‹ Les amusettes de l'histoireChapitre 17 sur 38 · FRÉDÉRIC II · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC II

Une Pre farce de Frédéric IL. 87

dans des mascarades qui ne respectaient quelquefois ni le bon goût ni les convenances. Frédéric IT était né avant tout mystificateur. Il prenait un plaisir puéril à organiser, avec tout le sérieux possible, des scènes supérieurement jouées où la pauvre victime se débattait, tremblante, jusqu’à ce qu'un éclat de rire lui révélât le mot de l’énigme et la tirât enfin d'embarras. L'aventure qui suit fera mieux comprendre ce que je veux dire.

Frédéric IT avait une police fort bien dressée qui l'instruisait du moindre excès de parole qui pouvait se produire contre son gouvernement. Un jour il apprit, par le rapport de ses agents, que le pasteur Schaffner, desservant d’un petit village au fond de la Poméranie prussienne, s'était permis d’aigres propos à son endroit. Dans un sermon sur le Massacre des Innocents, Schaffner avait imprudemment parlé du roi et l'avait comparé au tyran Hérode. Le nouvel Hérode ne fut pas très satisfait, comme on pense,

des appréciations peu flatteuses du pasteur et résolut

de l’en punir à sa facon. Schaffner, au moment où il fumait sa pipe tranquillement, sans plus penser au sermon, déjà vieux de quelques semaines, reçut un ordre d’avoir à se rendre à Potsdam, tel mois, tel jour, telle heure, pour comparaître devant le Consistoire supérieur.

Voilà notre homme inquiet. On était en plein hiver, la neige couvrait les routes, la distance était longue, les moyens de transport de simples chariots découverts et peu confortables. Mais le Consistoire supérieur, la plus haute autorité ecclésiastique du royaume, avait parlé. Il fallait obéir. Le voyage fut long. Les inquiétudes morales s’ajoutaient aux douleurs physiques. Schaffner débarqua plus mort que

vif à Potsdam. Il était à peine installé dans une mauvaise auberge de la ville, qu'un homme, ayant le costume et toutes les apparences d’un bedeau, vint le quérir. Schaffner tout pantelant le suivit et entra au château dans une vaste salle où étaient assemblés une trentaine d'hommes graves, avec de grandes perruques, de larges manteaux noirs et un maintien solennel, tel qu'on peut l’attendre de personnages qui représentent l'Église. Si le Poméranien eût eu un peu plus de sang-froid, il eût facilement reconnu sous ces pieux déguisements Frédéric IT et ses amis les philosophes, qu’il avait tous conviés à jouer un rôle dans cette comédie.

Alors commença une scène bouffonne où le pauvre pasteur, qui se croyait devant ses chefs, fut tourné et retourné sur le gril. Le président, qui n était autre que le roi, après lui avoir demandé ses nom, prénoms, domicile et fonctions, lui dit avec gravité :

« IL est bon, mon frère, que vous sachiez de quoi vous êtes accusé. Nous avons appris, par des rapports dignes de foi, que vous étiez scandaleusement ignorant et qu'en particulier vous ne connaissiez pas un mot de l’histoire ecclésiastique. En conséquence, nous avons jugé à propos de vous mander par devers nous à l'effet d'ouvrir une enquête et de constater par nous-mêmes si vous êtes vraiment capable d'exercer le saint ministère ecclésiastique. Veuillez répondre aux questions que je vais vous poser. »

Le ton du président était si grave, si profondément ému par l’idée qu'un saint pasteur pouvait ne rien savoir de ce qu'il devait enseigner, que Schaffner, pâle d'angoisse, se sentit défaillir. Le président ne le laissa pas reprendre ses esprits.

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