‹ Les Ancêtres de la Commune: L'attentat FieschiChapitre 3 sur 7 · LES RÉGICIDES · texte numérisé non relu

LES RÉGICIDES

XLVI (novembre 1837). C'est du régicide à haute dose : « C'est à Louis-Philippe seul que nous devons nous en prendre : il est coupable du crime de lèse-progrès, de lèse-peuple et de lèse-humanité; lui seul a fait obstacle aux glorieuses secousses des trois jours qui doivent ébranler le monde. — C'est à lui que nous devons nous attaquer. Les gens de sa race, les gens de sa suîle viendront après. » — Soutenu par des cotisations occultes et peut-être même par des subventions étrangères dont l'origine n'est pas certaine, le journal paraissait à intervalles irréguliers, toujours violent et émettant des maximes dans le goût de celle-ci : « Le régicide est le droit de l'homme qui ne peut obtenir justice que par ses mains. » (N° 6, mai 1838.) Dans le même numéro, on peut lire i « L'homme de bien qui se sent de la force est juge souverain de la vie ou de la mort du tyran. Le tyran, qui ne se fait faute d'aucun crime contre le peuple, doit, à défaut de la Providence qui n'existe que pour les sots, rencontrer enfin un homme qui le traite selon ses œuvres. » Et encore : « Jl est sans doute beau d'être athée, mais cela ne suffit pas ; il faut encore se pénétrer de la nécessité que le devoir impose de faire disparaître les rois et les royaumes. » — Le Moniteur républicain fut remplacé au mois d'août 1838 par VHomme libre, journal franchement babouviste,

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OU communautaire, ainsi que le disait le jargon radical du moment. Cette transformation ne porta point bonheur à cette gazette immonde. Le 29 septembre 1838, bn commissaire de police se fit ouvrir la porte d'un appartement situé rue de la Tonnellerie, n" 53, et saisit la copte, la presse et la composition. Les rédacteurs de ce journal, dont le vrai titre eût été : « le Moniteur de l'assassinat )), étaient quelques amnistiés, parmi lesquels on comptait un ouvrier typographe nommé Martin Bernard et deux hommes qui avaient reçu les confidences de Pépin : Blanqui et Barbes.

Ces trois maniaques ne s'étaient point contentés de « jeter leurs pensées sur le papier » ; ils avaient agi plus pratiquement, et avaient promptement profité de leurs premiers jours de liberté pour organiser une nouvelle société secrète, la Société des Saisons, qui était distribuée sur "un plan assez ingénieux, dont tout Thonneur revient à Blanqui. Un homme était un jour, six hommes étaient une semaine obéissant à un dimanche; quatre semaines formaient un mois commandé par un juillet; trois mois composaient une saison placée sous les ordres d'un printemps; quatre saisons constituaient une année soumise au pouvoir souverain d'un agent révolutionnaire. Ce fut la Société des Saisons qui « donna » pendant les émeutes du 12 et du 13 mai 1839; ses trois années

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étaient alors Blanqui, « commandant en chef des forces révolutionnaires », Armand Barbes et Martin Bernard.

Brisée par le procès relatif à cette insurrection, par la condamnation des chefs et de la plupart des sectaires, la société se reforma tout aussitôt sous le titre vague d^ Association des travailleurs. Le but qu*elle poursuivait était le même ; on eût dit que « la grande âme de Morey » planait au-dessus de ce ramassis de meurtriers. Meunier, qui essaya d^assassiner Louis-Philippe en 1837, avait appar-^ tenu à la Société des Familles et était désigné par Blanqui, comme un homme sur lequel on pouvait compter; Darmès, qui, le 15 octobre 1841, tira sur le roi et répondit aux premières questions : « J'ai voulu tuer le plus grand tyran des temps anciens et modernes » ^ Darmès était membre de V Association des travailleurs à laquelle il avait été initié par un nommé Borel. Une société de Communistes révolutionnaires, une société dite des Égalitairesy s'étaient constituées en dehors de Tassociation et formèrent deux groupes peu nombreux où Ton prêchait ouvertement la destruction complète* de la société, afin de la « rebâtir sur de nouvelles bases ». Là aussi le régicide était considéré comme un devoir, et c'est d'un de ces groupes que sortit un assassin qui, ne parvenant sans doute pas à attaquer directement le roi,

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essaya de tuer un des fils de celui-ci, pour « sauver le principe ».

