‹ Les ancêtres d'Alfred de MussetChapitre 8 sur 51 · LE PÈRE ET LA MÈRE DALFRED DE MUSSET · texte numérisé non relu

LE PÈRE ET LA MÈRE DALFRED DE MUSSET

La génération spontanée n'existe pas plus dans la création cérébrale que dans la nature ; rien ne naît sans causes, etThomme de génie ne tire pas de sa seule existence les raisons d'être de son génie. Trop souvent, on s'est étonné d'une floraison inattendue, parce qu'on était demeuré ignorant de l'ascendance. Non pas qu'elle soit tout — il faut laisser leur part aux forces mystérieuses et supérieures, — mais elle intervient comme facteur essentiel.

Paul de Musset, qui a écrit une \ie de son frère dans laquelle il fait une large part aux ancêtres communs, n'a presque rien dit de son père ; les autres biographes du poète n'en

ont parlé qu'en courant; les dictionnaires, qui tous se répètent, ont été un peu plus explicites, mais encore se sont montré bien incomplets, surtout très erronés. L'élude des documents m'a révélé un Musset-Pathay singulièrement nouveau et vivant.

Le père aidera à comprendre les fils. Les autres traits ataviques de la descendance se marqueront dans les portraits de la mère, du grand-père Guyot, de l'oncle Cogners.

Victor-Donatien, le second des trois enfants qu'il avait eus de son mariage avec Jeanne-Catherine de Besnard dllarville, né à la Vaudourière le 5 juin 1768, devait suivre la tradition de famille, et embrasser la carrière des armes. Son frère aîné, Charles- Henri, né en 1755, après avoir été élève au collège de la Flèche de 1764 à 1770, fut inscrit comme chevalier novice de Saint-Lazare et du Mont-Carmel, puis il était entré dans Tarmée et devint capitaine au régiment de Bresse. La place de Victor-Donatien était marquée au régimentdeChartresdans ce régimentoCiavaient

LES ANCÊTRES D ALFRED DE MUSSET o!)

servi son père, son grand-père, ses grandsoncles et beaucoup de ses aïeux, ce qui explique lintérêt que les princes de la maison d'Orléans témoignèrent à la famille et de la rapide camaraderie qui Haies fds de Louis- Philippe avec les fds du gentilhomme Vendômois. Nul ne pouvait plus servir sans passer par une école militaire. La déclaration du roi de 1776 qui porte suppression de l'Ecole Royale Militaire, fondée à Paris en 1751, ordonnait que les futurs officiers seraient élevés dans douze collèges religieux : chez les Doctrinaires dans leur Maison de La Flèche ; chez les Bénédictins dans les Maisons de Pontlevoy, de Sorèze, d'Auxerre, de Tiron, de Rebais et de Beaumont-le-Roi; chez les Oratoriens, à Vendôme, à Effiat et à Tournon ; enfin, chez les Minimes de Brienne.

Victor, qui tenait son nom de Donatien de son parrain, « Jean-Baptiste-Donatien de Vimeur, chevalier, comte de Rochambeau, maréchal des camps et armées du Roi, inspecteur général d'infanterie, commandeur de l'Ordre roval et militaire de Saint-Louis );, le

futar héros de la guerre d'indépendance des Etats-Unis, était destiné à entrer au collège de Vendôme, compris dans les dix collèges du royaume, ayant le droit de prendre le titre d'Ecoles royales militaires et de préparer à la grande École parisienne. D'abord, V' endôme était la ville autour de laquelle s'espaçaient tous les biens de la famille; puis, Rochambeau, allié des Musset et parrain de Victor', était le protecteur du collège de Vendôme oîi enseignaient les pères de l'Oratoire. En 1761, on lui avait donné une grande fête pour sanctionner ce titre, et aux compliments qu'il avait reçus, il répondit par une chanson sur l'air de Joconde^ dont

