‹ Les amours maudits drame en cinq actesChapitre 3 sur 43 · SCÈNE U · texte numérisé non relu

SCÈNE U

FLORIAN I, KAV1TA.

favita. Plus bnllenle encore, j’en réponds,' cher on rie.

rioRUti. Ah! te voici. mon enfant. Eh bien I

où en es-tu ?

FAtiTA. I.'orcbcslre. le vestiaire, les buffets, les tables de jeu. tout est prêt. * rioRltti. D-ja?.. Ceat admirable '

VévtTA. Voua Hi'atOi coolie le miuistéro de i iu*

f.ES AMOURS MAUDITS.

lAriror, et cela vous coûtera cher, mai* du moins vou* aurei été bien servi, ce qui n'arrive par toujours en politique. A Malte, où les réunions de plaisir sont ci rare*, où les société indigène et anglaise se font ri rarement vis- a -vis dan* le même bal, je vous jure, (non oncle, qu’on te sou viendra longtemps de votre fête.

floriani. Et à quand celle de ton mariage?

favita. Y penaez-vous ? Il n'y a que deux an c que je suie veuve.

floriani. Et tu trouves que c'est peut Favita. Naturellement. Voyez-vous, mon bon oncle, je suis dans la position d'une personne qui vient de vercer et qui hésite à remonter dans la mslencontreuie voiture.' rtoRiAM. Il faut pourtant te remettre eu route. Favita. Ob I le pJus tard sera le mieux.

floriani. Je présume que Manoél est plus pressé.

favita, à part. J'en doute.

floriani, désignant la gauche. Il vient de ce côté avec son père ... regarde comme il morchc vite, pour se trouver plus tôt prés de toi.

favita, à part. Ou près d’elle!

floriani. Ce garçon-là t'adore.

SCÈfiE III.

U* Mûmes, MANOEL, If. DE yiI.HKVA

floriani, à N. de YiJAena. Que c’est aimable à tous, mon noble ami, d'arriver le premier.

M. de vilhena. Nous péchons un peu contre l’éliquette, mais prenex-vous-en à Manoél, qui ne m’a pas laissé de trêve.

floriani, bord Fan ta. Je |e le disais bien

manaii. Pardon, mon père, n'aviez -vous pas hèle vous-même de raconter au docteur I histoire du lord?

M. nt vilhena. En effet.

>LORlAM. Quelle histoire?

m de vn.tiRv». Une chose admirable que je viens de lire dans le rimes.

fiokianj. Voyons.

m. ne viiHr-u. Par une nuit froide et pluvieuse de l'hiver ilcrnier, après lespectaelc, lord ArrJubVd traversait Hrgeut-sireel. et. mollemeril étendu dan» sa voiture, il repassait le dlscour* qu il devait prononcer le lendemain au parlement. — Tout à coup une voix harmonieuse frappe son oreille ; jl se penche a la portière et aperçoit au milieu d’un groupe une femme qui chantait en s'accumnagnant de la harpe. C’étail une jolie enfant. plie, mal vêtue, de l'aspect le plus misérablc. et dont Je père, un mendiant Ircs-connii a Londres, avait subi une condamnation : quinre jours plus lard, Archibald, violemment épris de la chanteuse des rue*, qui était restée malgré tout une vertueuse et honnête fille, l'épousa nH et bien, en dépit de sa famille et de 1'optmon publique. Juger de mon enthousiasme a celle lecture. Je ne connais que les Anglais pour avoir de cet vaillances-là.

floriani. Et que deviendra-t-il, ce ménage que vous admirez aujourd'hui?... D'ordinaire, pour ces couples-la, il n') a pas même le court rayonnement d'uni lune de miel, et c'est dans un enfer qu'il» se déchirent. Ecries, je ne suis pas de ccui qui, au lieu de relever leur frère qui tombe, ramassent bien vite une pierre pour la lut jeter; mais, au risque de pa**cr pour un homme u snj- ; liment* étroits, a vues mesquine», ['aflirmc qu'on a souvent tort de lutter contre le monde, que loin de le romger on fait non-seulement son propre ma heur, mais encore celai de* être* qu’on chérit te plus.

m. ob vu n i Va. Je ne comprendrai jamais qu’un homme refuse qinti !j lutte, et qu'il s'abdique avec tant de résignation.

favita. Mais quelle »l à ce propos l’opinion de monsieur Manoél?

M. DE vilhena. Celle de son père, je n'en doute

manoel. Je crois qu'il y a dans la vie humaine Je ccs moments où disparaissent tous le* scrupules de lu raison, toutes les subtilités du calcul; où la passion »e déchaîne comme une tempête, où le eeeor s'élargit comme un soleil dévorant ! Les uns vous trouvent sublime «lors, le* autres vous appellent fou, cl peut-être étesvous simplement éeoiste ! une voix vous crie : Va ! comme au cheval de lob, et «uns vou* jetez front baissé dans le gouffre! Vous ne songea pas a donner un exemple non ou mauvais, a réformer le monde, à créer «les imitateurs, vous aimer, voila tout... Donc, madame, si lord Archibald était entraîné p.-tr un de ce* amours-là vers la chanteuse des nies, vers la fille du mendiant, je comprends qu'il lui ait donné son nom. son honneur et sa vlel...

Favita. Je sais maintenant comment vous pouvez aimer?

floriani. Manoél! que Dieu vous épargne une telle passion; car le premier ennemi que voua auriez a combattre, ce serait votre père.

m. de viLtiEiA. Que dites-vous ?

floiia.ni. En vérité, «i la chose était moins sérieuse, je souhaiterai* qu'elle armât.

m. de VILHINA. Yout verriez...

