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III. Agriculture

L'Attique a toujours été peu fertile : « La iMégaride, de même que TAttique, a dit Strabon, offre un sol ingrat. » Ampère^ rappelle que Pindare a nommé Athènes Varide Athènes, qu'Homère donne souvent à la Grèce les épithètes de pierreuse, de rocailleuse, et que, suivant Thucylide, TAttique avait eu de tout temps une réputation de stérilité. Pour ne pas douter que l'Hymette était déjà dénudé à Tépoque des anciens Grecs, il suffirait de se souvenir de la renommée de son miel. Les Abeilles font de bonnes récoltes sur les montagnes de marbre, parce que les pins, les arbousiers, les lentisqi y sont trop rares et trop maigres pour ombrager les |

A Ampère, Eludes lUtcraires d'après tiaiure.

labiées et les autres petites plantes qui fournissent le mieh

La pauvreté agricole de l'Attique résulte de sa constitution géologique. Les marbres ne sont pas favorables au développement de la végétation ; les chaînes où ces roches dominent se distinguent par leur nudité : telles sont l'Hymette, le Pentélique, le Lycabette; souvent on peut reconnaître de loin par l'absence des plantes arborescentes les parties où commencent les marbres. L'Italie à cet égard donne lieu aux mêmes observations que l'Attique; ainsi la montagne de Serravezza est stérile sur le versant où Ton exploite les marbres blancs, tandis que le versant opposé, composé de schistes, est d'une extrême fertilité : les figuiers, les oliviers, les mûriers le couvrent d'un riche manteau de verdure.

Une des causes auxquelles est due l'aridité des montagnes de marbré dans l'Attique est la force avec laquelle elles réfléchissent les rayons solaires ; les voyageurs qui ont gravi les chaînes de marbres blancs savent combien ces roches sont brûlantes; chaque été voit périr une partie des végétaux que l'hiver avait vus naître. En outre, la terre végétale se forme lentement ;i cause de la dureté du marbre, et au contraire elle est enlevée promptement, parce que les eaux versées par les orages se précipitent sans entraves sur les pentes escarpées. 11 y a encore une raison qui contribue à l'aridité des montagnes de marbre et de calcaire compact : c'est que

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les eaux s y chargent de bicarbonate de chaux, e s'infiltrant à travers les granules du sol végétal, I cimentent et les changent en pierre dure; en vain laboureur prodigue ses sueurs : la terre devient un lu. stérile. Si Ton joint à ces causes géologiques les causes météorologiques, c'est-à-dire un vent très fréquent qui fatigue et dessèche les plantes, Tabsence de pluie pendant la plus grande partie de Tannée, le croisement c chaînes et les découpures de la mer qui ne permette •pas la formation d'une rivière d'un long cours, on coi prendra pourquoi l'Attique est une contrée si aride.

Les plaines ou les vallées de cette province sont gêné- | ralement occupées par des limons et des fragments roches qui ont été amenés par les torrents ou dépo: dans des lacs. Ces dépôts de transports, bien différents des roches secondaires, sont peu consolidés, de sorte que les eaux doivent les traverser pour former au-dessous d'eux des nappes souterraines qui pourraient fournir des eaux jaillissantes. Quoique les anciens aient connu les puits artésiens S il ne paraît pas qu'ils aient cherché à obtenir dans l'Attique des eaux jaillissantes, afin de communiquer artificiellement à la surface de leurs plaines , l'humidité qui leur manque naturellement. L'eau des

V, ttix

* J'ai visité en Syrie, auprès de Tyr, les magnifiques puits artésiens que, ^lon latradition du pays, Salomon fit construire pour indemniser le roi Hyram de la cession des cèdres du Liban.

