‹ Les ancêtres de nos animaux dans les temps géologiquesChapitre 13 sur 34 · ACTUELLE · texte numérisé non relu

ACTUELLE

Equtu cahaUus.

Equus robustus Quaternaire < <*« Solilhac.

Equus pliciâens

de la caverne

d'Oreston.

Equus asinus, cahaUus, etc.

Equus des diluviums et des haut niveaux.

Pliocène Hipparion crassum de Perpignan.

Hipparioit gra.tle, race lourde de Pikermi.

Miocène supérieur

Equus Stgnonis du val d'Arno.

Equus sivaleiisis des Siwalik.

■ I Hipparion antelopinum des Siwalik.

Hipparion gracile, race grêle de rikermi, Cucuron.

Miocène moyen

Hipparion gracile d'Eppelsheim.

Hipparion de San Isidro.

ylncbitberium aureJianeitse d'Orléans, de Sansan.

Miocène y Pahpiotherium minus et Javalii inférieur / du Quercy.

EocÈNE

Pahpiotherium minus de la Débruge Anchihpbus raJegundensis

SUPERIEUR / , de la Débruge.

EocÈNE MOYEN

i Palopiotherium annectens d'Hordwell.

I Pahpiotberium codiciense de Coucy.

PacbynoJopbus issclanus d'Argenton.

EOCÈNB i INFÉRIEUR i

Pacbynolopbus de Reims.

7° Les Ruminants, — Lorsque Falconer et Cautley rencontrèrent pour la première fois dans Tlnde une Girafe fossile, ils écrivirent ces lignes: « La découverte des Girafes fossiles ajoute un nouvel anneau à la chaîne qui s accroît rapidement, et qui, tôt ou tard, reliera les formes éteintes ou existantes en une série continue... La Girafe a d'abord... occupé une position isolée dans Tordre auquel elle appartient; elle a maintenant ses analogues fossiles. Il en est de même du Chameau; il est représenté dans Tlnde à Tétat fossile par le Camelus sivalensis. Le jour où les lits ossifères de TAsie et de rAfrique seront mieux connus, il faudra s'attendre à trouver des formes intermédiaires qui rempliront le large intervalle par lequel la Girafe est à présent séparée des Ruminants chargés de bois. » Le Camelopardalis atiica, découvert à Pikermi, et peut-être aussi lePalœoiragus et VOrasius, commencent à réaliser l'annonce des savants auteurs de la Faiina sivalensis.

On a vainement cherché à établir des groupes bien définis dans la grande famille des Antilopes; cts animaux, très différents les uns des autres, quand on compare leurs types extrêmes, se joignent si insensiblement par des intermédiaires, qu'on est réduit, soit à les réunir en un seul genre qui renferme alors des formes disparates, soit à les partager en groupes qui deviennent chaque jour plus nombreux. Ainsi M. Gray admet trente-sept genres d'Antilopes vivantes. Je ne parviens

à faire rentrer dans ces genres à limites étroites presque aucun des fossiles de Grèce, Où placerai-je le Tragocerus

bO «>

VO

ON

(fig. 39), qui a des cornes de Chèvre avec une dentition et des membres d'Antilope, le Palœoreas qui a des cornes à'Oreas avec la plupart des caractères des Gazel-

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les, le Palœoryx qui rappelle YOryx par ses cornes et s'en éloigne par ses molaires? On pourrait aussi classer la Gazelle de Pikermi dans un genre spécial à cause de ses os du nez bien plus longs que dans les Gazelles, puisqu'on a créé le genre Saïga pour des Gazelles à os du nez très courts. Dans la famille des Antilopes plus que dans toute autre, ces nouveaux venus vont apporter des complications à la nomenclature. Si l'on songe que Pikermi est la première localité où Ton ait trouvé de nombreuses Antilopes fossiles, et que sans doute la découverte d'autres gisements amènera au jour la même multitude de formes intermédiaires, on doit craindre que la science ne soit au début d'un travail inextricable. Des réflexions semblables se présentent en face du groupe d'animaux auxquels on donne les noms de Dremotherium, à' Aniphitragulus , de Palceomeryx, de Micromeryx, d'Hyœmoschus de Dorcatherium , Ils se lient ensemble, et marquent des affinités avec les Cervidés, les Tragulidés et les Suidés. Le Ruminant de Pikermi, que j'ai rangé provisoirement près des Dremoiberium, forme un chaînon de plus (si toutefois mes rapprochements ont été exacts), car il ressemble par ses molaires aux Dremotherium et aux Palœomeryx, tandis que son crâne est le même que chez TAntilope appelée Neotragus.