Le 13 septembre 1840, au moment où le duc d*Orléans et le duc de Nemours descendaient le faubourg Saint-Antoine, en faisa|it escorte à leur frère le duc d'Aumale qui revenait d*Algérie à la tête du 17'' léger, dont il était le colonel, un ouvrier scieur de long, nommé Quenisset, tira un coup de pistolet inutile sur le groupe formé parles princes. Ce Quenisset, qui était un homme lourd et sans portée dans Tesprit, avait été condamné à quelques jours d'emprisonnement pour avoir pris part à. une riie entre camarades de chantier' échauffés par le vin. Il avait subi sa peine à Sainte-Pélagie^ une de ces hideuses prisons en commun où le crime est professé par des hommes passée maîtres en Tart du méfait. Quelques énergumënes politiques ne manquèrent point cette occasion de faire une nouvelle recrue ; réducation politique de Quenisset ne fut point lente ; on lui expliqua sommairement qu'il suffisait, pour être bon patriote, de « tout chambarder » ; ce pauvre homme, qui était fort bête, se laissa endoctriner, entra dans la Société des Égalitaires et tomba immédiatement dans le crime (1).

(I) Parmi les tentatives d*a8sas«inat qui furent dirigées contre Louis-Philippe, il en est une, peu connue, qui mérite d'être racontée.

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L'Association des travailleurs, les Communistes révolutionnaires, les Égalitaires ne représentaient que des forces disséminées et sans action de propagande. Les vrais chefs des sociétés secrètes, — Blanqui, Barbes çt Bernard, — étaient reclus dans des prisons d'État; quelques âmes, peu portées au bien, voulurent ressaisir ce glorieux héritage, afin de perpétuer les saines traditions du régicide et de rémeute ; les trois groupes furent fondus en .un seul, que Ton nomma : les Nouvelles Saisons, en mémoire des fondateurs, actuellement martyrs de la tyrannie et victimes de leur dévouement pour le peuple. Cette société se fractionna, car elle était composée d'individus dont le degré d'impatience n'était pas égal ; les plus violents se détachèrent et formèrent la , Société dissidente. C'est la Société des Nouvelles Saisons et la Société

Vers 1844 Une caisse fut expédiée aux Tuileries par une maison de roulage ; elle portait une inscription minutieusement explicative : Pour le roi seul, pour être ouverte par lui * secret d'État. Cela ne parut pas net et la ^isse fut envoyée à la Préfecture de Police où Ton s'imagina qu'elle contenait une machine infernale. Gabriel Delessert ne voulut laisser à nul autre le soin de l'ouvrir ; malgré le danger auquel il crpyait s'exposer, il fit sauter les planches du couvercle à Taide d'un ciseau et d^un marteau. — La caisse renfermait quatre serpents à sonnettes, roulés dans des couvertures et fort heureusement engourdis par le froid. Les crotales furent adressés au Jardin des plantes et figurèrent longtemps dans la collection des ophidiens avec la mention : donnés par M. Gabriel Delessert, préfet de police. La caisse venue de l'Amérique du Sud était arrivée à Bordeaux et avait été acheminée sur Paris ; c'est là tout ce que Ton put apprendre de cette mystérieuse histcùre.

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dissidente qui, profitant du mouvement détenainé par les ambitieuses niaiseries de M« Odilon Barrot, firent effort, au mois de février 1848, pour amener enfin le triomphe d*une révolution que Ton avait en vain cherché à imposer par les insurrection s , les émeutes et les assassinats. Un hasard, que • nous avons raconté ailleurs (1), fit craindre la victoire possible d*une poignée de malfaiteurs politiques, que la France rejeta avec dégoût aussitôt qu'elle les eut vus à Tœuvre, à la journée du 15 mai et* pendant Tinsurrection de juin. Les élections pour la Constituante, pendant lesquelles le suffrage universel parla sans contrainte et dit toute sa pensée, leur prouva qu'ils n'étaient point les maîtres et que leur temps n'était pas encore veùu.

S'ils avaient été les maîtres, si le parti conservateur auquel incombe — sous peine de périr — le devoir de protéger les intérêts sociaux qui sont la sauvegarde de la nation tout entière, du plus petit comme du plus grand, du plus riche comme du plus pauvre d'eptre nous, si le parti conservateur s'était effaré ou endormi ; s'il avait abdiqué par peur pu par indifférence, que serait-il advenu? quel [gouvernement eût été infligé à notre pays, quelles modifications essentielles eussent été ap-

(1) Voir Souvenirs de Vannée 1848 ; Hachette ; Paris, 1876.

