II. Le rôle de Darwin au point de vue de la paléontologie
Le darwinisme représente un ensemble de considérations de tout autre nature que celles dont je viens de parler. 11 ne consiste pas dans la constatation des changements que les êtres ont subis dans les diverses époques géologiques, mais dans la recherche des procédés par lesquels ces changements ont pu se produire. Ce n'est pas sur la paléontologie que le fondateur du darwinisme s'est appuyé, c'est sur l'étude des faits qui se passent sous nos yeux. Même, Darwin a cru que la paléontologie fournissait des objections contre son système. Il y a quelques années encore, les enchaînements observés entre les êtres fossiles étaient si peu nombreux que la plupart des meilleurs naturalistes, frappés du nombre
ROLE DE DARWl^ 31
et de la largeur des lacunes, étaient peu disposés à admettre les idées d'évolution.
Cependant, les ouvrages de Darwin ont eu une importance toute particulière pour la paléontologie ; je vais tâcher d'en faire comprendre la raison.
Avant de se rendre illustre par ses théories, Darwin avait révélé un puissant esprit d'observation. Il avait fait le tour du monde à bord du Beugle, avait publié sur la Patagonie des remarques curieuses, s'était livré à d'ingénieuses études sur les îles madréporiques de l'Océan Pacifique. Plus tard, il avait entrepris de patientes recherches sur les Cirripèdes, soit vivants, soit fossiles. C'est seulement en 1859 Q"^^ ^ ^^'^ paraître son ouvrage intitulé : Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la Lutte pour V existence dans la nature, 11 a attendu que son esprit fût arrivé à la maturité ; il a pris le temps d'accumuler les observations et de méditer sur ce qu'il avait vu* V Origine des espèces a été complétée par plusieurs ouvrages, notamment par la Descendance de t homme, les l^ariaiions des plantes et. des animaux, l'Expression des émotions de l'homme et des animaux, les Plantes grimpantes, les Plantes insectivores, etc.
Bien que Darwin, dans son Origine des espèces, 2i\\. peu traité des animaux fossiles, c'est peut-être parmi les paléontologistes qu'il a produit en France le plus d'impression. Les uns prirent chaudement parti contre lui.
les autres prirent parti pour lui. Dans cette chaire du Muséum que j'occupe maintenant, d'Archiac Tattaqua vivement ; malgré ma confiance dans le jugement de ce maître que j'aimais et estimais profondément, et quoique j'aie toujours été éloigné à certains égards des idées philosophiques de Charles Darwin, je lus le livre sur X Origine des espèces avec une admiration passionnée; s'il m'était permis d'employer une telle expression, je dirais que je le dégustai lentement, comme on boit à petits traits une délicieuse liqueur ; j'y trouvais une multitude d'observations et de pensées qui s'accordaient avec ce que j'avais pu entrevoir des enchaînements des êtres dans les âges passés. '
Aujourd'hui les espèces fossiles se comptent par milliers. Nous savons qu'à chaque moment de l'histoire du monde, des formes nouvelles se sont manifestées ; entre ces formes indéfinies, notre esprit troublé cherche à découvrir des points de repère. La question de l'espèce se pose irrésistiblement devant le paléontologiste. L'espèce représente-t-elle une entité distincte, indépendante de celle qui l'a précédée, de celle qui Ta suivie?
Par example, M. de Saporta en faisant ses investigations de paléontologie végétale, trouve à divers niveaux dans les couches tertiaires des plantes peu différentes de celles qui parent aujourd'hui l'écorce de notre terre ; naturellement il est disposé à penser que ce sont
les mêmes types qui d'étapes en étapes, de mutations en mutations se sont avancés vers l'état où nous les admirons maintenant. Deshayes a compté mille quatre cents espèces de Cérithes, dont mille à Tétat fossile, appartenant à des étages différents ; sont-ce là autant de créatures distinctes; ne peut-on pas plutôt supposer soit un seul Cérithe, soit un petit nombre de Cérithes se continuant à travers les temps géologiques et présentant ces faibles modifications qu'on a nommées des espèces ?
