‹ Les ancêtres de nos animaux dans les temps géologiquesChapitre 15 sur 34 · I. Coiniaissance des fossiles · texte numérisé non relu

I. Coiniaissance des fossiles

Les savantes recherches de von HofT, de von Lasaulx et de M. Sjliw.ircz ont fait connaître l'état de la science

ïlogique duns l'antiquité, 11 n'entre pas dans mon cadre de suivre ces philosophes dans le champ si vaste cju'ils ont embras:;é ; j'ai seulement à m'occuper de i'Attique et des-pays qui l'avoisinent.

Les anciens ont su qu'on trouve dans la terre desossement d'animaux fossiles, et l'on peut croire que la vue de ces débris n rendu moins improbables les fables répandues sur la transformation des êtres vivants en pierre ; ces transformations tiennent une place importante dans les Mélamarpbosi's d'Ovide : Phlnée et tous ses compagnons furent chanijés en pierre à la vue de la tête de Gorgone que leur présenta Persée ; Aglaure fut pétrifiée en punition de sa jalousie pour Hersée ; les ossements du brigand Sciron, dont Thésée délivra l'isthme de Corinthe, furent durcis et formèrent les Roches Sciro-

iennes; le Chien que Céphale reçut de Procris, en signe e réconciliation, fut converti en pierre, ainsi que la bête luvage qu'il poursuivait ; une métamorphose semblable /opéra sur le Loup qui attaqua les troupeaux de Pelée ; le Serpent qui voulait dévorer la tête d'Orphée fut pétrifié par Apollon ; le même sort fut réservé au Serpent qui engloutit devant les Grecs assemblés les œufs qui figuraient neuf années de combats sous les murs de Troie, etc.

Il y a une circonstance qui a pu contribuer à faire accepter ces fables sur les transformations : c'est que les Grecs avaient sous leurs yeux des simufacres de pétrifications grossières dans les incrustations que produisent les eaux des régions composées de marbre et de calcaire compacte. Auprès de la grotte des Nymphes, à Céphissia, Oï'i voit des mousses qui se revêtent entièrement de carbonate de chaux ; les ouvrages des anciens renferment ^^s mentions de fontaines incrustantes : « Les Ciconiens, ^^t Ovide, ont un fleuve dont l'eau pétrifie les entrailles ^^ .celui qui la boit, et change en marbre tout ce qu'elle ^c>Uche. »

Von Lasaulx et M. Schw^arcz ont pensé que la vue •es ossements fossiles avait eu un autre résultat ; elle -aurait accrédité la croyance aux géants et aux monstres delà mythologie. Cette supposition est sans doute fondée dans un certain nombre de cas, et j'ai été d'abord disposé à lui accorder beaucoup d'importance. Cependant, depuis

qu'il est admis que dans nos contrées, l'Homme a contemporain de plusieurs animaux d'espèces perdr j'incline vers Topinion que les légendes relatives êtres gigantesques ou monstrueux ont été princip ment basées, non pas sur la découverte de débris d'êt pétrifiés, mais plutôt sur la tradition d animaux qui ( été connus à l'état vivant. Par exemple, il ne me seml pas que les fossiles de Pikermi aient été les original qui ont inspiré les artistes, lorsqu'ils ont représenté le animaux de la mythologie.

En effet, s*il est certain que des ossements fossiles on.t été observés par les anciens, il n'est pas égalemen.'t prouvé que ceux de TAttique en particulier aient été vus par eux. Sans doute, il est difficile de croire que le gis^— ment de Pikermi ait échappé à tous les regards, puisqu'il est situé entre Athènes et Marathon, c'est-à-dii'e près d'unQ route autrefois fréquentée ; les os y sont abondants et font saillie sur les bords du ravin ; ceu des Mastodontes, des Dinotheriiim, des Rhinocéros, < VAncylotherium, de Y Helladoiberiuin et de la Girafe dû attirer l'attention, sinon par leur forme spéciale, moins par leur grandeur extraordinaire. Toutefois, je î surpris de ne rencontrer aucune mention des débriî Pikermi chez des auteurs qui ont parlé d'os pétr trouvés dans d'autres pays, notamment chez Pausai qui, dans sa description si exacte et si détaillée TAttique, au lieu de signaler les os fossiles de cette p

vince, raconte la découverte de ceux des Portes de Téménus en Lydie*.

