‹ Les amours et autres poésies. Publiées sur les éditions originales, et augmentées de pièces rares ou inédites. Avec une notice de Guillaume Colletet et des notesChapitre 25 sur 37 · PAR LEDIT DU MODILIN · texte numérisé non relu

PAR LEDIT DU MODILIN

BIEN que fuyans pas la céleste trace.

Croyez au vol du cheval de voz cieulx Pour estonner l'aureille de voz dieux Des vieux fredons de la lirique grâce ;

(i) Ce quatrain publié déjà par Edouard Tricotel {Bulletin du Tibliophile, sept.-oct. 1870-1871) sur le texte du Ms. fr. 1739 (f. 118) de la l'ibliothèque Nationale se trouve inséré dans le Dictionnaire de Bayle (Ed. de 1742, III). Voici le commentaire dont ce dernier éditeur le fait suivre : « Il est possible que ce quatrain ait été composé par Jodelle, dans sa première adolescence. Il professoit alors la Religion Reformée dans Genève, ou même, à propos de cette admirable fécondité qui jusque dans les Impromptus, lui est attribuée sous la lettre ^, par le sieur Du Verdier-Vauprivas, une nuit entre autres, on le vit avoir composé de cette manière cent vers latins, esquels il decbiffroit la messe avec des brocards convenables, dit un auteur Huguenot de ce temps là. Selon toutes les apparences les poésies lui étoient mal païées à Genève, puisque tout à coup on le vit reprendre, et la route de Paris et le chemin de cette messe qu'il avoit tant décriée par des vers latins. «

(2) V^Codilin est l'anagramme de Limodin. On sait que Jodelle se faisait appeler sieur du « Lymodin ». Voir note i de la p. 12.

(5) Bibliothèque Nationale, Ms. fr. 1739, f. 118. Bulletin du

Bien que feigniez (armez de docte audace) Ne craindre point le passaige oublieux, Bien qu'effaciez de traictz délicieux Le noir oubly qui voz amys efface ;

Cil qui sonnant soubz ce prince ancien, Quittant le son tebain et tracien, De Jesus-Christ la troupe va duisant.

Plus que vous tous de loz a mérité Espérant bien plus seure éternité.

Ayant pour but le seul éternisant.

Bibliophile, sept.-oct. 1870-1871 : Fers inédits de fodelle. Ce sonnet, assez obscur, qui dans le manuscrit fr. 1739 vient immédiatement après le quatrain ci-dessus, semble, selon Tricotel, faire allusion à Théodore de Bèze et à la traduction des Psaumes dont s'occupait alors le célèbre calviniste.

ET AUTRES POESIES zSq

Les stances, chanson et sonnets que nous publions ici sont^ sauf indication contraire, inédits. Nous les avons extraits d'un manuscrit de la Bibliothèque Nationale dont voici la désignation : « — Fr. 25455. Stances, sonnets, complaintes et vilanelles dédiés par JoDELLE au Maréchal et à la Maréchale de Reti, Claude Catherine de Clermont Tonnerre, à Af"' de lorigny, à la Reine de Navarre et au duc de Mercceur. En français et en italien. XVI' siècle. Papier. 14c ff., 21 f sur 12s »«»«• 'Kelié veau, estampé au chiffre C. A. V. C. entrelacé. » Au bas du recto du second feuillet, on peut lire : « Ces vers sont composés par Jodelle et sont imprimés. » Provenant de la Bibliothèque des Célestins de Paris (n° 40), ce manuscrit, attribué anciennement par l'abbé Daire à notre poète (Voy. : Catal. des Ms. déposés dans les Bihl. de la Congrégation des Célestins de France, Bibliothèque Nat., Ms. fr. 15290, p. 273), appartint jadis à Catherine de Clermont, épouse d'Albert de Gondi, maréchal de Retz. Son chiffre semé dans la reliure est là pour en justifier. Il offre, outre quelques pièces de circonstance adressées tantôt au Roi, tantôt au Maréchal et à diverses dames de la Cour, une foule de stances, sonnets, chansons, etc , où le ton de banale galanterie dissimule mal l'aveu d'un amour sincère. Quelle part Jodelle prit-il à la rédaction de ces poèmes ? Nous ne saurions le dire, bien que six sonnets, parmi les plus édifiants, se retrouvent dans les œuvres de notre auteur. Ce qu'il y a de certain — et c'est d'ailleurs l'opinion de Marty Laveaux — c'est que Jodelle ne composa pas en entier ce recueil écrit par un copiste et complété postérieurement par diverses mains ; ainsi, on trouve, au verso du f° 56, un sixain adressé à Henry de Valois à son retour de Pologne qui, écrit en 1574, ne peut être attribué au poète mort en 15 73, et au verso du f° 87,1a jolie chanson d'Amadis Jamin : Or que le plaisant avril, etc...

Q.ui songerait à s'étonner de l'audace amoureuse de ces vers ?

Jodelle n'a-t-il point consacré déjà une partie de ses premiers sonnets à célébrer les beautés de la Maréchale ? C'était d'ailleurs, si l'on en croit Pierre de l'Estoile, une dame des plus galantes que Catherine de Clermont. Femme d'une grande distinction, sinon d'une grande beauté (voyez son portrait gravé dans l'ouvrage de Corbinelli : La Maison de Goiidi, etc.) ; femme d'esprit entendant le latin jusqu'à interpréter les discours prononcés lors de la réception des ambassadeurs polonais, elle eut de piquantes aventures. Cousine germaine de Brantôme, elle figurerait (comme fille de Jeanne de Vivonne) dans la curieuse galerie des Dames galantes, si le Cardinal de Retz, son descendant, pris de scrupule, n'eut détruit les pages qui la concernaient. Aveux brûlants ou bien simples jeux de rime, les strophes que nous avons recueillies nous dispensent d'un plus long commentaire ; ils sont l'expression d'une époque, quelque chose comme un témoignage de mœurs. Image de la plus tendre imagination, le volume qui les contient fait songer à ce fervent livre d'amour formé le siècle suivant, pour une autre descendante de la maison de Vivonne, la Guirlande de Julie, de Julie d'Angennes.

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