Un paléontologiste va explorer un gisement d'où il rapporte une multitude d'os de Rhinocéros fossiles ; il compare ces os avec ceux des Rhinocéros vivants ; presque tous ont les mêmes trous pour les ligaments, les mêmes saillies pour les attaches des tendons ; seulement il trouve une ou deux différences; alors, par la pensée, il met dans une balance la sornme des ressemblances et celle des dissemblances ; la première l'emporte tellement sur la seconde qu'elle entraîne son esprit vers l'idée que les espèces de Rhinocéros vivants et fossiles ne sont qu'un même type qui a éprouvé de légers changements. Ensuite le même naturaliste compare ces Rhinocéros avec leurs prédécesseurs les Palœotherium, et, plaçant à la suite les unes dfes autres toutes les espèces de ces deux genres, il suppose qu'elles aussi peuvent représenter un même type qui s'est peu à peu modifié. Là où on voyait dix êtres, cent êtres diffèven\.s, \\ x\'^ ^xv 'îsc^>\'$>
Albert Gaudry, Ane, de nos anim. 'b
qu'un; Thistoire de la nature Sje simplifie; sous son apparente diversité, nous apercevons Tunité ; au lieu de créatures jetées comme au hasard, sans règle et sans suite, dont rindéfinie variété semblait devoir surmonter la compréhension de l'esprit humain, nous croyons suivre la trace de quelques types dont le fond est assez peu varié pour que nous soyons capables d'embrasser leurs traits principaux. Ainsi espérons-nous arriver un jour à comprendre le plan que Dieu a suivi pour produire et développer la vie dans le monde.
On a dit aux paléontologistes partisans de la doctrine de révolution : « Vous poursuivez une grande idée chimérique, car les espèces d'aujourd'hui ne changent pas ; les momies d'Egypte ont appris que les êtres les plus anciens des temps historiques sont aujourd'hui les mêmes qu'autrefois. » Les paléontologistes étaient bien embarrassés pour répondre à cet argument. Mais voilà que Darwin est venu : il a vécu près des jardiniers et des éleveurs d'animaux ; son esprit fin et curieux a interrogé tous les êtres qui existent autour de ilous. Il a suivi leurs insensibles modifications ; il a été profondément impressionné par la vue des changements qui sont déterminés par quelques efforts de l'Homme, par des influences de milieux, par des uftions répétées d'individus ayant la prédominance de telles ou telles qualités. 11 a montré que, même dans le court espace des temps historiques, les êtres ont subi et subissent actuellement
SOUS nos yeux d'importantes mutations. Assurément Darwin n'a pas tout expliqué ; Tincompréhensible dans Tunivers se dresse encore immense en face du compréhensible. Mais la voie est ouverte : tracer une voie nouvelle, c'est faire preuve de génie.
LES ENCHAINEMENTS DES MAMMIFERES
DANS LES TEMPS GÉOLOGIQ.UES
Parmi les êtres fossiles, les Mammifères qui ont caractérisé la troisième grande phase de l'histoire de la nature, appelée Vépoque tertiaire^ offrent des conditions particulièrement favorables pour l'étude des questions relatives à l'évolution. A cette époque, les Mammifères forment un contraste frappant avec la plupart des autres êtres. Alors les plantes appartiennent déjà aux genres actuels ; ainsi que l'ont montré les admirables travaux de M. de Saporta, elles subissent encore des changements d'espèces et de races, mais leurs transformations génériques sont accomplies. Les grands traits des animaux invertébrés sont presque tous dessinés : leurs espèces varient ; leurs
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genres, leurs familles, ne varient plus guère. Les Poissons ont atteint leur apogée ; les Reptiles Tout dépassée et sont en voie de diminution. Il n'en a pas été de même pour les Mammifères ; ces êtres, dont la peau est le plus souvent délicate, nue ou couverte de poils, n'ont eu leur complet développement que lors de l'extinction des énormes Reptiles secondaires, auxquels une peau coriace et quelquefois cuirassée donnait des avantages dans la lutte pour la vie. Pendant la plus grande partie des âges tertiaires, les Mammifères ont été très différents des animaux actuels : ils ont été encore en pleine évolution ; ils ont présenté une infinie richesse de formes. Dans la multitude de ces espèces qui se sont succédé, il y en a eu qui, à un moment donné, semblent avoir apparu ou disparu brusquement ; mais je vais tâcher de montrer par quelques exemples qu'il y en a eu aussi plusieurs dont on peut suivre les enchaînements.
