POUR SE FAIRE RECONNAITRE DE SON AMI BEWIS
Miniature dti Roman de Giiion (xiii*" siècle^
fête à Westminster; il était à table, entouré de ses pairs, lorsqu'une femme, vêtue et parée comme un ménestrel, entra dans la salle sur un grand cheval richement harnaché, comme en avaient d'ordinaire les poètes-chanteurs. Après avoir tourné autour des tables, elle s'approcha de celle du roi et mit un placet devant lui, puis elle salua, piqua son cheval et disparut. Ce placet contenait une remontrance au roi sur les faveurs qu'il prodiguait à ses favoris, tandis qu'il négligeait ses plus braves chevaliers et ses plus fidèles serviteurs. Les courtisans blâmèrent le portier d'avoir laissé
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passer cctlc femme ; mais il répondit que ce n'était pas l'usage de refuser jamais l'entrée des paisons royales à un ménestrel'.
Si un ménestrel mérila jamais la confiance du prince au(|uel il était attaché, c'est assurément BlondeP, qui se dévoua à Richard P' dit Cœur de Lion, roi d'Angleterre, lorsque celui-ci fut fait prisonnier par le duc d'Autriche à son retour de la troisième croisade.
Voici cette touchante histoire, d'après la Chronique de liehn.s\
(( Chapitre VIII. — Cornent H ?vis Ricars fa mis hors de prison
par Dlondiel le ménestrel.
(( Dés oremais vous dirons del roi Richart que li dus d'Osterriche tenoit en prison ; et ne savoit nus nouvieles de lui, fors seulement li dus et ses consaus. Si avint qu'il avoit longuement tenu . 1 . ménestrel, qui nés estoit deviers Artois, et avoit à nom Blondiaus. Cius afferma en soi qu'il querroit son signeur par toutles terres tant qu'il l'auroit trové ou qu'il en oroit novièles. Et se mist en chemin et tant erra l'un jour et l'autre, par laid et par biel, qu'il ot demouré an et demi, n'onques ne pot oïr nouvièle del roi. Et tant aventura qu'il entra en Osterriche ensi come aventures le menoit. Et vint droit au castiel où li rois estoit en prison, et se hiébrega ciès une vaine fcme, et li demanda à cui castiaus estoit, qui tant estoit biaus et fors et bien séans? Li otesse respondi et dist qu'il estoit au dus d'Osterriche. « — 0 bièle « ostesse, dist Blondiaus, a-il ore nul prisonier dedens?
J. St(»\v, DcscrijiHon de Londres^ cilr jtar Kaslncr.
2. lUondcl, smnoimné de. Noslos, du lieu de sa naissance', a olo l'un des chansonniers les plus esliuiés du xu« siècle
3. L(( Cltr(i/ii(jHe de liains, ])ul)liéo sur le manuscrit de la Bihliolnètiue du roi par Louis Paris, arcliivislc de la ville de Reims, membre de la Sociélé royale (les antiquaires de France. Paris, Techner, j)lace du Louvre, 12, 1837, p. o3 et suivantes.
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« — Ciorlos, (list-ollc, oil, un qui jn osloil hion «^ . iiir . ans, (( mais nous ne poons savoii' qui il est ciertainement. Mais « on le garde moult songnensement, et bien (^spérons rpTil « est gentius liom et grant sires. » VA rjuand Hlondiaus (Mitendi ees paroles si fu merveilles liés el li sembla eu sou euer (pi il avoil Irouvé çou cpi'il quéroit. Mais ains ne list samblanl al oslesse. La nuit dormi el lu aise et quant il oï la gaile corner le jour, si se leva et ala à Téglise proijer Dieu qu'il li aidast, et puis vint au castiel et s'accointa au castelain de laiens, et dist qu'il estoit menestreus de viièle et volontiers demouroit avec lui s'il lui plaisoit. Li caslelains estoit jouenes chevaliers et jobs et dist qu'il le retenroit volentiers. Adonc fu liés Blondiaiis et ala querre sa viièle et ses estrumens et tant servi le castelain qu'il fu moult bien de laiens et de toute la maisnie et moult plot ses siervices. Ensi demoura laiens tout l'iver, onques ne pot savoir qui li prisoniers estoit. Et tant qu'il aloit .1. jour, es fiestes de Pasques, par le jardin qui estoit lès la tour, et regarda entour, savoir se par aventure poroit veoir le prisonier. Ensi come il estoit en cette pensée, li rois regarde et vit Blondiel et pensa coment il se feroit à lui conoistre; et li souvint d'une canchon qu'il avoient fait entr'eaux deux, que nus ne savoit fors que eux deus. Si comencha haut et clèrement à canter le premier vier, car il cantoit très bien. Et quant Blondiaus l'oï, si sot certainement que c'estoit ses Sires. Si ot à cuer le plus grant joie quil ot onques mes à nul jour. Et se parti maintenant dou vergier et entra en sa cambre où il gisoit, et prist sa viièle et comencha à vièler une note, et en violant se delitoit de son Signeur qu'il avoit trouvé. Ensi demoura Blondiaus deschi à pentecouste, et si bien se couvri que nus ne se pierchut de son affaire. Adont vint Blondiaus au castelain et li dist : (^ Sire, s'il « vous plaist, je me iroie volentiers en mon pays, car lonc « tans a que je n'i fui. — Blondiel, biau frère, ce dist h « castelains, ce ne ferez vous mie, se vous m'en créés.