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fontaines était soigneusement utilisée, et des canaux l'amenaient du mont Pentélique à Athènes. Les ressources pécuniaires des Grecs sont si. faibles qu'il fau" drait peut-être provisoirement se contenter d'imiter ce qu'ont fait les anciens en aménageant les eaux superficielles, notamment la belle source qui est au pied du Pentélique. En eflfetj s'il est très probable qu'il y a des cours d'eau souterrains à la limite des terrains tertiaires et secondaires, il existe de grandes difficultés pour assigner les points précis où passent ces cours d'eau, car les roches secondaires doivent avoir dans l'intérieur de la terre des irrégularités semblables à celles qu'on voit à la surface du sol ; les sondages peuvent aboutir à des points où les marbres et les schistes constituent un mamelon au lieu de présenter une cavité; en outre, l'eau se perd quelquefois dans les entonnoirs appelés catavoihras. Des ingénieurs allemands ont fait au Pirée et dans la ferme du roi, près de Dragoumano^ d'inutiles essais de puits artésiens. En 1856, un ingénieur français a de nouveau opéré un forage dans la ferme du roi, et il n'a pas obtenu d'eau jaillissante.

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Si l'Atdque n'a pas été richement dotée au point de vue agricole, en compensation elle a été très favorisée pour la navigation : « Je ne crois pas, a dit Ampère, qu'il y ait dans le monde un pays aussi insulaire que la Grèce : elle se compose en partie d'un archipel et d'une péninsule; le reste est entamé, pénétré par une foule de golfes sinueux, A chaque pas qu'on fait dans l'intérieur du pays, on rencontre la mer; avec une coquetterie gracieuse, elle vient partout chercher le voyageur, et semble lui dire : Me voici, arrête-toi, regarde comme je suis belle. On pourrait étendre à toute la Grèce le nom de l'Attique, rivage. » Ces golfes nombreux dont parlait Ampère laissent les navires entrer au milieu des terres, et, comme les eaux sont profondes au pied même des rochers qui bordent les côtes, on opère les transbordements avec facilité ; ce sont là des conditions avantageuses pour le commerce maritime.

Les îles de l'Archipel surtout ont contribué à la richesse de la Grèce; à en juger par les alignements, Macro-Nisi, Zéa, Thermia, Syra, Sériphos, Siphnos, Paros, Nàxos, Amorgos, semblent un prolongement de

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TAttique, commeAndros, Tinos et Myconos sont un prolongement de TEubée. Peut-être ces îles représentent des lambeaux d'un vaste continent qui existait pendant Tépoque miocène ; lors des phénomènes d'affaissement qui ont marqué le commencement de répt)que pliocène, les parties basses de ce continent ont été envahies par la mer et les parties culminantes ont constitué des îles. Ces événements géologiques ont eu une influence favorable sur les destinées du peuple grec; en effet, si Tespace couvert par TArchipel fût resté un continent montueux, il aurait peut-être été peu fréquenté, au lieu que les îles nombreuses sont devenues des lieux de relâche pour les navires, et des places de commerce unies entre elles par une mer qui se laisse parcourir avec rapidité ; aussi, depuis les temps reculés où les Argonautes allaient à la recherche des trésors symbolisés par la toison d'or, les Grecs ont été d'heureux marins : avant les chemins de fer, la mer était le principal lien des peuples.

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Les Athéniens ont trouvé une source de richesses dans les mines du Liiurium. « II y a dans l'Attique, dit Xénophon, des terrains qui étant semés ne portent pas de fruits, et qui étant creusés nourrissent bien plus d'hommes que s'ils portaient du blé ; car, sans doute par quelque présent divin, ils sont d'argent en dessous. » Plus loin le même auteur assure que les mineurs n'aperçoivent point la fm des veines métalliques. Hérodote raconte « qu'avant la bataille de Salamine, il y avait dans le trésor public de grandes richesses venant des mines du Laurium ». Du temps de Strabon, les mines argentifères du Laurium étaient déjà épuisées : « Les mines d'argent de l'Attique furent jadis d'un produit considérable; maintenant elles sont épuisées. Quand elles ne répondirent plus que faiblement au travail des mineurs, on remit à la fonte les vieilles mottes de rébus et les scories, et l'on obtint de l'argent très pur, attendu que les anciens n'avaient pas été fort habiles dans l'art de l'extraire. » Depuis mon retour de la Grèce, une usine a été établie à Kératéa pour retirer les substances métalliques encore engagées dans les scories qui proviennent des exploi-

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tations antiques du Laurium ; c'est donc la seconde fois que ces scories sont traitées.