Les Mammifères se divisent en Placentaires et en Marsupiaux. Chez les premiers, la membrane appelée allantoïde dont s'entoure le fœtus s'étend assez pour former un placenta par lequel il s'unit intimement avec sa mère. Chez les seconds, Tallantoïde reste à l'état rudimentaire, il n'y a pas formation de placenta ; aussi les petits ne se développent que très incomplètement, et ils arrivent au jour dans un état imparfait ; souvent, pour protéger leur faiblesse, la mère a sous le ventre une poche (marsupium)
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DANS LES TEMPS GEOLOGiaUES 39
OÙ elle les reçoit. Ces Marsupiaux, que les naturalistes regardent comme inférieurs aux Placentaires, ont apparu les premiers ; ils ont quitté nos pays dès le milieu des temps tertiaires.
Quand nous réfléchissons que Tépoque de la disparition des Marsupiaux a coïncidé avec l'époque de la multiplication des Placentaires, nous nous demandons si ces derniers ne sont pas des Marsupiaux qui se seraient modifiés. Cette interrogation se pose naturellement à notre esprit, attendu que, justement aux moments où se sont succédé ces Quadrupèdes, il y a eu des genres qui ont formé la transition des uns aux autres. Ainsi les Carnivores connus sous les noms d'Hyœnodon, Pterodorty PalœonictiSy ont la plupart des caractères des Placentaires, et cependant leurs dents molaires ont la forme de celles des Marsupiaux. M. Filhol a montré que la Proviverra, dont les membres rappellent le type des Civettes, se rattache aux Marsupiaux par son cerveau et une partie de sa dentition. Paul Gervais a fait voir aussi que V Arctocyon 2i\3\\. un cerveau de Marsupial, bien que par d'autres particularités il se rapprochât des Placentaires. Ces animaux me semblent des êtres énigmatiques, à moins de voir en eux des Marsupiaux devenus des Placentaires et qui ont gardé une partie de leurs anciens caractères. En vérité, pour concevoir un Marsupial se changeant en Placentaire, il suffit de supposer que Tallantoïde, au lieu d'être frappée d'un arrêt de
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développement, s'est agrandie par degrés. Je ne co prends pas le Marsupial considéré isolément : je comprends comme représentant le passage au Place taire ; un rudiment d*allantoïde me semble en désacco avec les harmonies habituelles de la nature, s'il n'est p destiné à avoir un jour son utilité dans le Marsup devenu Placentaire.
Parmi les Mammifères à placenta, ceux qui ont joué plus grand rôle dans les temps tertiaires sont les ar maux auxquels leur peau épaisse a fait donner le noi de Pachydermes. Aujourd'hui, ils sont peu répandus assez bien séparés les uns des autres; on n'a pas ( raison de penser que les Rhinocéros d'Afrique descende! de ceux d'Asie, ni que les Rhinocéros descendent des Cochons ou des Tapirs ; cts Quadrupèdes, étudiés dans la nature actuelle, ont pu contribuer à faire repousser l'idée que les espèces différentes sont dérivées les unes des autres. Mais, lorsque nous pénétrons dans les temps géologiques, nous voyons les lacunes se combler ; les espèces se montrent si rapprochées qu'il est difficile d'échapper à la pensée que leurs ressemblances prouvent des descendances. Par exemple, avant les Cochons actuels, il y a eu une succession de Cochons fossiles qui avaient avec eux les plus grands rapports. On a trouvé aussi un genre qui a paru très rapproché des Cochons ; on l'a appelé Hyotherium ; il est lui-même si voisin d'un autre genre, le Palceochœrus, que l'habile paléontolo-
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giste Pelers a proposé de les réunir; à son tour, le Palœochœrus est peu différent du Chœropotamus et du Dicbobune dont Cuvier a découvert les restes dans la pierre à plâtre de Montmartre. Les Rhinocéros actuels ont été précédés par des Rhinocéros tertiaires qui leur ressemblaient beaucoup ; il n'est pas facile d'établir la séparation de quelques-uns d'entre eux et des Rhinocéros auxquels le manque de corne sur le nez a fait donner le nom d' Acerotherium ; d'autre part, ces derniers ne sont pas bien éloignés des Palceotherium, qui vécurent à côté du Chœropotamus dans le temps de la formation de notre pierre à plâtre. Comme les Rhinocéros et les Cochons, les Tapirs actuels ont été précédés par plusieurs espèces qui en étaient très voisines; quand on s'enfonce un peu dans les temps géologiques, on trouve une forme représentative du type Tapir, à laquelle a été appliquée la désignation de Lophiodon (fig. i); VHyracbius paraît avoir été une des transitions du Lophiodon au Tapir. Tant de ressemblances sont- elles trompeuses? Ne révèlent-elles pas une communauté d'origine entre les Pachydermes qui de nos jours sont bien séparés ?
