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TOMBEAU DE MAURICE DE SAXE, DANS L'ÉGLISE SAINT-THOMAS, À STRASBOURG

54 Les A nverres de l'Histoire.

vous allez me le faire marcher à pied jusqu’en Flandre. »

Notez que le petit Maurice se trouvait alors à Dresde, dans la capitale de son père. De Dresde à la Belgique, il y avait un bon bout de ruban, quelque chose comme deux cents lieues. Même en notre temps de marcheurs à pied forcenés, ce serait un joli record pour un enfant de douze ans.

Auguste IT, qui ne plaisantait pas tous les jours, ajouta :

«Je ne veux pas qu'on le dispense de porter ses armes pendant les marches. Ses épaules sont assez larges pour qu'il les porte lui-même. Et ne permettez pas surtout qu'il paie des remplaçants pour monter ses gardes, à moins qu'il ne soit malade. »

Le petit bonhomme entra au régiment le 15 janvier 1709 et prêta serment à Lutzen, devant le monument élevé à l’endroit où était tombé Gustave- Adolphe, le fameux roi de Suède, en 1632. Puis 1l partit avec ses compagnons d'armes, qui allaient rejoindre le prince Eugène en Flandre. On était dans le terrible hiver de 1709, dont les rigueurs sont restées légendaires. Tout était gelé; les villes étaient ensevelies sous la neige. Sur les routes gisaient çà et là des cadavres d'hommes et d’amimaux raidis par le froid. L'enfant souffrit cruellement de la température et de la marche. Au bout de quelques lieues, ses pieds délicats ne pouvaient plus le soutenir; son lourd fusil marbrait de taches noires et bleues ses épaules. Il finit par défaillir et tomba sans connaissance au cours d’une marche. On le ramassa, on le mit sur un cheval, maïs il n’y resta que quelques jours. Les soldats se moquaient de lui, leur verve grossière s’exerçait aux dépens du

L'enfance du Maréchal de Saxe. 85

petit prince, et, comme Maurice avait de l’amourpropre, il sauta à bas de sa monture et reprit sa place dans les rangs. On l'applaudit comme on l'avait raillé; l'estime de ses camarades lui réchauffa le cœur et l’empêcha de sentir la fatigue. Et c’est ainsi que ce gamin de douze ans put fournir les étapes dures et nombreuses qui s’étendaient entre Lutzen et la Belgique.

Arrivé à destination, on ne le laissa pas, d’ailleurs, chômer et il tira son premier coup de feu à Tournay. La même année (1709) il assistait à la bataille de Malplaquet et contribuait pour sa petite part à faire reculer les Français. Qui eût dit alors que ce soldat précoce, qui faisait sa première campagne contre nous dans un âge aussi tendre, deviendrait plus tard un de nos hommes de guerre les plus célèbres? Notre petit ennemi de 1709 prit en effet plus tard du service en France et c'est lui qui fut le vainqueur de l’immortelle bataille de Fontenoy.

Une bonne farce de Frédéric TI

Les gens sérieux ne sont pas toujours des gens graves.

Sans en chercher la preuve

Par tout cet univers et l'aller parcourant, Chez Frédéric IT je la treuve.

Frédéric II, c'est le roi de Prusse qui a fondé au xvm° siècle la grandeur de sa maison et de son pays. C'était un homme de génie, un grand capitaine et un excellent administrateur; mais c'était aussi, en dehors de ses heures de travail, un incorrigible farceur. Tous ceux qui lapprochaient ressentaient les effets de son imagination bouffonne, toujours occupée à chercher de nouveaux sujets de plaisanterie, aux dépens même de ses meilleurs amis. À Berlin ou à Potsdam, les inventions les plus grotesques égayaient les soupers du soir et rien n'était plus extraordinaire que de voir le souverain qui faisait trembler à ce moment-là l'Europe faire sa partie

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