‹ Les amusettes de l'histoireChapitre 22 sur 38 · TALMA DANS LE ROLE DE BRUTUS · texte numérisé non relu

TALMA DANS LE ROLE DE BRUTUS

Quelqu'un — un imbécile ou un farceur — prononça le mot d’espions, que la foule répéta aussitôt.

« Ils se sont déguisés, dit-on, pour échapper à l’at-,

tention publique et surprendre les secrets de la défense nationale. »

Pauvre Talma! Pauvre Baptiste Cadet! Ils n'avaient pas des desseins aussi noirs et dans leur for intérieur, devant la surexcitation du public, ils commençaient à maudire David.

« Au bassin! au bassin! » criaient derrière eux des enragés qui ne pouvaient pas comprendre qu'on s’habillât autrement qu'eux.

Il s'agissait du bassin du Palais-Royal où c'était alors l'habitude de faire prendre un bain aux suspects, aux traîtres, à tous ceux dont le nez déplaisait à Ja foule. Pâles de peur, Talma et Baptiste Cadet essayèrent de fuir, mais le moyen! Ils furent saisis, leurs précieux habits mis en pièces, et déjà on les trainait au bassin quand le bruit d’un tambour se fit entendre. C'était une patrouille qui arrivait et qui à coups de crosse fit évacuer le jardin. Talma et Baptiste Cadet furent sauvés et rentrèrent chez eux,

Honteux et confus, Jurant mais un peu tard qu'on ne les prendrait plus

à porter un autre costume que leurs concitoyens. Mais David ne fut pas content.

GTA =} > NN Æ Z É ues

Un monsieur qui a du toupet.

À la fin du xvm° siècle, au milieu d’un monde élégant où tous les hommes portaient perruque, le financier Grimod de la Reynière était le seul qui se piquât de garder ses cheveux naturels. On riait de ce défi bizarre à la mode, quel-

LA PERRUQUE ques-uns même s'en indignaient,

A ne Dur tone Grimod, qui était doué d’un beau sang-froid, continuait à promener à travers les salons de Paris une chevelure qu’il tenait de ses ancêtres et qui valait bien toutes celles qu'il aurait certes pu s'offrir contre argent comptant dans les magasins les plus achalandés de Paris. Un coiffeur généreusement payé pour cette besogne passait plusieurs heures matin et soir à mettre de l’ordre dans cette toison broussailleuse, d’un blond fauve, et qui ressemblait assez bien aux buissons de gui qui poussent vers l’automne sur certains arbres, spécialement les pommiers. Il la démêlait avec soin, la Séparait ensuite en deux grosses touffes de chaque

Page 1