‹ Les ancêtres d'Alfred de MussetChapitre 25 sur 51 · LE GRAND-PÈRE GUYOT-DESHERBIERS · texte numérisé non relu

LE GRAND-PÈRE GUYOT-DESHERBIERS

Parmi tous les parents d'Alfred de Musset deux surtout firent preuves de qualités et de tendances, par où jusqu'à un certain point, peut se marquer l'hérédité poétique qui s'épanouit chez le fils de Victor et d'EdméeGuyot; deux furent particulièrement connus du poète et fréquentés par lui : le père de sa mère Guyot-Desherbiers et le cousin germain de son père, son oncle à la mode de Bretagne, le marquis de Cogners.

Le grand-père Guyot nous est ainsi présenté par Paul de Musset :

« Claude-Antoine Guyot-Desherbiers, d'une ancienne famille de Champagne, vint à Paris, étudier le droit sous le règne de Louis XV. Il se fit recevoir avocat et entra ensuite dans la magistrature. Pendant le mouvement précurseur de la Révolution, il devient l'ami de l'abbé Morellet\ de M. Suard, du savant Cabanis, de l'astronome Lalande, de Merlin de Douai, de Barras et de quelques autres personnages aux mains desquels le pouvoir devait bientôt tomber. La journée du 10 août ayant renversé le siège de juge qu'il occupait, Guyot-Desherbiers demeura dans la retraite, jusqu'à la chute de Robespierre. Après le 9 thermidor, il fut nommé directeur du comité de Législation civile. Dans cette position, il usa de son crédit pour dérober quelques têtes à l'échafaud, entre autres celle du baron de Batz, qui avait tenté de faire évader la reine et ses enfants de la prison du Temple. Il s'exposa même jusqu'à tenir

i . V. de Musset fait un assez long et très sympathique éloge nécrologique de lui dans la Corret^pondance historique.

M. de Batz caché dans sa maison, pendant les poursuites du tribunal révolutionnaire.

« M. Guyot-Desherbiers était doué d'une mémoire prodigieuse, dans un âge fort avancé, il s'amusait à réciter des comédies entières, jouant tous les rôles avec une verve et un talent qui faisaient le bonheur de son entourage et surtout de ses petits-enfants. J'ai ouï dire que le bonhomme Carmontelle, dont il savait plusieurs proverbes par cœur, prenait un plaisir extrême à les lui entendre réciter et que Fauteur y trouvait quantité de romances et de traits spirituels auxquels il n'avait pas songé.

« Le sens poétique de notre grand-père ne s'est manifesté que par caprice, mais ce qui distinguait surtout M. Guyot-Desherbiers, c'était une gaieté gauloise, une manière pittoresque de dire toutes choses qui donnait un grand charme à sa conversation. Ce ton d'esprit original se retrouve dans les comédies de son petit-fds\ notamment dans les

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