Mais il y a plus ; nous n'apercevons pas seulement des indices de transition de Pachydermes à Pachydermes, nous en voyons entre Tordre des Pachydermes et l'ordre des Ruminants. Au premier abord, il doit paraître étrange de dire que des bêtes charmantes et légères
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comme les Cerfs et les Antilopes, ont pu avoir des liens de parenté avec des Pachydermes ; cependant les paléontologistes ont déjà découvert un si grand nombre de genres fossiles, qu'ils commencent à pouvoir intercaler entre les formes extrêmes des formes de passage. Par exemple, la plupart des Ruminants semblent différer des Pachydermes parce qu*ils ont des cornes sur leurs os frontaux ; mais il n'en a pas toujours été ainsi : les pre-
FiG. I. — Lopbiodon parisiensis. Au 1/4 de gr. — Calcaire grossier de Nanterre
(d'après de Blain ville).
(d'après de Blainville)
miers Ruminants n*ont pas eu de cornes ; ceux qui sont venus ensuite ont eu de petites cornes ; ceux à grandes cornes ne sont arrivés que plus tard. Si les Ruminants actuels se distinguent des Pachydermes par le manque de dents incisives à la mâchoire supérieure, les Ruminants anciens n'ont pas offert la même différence : ils avaient des incisives aussi bien que les Pachydermes. Les Ruminants de notre époque ont des dents molairesqui ne peuvent se confondre avec celles des Pachydermes et notamment des Cochons : celles de ces derniers appar-
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tiennent au type omnivore, elles ont de gros mamelons surbaissés, destinés à écraser les corps durs ; au contraire, les molaires de Ruminants présentent le type parfait de l'Herbivore, elles ont de minces croissants dont les éléments forment une exellente râpe pour triturer les herbes. Si grandes que soient les différences des molaires de ces deiix ordres, on découvre en elles des transitions : c'est un curieux spectacle que celui des gros mamelons de Pachydermes se changeant peu à peu en croissants de Ruminants ; pour en jouir, il suffit de considérer tour à tour des arrière-molaires de certains Cochons, tels que les Pécaris, celles d'Entelodon et de Palœochœrus, celles de Chœropoiamus , celles de Dichohune, celles d'Âmphimeryx et enfin celles des Ruminants actuels. 11 n'y a pas loin non plus des molaires des Cochons à celles de V Anihracoïherium, de ces dernières à celles de VHyopotamus, de ces dernières à celles du Lophiomeryx, de ces dernières à celles du Dorcaiberium et de ces dernières à celles des Ruminants actuels.
L'histoire des Chevaux a présenté des faits du même ordre. Les figures ci-jointes montrent comment on peut supposer facilement le passage d'une molaire de Paloplotherium (fig. 2) à celle d'un Pacbynolophus (fig. 3), de la molaire d'un Pacbynolophus à celle d'un AncUibcrium (fig. 4), de la molaire d'un Anchitberiutn à celle d'un Hipparion (fig. 5 et 6), et de la molaire d'un Hipparion à celle d'un Cheval (fig. 7).
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C'est surtout par la forme des membres que les Ruminants sont aujourd'hui différents des Pachydermes; les
HUinn. Ugniwdibi Debruge.
). 3. — MoUire infirieuH gaucht le Padrftalupbia siderolitbkm.
[Irindcut naturelle. Mtm« lettres.
- Sidérolithiqiic du Maurtmonl.