Pour achever de prouver que les fossiles jouent, les

uns par rapport aux autres, le rôle d'intermédiaires, et qu'ils participent aux caractères d'animaux qui paraissaient autrefois très distincts, il est curieux de rappeler à combien d'erreurs on est exposé, lorsqu'on veut baser une détermination sur une pièce isolée; nous en trouvons plusieurs exemples, sans sortir des faits cités dans Pikermi.

En premier lieu, on a vu qu'il est quelquefois difficile de marquer le genre ou le sous-genre auquel ont appartenu des morceaux séparés :

Ainsi, Wagner a décrit sous le nom de Chèvre amalihée les cornes du Tragocertis, pendant qu'il attribuait ses dents à l'Antilope speciosa (Palœotyx) et à V Antilope Lindermayeri (Palœoreas); en même tempSy il rapportait les mâchoires de cette dernière espèce à V Antilope (Oa- ^ella) brevicornis.

Tant que Lartet, M. Beyrich et moi n'avons étudié que le crâne du Singe de Grèce, nous l'avons rangé parmi les Semnopithèques; c'était une erreur, puisque ses membres sont semblables à ceux des Macaques; si, au lieu du crâne, nous avions rencontré d'abord ses membres, nous aurions pu nous tromper de même en les prenant pour ceux d'un Macaque.

Lorsqu'on n'a eu qu'une mandibule du Simocyon diapborus où la tuberculeuse avait disparu, on a pensé que cet animal était un Glouton ; sa mâchoire supérieure a été attribuée à un Loup.

f Quand j'ai trouvé, dans mes premières fouilles, une F mâchoire incomplète du Mastodon Pentelici avec les deux premières dents de lait, Lartet et moi avons supposé qu'elle provenait du sous-genre Tetralophodon ; cependant ses troisièmes molaires de lait ont le caractère de celles du Triiophodon,

Comme preuve de la difficulté de déterminer, non pas seulement le genre, mais la famille d'un Mammifère dont on n'a que des restes isolés, je citerai le Mâchairodus que Nesti, Cuvier et Croizet placèrent dans la fiimilledesUrsidés, tandis qu'il est le type le plus parfait de celle des Félidés. VldUherium Upparionum est un Viverridé si voisin des Hyénidés que, sans la seconde tuberculeuse de sa mâchoire supérieure, on le prendrait pour un Hyénidé, et, en effet, le nom à'Hycena hipparionuma. probablement été établi pour un morceau d'/ctitberium où manquait cette dent.

Enfin, comme exemple de l'embarras que parfois on

éprouve pour fixer Tordre d'un Mammifère d'après des

pièces détachées, je rappellerai de nouveau l'histoire du

Dinoiberium : Cuvier, ayant vu ses dents, le rapprocha

des Tapirs; lorsqu'on eut découvert son crâne, Buckland,

Strauss et de Blainville le rangèrent parmi les animaux

quatiques; miintenant que la plupart des os de ces

lembressont connus, nous savons que c'est un Probos-

idien.

Les déterminations inexactes que je viens de citer ne

Albbkt GAUD.-tY, Ane. de nos antm. 10

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peuvent être confondues avec les erreurs dues à un examen superficiel. La plupart ont été commises par les maîtres de la science paléontologique. Qui donc serait fondé à blâmer Cuvier d'avoir attribué les dents du Dinoiberium à un Tapir gigantesque, Buckland, Strauss, de Blainville d'avoir jugé son crâne assez semblable à celui d'un animal aquatique, Wagner, d'avoir décrit les cornes du Tragocerus sous le nom de Chèvre, Duvernoy d'avoir pris les os des membres du Rhinocéros de Grèce pour ceux du Rhinocéros iicborhinus ? Ce qu'ont fait ces habiles naturalistes, ils devaient le faire* ; ils ont rapproché avec une parfaite exactitude les échantillons fossiles des os des Mammifères vivants qui leur ressemblent davantage ; mais ceci n'a pu leur faire deviner de quel animal cts débris provenaient. Et pourquoi se sont-ils trompés, pourquoi chacun de nous se trompera-il encore? C'est qu'une espèce se rattache à celle-ci par tel caractère, à celle-là par tel autre caractère; elle a des liens avec plusieurs, et souvent avec celles dont nous la supposions séparée par un profond intervalle.

