Paris, Delane, Lesueur et N^ Panckouche
dit pour ce motif par la censure impériale. En 1807, en même temps que ses Recherches historiques sur le cardinal de Retz^ un autre volume parut anonyme chez D. Colas et Delaunay, avec cette épigraphe tirée de Voltaire : « La supériorité d'une nation ne dépend que de ceux qui la conduisent», et sous ce titre : Souvenirs historiques ou coup d'œll sur les monarchies d'Europe et sur les causes de leur grandeur ou de leur décadence. C'est un livre de circonstance (l'exemplaire de la Bibliothèque Nationale S relié aux armes impériales et portant au dos un N couronné, prouve qu'il a été offert en hommage à Napoléon). En 190 pages in-8°, ce petit livre, à la fois statistique et philosophique, donne, avec les dates, la liste des guerres, la proportion de la durée des empires, le tableau des batailles et l'analyse de l'histoire des différents pays du monde. Ces chiffres sont précédés de considérations générales qui se développent dans Tordre suivant : « Des
causes qui ont le plus d'influence sur la destinée des États : causes intérieures : position, droits, religion, système politique ; causes extérieures : gouvernement théocratique, bulles d'excommunication. » N'oublions pas que nous sommes à la veille des affaires de Rome, et cet aphorisme qui devait plaire au souverain se détache habilement du texte : «Le temps, qui fait justice de tout, a remis les papes à leur place et les rois à la leur. » Autre livre de circonstance, en 1810, et toujours anonyme, c'est le Fragment (Tun voyage fait au mois de mai 1810 dans le Bradant hollandais et dans les lies de la Zélande ; chez D. Colas ; 31 p. 8° ; livret plein de considérations de toute nature: historiques, statistiques, agricoles et industrielles. A Anvers, il assiste au lancement d'un vaisseau de 80 canons qui est effectué en présence de Napoléon et de Marie-Louise. C'est, dit-il, un « spectacle majestueux, au-dessus de toute description ». Çà et là, des maximes comme celles-ci : « Les Anglais ont la patience qui nous manque : nous avons le génie qu'il
n'ont pas. » Ce cri termine Topuscale : «Vivent la France et Paris ! » Cependant, dans le fatras, quelques perles : par exemple, ce croquis pris à Flessingue :
Deux hommes s'étaient battus ; l'un venait de recevoir un coup de baïonnette dont il était mort sur-lechamp. Je voulus prendre des informations d'un militaire qui fumait une pipe auprès du mort. Tirant son brûle-gueule de sa bouche, il me dit gravement : Monsieur, cest deux boissons ; puis, remettant, après cette laconique réponse, sa pipe entre ses dents, il me fait un signe de tête et un geste de la main, sans me donner d'autre explication.
Des remarques humoristiques. Dans les régions qu'il traverse, on ne donne pas de pourboire ; il note : « Ce n'est pas l'usage, il faut respecter l'usage ». Et, pour finir, cette remarque sur la tulipe :
« Telle est la tulipe qui, avec une corolle riche en couleurs éblouissantes et portée par une tige grêle, n'a ni parfum, ni feuillage : objet d'un caprice insensé, cette fleur peut occuper dans l'histoire des folies humaines un chapitre intéressant. »
En 1819, au lendemain de sa révocation, il donna, sans y mettre son nom, un très
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curieux volume : Correspondance historique et littéraire^ dans lequel, n'ayant plus rien à perdre, il ne ménage plus rien. 11 imagine qu'un certain comte de Tumesberg (on retrouve presque l'anagramme de son nom, moins une^, dans lapremière partie du mot) est sollicité par un souverain d'Allemagne, dépossédé depuis les derniers événements, de le renseigner sur ce qui se passe en France. « N'ayant plus de patrie, pleurant la sienne, il en cherche une, ayant le projet d'adopter l'un des pays où les lois seront bonnes et les gouvernants sages ; en attendant, il nous étudie. »
Après nous avoir « étudié » dans les lettres de M. de Tumesberg, ce n'est certes pas en France qu'il viendra ; car la critique de nos mœurs, de nos passions, de nos institutions est si rude, si âpre, que le pseudo-éditeur, feignant que Tumesberg lui communique ses lettres avant de les envoyer au prince, déclare en manière de précaution : « Nous