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portées aux relations des hommes entre eux ; comment ces vétérans du régicide et des sociétés secrètes, ces admirateurs de Morey, ces amis de Pépin, ces complices inconscients de Fièschi auraient-ils . usé de leur victoire? Était-ce de simples perturbateurs mus par le besoin de destruction qui tourmente les âmes envieuses?

Était-ce réellement des philosophes animés d'idées pratiques et rêvant sincèrement la rénovation de la vieille humanité? Nous pouvons répondre, car.* nous possédons le texte même de ce programme mystérieux dont Tapplication devait rajeunir la face de la terre; le lecteur jugera lui-même si cette pitoyable rapsodie a jamais valu une seule goutte du sang que ses auteurs ont fait verser, en s'appuyant sur l'horrible doctrine qu'ils ont appelée eux-mêmes « la légitimité du but » .

l'idéal révolutionnaire.

Le groupe socialiste-communiste. — Divergence entre les politiques et les socialistes. — Réunion à Londres. — Le Code nouveau. — Rapport à la Société démocratique française. — Participation à r^ducation, au travail, au pouvoir, aux jouissances. — Triumvirat. — Définition des mots révolution et révolutionnaire. — Ce que devra faire le gouvernement révolutionnaire. — L'organisation du travail. — L'enseignement. — Vieilleries du xvni» siècle. — Projets financiers.— Conclusions du rapport adoptées à l'unanimité. — Hostilité des politiques et des socialistes après ift victoire, alliance après la défaite. — Le docteur Recurt en 1848. — 15 mai, juin 1848; 4 septembre, 31 octobre 1870. — Le 18 'mars 1871. — Les petits-fils des assassins de 1835. — Il faut hoijjiorer les ancêtres.

Après rattentat du 28 juillet, nous Tavons dit, le groupe doctrinaire et politique qui avait dirigé la Société des droits de rhomme se désagrégea, s'affaissa et disparut presque complètement. Il ne se signala plus que par Tâpreté de sa polémique dans les journaux de l'opposition. C'est alors que le groupe socialiste-communiste se forma pour obtenir par la violence, non pas comme les républicains doctrinaires, la substitution d'un gouver-

nement à un autre, mais la substitution d*un Etat social à un État social. Ce groupe regardait peu à rétiquette ; 'république ou monarchie no lui importait guère ; ce qu'il voulait, c'était le nivellement général, la destruction des fortunes et la main-mise sur tous les biens, au profit de l'État qu'il eût gouverné. Ce groupe, — qui aujourd'hui se nomme Légion, — est d'autant pins dangereux qu'il est exclusivement composé d'hommes volontiers portés auï moyens extrêmes, d'une ignorance fabuleuse et rêveurs. Le côté pratique des choses leur échappe complètement, et ils croient, avec Une naïve outrecuidance , qu'il suffit d'un décret, libellé par eux, pour modifier les instincts de la iiature humaine, les aptitudes d'une nation et les coutumes traditionnelles d'un peupld

En 1837, aussitôt après l'amnistie, en 1838, dans les conciliabules secrets où l'on agitait les destinées futures dfe la France, où l'on osa môme proposer une Conscription pour la prostitution, CoiUme il en existait une pour le service militaircj dans ces séandes oCcultes où l'on passait en revue les doctrines de Marat et celles de Babœuf, on né parvenait pas toujours à s'entendre ; l'élément polititjue et l^élèment socialiste avaient quelque l)cine à Iharcher d'acCord vers un but défini, et l'on s'ëjoùrnàit pour reprendre l'étude de problèincë dont la solution ne paraissait point facile à

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formuler, dès que Ton sortait des mots vagues et des rêveries sans consistance.

Après réchauffourée odieuse et ridicule du mois de mai 1839, lorsque les fortes têtes du parti, sauvées de la guillotine par la clémence de Louis- Philippe, eurent tout loisir pour méditer à Doullens et au Mont-Saint-Michel, les nouveaux chefs de la tribu révolutionnaire voulurent en finir aTCc toutes les hésitations. Ils essayèrent de déterminer un programme dont Tapplication serait immédiatement faite au lendemain d'une victoire. Il s'agissait de rédiger la loi dont ils étaient les prophètes. Paris , très-surveillé , ne leur offrait point un asile sûr où Ton pût discuter en paix ; ils se doutaient bien, du reste, que la police, invisible et muette, assistait à toutes leurs séances ; ils se transportèrent alors à Londres, où, réunis à différents réfugiés, ils purent élaborer le code du monde nouveau.

