‹ Les amusettes de l'histoireChapitre 21 sur 38 · SE A · texte numérisé non relu

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Une aventure de Talma.

La Révolution française, qui a tout transformé, voulut aussi à ses débuts modifier le costume. On trouvait honteux d’être habillé comme on l'était du temps de Louis XVI, et Robespierre lui-même, qui pourtant ne quitta jamais, pour sa part, les anciennes modes, fit rendre, par le Comité de Salut public, un arrêté qui chargeait Je peintre Louis David d’accommoder le costume national aux nouvelles mœurs républicaines.

David, plein d'enthousiasme, s’enferma dans son atelier, tailla ses crayons, réfléchit profondément, et enfin, après une semaine d'austères méditations, enfanta le costume suivant : une tunique bleu de ciel, un manteau rouge, un pantalon collant de même couleur, des bottines avec des glands et un bonnet à la hongroise orné de plumes tricolores. En Somme, un vrai costume de carnaval. Mais David ne l’entendait pas ainsi : il prenait sa création au sérieux et son vœu le plus cher était de voir tous les

Parisiens se promener dans les rues affublés de cet accoutrement bizarre.

Sur le papier l'invention de David paraissait purement grotesque. Mais après tout l'expérience pouvait donner tort aux railleurs. David chercha un homme de bonne volonté pour porter le premier son costume. [l en trouva un et non le premier venu : ce fut Talma, le grand acteur tragique, aussi célèbre à ce moment-là par son ardeur républicaine que par son talent incomparable de diction. Talma était jeune, beau, de superbe prestance. Le jour venu il endossa, plein d’une foi sincère, le fameux costume dessiné par David. Il n'eut pas cependant le courage de descendre tout seul dans la rue, ainsi travesti, et il décida un de ses amis, un autre acteur, Baptiste Cadet, à s'habiller comme lui et à l'accompagner au Palais-Royal où était alors, entre trois et cinq, la cohue des élégants et des femmes à la mode.

Ah! mes amis, quel succès! Ni Talma ni Baptiste Cadet n’en avaient jamais obtenu un pareil sur la scène. Ce furent dans la foule qu'ils traversaient, des petits cris de surprise, des rires d'abord discrets, puis nombreux et nourris. On les montrait du doigt, on se pressait sur leur passage, on montait sur les chaises et les tables de cafés pour mieux les voir. Une queue de plusieurs centaines de personnes se forma à leur suite.

« C’est un pari! disaient les uns.

— Ce sont des écuyers de cirque! » disaient les autres.

Les gens bien informés secouaient la tête.

« Il y a quelque chose là-dessous, murmuraient quelques personnes graves, ce sont peut-être des agents de Pitt et Cobourg. » |

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