‹ Les ancêtres d'Alfred de MussetChapitre 38 sur 51 · p. Î)7-1J8. Pas loul ù fait; voir la planche d'ex-libris · texte numérisé non relu

p. Î)7-1J8. Pas loul ù fait; voir la planche d'ex-libris

être Fennemie des poètes car elle avait une bibliothèque et un ex-libris. De plus, le frère et la sœur n'avaient point toujours été mal ensemble : ce curieux et symbolique ex-libris, publié par les Archives des collectionneurs (T Ex-libris en est la preuve. On ne peut s'expliquer celte jalousie brisée, au travers de laquelle se découvre l'écu des Musset, non point par la légende écrite en abrégé, audessous du nom et qui semblerait indiquer que le sentiment de la jalousie se brise sur ce que l'amitié et la nature ont joints {Aniicitid et naturâ conjuncti) mais plutôt, à mon sens, sur ce que la Révolution a rompu les liens religieux du chanoine Victor de Musset et de la chanoinesse Marie-Madeleine et grâce à elle, toutes barrières rompues, le blason des Musset peut recevoir un lustre inespéré des rayons nouveaux qui l'inondent de lumière.

Si, en 188:2, l'entrevue entre le frère et la sœur est si froide, c'est qu'entre eux s'agitent des questions d'intérêt qui ne seront tranchées qu'après la mort de Victor.

Le père et les enfants se remirent d'un accueil aussi maussade en prenant «quelques jours de liberté sous les vieux arbres de la Bonne-Aventure », raconte Paul, dans « le petit château des Musset où demeurait alors un de nos cousins qui a toujours été pour nous un tendre ami » '. C'est alors qu'Alfred fit ce dessin que l'amabilité de M. Fabbé Louis Calendini nous permet de reproduire.

Puis on s'en fut à Cogners. Là, dans ce château « à la fois pittoresque et majestueux » dit Paul, « infernal » écrira Alfred, Tenfance des deux jeunes Parisiens s'épanouit. Ils habitaient une chambre à cachette qui faisait leur bonheur, chassaient, couraient, étaient libres. Alfred, gâté par l'oncle qui lui donnait les plus beaux fruits ; Paul choyé par la tante qui lui glissait les meilleurs morceaux dans son assiette. Aussi, lorsqu'on

1. Le « cousin » doit être Charles-Joseph-Louis de Musset, auteur de la branche des Signac, fils de Louis-François de Musset Gogners et héritier de sa sœur Bonne de Musset qui avait sur la Bonne-Aventure un droit de propriété proportionnel aux 20 000 francs que lui devaient les Mussel-Pathay.

leur demandait où ils voulaient passer leur vacances : chez l'oncle Musset, à Cogners, répondaient-ils.

« A l'entrée de la nuit, raconte Paul, on se réunissait dans l'immense salon du rez-dechaussée, dont un chandelier à deux branches, posé au centre sur un large guéridon n'éclairait que d'un demi-jour les extrémités et les angles. Celui de nous qui passait près de la table projetait au loin sur les murailles une ombre de géant. Pour attendre le souper, le châtelain nous faisait à haute voix la lecture du journal. 11 déclamait certains passages avec une solennité comique ; et ne manquait jamais d'ôter sa casquette, lorsqu'il rencontrait les noms et titres de W le Dauphin^ ou de S. A. R. Madame. Ce n'était pas de l'irrévérence pour les personnages nommés, mais une manière de témoigner son dédain pour la puissance nouvelle des gazettes, dont il n'avait pas encore compris l'importance comme organes de l'opinion publique » ' .

Paul n'avait retenu que le côté pittoresque et comique de la scène. Ne semble-t-il pas qu'Alfred s'en soit souvenu d'une tout autre façon, lorsqu'il écrit ceci dans la Confession (111)1 enfant du siècle? «■ Les enfants se souvinrent d'avoir rencontré, dans les coins obscurs de la maison paternelle, des bustes mystérieux avec des longs cheveux de marbre et une inscription romaine ; ils se souvinrent d'avoir vu le soir, à la veillée, leurs aïeules branler la tête et parler d'un fleuve de sangbien plus terrible encore que celui de l'empereur. 11 y avait pour eux, dans ce mot de liberté, quelque chose qui leur faisait battre le cœur, à la fois comme un lointain et terrible souvenir et comme une chère espérance encore plus lointaine. »

Paul a fait de son oncle à la mode de Bretagne, le portrait suivant : « Il se tenait encore droit comme un cierge ; il avait le teint d'une fraîcheur remarquable, l'œil à fleur de tète, le nez aquilin, la jambe admirable et il marchait les pieds en dehors, le jarret tendu, la tête haute, comme s'il eut fait son entrée

dans les salons du roi. Ses grands airs, son langage correct, son répertoire d'anecdotes anciennes qu'il racontait fort bien, nous inspiraient une curiosité mêlée de respect^ ».

C'était en 4822; en 1827 Alfred, dans une lettre à Paul Fouclier, datée du château de Cogners, le 23 septembre^ Alfred qui s'ennuie, donne une autre note.

« Mon oncle, dit-il, a mille bontés pour moi ; mais les idées d'un homme à cheveux blancs ne sont pas celles d'une tête blonde : c'est un homme excessivement instruit, et quand je lui parle des dames qui me plaisent ou des vers qui m'ont frappé, il me répond : — Est-ce que tu n'aimes pas mieux lire tout cela dans quelque bon historien ? Cela est toujours plus vrai et plus exact... Et pourtant cet homme-là est bon, il est vertueux, il est .aimé de tout le monde ! Il n'est pas de ces gens pour qui le ruisseau n'est que de l'eau qui coule, les forêts que du bois de telle ou

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