‹ Les amusettes de l'histoireChapitre 33 sur 38 · LE PRINCE DE BISMARCK · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE BISMARCK

parcouraient ensemble ces grandes plaines de PAllemagne semées de bruyères et de bouquets de pins et coupées çà et là d'eaux stagnantes d'autant plus perfides qu’elles se dissimulent sous l'herbe. M. de Wildstock était gros et lourd, avec une vraie carrure de géant poméranien : au moment où il allait tirer une bécasse et où toute son attention était concentrée sur l’oiseau, il mit son pied — un pied énorme — sur un de ces marécages bourbeux et profonds, et s’y enfonça instantanément jusqu'aux aisselles. On voit d'ici sa posture. Tous les efforts qu'il faisait pour sortir ne réussissaient qu à l’enfoncer d'une manière plus irrévocable dans le liquide gras et gluant où il se débattait. Bientôt il en eut jusqu à sa barbe rousse, puis jusqu’au menton : quelques millimètres de plus, il en avait jusqu'à la bouche et il périssait étouffé. Il était violet de rage et de terreur, il criait, il hurlait, il écumait. Debout sur le bord, M. de Bismarck le regardait tranquillement et, sans faire aucun effort pour venir à son secours, sifflait

un air de chasse. Enfin, à un dernier appel désespéré

de M. de Wildstock, il parut s’émouvoir et dit avec flegme à la malheureuse victime :

« Mon cher ami, veux-tu mon opinion sur ton cas? Tu ne sortiras jamais vivant de ce trou et pour ma part je ne vois aucun moyen de t’en tirer.

— Au secours, par pitié, au secours! cria M. de Wildstock.

— Puisque je te dis que tu es perdu! Comme tu es entêté ! Mais écoute, je puis faire quelque chose pour toi, un vieil ami. Je puis t’'épargner une agonie qui serait horrible et humiliante. Un bon chasseur ne doit pas mourir comme une bête puante étouffée dans un marais. Je vais t’envoyer à la tête une volée

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