Le rendez-vous était fixé au 4 novembre 1839. On y fut exact. Une commission fut nommée pour donner une forme déterminée aux aspira^tions de la « démocratie », et le rapporteur put lire son travail « à la Société démocratique française», dans la séance du 18 novembre. Cette éluc.ubration «st intitulée : Rapport sur les mesures à prendre et les moyens à employer pour mettre la France dans une voie révolutionnaire, le lendetnain

d'une insurrection victorieuse effectuée dans son sein. Ce document a cela pour lui, qu'il est net et ne laisse place à aucune hésitation ; il ne s'enveloppe pas de circonlocutions superflues, et dit hautement ce qu'il veut dire.

Dix-huit questions sont posées, auxquelles le rapporteur répond ; mais, dans une sorte de préambule, il est dit que les opinions émises sont « toutes marquées au coin du système communautaire » ; la communauté est » la participation de tous à tout, c'est-à-dire, participation de tous les hommes à l'éducation, au travail ou aux fonctions (pouvoir), et aux jouissances. » Ceci posé, on entre en matière.

Dès que la révolution aura triomphé, on installera un gouvernement provisoire composé d'un triumvirat choisi parmi des hommes révolutionnaires ou de progrès qui auront les idées sociales les plus avancées ; ces hommes seront nommés « non pas par la grande majorité du peuple qui pourrait se tromper, mais par les auteurs de l'insurrection». La direction imprimée à ce gouvernement devra être révolutionnaire, « et ici, dit le rapporteur, nous prendrons occasion de dire ce que nous croyons qu'il faut entendre par les mots révolution et révolutionnaire : révolution est, selon nouSj application successive d'idées nouvelles au fait d'association ou société ; révolutionnaire est ce

préconisé est à retenir. Le gouvernement devra : « 1* Se faire, au profit de la nation, premier manufacturier, directeur suprême de toutes les industries ; 2° avoir une seule caisse et une seule direction pour elles (les industries) ; 3" comme moyen de circulation des produits, avoir des naagasins où ils seront déposés et vendus ; 4° créer des ateliers nationaux (1). »

Le système d'éducation est péremptoire ; l'enfant est retiré, dés Tâge de cinq ans, à la tutelle, à l'influence de son père et de sa mère ; le gouvernement seul se charge de lui « inculquer les bons principes » ; l'éducation devra être unej elle sera appliquée à tous; « un père ne devra pas avoir le droit d'instruire ni d'élever son enfant à sa guise, » car la génération, au lieu d'être dévouée, intelligente, régulière, « ne serait qu'un composé d'éléments qui se choqueraient par leur hétérogénéité. »

Ces élucubrations pédagogiques pouvaient paraître neuves à quelques nigauds ignorants ; elles sont cependant ramassées bribe à bribe dans le Code de la nature de Morelly, dans les rêveries trouvées parmi les papiers de Saint-Just, et surtout

(1) La suppression des ateliers nationaux, créés après la révolution de février, produisit les journées de juin 1848; la suppression db la solde accordée aux gardes nationaux armés pour la défense de Paris, pendant la guerre de 1870-71, fut une des principales causes de l'insurrection du 18 mars.

dans le Contrat social^ dans V Emile ^ dans le Discou7^s sur r Économie politique, de J.-J. Rousseau, qui est le grand-père indirect et inconscient de tous ces saccageurs de société.^

La liberté de la presse, que ces hommes Invoquent toujours et imperturbablement lorsqu'ils ne sont pas au pouvoir, est traitée à peu près comme la liberté de renseignement : « Nous pensons que tout article de journal, toute brochure, tout livre ou tout pamphlet qui, par les idées qu'il contiendrait, tendrait à faire revenir à l'ancien ordre de choses, devrait causer la poursuite et la punition de son auteur comme contre-révolutionnaire (i). »

Nous arrivons enfin à la dix-huitième questiqn, la dernière , qui est la question économique : « Quels seront les moyens à employer pour se procurer Targent nécessaire à toutes les dépenses publiques ? » Ici le résumé ne suffit pas, il faut citer textuellement : « Nous pensons que les meilleurs moyens seraient : i^ une émission de papiermonnaie, qui serait une représentation réelle.

