GREC MODERNE
(D'après une photographie).
elle fut la En itiue. et elle écuma en corsaire toute la mer Égée. Malheur aux navires turcs qui se trouvaient sur son passage! Comme son compatriote, l’héroïque Canaris, elle leur faisait une guerre sans merci, attachant à leurs flancs des brülots qui les faisaient sauter ou, le sabre à la main, sautant à l’abordage et pendant les vaincus aux vergues mêmes de leurs vaisseaux. Bobolina était pieuse. Elle avait orné sa coiffure d’une croix avec la légende : La mort ou
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la liberté! et sur son pavillon à l'effigie du Christ elle avait fait inscrire la fameuse parole que les mères spartiates adressaient à leurs fils en leur donnant leur bouclier, à la veille d’une bataille : Dessus ou dessous, manière énergique et pittoresque de dire : Triomphe ou meurs.
Quand l'insurrection grecque se donna un gouvernement et concentra ses efforts pour mieux résister aux Turcs, on dit à Bobolina :
« Les efforts des corsaires grecs ne doivent plus être isolés sous peine d’être inutiles : donne tes navires à la patrie, elle en a besoin.
— C’est bien, dit Bobolina, prenez-les et servezvous-en comme je l'ai fait contre l'infidèle. »
Mais Bobolina ne rentra pas chez elle filer sa quenouille. Cette âme forte et un peu sauvage avait goûté du plaisir enivrant de la guerre. Elle ne voulut pas y renoncer. On vit sa robe flotter à la tête des troupes de terre, comme on l'avait vue sur le tillac de son navire. Elle s’assit au conseil à côté des grands chefs de l'insurrection, entre Colocotronis et Ypsilanti. On lui témoignait une sorte de rude déférence et il n’eût pas fait bon de manquer de respect à cet étrange officier de marine. Elle prit part à l'attaque de Tripolitza où, sans souci des balles qui sifflaient autour d'elle, elle indiquait du doigt aux tirailleurs grecs le but à atteindre. Mais son triomphe fut le siège de Nauplie en 1821, qu'elle dirigea ellemême et où pendant quatorze mois elle montra des qualités peu ordinaires aux personnes de son sexe, la première à repousser les sorties de l’adversaire, la première à l'assaut des ouvrages avancés, entourant la forteresse, la réduisant peu à peu et enfin la forçant à capituler. On vit, au cours des négociations
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qui eurent lieu à Tirynthe, dans la vieille cité grecque. si longtemps abandonnée, des chefs turcs implorer la pitié de Bobolina et, accroupis à ses pieds, lui baiser sa robe en tremblant. L’épée au côté, Bobolina les laissait faire avec mépris.
Ame antique où se retrouvaient confondus la bravoure, le mépris de la mort, mais aussi le caractère farouche et l’âpre férocité des anciens Grecs, Bobolina souhaitait ardemment de tomber la face au ciel sur un champ de bataille, dans un jour de victoire. Cette récompense ultime dont elle était si digne lui fut refusée. Elle périt stupidement au milieu d'une querelle de famille. Son frère avait, malgré elle, épousé une jeune fille qu'il aimait. Bobolina n'avait pas si longtemps commandé les: autres pour obéir chez les siens. Elle avait le geste rude et la parole vive. Elle traita son frère comme elle avait traité les Turcs, les accablant d’outrages avant de les frapper. Toutes les épithètes injurieuses de la langue grecque, si riche en cette matière, y passèrent. Bobolina avait les vertus guerrières d’une Jeanne d'Arc, elle n’en avait ni la douceur ni l’exquise délicatesse. Son père lui ordonna de se taire. Ordonner quelque chose à Bobolina, dans sa propre maison, au milieu des siens! Au lieu d’obéir, elle continua. Mais ce n’était pas impunément que l’autre était le frère de Bobolina. Après avoir supporté patiemment des bordées d’injures où éclataient les mots de chien et d’infidèle, il bondit enfin, sur un outrage plus fort que les précédents, et planta son poignard dans la poitrine de sa sœur. Ainsi finit Bobolina.
Le grognard et