o LES AMOURS

Il est fier de s'estre vangé,

Ce fils d'un bonnet orangé

Des Chrestiens et des bons François,

D'avoir soubz masque de prudence

Trahy la bonté de deux Rois

Mesme au tems de leur enfance.

Mais Dieu nous sçaura bien vanger Un jour de ce monstre estranger, Et puisqu'il tarde sa justice.

C'est qu'il luy prépare un supplice Eternel, et qui ne fera pas Finir sa peine à son trespas.

leur d'autographes (n°^ 177 et 178, i" et 16 mai, p. 131 et suivantes). On la trouve dans deux manuscrits du fonds français de la Bibliothèque [nationale] (n" 3282, f. 118, verso et 22565, f. 24, recto). M. Tricotai établit ainsi que cette pièce a Jodelle pour auteur : Le titre de la satire est ainsi conçu dans le premier manuscrit : Traduction du latin de E. J.

Vivit adhuc, patria;que rogos impune videbit Quorum causa fuit, vanus inersque senex.

Et dans le second : Du latin par luy mesme. Or les initiales E. J. sont bien celles de Jodelle et ne peuvent s'appliquer à aucun autre poëte ; ce qui démontrerait encore plus cette attribution, si cela était nécessaire, serait le fait suivant que le recto du même feuillet du manuscrit (Ms. 3282) contient la transcription d'un sonnet également signé E. J. qui commence par ce vers :

Ne les a t'on donc peu descouvrir au moins ceus

Et ce sonnet fait partie des Œuvres de Jodelle ». (Voyez : Contre les Ministres de la nouvelle opinion, etc.).

A l'exemple des deux précédents publicateurs, nous avons suivi le texte du manuscrit 3282.

Il a escrit que ceste peste Huguenotte il fuit et déteste, Qu'il ostra ce chancre pourry Si un jour les seaux il exerce ; Mais qui l'a mieux creu et nourry Que ce médecin d'Aigueperce ?

C'est ce preud'homme, ce Renart Qui a régné en Leopart, Dont meschamment et en malheure Il ne peut faillir qu'il ne meure Comme un chien, car il ne peut croire De l'ame l'immortelle gloire.

Jamais on ne veid tel pipeur

Si feint, si menteur, si trompeur,

Et jamais n'a eu Jesuchrist

De si rebelle créature,

C'est, c'est le dernier Antéchrist

Duquel parle tant l'Escriture.

L'on pensoit à veoir son visage Que ce fust un grand personnage.

Le teint pâsle et l'œil enfoncé, Le nez grand, le sourcil froncé, La barbe blanche, et longue eschine.

Mais tout ce n'est que poil et mine.

Car son edict des deu[x] Eglises, Les daces (i), puis les paillardises

(i) Dace, imposition ou taxe prélevée sur le peuple.

Des siens, du seau les pilleries, Ses biens, ses rudes poésies (i), Tesmoignent qu'oncques il n'a eu De Dieu, de sçavoir de vertu.

Sa vertu est d'estre un Prothée, Sa neutralité d'estre Athée, Sa paix deu[x] lignes maintenir :

Changer les lois, c'est sa prattique, Sa court les pedantz soustenir Et son sçavoir d'estre hérétique.

(i) Michel de l'Hospital ne fut pas seulement un magistrat et un orateur célèbre ; il montra un grand talent pour les Belles-Lettres et en particulier pour la poésie grecque et latine. Colomiès (JS^cueil de particularités , ff. 123) rapporte qu'il faisait si bien les vers latins que le savant Boxhornius commenta l'une de ses pièces comme étant l'ouvrage d'un ancien poëte inconnu. « On reconnoit par une lettre de Jacques Gillot à Joseph Scaliger du 9 janvier 1600 (selon La Monnoye, Bihl. Jranç. de la Croix du Maine, II, p. 126) qu'il y a d'autres Epitres du même chancelier, écrites de sa propre main, lesquelles a}'ant été, je ne sais comment, égarées, furent vendues à un passementier avec plusieurs autres papiers que l'on croyoit inutiles ; et que Pierre Pithou. accoutumé à visiter les boutiques des Artisans, où il deterroit souvent de bons Manuscrits, deméla heureusement celui-ci et le sauva. Ce Manuscrit passa aux mains de François Pithou, frère de Pierre, et depuis, en celles de Pierre Pithou, conseiller au Parlement de Paris, neveu de ces Messieurs. On croyoit que ce dernier en procureroit l'impression, comme le marque l'endroit d'une lettre que lui ecrivoit Qaude Sarrau, le 23 octobre 1643 (Voy. Colomiès, p. 418 de ses Œuvres, Ed. de Hambourg, 1709, iu-4°). On a deux éditions des poésies de Michel de l'Hospital. Savoir : Epistolarum seu sermonum, lib. VI. Paris, Mamert Pâtisson, 1585, in-fol. — Carmina, Editio a prioribus diversia et auctior... Amstelodami, 1732, in-8°. Enfin on a publié une édition complète de ces ouvrages, accomp. de notes historiques par A. Dufey. Paris, 1825-1826. 5 vol. in-8°.

Si le vice et l'insuflisance

Il portoit donc soubz l'apparence,

A-t-on en France tant esté

A desvelopper ses denrées

Et l'a-t-on souffert tant d'années

Humer l'air qu'il a infecté ?

Non, non : qu'il meure où il pourra ; Toujours son nom l'on damnera Et son ombre à jamais sera Le phantosme et l'espouvantal Du chestien qui se croisera (i) Tousjours à ce mot : l'Hospital (2).

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