(1) Le programme relatif à la presse flit religieusement exécuté pendant la Commune ; tous les journaux contraires, — - non pas aux doctrines, il n'y en avait pas, — aux faits de violente bêtise dont Paris eut alors à souffrir, furent supprimés ; les écrivains qui, fort courageusement, luttèrent contre les insanités brutales que nouseùmes à supporter, furent traqués, poursuivis et réduits à chercher leur salut dans la fuite. «

soit du sol, soit de Tindustrie ; 2*^ une séquestration des biens appartenant aux familles des individu^ ayant participé aux actes gouvernementaux depuis 1793; 3° la capitalisation de Timpôt dans certains cas ; 4° Tàbolition de l'hérédité des fortunes en ligne collatérale , même au premier degré ; 5** l'appropriation par l'État de la portion (quotité) disponible dans les «héritages en ligne directe ; enfin, le rapport de tous les impôts qui pourront être appliqués sans gêner le peuple. Puis la nation pourrait compter au nombre des profits à faire : A : une immense diminution des traitements énormes des divers employés ; B : l'abolition immédiate et entière de toutes les pensions et de tous les traitements alloués au clergé. »]

Puis le rapporteur, parlant de son rapport, dit: « L'impartialité et la franchise ont présidé à Témission des idées qu'il contient. »

Ce rapport fut imprimé à Londres et distribué aux sectaires intéressés à l'étudier ; ceux-ci comprirent que de telles questions exigeaient des méditations approfondies ; ils demandèrent à réfléchir, et l'on s'ajourna à un an, au mois de septembre 1840, pour prendre une décision définitive et émettre un vote souverain. On fut fidèle au rendez-vous donné ; on discuta ; chacun dut formuler son opinion motivée ; les héritiers de

Morey, de Pépin, de Fieschi, d'Alibaud, de Meunier, les disciples de Blanqui, de Barbes s'éclairèrent mutuellement et firent une autopsie attentive du projet de la commission. Le vote fut favorable à Tunanimité , dans la séance du 14 septembre 1840, les habitués des sociétés secrètes, réunis sous le titre de Société démocra" iïque française, adoptèrent les conclusions du rapport.

C'a été et c'est encore le code révolutionnaire par excellence ; c'est TÉvangile des temps futurs ; c'est la condensation de toutes les idées qui tourmentaient la cervelle des régicides de 1835 et des révoltés de 1839; ce sont là les théories que l'on eût essayé d'appliquer si, l'attentat réussissant, la population indignée n'eût pas étouffé sur place toute tentative de soulèvement.

Ces idées ne sont point mortes et, à l'heure qu'il est, elles hantent plus d'un esprit troublé. Au;c hommes qui souffrent de ce mal, fait de haine et d'envie, on peut répéter impunément la grande parole de Franklin : « Si quelqu'un vous dit qu'il est d'autres moyens pour s'enrichir que le travail et l'économie, vous pouvez lui répondre qu'il en a menti ; » ils ne l'admettront et ne la comprendront jamais. Les fauteurs de ces pensées de destruction, ces échappés de la Société des Familles, de la Société des Égalitaires, de la Société

des Saisons, ont bien cru^ au mois de février 1848, que leur heure avait enfin sonné. L'effort de , Blanqui, au lendemain même de la révolution, pour faire adopter le drapeau rouge, n'était qu'un premier essai vers la réalisation de ces théories extravagantes.

Ceux qui détenaient alors le pouvoir sortaient, pour la plupart, de l'ancienne Société des Droits de l'homme ; ils furent implacables pour lés révolutionnaires socialistes qu'ils avaient côtoyés , parmi lesquels ils s'étaient fourvoyés jadis, au temps de la jeunesse, des conspirations et des émeutes. Depuis qu'ils étaient' devenus les maîtres, ils reniaient leurs vieux complices, refusaient de partager avec eux et, terrifiés des périls qu'ils entrevoyaient, ils tendaient lamentablement leurs mains vers le parti conservateur si souvent outragé,, et parlaient à leur tour de «l'hydre de l'anarchie », qu'ils avaient tenue en laisse et caressée pendant les dix-huit années du règne de Louis-Philippe.

Le parti socialiste et le parti politique, les sectaires des Saisons, les sectionnaires des Droits de l'homme étaient maintenant des frères ennemis ; il y eut des transfuges, et le premier confident de Pépin, celui <( qui ne le détourna pas de son projet », selon l'expression même du régicide, le docteur Recurt, vice-président de l'Assemblée

nationale, ministre des travaux publics, ministre de l'intérieur, préfet de la Seine, repoussa de toutes ses forces ceux dont, jadis, il avait été au moins l'allié.

