BATAILLE DE JEMMAPES
Cette réponse enthousiasma l'assemblée. Les députés, debout sur leur banc et agitant leurs chapeaux avec frénésie, acclamèrent longuement Baptiste. Le président le serra sur son cœur et il fut décrété incontinent que la République offrirait un costume complet à Baptiste. On le lui donna même sur-lechamp, et il reparut un quart d'heure après au sein de la Convention, costumé en hussard. Il fut même créé capitaine et aide de camp de Dumouriez. Pendant trois jours, il fit fureur à Paris : quand il paraissait au théâtre, tous Les spectateurs se levaient et applaudissaient, les femmes pleuraient.
Tant de gloire et de popularité eut un sombre
lendemain. Baptiste, qui était en passe de devenir général, eut l’imprudence, quand Dumouriez quitta la France en 1793, de suivre son ancien maitre à l'étranger. Il y trouva la honte et la misère. L'ancien domestique revint à la situation sociale dont il avait été si brusquement tiré; sa gloire n'avait été qu'un rêve éblouissant, mais trop court. Il recommenca à cirer les bottes et à battre les habits de différents maîtres, et quand il eut la permission de rentrer en France, dégoüté de la domesticité, il se fit rempailleur de chaises. C'est en exerçant ce métier honorable, mais modeste, qu'il vécut jusqu'en 1827. « Ainsi passe la gloire du monde, » dit l’Ecriture sainte. Il ne suffit pas d’être brave, il faut encore du bon sens et de l'esprit de conduite. C’est ce qui manqua le plus au pauvre Baptiste.
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