Tout en remarquant que les Quadrupèdes des âges géologiques ont emprunté des traits communs à ceux qui les ont précédés, je ne veux pas nier qu'il se soit

^ Quand on n'a pas des échantillons suffisants pour caractériser un genre ou une espèce, un rapprochement provisoire, qui risque un jour d'être démontré inexact, vaut mieux que la création d'un nom nouveau ; car il indique quelque chose, le nouveau nom n'apprend rien.

PIKERMI I4y

manifesté chez eux certains traits qui leur sont propres ; ainsi VHycena eximia a une carnassière supérieure munie d'un talon plus faible que chez les espèces d'Hyènes entre lesquelles elle établit un passage ; THipparion a une sorte de larmier que n'ont pas les Chevaux ; les os du carpe et du tarse du Rhinocéros pachygnaihus ont des particularités (à la vérité très peu importantes) que je n'ai pas vues chez les Rhinocéros vivants d'Afrique ; le Sus erymanihiiis a une arcade zygomatique plus épaissie que dans les autres espèces. 11 est évident que des caractères nouveaux ont dû se développer de temps en temps; autrement, on ne s'expliquerait pas comment les faunes ont changé, au lieu de tourner toujours dans le même cercle. Ce que je veux dire, c'est que souvent, entre les espèces d'époques consécutives, les différences sont si petites et les ressemblances si grandes que, pour tracer leurs limites, il faut s'attacher à des détails minimes. Peu à peu, danschaque ordre, se justifie ce queM.Owen a dit des Ongulés : « Comme le nombre des chaînons augmente dans la série des Mammifères ongulés, les marques de distinction deviennent moins saillantes et le descripteur .est tenu à une plus minutieuse atten-

VII. Les fossiles qui présentent des types intermédiaires se rencontrent dans tous les gisements.

On ne peut considérer Pikermi comme une localité où par hasard se trouvent rassemblés des fossiles qui constituent des types de transition. Ce qu'apprend ce gisement, les autres rapprennent de même, car, sous une apparente diversité, les opérations de la nature ont une extrême ressemblance. Les admirables travaux d^Owen sur les Vertébrés en sont presque tous une preuve frappante ^

Si, par exemple, au lieu d^avoir pour point de départ la faune de Pikermi, on avait à considérer des Quadrupèdes quaternaires, on découvrirait entre eux et les espèces qui les ont précédés ou suivis des passages non moins évidents que ceux dont je me suis occupé : de bien faibles différences séparent V Ursus priscus de TOurs brun, le Felis anliqua de la Panthère, VHyœna spelcea de THyène tachetée, VHyœna prisca de THyène rayée, YArdomys primigenia de la Marmotte, le Lepus priscus

1 On s'en convaincra surtout en lisant les mémoires sur les Pachydermes publiés vers l'année 1847 ^^"s les Proceedings of tbe geoîogical Society, et Pouvragc intitulé Palœontology où sont réunis sous une forme concise les résultats des recherches d'une vie toute consacrée à l'étude du monde fossile.

du Lapin, V Hippopotamus major de l*Hipp&potame-tômmun en Afrique, le Sus priscus du Sanglier à masque, le Bos primigenius du Taureau S le Bos longifrons du petit Bœuf qui vit en Islande, le Bison priscus de TAurochs, etc. De même, si nous quittions Tancien continent pour étudier l'Amérique ou l'Australie, nous apercevrions des rapports entre la faune quaternaire et la faune actuelle ; on voit se continuer en Amérique les formes d'Edentés, et en Australie les formes de Marsupiaux.