A la journée du 15 mai, les auteurs de la proclamation qui, le 28 juillet 1835, devait être adressée au peuple , avortèrent misérablement ; leurs adeptes nous valurent Tinsurrection de Juin réprimée sans merci par le frère de celui auquel on avait démandé les fusils destinés à armer la machine infernale du boulevard du Temple, et qui, quatorze jours avant l'attentat, reçut les confidences de Morey. Entre ces deux partis, la lutte continua jusqu'au jour où l'empire imposa silence à toutes les voix, et regarda de près dans tous les conciliabules.

Dès que le droit de réunion est concédé, dès qiie la liberté de la presse est rétablie, on les retrouve côte à côte, s'étayant mutuellement, combattant le mauvais combat pour la mauvaise cause, la cause de juin 1832, d'avril 1834, de juillet Î835, de mai 1839, de mai et de juin 1848. En s'étonnant de s'être haïs aux jours de la victoire, ils s'embrassent et, comprenant qu'ils sont également vaincus, qu'ils ont, par incapacité, perdu le pouvoir issu du coup de main de février, ils sont fraternellement d'accord dans la propagande révolutionnaire et l'opposition systématique. En pré-

sence de Tennemi qui s'avance à marches forcées sur Paris, ils font ensemble la poussée du 4 septembre. Les doctrinaires s'emparent du pouvoir, et immédiatement leurs amis de la veille, ceux qui se font gloirç, à cette heure, d'avoir dirigé la Commune, les attaquent à outrance et sont bien près de triompher dans la soirée du 31 octobre 1870.

Pour que ces hommes, ces descendants des émeutiers et des régicides d'autrefois, puissent se hisser momentanément aux affaires, il faut l'effondrement de la France, et il faut surtout, à la tôte de notre pauvre pays, le gouvernement le plus incapable qui fût jamais. La victoire du 18 Mars reste une tache ineffaçable au front de la ville qui l'a supportée. Ce mardi-gras babouviste dura deux mois, pendant lesquels^ nos n^iaîtres, — les maîtres de Paris, — essayèrent d'appliquer le programme voté à Londres le 14 septembre 1840. L'âme du vieux Morey et celle de Fieschi ont dû tressaillir d'aise dans les Champs-Elysées des assassins, et le fantôme de Pépin, de ce « patriote » qui rêvait de voir rouler les tètes des riches comme des tas de pavés, a dû voltiger joyeusement au-dessus des murs de la Roquette. Deux mois pour faire prévaloir les doctrines nouvelles, c'était bien peu , dans un temps où il fallait se défendre contre la France qui accourait, et mettre

en pratique la théorie de « Tégalité des jouissances ».

Si ces gorilles avaient réussi à imposer leurs sinistres billevesées, celles-ci eussent-elles satisfait les 'exigeants? Non ; car derrière un parti violent, il y a toujours un parti plus violent encore ; au-delà d'Hébert, il y a Marat ; c'est comme dans les asiles d'aliénés : d'abord les demi-paisibles, puis les agités, enfin les fous furieux. Le programme, suffisant aux besoins de la Société des Saisons, eût paru faible et un peu décoloré au* '( parti de l'action », qui déjà s'agitait derrière la Commune lorsque celle-ci s'écroula (1).

Ceux qui ont profité de notre défaite pour s'insurger contre toute loi, ceux qui ont achevé de leurs propres mains l'œuvre de l'ennemi armé devant nos portes, ceux qui ont massacré les otaged et brûlé Paris, ne peuvent désavouer ni Pépin, ni Morey, niPieschi ; ce sont là leurs pères spirituels. Ils les ont dépassés, il est vrai, mais cette noble émulation ne doit point leur permettre de les répudier; ils sont bien de la même race et de la même famille. Si les héros de la Commune parviennent, — comme ils l'espèrent

(1) Dès la an de 1793, Pitt/reconnaissant cette loi fatale de toute insurrection, avait dit : «< Quel que soit le parti qui domine dans la révolution française, il sera toujours remplacé par un plus violent. »

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et comme cela est probable, — à installer légalement leur gouvernement au pétrole, si, mus par un sentiment de reconnaissance cher aux cœurs généreux pour les maîtres qui leur ont indiqué la voie où ils ont si glorieusement marché, ils veulent dresser un monument commémoratif des hauts faits de leurs prédécesseurs directs , ils feront bien d'ériger quelques statues aux auteurs de rattentat du 28 juillet 1835. En le faisant, ils honoreront leurs ancêtres, et Ce sera justice.

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