« On rencontre dans l'Attique, a dit Xénophon, un marbre incomparable dont on forme les plus beaux temples, les plus beaux autels, les plus belles statues pour les dieux; un grand nombre de Grecs et de barbares le lui envient. » Les marbres^ comme le plomb argentifère du Laurium, ont contribué à la richesse des Athéniens; mais ils ont eu une autre destination plus élevée : TAttique leur a dû en partie d'être devenue la mère des beaux-arts. La sculpture et Tarchitecture étaient pratiquées depuis longtemps en Babylonie et en Egypte avant de parvenir en Grèce; cependant c'est seulement lorsqu'elles rencontrèrent les marbres du Pentélique et de Paros qu'elles entrèrent dans une voie de perfection. La pureté de ces marbres inspira la pureté des lignes^ qui est un des caractères saillants de l'architecture grecque; leur translucidité invitale ciseau des sculpteurs à en faire des statues qui imitaient des êtres animés;. quelles substances furent jamais plus dignes de servir à représenter les dieux ou les héros? Les artistes reconnurent que les marbres n'ont pas à craindre d'injures du: climat bienfaisant de la Grèce, et ils leur confièrent avec amour les trésors de leur génie, sachant qu'ils en conserveraient une empreinte immortelle. Les coloristes euxmêmes furent séduits par la blancheur et le facile polissage du marbre saccharoïde; ils le peignirent, comme

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aujourd'hui on peint l'ivoire et la porcelaine. Depuis les recherches d'Hittopflf, Tornementation polychrome des monuments antiques a cessé d'être mise en doute. Quoiqu'on trouve des marbres saccharoïdes dans plusieurs lieux de TAttique, le mont Pentélique est le seul point où ils ont une grande extension *. On voit encore les carrières qui ont été creusées par les anciens ; elles sont à ciel ouvert. Comme la montagne est naturellement escarpée, il suffisait pour extraire le marbre d'abattre les roches perpendiculairement. Dans les vastes tranchées qui sont résultées des exploitations, on remarque plusieurs petites cavités rectangulaires, sans doute produites par l'enlèvement d'un bloc de marbre qui avait plus spécialement séduit les artistes; il devait être fort difficile d'obtenir ainsi un morceau isolé; il fallait, après avoir creusé tout le périmètre, ouvrir une cavité assez large pour faire manœuvrer des outils qui détachassent le bloc par derrière. Si l'on réfléchit qu'un des caractères essentiels de la sculpture grecque était le fini des détails, et que la production d'un chef-d'œuvre était un événement dont toute la Grèce s'émouvait, on s'expliquera comment les statuaires prenaient tant de peine pour choisir leurs matériaux.

A Le comte de Clarac, en parlant des marbres cités par les anciens, a dit : « Il semble que le marbre du mont Thellius, en Attique, était du même genre que le marbre du Pentélique. » (Musée de sculpture antique et moderne^ t. I, p. 167. Paris, 1841.)

Une voie tirée au cordeau servait à CtHwluirô les^^mârbres du haut des carrières jusqu'au bas de la montagne. Cette voie existe encore; elle est trop rapide, mais elle est ouverte dans le roc vif : exemple de grandes difficultés vaincues chez un peuple ignorant l'art de faire jouer la mine !