D'après ce qu'ont déjà appris d'habiles observateurs, il est permis de penser que le jour où les gisements de l'Auvergne et du Velay seront fouillés sur une grande échelle, on découvrira des passages insensibles entre les êtres des époques pliocène et quaternaire. Les Cerfs de ces époques m'étonnent par la multiplicité de leurs espèces ; leur étude, au point de vue des types intermédiaires, présenterait de précieux renseignements.

Dans la faune miocène de Sansan, presque tous les genres nouveaux sont, comme à Pikermi, des types de transition. Lartet a dit du Taxodon : « Sa dentition rentre, pour la partie qui est connue, dans la formule particulière au Blaireau ; mais elle accuse dans ses détails caractéristiques une tendance assez marquée vers la

* Les travaux de M. Leidj et de M. Rûtimcyer sur les Bœufs montrent combien ces animaux se lient entre eux.

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Loutre. » Le même savant a prétendu que les incisives et les canines de YAtnpbicyon sont assez bien dans la forme de celle du Raton, que ses molaires rentrent dans le plan du Canis megalotis, et que le système digital rappelle l'Ours, Quant à YHemicjyon, « plus voisin du Chien que VAmphicyon, il semble se rapprocher par quelques détails de ses dents caractéristiques de certaines espèces de la famille des Martres et en particulier du Glouton. » Suivant encore Lartet, ce qu'on sait du Pseudocyon indique des rapports avec le Chien ; cependant, ses canines ont des arêtes finement dentelées, comme dans YAmphicyon et YHetnicyon, Les dents caractéristiques de YHydrocyon ont quelque chose d'intermédiaire entre le Chien et la Loutre. Le Macrotherium constituait à l'origine un type distinct ; Y Ancylotherium de Grèce a déjà diminué son isolement. Le Rhinocéros brachypus, par la brièveté des os de ses pieds, s'éloigne des autres Rhinocéros ; mais l'abbé Bourgeois, dans sa collection de Pont-Levoy, a des séries de pièces qui montrent les passage des formes ordinaires aux formes les plus raccourcies. Le Chalicoibertum (miocène supérieur) ne diffère guère de YAnisodon de Sansan (miocène moyen), qui lui-même paraît un dérivé du groupe Anoplotberium (éocène supérieur). Le Listriodon est un peu Sanglier, un peu Tapir. Le Chœromorus et le Palceochœrus ont un air de parenté avec les Sangliers. Le Dicrocerus annonce les Cerfs. Lartet pensait que le Pliopithecus

n*est qu*un Gibbon. Ainst les genres que je viens de citer, étrangers à Pikermi (sauf le Rhinocéros), ne sont pas des types isolés.

En pénétrant plus avant dans l'histoire des temps géologiques, on continuerait à trouver des formes de transition. Les terrains éocènes en offrent un grand nombre ; j'en ai indiqué plusieurs dans mes précédents tableaux des Rhinocéridés et des Suidés ; je mentionnerai en outre : la Palœoniciis qui rappelle les Civettes ; le Cynodon où les caractères des Civettes s'unissent à ceux des Chiens ; le. Lopbiodon qui, malgré ses prémolaires différentes des arrière-molaires, est voisin du Tapir ; le PachynolophuSy par lequel le type Rhinocéridé est lié au type Tapiridé ; VEurytbenum, sorte à' Anoploiberhim dont un des doigts s'est allongé ; le Xiphodon et surtout le Dicbodon * semblables aux Ruminants, quoiqu'ils aient les incisives supérieures des Pachydermes ; le Dicbobune, proche parent du Cainoiberium, du Microtberium, de VHycegulus et de VAcotberulum,

Dans rinde, comme en Europe, les Mammifères tertiaires ont présenté des types intermédiaires : c'est là qu'on a rencontré VHippobyus, chez lequel les caractères du Cheval sont associés avec ceux du Sanglier, l'Hyce-

* Sir Richard Owen, dans la note où il décrit le Dicbodon, dit que le professeur Goodsir et d'autres ont vu des rudiments d'incisives supérieures dans des Vaches et des Breibis.

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narcios qui unit les Canidés avec les Ursidés, et Proboscidiens qui montrent le passage du Mastodopt l'Éléphant.