FLORIAN). Je verrais vos actions contredire vos paroles.

M ns viliwna. Mais, docteur...

floriani. C.*e*t que j’en ai connu beaucoup qui vousreAtemblaient ! Ah! vous ftHkidécH grands seigneur* philosophas qui allaient affranchir l'Amérique ei revenaient luire du despotisme en Europe. Vous vous piquez d'étca Ifhérai tant que cela ne gêne en rien votre égoïsme ; vous prêches les réforme* tant que cela u émancipé point va* propres esclaves.— Allons, ne vous ficher pas, mon noble ami. vou» savez bien que le vieux docteur a son franr-p.vrler... et, d'ailleurs, le prochain mariage de votre (ils avic Favita ne vous laisse aucune crainte sur l'avenir.

u. de vilhena. A la bonne heure . Eh bien, puisque nous sommes en famille, arrêtons le jour des noces.

favita. Non, non, plus tard. . Comme je le disois à mon oncle, je suis encore trop veuve ; et puis... franchement, je ne crois pas mon prétendu si pressé d'en finir avec la vie de garçon... {A .Hanocf.; Oh! ne cherchez point a vous justifier; ce n'est pas un reproche que je vous adresse, cl vos leuteurs n’ont rien de blessant pour moi... Apprenons a nous connaître, étudioiiMio» coeurs, et soyons toujours de moitié dans le* bonnes œuvres que Dieu nous permettra de faire . . Si l'a mour vient, qu'il soit base sur une estime réciproque, si j« deviens votre femme, que ce soit après avoir été pour vous une tendre sn-ur, une amie sincère. Pas de contrainte, pas d'exigence, pas d'engagements anticipés... Attendons, en nous serrant la main comme deux bous camarades... Vous voila content, monsieur de Vilbeaa, je foule aux pieds le» convenances ..

manoél. Chère Favita I

FLORIANI. Tenez, philosophe, je vais vous dire comment je conçois les réformes utiles. Vous voyez ces fortitlcation* qui rendent Malte presque imprenable et qui excitent l'admiration uni ! venelle; elle* ont été élevée» par un de me* an- | eéire*, le colonel Floriani. Eh bien, où il a fait pousser des tours, des cavaliers, des bastions, moi je fais pousser de* Heurs... Voila de quelle manière je continue son «uvre. Il est mort en rêvant guerre et palissade* : je mourrai, moi, »‘i| plaît nu Seigneur, eu rêvant botanique et printemps! — Ma vie a été dure Cl pénible : j’ai été emporté comme ceux de mon siècle dan* le tourbillon sanglant de» révolutions et des batailles.... Médecin tic l'humanité, sans drapeau, saut parti, son» haine, j’ai soigné tour a tour, cl avec des soins aussi fraternels, Italiens, Anglais, Frençais cl llussi»; vieux aujourd'hui, un pou triste mai* •nos remords, je soigne de* fleur* de tous b-* pays. Cette main qui jadis, au inÜicu du la mitraille» a coupé de* liras et des jambes, manie aujourd'hui, en tremblotant un peu. le sécateur et l'écussonnoir, et j’aime mieux cela, je vous eu réponds.’ D'uuires, plus ambitieux et plus illustres, ont légué à leur pays des drapeaux, des

provinces, de* murailles que le bonlet nVntame pas; mm je léguerai tout simplement au mien un jsrdin botanique, et je m'endormirai avec calme dans le sein de Dieu, s'il daigne m'y recevoir, ainsi que je l'en prie chaque jour.

favita, te jetant à ton cou. Oh I je tous a«me comme un père !...

Florian], à Manoél. Non entant, voilà ce que c'est qu une vie vulgaire, et je vou» la souhaite. (A M. de Filhena.) Quant a vous, mon noble ami. ne songez plus à votre lord... rrcentnc, et montrez votre haine pour les préjugé» «n vou» amusant tans vergogne a ma fête annuelle.

m. n« vilbkna. Elle »era magnifique, docteur: voici qu'on arrive en foule déjà... Tome la cité Volette sera chez vouseelte nuit.

FLORfANt. Il viendra même quelques familles de Cozto... Ah! mon cher Manoél, vou» ne manquerez pas de danseuses.

Manoél, a per un certain embarras. Docteur?

FLORIANI. Quoi donc?

manora. Etourdi que je suis!... j'ai oublié do vous demander des nouvelle* de madame d llar-

blay...

florisni. Ijlsis elle va bien.

manonl, virement. Ah! tant mieux I... (l-« «- Alors, est-ce que ces danies ne descendront pas au salon ?

FLORiANf. Si fait... je l'espère... Depuis on an qu'elle» demeurent ebr-z moj. ce un la première qfrtraction de madcexdiclle Héjfpc qui « soigné sa pauvre mère avec, un déyoUOmenl si angélique. Favita, e’evt su toi que je compte pour le» décidera descendre.

fatiti. Venez avec moi. Manoél, vous ne serez pas de trop; et avec un auxiliaire tel que vous, je suis plus certaine de réussir. {Elle tort arec IffwfL)

FLORIANI. Maintenant, Vilhena, aidez-moi à recevoir mes clients... mes invités, veux-je dire? A quoi songez-vous donc là?

m. de vilhena. Cependant, docteur, lord Àrchibald.

floriani. Au diable!...

m. pf vilhena. Prenez le fimez, voyez...

Fi oRiAxi. Un journal dana mes mains, allons donc... (Montrant ttt fleuri.) Les (leurs, voilà mes seules lectures... (La tcène te remplit d'mn lit.) Soyez tous les bienvenus chez le vieux Floriani.

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