‹ Les amours et autres poésies. Publiées sur les éditions originales, et augmentées de pièces rares ou inédites. Avec une notice de Guillaume Colletet et des notesChapitre 24 sur 37 · A. I. DU BELLAY · texte numérisé non relu

A. I. DU BELLAY

JE scay bien, du Bellay, que Rome est le bordeau. Où l'on voit paillarder sans fin le corps et l'âme : Le corps y est espris d'une bougresse flamme, L'esprit paillarde avec l'Antéchrist, son bourreau.

(i) Qui se signera.

(2) Nous avons adopté, pour ce dernier vers, la version du Ms. fr. 22565. Le texte du Ms. 3282 donne ces mots : Tousjours a ces mois d'Hospital.

(3) Ce sonnet, publié déjà par Marty-Laveaux (éd. citée, II, 539), est extrait de La Chasse de la beste romaine, etc., par Georges Thomson (Genève, Ph. Albert, 1611, in-8°, p. 11). Il rappelle assez bien, par sa véhémence, l'ouvrage de Joachim du Bellay : Les Antiquités de Tiome, etc., dont le premier livre (le seul qui ait paru) est de 1558.

Elle est de tout erreur contre Christ le Chasteau, L'enfer de tous les bons, des faux prescheurs la dame Et de nos Rois charmez la concubine infâme : Des Muses, des lettrez, des vertus le tombeau.

Elle est des Empereurs la fine larronnesse :

De la grâce de Dieu fausse revenderesse :

La source de tout mal, le gouffre de tout bien.

Bref que diray-je plus ? c'est cette pute immonde, Que l'on nomme à bon droit le chef de tout le monde Puisque le monde entier aujourd'hui ne vaut rien

DE LA FIDÉLITÉ DES HUGUENOTS (l)

APRES que ces pipeurs ont démasqué leur foy. Affronté leur seigneur en bataille rangée. Qu'ils ont dedans Paris sa personne assiégée Failly à la surprendre et luy donner la loy ;

(i) Ce sonnet, inséré dans l'édition de Marty-Laveaux (II, p. 340), est tiré du manuscrit français 1662 de la Bibliothèque Nationale (Voy. Recueil de poésies satiriques sur Henri III et son époque. Papier. XVI' siècle, etc., fol. 31). Il paraît faire suite aux pièces dirigées Contre les ministres de la nouvelle opinion. Le manuscrit qui le contient renferme plusieurs autres poèmes attribués à JoJelle, soit dix sonnets dont trois, au moins, ne sont pas de notre poète (ils se retrouvent sous la signature de Ronsard dans le Livret de Folastries de 1553 et le Cabinet Satyrique de 1618) *et un quatrain : De Th. de 'Be^e faisant l'amour. Sauf un sonnet, qu'on trouvera à la page suivante et le quatrain que nous venons de citer, nous n'avons reproduit aucune de ces pièces, leur ton des plus licencieux étant susceptible de révolter les lecteurs les moins pudibonds.

Apres avoir encor mis la France en effroy,

Envahi la frontière et l'avoir engagée

A l'Anglois desloyal, après l'avoir chargée

De subside et d'impost au mespris de leur Roy ;

Voyans à la parfin le fer victorieux,

Le fer et l'onde aussi, par le vouloir des Cieux,

Forcer, venger, purger leurs fautes criminelles,

Ces martyrs obstinez en leur rébellion Se couvrans du manteau de Persécution : Dieu, disent-ils, ainsi esprouve ses fidelles

SUR LES BEAUTEZ d'uNE GARSE (i)

COMMENT pourroy je aimer un sourcil hérissé Un poil roux, un œil rouge au teint de couperoze Un grand nez, plus grand bouche incessamment declose Pour gesner mon esprit de ces lèvres succé.

(i) Ce sonnet publié déjà par Marty-Laveaux (II, p. 340), se trouve au verso du folio 31 du manuscrit français 1662 (Bibliothèque Nationale) signalé dans la note précédente. C'est, outre le quatrain de la page suivante : D« 2 h. de 'Be^e faisant l'amour, la seule pièce de cette provenance que nous réinaprimerons. Voici, pour les curieux, l'indication des autres pièces du ms. 1662 qui, jusqu'à preuve du contraire, peuvent appartenir à Estienne Jodelle : Fol. 20. « Cinq sonnets tirés de la Priapée de Jodelle ». (Nous avons veu, p. 234 note i, que sur ces cinq sonnets, deux seulement peuvent être attribués à notre auteur ; ce sont les sonnets I et V.) Fol. 22. Trois « sonnets vilains du S' Jodelle, contre une garse qui l'avoit poïvray ». Fol. 33. « Sonnet sur les beautez d'une garse » (Il ne faut pas confondre cette pièce avec celle que nous publions ci-dessus ; l'auteur écrivit deux sonnets sur le même sujet).

Une gorge tannée, un col si mal dressé Un estomaq éthique, un tetin dont je n'ose Enlaidir mon sonnet, et qui est pire chose Une bouquine aisselle, un corps mal compassé.

Un dos qui ressembloit d'une mort le derrière,

Le ventre besacier, la cuisse heronniere.

Et mesme quant au reste.. Ah fi 1 sonnet tais toi !

C'est trop pour demonstrer à tous quelle déesse, Tant le Ciel se moqua de l'amour et de moy, Devoroit les beaux ans de ma verte jeunesse.

DE TH. DE BEZE FAISANT l'aMOUR (i)

BEZE voulant plaisanter un petit Disoit un jour à une non sotarde De vous baiser j'auroy grand appétit Mais vostre nez qui est si long m'en garde. La dame alors vivement le regarde, En luy disant : Pour si peu ne tenez, Car si cela seulement vous engarde, J'ay bien vous un visage sans nez.

(i) Bibl. Nation. Ms. 1662, fol. 27. Celte épigramme marotique a été recueillie par Martj'-Laveaux (éd. citée, II, p. 537) ; mais son attribution est douteuse. C'est vraisemblablement une imitation de Thomas Morus faite par Marc Antoine de Muret. On la trouve dans les recueils suivants : Traduction de Latin en François, et inventions nouvelles tant de Cletnent Marot que des plus excellens poètes de ce tems. Paris, Estienne Groulleau, 1554, in-i6 ; Le 1 hresor des joyeuses inventions du Paragon de Poésie, etc. Paris, Veufve Jean Bonfons, s. d., in-i2 ; La Récréation et passetemps des tristes, Rouen, Ab. Le Cousturier, 1595, in-12. Dans ces derniers ouvrages elle commence ainsi : Quelqu'un voulant plaisanter un petit.

DE THEODORE DE BEZE (l) EPIGRAMME PAR ESTIENNE JODELLE, SIEUR DU MODILIN (2)

BEZE fut lors de la peste accueilli Qu'il retouchoit cette harpe immortelle ; Mais pourquoy fut Beze d'elle assailly ? Beze assailloit la peste à tous mortelle.

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