11 en a été de même en Amérique. Les étonnan découvertes des paléontologistes des Etats-Unis dans Western Territories font connaître de nombreuse fossi qui ont des liens les uns avec les autres et marque aussi des enchaînements entre les espèces de Tanci et du nouveau monde. Par exemple, M. Leidy prête que « VOreodon constitue un des anneaux nécessair pour remplir le très large vide qui existe entre les Run nants vivants et cette forme aberrante de la même famihc, Y Anoplotberium d'Europe et d'Asie ». 11 fait une pareille remarque sur VAgriocbœrus, Le Poebroiherium est comme une Antilope qui serait privée de cornes et aurait de chaque côté de ses mâchoires une prémolaire de plus; il vient s'ajouter à ces petits genres de Ruminants dont les caractères mixtes embarrassent tant les paléontologistes * .

Les Oiseaux fossiles sont loin d'être aussi bien connus que les Mammifères; mais ce qu'on en sait déjà porte à penser,^qu'ils forment également avec les êtres actuels des chaînes continues. « Les Oiseaux des terrains miocènes, dit M. Alphonse Milne Edwards, nous mon-

^ Les Mammifères marins offriraient aussi de l'intérêt au point de vue des formes intermédiaires : les Halitherinm ont certains caractères des Dugongs et certains caractères des Lamantins,

trent que ces animaux ne différaient que peu de ceux de notre époque. » VArcbceopteryx, le plus ancien Oiseau dont on possède le squelette, se rapproche des Reptiles par la disposition de sa queue : ceci permet d'espérer qu'on découvrira de curieux exemples de formes intermédiaires, au fur et à mesure que les Oiseaux secondaires seront mieux étudiés.

Pendant les époque quaternaires et tertiaires, il y eut des Tortues terrestres, des Emydes, des Chélydres, des Trionyx, des Chélonées, des Crocodiles, des Gavials, des Lézards dont les espèces ressemblaient extrêmement à celles qui vivent aujourd'hui. Sans doute, quand nous descendons dans la profondeur des époques secondaires, nous rencontrons des formes très différentes des formes actuelles. Mais nos connaissances sont tellement imparfaites qu'on ne doit pas s'étonner si l'on n'a encore observé que peu de gradations entre les genres secondaires et les genres tertiaires. D'ailleurs, lorsqu'on regarde les Reptiles fossiles comme des êtres bizarres, ce n'est point en général parce qu'ils présentent des organes spéciaux*, c'est plutôt parce qu'ils réunissent des caractères répartis de nos jours sur des êtres différents. Si les Enaliosauriens, rois des mers secondaires, se distinguent des Reptiles vivants, c'est parce qu'ils

^ 11 faut pourtant convenir, que les Ptérodactyliens font jusqu'à présent exception ; ils ont une organisation très particulière.

rappellent les Cétacés par leurs pattes en forme de palettes, les Oiseaux par leur long cou (Plésiosaures), tes Poissons par leurs vertèbres à corps biconcave (Ichtyosaures).

Les recherches de M. Haeckel sur l'ossification de la corde dorsale des Pycnodontes ont prouvé que chez certains Poissons la partie du corps la plus essentielle a subi des changements insensibles qui coïncident avec la marche des temps géologiques, et sont en partie analogues aux modifications opérées dans les Poissons actuels depuis rage embryonnaire jusqu'à l'âge adulte. Aussi Haeckel a dit : « Les Poissons du monde primitif ont parcouru en des milliers d'années des phases semblables à celles du développement embryonnaire des animaux qui vivent actuellement. » Agassiz, appliquant à tout le règne animal de pareilles observations, a prétendu que les types des anciens âges représentèrent les embryons des êtres actuels, de sorte que la paléontologie ofifre l'histoire de l'enfance du même monde organique dont nous contemplons aujourd'hui la virilité.