Les anciens devaient tailler en partie les marbres dans la carrière, car on voit un tambour d'une colonne de vaste dimension resté près du lieu d'extraction de la roche. Le marbre blanc saccharoïde est le seul dont on se soit servi dans la construction des antiques monuments d'Athènes subsistant aujourd'hui. Pour élever le palais du roi Othon, on a renouvelé les anciennes exploitations. Un grand nombre de constructions de la moderne Athènes sont décorées avec du marbre du Pentélique. Fiedler prétend qu'il est plus finement cristallisé que celui de Paros, qu'il a des piqûres jaunes, tandis que celui de Paros a par transparence un reflet bleuâtre.

Les marbres blancs, quelle que soit leur abondance, sont des matériaux de construction très dispendieux. Aussi les Grecs les ont employés avec économie; les édifices de l'Attique excitent l'admiration par leur beauté et non par leur grandeur; en architecture, la Grèce fut le pays du beau, comme TEgypte fut le pays du grand. Mais en Egypte on prit peu de roches dures pour les monuments gigantesques; ce serait une erreur de croire que les pyramides du Caire sont de granité ; cette pierre

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n*a servi que pour leur ornementation, et la presque totalité de leur masse a été faite avec du calcaire nummulitique assez tendre qui forme le pays où elles sont situées! Dans nos contrées où le beau marbre est rare, et où abonde la pierre facile à tailler, on a élevé des édifices souvent plus remarquables par leurs vastes dimensions que par la perfection de l'art ; les richesses des décorations gothiques ont servi à dissimuler nos calcaires grossiers.

Si les Athéniens eussent voulu, à l'exemple des Egyptiens, bâtir de vastes monuments, ils n'auraient point manqué de matériaux économiques. Outre ses marbres de luxe, l'Attique possède des marbres communs, blanchâtres, bleus ou grisâtres dont le prix de transport ' est très faible, car ils constituent les monticules mêmes contre lesquels Athènes est bâti ; on les exploite actuellement au Lycabette et à l'Hymette près de Turko- Vouni^

En outre, les formations pliocènes de l'Attique, delà Mégaride et de la Corinthie renferment des calcaires grossiers; des carrières sont ouvertes dans ces calcaires au Pirée et dans la Mégaride. Dès l'antiquité, on a employé la pierre de Mégare : 4( Le tombeau de Qr,

i Suivant de Clarac (ouvrage cité, p. 167), Voratctir L. Brassas fut le premier Romain qui, l'an de Rome 662 (92 ans avant j,-C.), orna sa maison du mont Palatin de six colonnes de marbre de l'Hymette; ce marbre, dit M. de Clarac, était d'un blanc grisâtre.

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fils de Phoronée, dit Pausanias, fut revêtu de pierre coquillière, d'après l'ordre de Toracle. Cette pierre coquillière ne se trouve que dans la Mégaride ; on en fait beaucoup d objets; elle est très blanche, plus tendre que les autres pierres, et remplie de coquilles de mer. » Certains bancs des terrains lacustres miocènes pourraient aussi fournir des pierres pour la bâtisse ; on les rencontre dans une grande partie de TAttique, à Daphné, Ménidi, Camatéro, Hiracli, Kharvati, Raphinn, Tatoï, Mercouri, ©ropo et Marcopoulo.

11 y a lieu de s'étonner que, malgré tous ces matériaux de construction, les maisons des particuliers aient été bâties très légèrement; on ne découvre presque aucun reste d'habitations privées. 11 est probable que les anciens architectes ont beaucoup employé la brique : «Les Grecs, a dit Pline, ont préféré les murs de briques, excepté dans le cas où ils ont pu les construire avec du silex... Ils ont même bâti en briques des édifices publics et des palais pour leurs rois. La muraille d'Athènes qui fait face . au mont Hymette... est de briques.» La terre à briques abonde aux portes d'Athènes et près du Pirée ; c'est une terre alluviale très fine ; il y a quelques années, on la travaillait avec une grande activité, mais les eaux séjournaient dans les cavités d'où on Tavait retirée, et contribuaient à répandre les fièvres intermittentes ; cette raison a déterminé à restreindre les exploitations de la plaine d'Athènes.

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