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LES PASSES-TEMPS DE FRÉDÉRIC IT

« Combien, lui dit-il, y a-t-il eu en Judée de rois

s’appelant Hérode ?

— Mais, balbutia l'accusé, il n’y en a eu qu'un.

— Voilà bien ce que-je craignais, dit tristement le président. On ne nous avait pas trompés. Quel scandale! Sachez, mon frère, qu'il y a deux Hérodes, très connus l’un et l’autre, Hérode l’Ascalonite, sur- ‘ nommé le Grand, et Hérode Antipas, son fils. »

Sous cette révélation inattendue, Schaffner baissa la tête et commença sérieusement à se croire coupable.

« Lequel des deux, dit l’impitoyable président, a ordonné le massacre des nouveau-nés ? »

Le pasteur fit signe qu’il lignorait.

« Alors, mon frère, je vais vous poser une question plus facile. Quel âge fallait-il avoir pour n'être pas compris dans cette proscription? Un an, deux ans, trois ans ? Répondez, mon frère. »

Mais le pasteur, saisi à la gorge par l'émotion, ne

put proférer que des sons inarticulés.

Le président se tourna vers les figures graves qui l’entouraient et qui n'avaient pas bougé.

« Quelle honte, messieurs, quelle honte, et que dirait Sa Majesté si elle venait à connaître tous les détails de cette malheureuse affaire! Mon frère, continua-t-il en s'adressant de nouveau au pasteur, vous avez grandement péché. Comment avez-vous pu, avec les faibles ressources intellectuelles dont vous disposiez, assumer la redoutable tâche d'’instruire

et d'éclairer les enfants, espoir de la patrie prus-

sienne? Jugez vous-même de votre responsabilité et de quel poids elle pèsera sur vos faibles épaules quand vous comparaitrez devant le juge éternel.»

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Une bonne farce de Frédéric LR OI

Ici Schaffner se prit à sangloter. La voix tonnante et vengeresse du président reprit :

« Nos crimes procèdent de notre ignorance, et cette

ni ni" Ne } ans

CABINET DE FRÉDÉRIC II AU CHATEAU DE MON BIJOU, PRÈS DE BERLIN (d’après une photographie).

ignorance, comment voulez-vous la dissiper chez les autres quand vous êtes si peu instruit vous-même ? Nous devrions vous déposer ou tout au moins vous interdire pendant quelque temps.

— Grâce! cria Schaffner tombant à genoux.

— Nous ne le ferons pas encore cette fois, rassurez-

vous. Mais nous espérons que la lecon vous aura été profitable. Rentrez chez vous, mettez-vous à l'étude, et que bientôt le règne des deux Hérodes n'ait plus rien de secret pour vous. Nous aurons l'œil sur votre conduite et vos progrès. »

Frédéric leva la séance. Il était temps. Son sérieux et celui de ses amis était à bout. Le pasteur était à

peine sorti que ce fut un éclat de rire universel,

et d’unanimes félicitations furent adressées au roi pour avoir si bien rempli son rôle. La mystifieation avait été complète: Quant à Schaffner, il tremblait encore de peur, le lendemain, à Berlin, quand il alla raconter son histoire à un pasteur de ses amis. Celui-ci l’écouta avec attention et ensuite, quand il eut fini, lui éclata de rire au nez.

« Mon cher ami, lui dit-il, vous êtes par trop Poméranien. Sachez pour votre gouverne que jamais lé Consistoire supérieur ne s'assemble à Potsdam. Vous avez été mystifié.…

— Et par qui?

— Par le roi en personne. Il est coutumier de semblables farces.

— Le roi! s'écria Schalfner, le roi en personne!

Alors je suis perdu.

—- Non, mon ami, non, le rire désarme, et Frédéric IT a amplement ri de vous. Il ne tirera pas de vous d'autre vengeance. Mais, croyez-moi, quand vous voudrez dire du mal de lui, ne le faites pas en public et enfermez-vous soigneusement chez vous. Il ne Île saura peut-être pas... et encore je n'en réponds pas.

— Je me tairai, » répondit simplement Schaffner.

Il tint parole et fit bien.

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Un réve de Louis XV.

Louis XV fit un jour un rêve bizarre. Il [ui sembla qu'il voyait quatre chats qui se battaient :

un gras, un maigre, un borgne et un aveugle. Ces animaux troublèrent profondément l’esprit du Roi, qui se réveilla tout soucieux. Si bien que son premier valet de chambre, en le voyant méditatif et silencieux,

crut bien faire de lui en demander la raison.

Louis XV ne se fit pas prier : il n'y a pas de grand

homme pour son domestique, dit le proverbe; et les

rois sont comme les grands hommes. Ils n’ont rien de caché pour ceux qui les approchent de près et qui sont si bien à portée de voir leurs imperfections et leurs faiblesses. Donc Louis XV raconta son rève.

Le valet de chambre l’écouta gravement, le menton

dans la main, et, quand il eut fini, il lui dit avec toute

la déférence possible :

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