Les Mollusques ne fourniraient pas des exemples de formes intermédiaires moins frappants que les Vertébrés, si on suivait les types depuis l'époque où ils ont apparu jusqu'à celle de leur disparition. 11 suffit de nommer les Ammonitidés, les Cérithes, les Pleurotomes, les Bucardes, les Huîtres et tant d'autres ^^oWwsqjvx^s ^our que

l'idée de passages insensibles traverse notre esprit. Grâce à Deshayes et à plusieurs autres naturalistes, l'analyse a été portée à une rare perfection dans la conchyliologie fossile ; aussi Tétude des transitions de forme serait plus facile pour les coquilles que pour les autres branches de l'histoire naturelle. A la première page du magnifique travail de Barrande sur les Céphalopodes de Bohême, je trouve ces mots : « Nous espérons que nos recherches sur les Céphalopodes siluriens de la Bohême feront suffisamment apprécier Textrême difficulté que Ton rencontre, lorsqu'on veut tenter de séparer nettement, non seulement les formes spécifiques, mais encore les types génériques de la famille des Nautilidés. »

Davidson, dans ses Monographies des Bracbiopodes de l'Angleterre, a prouvé combien on a de peine à distinguer les espèces et les variétés. M. Eugène Deslongchamps, en étudiant les Brachiopodes de la France, est arrivé aux mêmes résultats : « Les modifications, a-t-il dit, se traduisent par une variété si grande dans les formes extérieures, qu*il devient presque toujours difficile de déterminer nettement la limite des espèces; en un mot, il y a très souvent passage insensible des unes aux autres. »

Je suppose que dans les Echinides il y a des transitions entre les diverses formes, car je lis dans le Synopsis de M, Desor : « Telle est la liaison de tous les groupes entre eux, qu'il n'en est aucun dont \es»\\u\\\.^^ xv^ 'ySx^^^

plus OU moins indécises. Bien plus, nous estimons que, chaque fois qu'il s'agit d'un groupe très particulier qui ne se rattache à aucun autre, c'est un indice qu'il reste à découvrir quelque part, soit dans la création actuelle, soit dans les créations antérieures, un type intermédiaire qui viendra, un jour ou l'autre, combler cette lacune. » On peut juger de la difficulté de distinguer parmi les Echinides ce qui est espèce et ce qui est variété, lorsqu'on parcourt dans les beaux ouvrages de M. Cotteau les listes synonymiques.

Les Coralliaires offrent-ils moins d'exemples de formes transitionnelles que les Echinodermes? je ne le pense pas ; en effet, M. de Fromentel, quoique partisan de la fixité des types, a écrit ces mots: « La nature, en créant les animaux, n'a jamais nettement séparé une série d'une autre ; il existe à la fin d'un premier groupe et au commencement d'un second des affinités telles que presque toujours les êtres qui terminent et ceux qui commencent ont des caractères communs qui les rapprochent. »

Lorsqu'on descend aux derniers degrés de l'échelle sfnimale, la liaison des espèces est encore plus manifeste. MM. Carpenter, Parker et Rupert Jones ont dit : « L'idée d'espèces considérées comme des assemblages d'individus séparés par des caractères définis qui proviennent génétiquement de prototypes originaux distincts est tout à fait inapplicable au groupe des Foraminifères ; en effet,

quand même les limites de ces assemblages seraient reculées de manière à renfermer ce qu'autre part on appelle genre, ils seraient encore si intimement unis par des liens gradués qu'on ne pourrait tracer entre eux des lignes de démarcation. »

Enfin, si Ton aperçoit des passages entre les animaux fossiles, on doit croire que les plantes fossiles ne se lient pas moins étroitement; Oswald Heer, après avoir remarqué qu'on n'a pas encore la preuve de l'identité complète des espèces de plantes tertiaires avec celles des plantes vivantes*, s'est exprimé ainsi: «Néanmoins, dans nombre de ces espèces Tair de parenté est si frappant que Ton peut se demander s'il n'existe pas un lien génétique entre les espèces, si bien que les espèces tertiaires seraient les aïeules des espèces actuelles. »

Les renseignements qui précèdent suffisent sans doute pour prouver que les transitions observées à Pikermi se rapportent à une loi commune à tous les êtres.

^ M. de Saporta a montré qu'il y a eu de nombreuses formes communes aux temps géologiques et aux temps modernes : ses observations s'accordent avec les résultats de l'étude des animaux fossiles.

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