(( Mais demorcs encore et je vous ferai grant bien. — Ciertes, Sire, dist Blondiaus, je ne demouroie en nule ma- (( nière. » Quant li castclains vit qu'il ne le pooit retenir, si H oclria le congier et li donna boine ronchi noeve. A tant se parti Blondiaus dou castelain et ala tant par ses journées qu'il vint en Engletère et dist as amis le Roi et as barons, où il avoit le Roi trouvé et cornent. Quant il orent entendu ces nouvièles si en furent moult liés. Car li rois estoit li plus larges chevaliers qui onques cauçast esporon. Et prisent consel entr'aus quil envoiroient en Osteriche au dus pour le roi raiiembre : et eslurent .ii. chevaliers qui là iroient, des plus vaillans et des plus sages. Et tant alèrent par lor journées qu'il vinrent h Osteriche au dus et le trouvèrent en .1. sien castiel et le saluèrent de par les barons d'Engleterre et li disent : a Sire, il vous mandent et prient « que vous prendès de lor signor raenchon : et il vous en « donront tant qu'il vous venra en gré. » Li dus lor respondi qu'il s'en conselleroit. Et quant il s'en fu conselliés si dist : Signeur se vous le voles ravoir, il le vous convient racater de .ii. cens mil mars d'esterlins; et si n'en reprendès })lus ma parole, car ce seroit paine perdue. — Atant prisent li message congietaudus et disent que ce reporteroient li as barons et puis si en eussent conselg. Adont revinrent en Engletère et disent as barons çou que Ii dus lor avoit dit. Et il disent que ja pour cou ne demouroit. Adonc fisent aprester lor raenchon et le fisent envoier au dus. Et li dus délivra le roi. Mais anchois li iist donner boine sûreté que jamais il n'en seroit moliesté.
« Ensi avint que li rois Richars fu raiiens et fu recheus en Engleterre à grant honneur : mais sa terre en fut moult grevée et les églises del règne, car il lor convint mettre jusques as calices, et cantèrent lonc tans en calisces d'estain. »
Les ménestrels jouaient un rôle important dans la création des chevaliers. Avant la cérémonie du bain, « vont par devant
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les chevaliers, chanlans, dansans, et esbalans jusques à riuiys de la chambre diidit escuyer » . AprcîS celle cérémonie : « les escuyers esbalans et dansans seront admenez par devant l'escuyer avec les ménestrels faisant leurs mélodies jusques à la chapelle' ». Cela devait ôlre très gai et très animé quand on armait un chevalier. En résumé, les ménestrels étaient toujours avec l'écuyer candidat, à toutes les cérémonies préparatoires, et lorsque le roi lui avait donné l'accolade, en lui disant : soyez bon chemlier, ils accompagnaient encore le nouvel élu jusqu'à sa chambre. En récompense des fonctions qu'ils avaient exercées en pareil cas, ils recevaient : les vêtements que l'écuyer avait quittés pour revêtir le costume de chevalier, plus un marc d'argent si l'écuyer nouvellement élu était bachelier, le double s'il était baron, et le double encore s'il était comte ou plus que comte.
L'Allemagne avait aussi ses poètes, chanteurs et musiciens appelés Minnesinger [chanteurs cramour), qui étaient, pour la plupart, de très haute lignée; car on trouve parmi eux un empereur, des rois, des princes, des ducs, des margraves et des comtes. Les plus célèbres furent Klingsor, Wolfram d'Eschenbach, Walther de Vogelweide, maître Gottfried de ^Strasbourg, Reinmar l'Ancien, Ulric de Lichtenstein, Tannhâuser (le héros de R. Wagner), etc.
Dans les Nibeluncjen, qui ont été terminées, dit-on, vers \ 210, le poète donne les rôles les plus brillants aux chanteurs joueurs d'instruments. Lorsque Ezel, roi des Huns, envoie des ambassadeurs vers les rois des Burgondes, il choisit deux joueurs de vièle, Werbel et Swemmel, pour remplir cette