En tout cas, si les anciens ont observé les animaux de Plkermi, ils ne Tont fait que d'une manière très Vague ; on ne saurait prétendre que le Sanglier d'Erymanthe, la "Chèvre Amalthée, le Taureau de Marathon, le Lion de Wémée et encore moins l'Hydre de Lerne^ aient été des représentations des espèces de ce gisement, car les descriptions que j'ai données ont montré que le Sanglier nommé par Wagner Sanglier d'Erymanthe était distinct de la bête mythologique sculptée sur le temple d'Olympie, que l'animal appelé Chèvre Amalthée par le même naturaliste n'était pas une Chèvre, qu'on ne trouve pas à Pikermi de Taureau, le nom de Bos marathonius ayant été établi par Wagner sur des molaires d'un animal voisin des Chevaux, qu'il n'y a pas non plus de Lion, mais un Macbairodus, puissant Carnassier qu'on n'aurait pas n^^nqué de représenter si Ton eût connu ses étranges canines en forme de lames de poignard ; quant à l'Hydre i^ Lerne, c'est évidemment un produit idéal. Il est donc naturel de croire que le Sanglier d'Erymanthe, le Taureau

* Pausanias a cité un os d'une grosseiM* prodigieuse qu'un pêcheur d'Érctrie recueillit à la hauteur de l'île d'Eubée, et que la pythie de Delphes attribua à Pclops, fils de Tantale. Il est difficile de décider si cet os venait de la côte d'Eubée ou de celle de l'Attique.

i Etienne Geoffroy Saint-Hilaireafait connaître les animaux mythologiques qui ont été sculptés sur le temple d'Olympie. (Expêdilion scientifique de Mof^g: Giologie. IntroJucIion à l'histoire des Mammifères et des Oiseaux, 1833.)

de Marathon, la Chèvre Amalthée, le lion de Némée, ont été imaginés d'après un lointain souvenir d'animaux vivants, soit de l'époque quaternaire, soit de l'époque actueUe. D'après François Lenormant, des silex taillés ont été recueillis en divers lieux de la Grèce ; peut-être, si leur gisement était déterminé, quelques-uns fourniraient la preuve que les Hommes ont habité cette contrée dans des temps reculés. On sait que plusieurs animaux ont disparu depuis que l'Orient est peuplé ; Geoffroy Saint- \ Hiiaire a rappelé que, lors de l'invasion de Xerxès, il y \ avait encore des Lions en Macédoine, qu'au temps de i Pausanias, le même pays nourrissait des Aurochs, et que dans le Parnès on chassait l'Ours et le Sanglier.

Quant aux coquilles fossiles de l'Attique, je suppose ; volontiers qu'elles ont été vues par les anciens : « Le Pirée, a dit Strabon, passe pour avoir été jadis une île, et avoir tiré son nom de sa position au delà du rivage. » Pline a complété ainsi cette citation : « Le port du Pirée a gagné cinq mille pas sur la mer. » En effet, nous savons que la mer a reculé notablement sur la côte sud de l'Afrique, car cette côte est bordée par des terrains pliocènes qui renferment des coquilles marines ; si les anciens l'ont su avant nous, c'est sans doute qu'ils ont observé ces fossiles.

De même, lorsqu'ils ont inventé le nom de Péloponèse (île de Pélops)pour un pays qui, de nos jours, n'est plus une île, c'est probablement parce que la vue de

ET HISTOIRE DES ATHENIENS ly^

coquilles marines dans les calcaires de Tisthme de Corinthe leur a révélé que là où l'isthme est placé aujourd'hui, il y eut autrefois un bras de mer formant une séparation entre le Péloponèse et le reste de la Grèce. Pausanias a dit que la pierre de Mégare renferme des coquilles marines ; puisque les anciens savaient que les coquilles de Mégare sont le produit de la mer, ils devaient également connaître lorigine des coquilles engagées dans les roches pliocènes de l'isthme, car ces roches sont beaucoup plus développées qu'auprès de Mégare ; elles ont été l'objet de vastes exploitations, ainsi que le témoignent les grandes carrières situées sur la route de Calamaki à Corinthe, et on y rencontre une multitude de Peignes, d'Huîtres et d'autres coquilles qui ressemblent aux espèces actuelles des mers voisines. On m'objectera peut-être que, si les premiers hommes ont été les contemporains des animaux qui ont servi de base aux légendes d'êtres monstrueux, il est permis de supposer que, dans le temps où ils vivaient, la mer occupait encore les environs du Pirée et l'isthme de Corinthe. Je répondrai que cette seconde hypothèse pourra un jour être confirmée, mais que, dans l'état actuel de la science, -elle n'est pas appuyée sur desobservations. L'explication que j'ai donnée au sujet du nom de Pirée et de celui de Péloponèse me' paraît naturelle, car, ainsi que l'ont établi les savants philologues dont j'ai déjà. cité les ouvrages, non seulement les anciens

lyo GEOLOGIE

connaissaient les coquilles fossiles, mais ils avaient quelques prévisions des doctrines neptuniennes adoptées par les géologues modernes : « Xanthus, a écrit Strabon, prétendait avoir trouvé en plusieurs endroits fort éloignés de la mer des espèces de Conques, de Pétoncles et des Moules pétrifiées... D'après cela, il était persuadé que ce qui est terre aujourd'hui avait été mer autrefois. »

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