‹ Les ancêtres de nos animaux dans les temps géologiquesChapitre 28 sur 34 · JU'M · texte numérisé non relu

JU'M

Connue il arrive fréquemment à ceux qui ont à lutter contre une très vive opposition, d'Orbigny a exagéré son système; il a attribué à chaque étage plus de netteté qu'il n'en a eu réellement. Cequi semble certain, c'est que les diverses époques géologiques ont été caractérisées par des animaux et des végétaux particuliers. Voilà une idée qui reçoit chaque jour des confirmations. Elle a changé la face de la géologie ; autrefois on distinguait les terrains d'après les caractères physiques, au- ■ jourd'hui on les classe d'après leurs fossiles. Sans doute la gloire prejnière de cette idée appartient à Smith et à AIl'x. Brongniart ; en France, en Allemagne, surtout en Angleterre, plusieurs géologues l'ont développée : aucun cependant n'a plus que d'Orbigny combattu pour elle, aucun n'a cherché davantage à la propager.

D'Orbigny a repoussé la théorie de la transformation des êtres. S'ils ont été plusieurs fois renouvelés pendant la durée des temps géologiques et s'ils n'ont point eu le pouvoir de se transformer, il faut imaginer une force qui soit en dehors d'eux, et cette force, c'est la puissance immédiate de Dieu. Les vingt-sept époques de d'Orbigny correspondent, selon lui, à vingt-sept créations distinctes.

Suivant l'opinion de plusieurs naturalistes, les espèces

fossiles, qui ne sont pas transformées se seraient éteintes

d'elles-mêmes ; elles seraient mortes de vieillesse. Les

içiêlés, comme les individus, auraient une somme

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de vie qui s'épuiserait après un certain laps de temps. Cette idée est séduisante pour la raison; cependant d'Orbigny ne Ta pas acceptée, il Va crue en désaccord avec les faits •observés. Il a pensé que l'extinction des animaux avait été le résultat des grands bouleversements géologiques qui ont produit les chaînes de montagnes. Il a constaté des changements de générations à des époques où Ton n*a pas encore indiqué des soulèvements de montagnes ; mais il pensait que les océans cachent sans doute la trace de plusieurs dislocations anciennes.

Dans la chaire de paléontologie qu'il fut chargé d'occuper au Jardin des plantes, le savant professeur aimait à exposer les grandes questions théoriques de la paléontologie, et surtout il insistait sur ce fait qui domine tous ses travaux et en est. le résumé : Les temps géologiques se divisent en un grand nombre de périodes distinctes caractérisées par des êtres spéciaux qui sont nés avec ces périodes, qui sont morts avec elles. La paléontologie aux yeux de d'Orbigny était surtout une science historique : c'était le récit de chacune de ces périodes qui ont vu naître, se développer et mourir de nouvelles générations de plantes et d'animaux. Qu'emporté par le charme des découvertes, il ait souvent été trop absolu dans l'exposé de l'histoire du vieux monde', c'est chose certaine ; mais on ne saurait douter qu'il n'ait eu une foi profonde dans ses doctrines : il croyait lire couramment dans l'histoire

des êtres anciens. L'affirmation était le propre, non seulement de son style quand il écrivait, de ses paroles quand il professait au Muséum,, mais encore de son esprit, alors qu'il était seul au milieu des produits de la nature.

Si on compare la paléontologie d'aujourd'hui avec ce qu'elle était au temps de Cuvier et d'Alex. Brongniart, ses premiers fondateurs, on verra quels immenses progrès elle a faits, et d'Orbigny, de l'aveu de tous, est celui qui lui a communiqué la plus forte impulsion.

Quatre ans après sa nomination, Alcide d'Orbigny mourut.

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