1. Son acte de baptême a été relevé par 31. Armand Brette [Siècle du 4 mai 1907) :

« Victor-Donatien, né d'hier en et du légitime mariage de M" Joseph-Alexandre de Musset de Patay.'seigneur de la Vaudourièri' et autres lieux:, chevalier de l'ordre royal et militaire de Sainl-Louis, ancien major d'infanterie, et de dame Jeanne- Catherine de Besnard il'Arville, a été par nous, vicaire soussigné, baptisé le 6 juin 1768, parrain haut et puissant seigneur M" Jean-Baptistc-Donatien d(3 Vimeur, chevalier, comte de Rochambeau, maréchal des camps et armées du roi, inspecteur général d'infanteiie, commandeur de Saint-Louis, représenté par M" Louis-Ahvxandre-Marie de Musset : marraine damoiselle Françoise-Félicité de Musset, qui ont signé avec nous », etc.

l'intention vaut mieux que la poésie. 11 disait à ses jeunes camarades :

Apprenez à penser...

Evitez le faux de l'esprit Qui fit plus d'un Icare, Si la raison ne le conduit, Son effort vous é£;are '.

Victor-Donatien se prépara donc à se faire immatriculer au collège de Vendôme, où se trouvait déjà son cousin, Louis de Musset, camarade de classé, en cinquième, de Hugues- François Mac-Mahon, de Dublin et son père fit, pour lui, le 14 mai 1778, ses preuves de noblesse. Elles furent certifiées par Joseph- Augustin du Bellay, écuyer, seigneur de la Massure, et J.-B. de Castellane, capitaine au régiment de Chartres.

L'enfant qui, vraisemblablement, entra en sixième au collège, est noté comme ayant fait, à la fin de Tannée des « progrès rapides » et (c ses talents sont remarqués » ; en

1. Bouhourc. Hist. du collège et du Ijcée de Vendôme. Ap. Bull. Soc. Arch. de Vendôme, 190o, t. XLIV, p. 62.

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1781 il figure sur le palmarès de rinquième'; en quatrième, à quatorze ans, il eut pour condisciple, ainsi que le porte le palmarès, « Pierre-Charles Paradis de Moncrif, du Maine »; en 1785, il est en Logique, juste pour l'arrivée d'un nouveau professeur qui s'appelait Fouché. Puis, il passa à l'école de La Flèche, où, d'après sa propre déclaration (lettre du 1*"' janvier 18:22), il aurait connu Clarke, le futur duc de Feltre.

Paul de Musset dans la biographie d'Alfred, dit en parlant de son père" : » Subissant le sort des cadets de famille, Victor-Donatien s'était résigné à être d'église, lorsque la Révolution vint lui ôter le petit collet, qu'il s'empressa de quitter. »

Cette assertion dont on n'avait aucune preuve, passait jusqu'ici pour erronée. Cependant le titre V de l'ordonnance de mars 1776, si elle avait été étudiée, eut pu servir de vérification à une partie des dires de Paul de Musset.

1. llonseigncments aimablement fournis par M. le marquis de Beauchesne.

Le changement de collège de Viclor-Dorîatien et son transfert de Vendôme à La Flèche avait une raison ; elle est indiquée dans Tarticle 3 de ce titre V. « Les élèves des collèges militaires dont la vocation ou les dispositions se tourneront, à l'âge de douze ou treize ans au plus tard, vers l'état ecclésiastique ou la magistrature, seront envoyés au collège de La Flèche. )) C'est parce que le jeune Victor devait être d'église qu'il quitta Vendôme, bien qu'il eut dix-sept ans à ce- moment. On dût l'aire une exception en sa faveur.

En 1787, il sort de La Flèche et, l'année suivante, il est pourvu d'un canonicat à l'Église cathédrale de La Rochelle \

La Révolution, en 1789, le rendit au siècle: il revint à la Vaudourière avec un autre chanoine de La Rochelle, privé comme lui de son canonicat, qui était devenu son ami intime. C'était Paul Rodrigue ; le sort devait en faire, quelque temps, son beau-frère. La chanoinesse de Troarn-en-Rayeux, Marie-

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