PORTE DE LA CITADELLE BAB EL AZAB, AU CAIRE
Cette citadelle fut construite par Saladin (x1° siècle). Elle devint ensuite la résidence des princes et des seigneurs,
quatre cent soixante-dix. Le soleil venait à peine de se lever, mais la foule était déja considérable sur
leur passage et ne se lassait pas d'admirer leurs
traits bronzés et leur mâle prestance. Quand ils furent tous entrés, les portes se refermèrent Sur eux avec un bruit sinistre. Mais leur aveuglement était tel qu'ils ne remarquèrent pas ce détail et qu’ils arrivèrent jusqu'aux appartements de Méhémet Ali sans aucune appréhension.
Méhémet Ali, assis dans le grand salon de réception, paraissait calme et bien éloigné de toute idée d’hostilité. Il fit servir le café à toute cette foule bariolée qui se pressait joyeuse autour de lui et il s entretint familièrement avec les principaux de leurs
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chefs jusqu’à l'heure fixée pour l'investiture de Toussoun Pacha qui devait avoir lieu en dehors de la citadelle, au eamp de Kobet-el-Azab. Tous alors remontèrent à cheval et descendirent pleins d’allégresse le sentier étroit et rapide, bordé partout de maisons et de fortifications, qui conduit à la sortie de la citadelle. Une fois que les Mameluks se furent tous engagés dans ce défilé où deux cavaliers à peine pouvaient passer de front, un coup de canon retentit, des coups de feu éclatèrent et de tous les côtés commença une horrible fusillade où toutes les balles portaient. Les Albanais de Ia garde de Méhémet Ali, postés aux fenêtres des maisons et sur la crête des remparts, tiraient sans danger sur les malheureux, entassés les uns sur les autres, incapables de se remuer dans un étroit espace où la fureur des chevaux blessés s’ajoutait encore au caractère épouvantable de la scène. Éperdus, à moitié fous de rage et de terreur, ceux que Les balles avaient épargnés se débarrassèrent de leurs vêtements de fête devenus à charge et, demi-nus, le sabre d’une main, le pistolet de l’autre, ils essayèrent de vendre chèrement leur vie. Mais que faire contre. un ennemi presque invisible et hors d'atteinte ? Tous. périrent, et’ leurs têtes, coupées aussitôt, furent. jetées, en signe d'hommage, aux pieds de Méhémet Al qui, assis sur son divan, avait attendu, sans y prendre part, la fin de la froëx massacre,
J'ai dit que tous avaient succombé. Je me trompe. | Un seul des Mameluks survécut : c'était Amin-Bey. Placé au dernier rang du cortège, il fit volte-face quand ïl entendit les premiers coups de feu et chercha une issue. Tout était clos; partout se dressait au-dessus de la ville un mur à pic d’une
Le saut du Mameluk. Fe 119
vingtaine de mètres. Le Mameluk n’hésita pas. Plutôt mourir dans une chute effroyable que d’être lâchement assassiné! Il prit du champ, éperonna énergiquement son cheval et sauta dans l’espace béant. Le cheval fut tué, mais Amin-Bey, quoique blessé, put se sauver, et les Albanais du pacha fouillèrent vainement le lendemain les cabanes des environs. Le héros de cet acte extraordinaire avait disparu. On a montré longtemps au Caire le point précis où s'était opérée cette merveilleuse évasion : c’était ce qu'on appelait le Saut du Mameluk. À ceux qui veulent toujours savoir jusqu'à la fin le sort des personnages d’une histoire, je dirai qu'Amin-Bey se réfugia à Constantinople et qu'il vieillit honorablement au service du sultan de Turquie Mahmoud, le même qui éprouva plus tard à son tour la perfidie de Méhémet Ali, devenu son rival et son vainqueur.
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Bobolina.
Connaissez-vous Bobolina? Non, sans doute. Eh bien, il faut le regretter : car Bobolina, qui, comme Jeanne d’Arc, a combattu pour l'indépendance de son pays, mérite, presque au même titre que notre héroïne nationale, d’être inscrite à jamais dans Ja mémoire des hommes. Écoutez ses exploits.
Bobolina était Grecque. Elle était originaire de Spelzia, petite île située à l'entrée du golfe de Nauplie, au nord-est du Péloponèse, dans cette merveilleuse mer Egée où les îles sortent par centaines comme des corps de marbre du sein des vagues azurées. Ce beau pays a toujours nourri une forte race et Bobolina se montra digne de ses ancêtres. Quand les Grecs, vers 1820, prirent les armes contre l'oppression des pachas turcs, Bobolina, déjà mariée et mère de famille, se joignit sans hésitation à ses concitoyens.
Elle avait d’ailleurs, pour se jeter dans la mélée, des raisons personnelles. Son mari, emmené à Constantinople en 1812 et suspect depuis longtemps
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aux Turcs par l’ardeur de son patriotisme, avait été empalé par ordre du sultan. Bobolina vengea son mari.
Elle arma à ses frais trois petits navires dont