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larges pattes de ces derniers soutiennent leur corps pesant, les empêchent d'enfoncer dans la vase des mare-
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cages et leur donnent la facilité de traverser à la nage les cours d'eau ; il serait peu utile à la plupart des Pachydermes d'être rapides à la course, car, étant omnivores, ils ont partout de quoi se nourrir, et, étant en état de résister à leurs ennemis, ils ne sont pas obligés de les fuir. Les Ruminants, au contraire, sont des Herbivores qui ne peuvent vivre que dans certains parages ; ils ont bientôt dévoré les herbages des plus riches régions, car ils forment des troupeaux immenses : aussi ils vont à travers les déserts, passant d'oasis en oasis ; leur panse, sorte de grand sac de voyage où ils emportent leurs provisions de nourriture, suffirait pour nous apprendre que ce sont des nomades. Il faut donc que les Ruminants soient bien organisés pour la course, et il le faut d'autant plus que ce sont des créatures d'ornementation faites pour charmer, non pour se défendre, si peu armées qu'elles ne peuvent trouver leur salut que dans la fuite. Aussi leurs membres sont de merveilleux instruments de locomotion ; il est difficile de voir des pattes plus dissemblables en apparence que celles d'un Hippopotame et d'un Mouton. Cependant, même dans la nature actuelle, nous observons des transitions entre ces formes extrêmes ; personne ne jugera invraisemblable qu'une patte de devant d'Hippopotame soit devenue une patte de Cochon, celle-ci une patte de Pécari, celle-ci une patte d'Hyœmoschus, celle-ci une patte de Tragule, celle-ci une patte de Steinbock, celle-ci enfin une patte
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de Mouton. Néanmoins, tant que Ton considère seulement des êtres des temps actuels, on peut objecter qu'ils appartiennent à la même époque de création, et que, par conséquent, rien ne prouve qu'ils soient descendus les uns .des autres ; mais, si on découvre des transitions analogues à celles que je viens de citer dans des couches de diverses époques géologiques, on n'a plus les mêmes raisons de contester qu'une patte de Ruminant a pu être dérivée d'une patte de Pachyderme. Or, nous voyons un insensible passage des pattes les plus lourdes des Pachydermes fossiles aux pattes les plus fines des Ruminants.
De même que la paléontologie révèle des enchaînements entre les Pachydermes à doigts pairs et les Ruminants, elle en découvre entre lés Pachydermes à doigts impairs et les Solipèdes. Le cheval a les pattes réduites à un seul doigt, c'est ce qui lui a fait donner le nom de Solipède; ses membres présentent le maximum de la simplicité ; il ne peut craindre ni entorses ni foulures : il réalise le type le plus parfait de l'animal coureur. A voir un fier Cheval se cabrer, frapper la terre de son sabot unique et dévorer l'espace, on ne s'imagine pas, au premier abord, qu'il puisse y avoir des liens de parenté entre lui et les Rhinocéros ; cependant les couches tertiaires nous fournissent des passages entre cts types si différents. Considérons les Rhinocéros dont les pattes sont les plus larges, ceux qui ont quatre doigts et qu'on
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appelle Acerotberiam ; nous remarquons que leur doigt externe est bien plus réduit que les autres (fig. 8). Chez les Rhinocéros proprement dits, ce doigt n'est plus représenté que par un os mdimentaire. La patte du Pa-
lœotberium crassum (fig. 9) n'a plus son cinquième doigt qu'à l'état rudimentairei représenté par le petit os(5«'.J. Dans la patte du Palœotberium médium (ilg. 10), les doigts s'allongent, et celui du milieu (^m.) est notable-
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ment plus développé que les autres. Dans la patte du Paloplotberium minus (fig. 1 1) et dans celle de VAnchitberium aureliamnse (fig. 12 et 13), les doigts latéraux
A< «j. ma.
ont encore moins d'importance. Les figures 14 et 15 montrent la patte de VHipparion où les doigts latéraux ne touchent plus le soi ; chez le Cheval {fig, 16 et 17), les doigts latéraux sont réduits à deux stylets qui repré-
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sentent le second métacarpien (2m.) et le quatrième métacarpien {4m.). Comme le montre la figure 18, faite
d« la Grive Saini