De canlû et musicd sacra
XX liNTUODLCTlON
personnages qui le tiennent sur leurs genoux. Tout en ayant l'air de ehanter, Tun d'eux tourne la manivelle de la main droite et maintient l'instrument de la main gauche, tandis que l'autre fait mouvoir les sillets.
L'organistrum était perfectionné pour son époque, et comme il est naturel que toute invention procède du simple au composé, d'autres instruments à roue, montés seulement d'une ou de deux cordes ont certainement dû le précéder. De sorte que le frottement de la corde par la roue peut très bien être antérieur ou, tout au moins, contemporain du frottement par l'archet.
On ne trouve, il est vrai, le dessin de l'organistrum qu'à la lin du vnf siècle ou au commencement du ix*. Mais celui du crouth ne se voit qu'au xi'' siècle, et si ce n'était les deux vers de Fortunatus, on pourrait croire que ce dernier est le moins ancien.
Espérons que l'on découvrira un jour le document qui permettra de liiire la lumière sur ce point si délicat.
11 était de notre devoir d'établir ces comparaisons et si la ligure de l'organistrum n'est pas donnée ici, c'est parce (jiic cet instrument ayant été l'cproduit dans un très grand nombre d'ouvi-ages traitant de la musique, il sera facile au lecteur de la connaître, si toutefois il ne Ta pas déjà vue.
Du xi'' au xv'' siècle, les instruments à cordes frottées ont porté le nom de vièle.
Les vièles du Moyen Age représentaient plutôt un ensemble qu'une famille d'instruments. Leur forme n'était pas homo-
grnc. Anninc d'elles n\'l,iil l.i icprodiidion d'iin modrlclype.
Elles j)orl;(i('iil bien (dhM'iiiic une dcnoniiii.'ilioii j);irli- ('idiri'(\ iniiis \c pnhiic, (jiii .'ipjMdlc (Micorc .•iiijoiii'd'liiii hi conli'cbassc à ('ordcs f/n f/rand violon^ ne les coniuiissiiil (jue sous le nom généricjue de vièles. De là rexpression : viéler, employée aussi bien |)our désigner celui ({ui jouait de la vièle que celui qui jouait de tout autre instrument à cordes.
Il est à remarquer que la massc^ du public n'est pas seule à désigner différents instruments de musique par un terme collectif. Les beaux spécimens de la lutherie italienne et française exposés au musée de Cluny sont, pour la plupart, indiqués au catalogue avec des mentions de fantaisie venant de cette habitude que nous signalons.
C'est ainsi que le n" 7004 (Catalogue du Musée des Thermes et de riujtel de Cluny ^ par E. du Sommerard, Paris, 188i, p. 5G0) est désigné :
« Grande mandoline ilalienne à long manche, décorée d'incrustations en nacre représentant des oiseaux, des rinceaux et des fleurs; garnie de vingt clefs, dont douze à la base du manche et huit à rexlrémité. L'iusli'umeiit complet porte l"",;).^ de longueur, dont l"',0o de manche. Fin du XI v' siècle. »
Or, cet instrument est un archilulh et lion pas une mandoline.
Erreur similaire pour le n" 700(3. Le catalogue^ dil : (( Mandoline incrustée d'ivoire avec manche orné d'arabesques (Ml incrustations, signée [)ar Alexandre Roboam ^
1. Il y aiHsi (MTcur pour le nom, c csl X'oboam et non pas Rolxtam. Doux lutliicis (lu nom de Voboam (Alexandre et Jean) ont exercé à Paris, à la fin du
x\ir INTRODUCTION
ru IG82. DoiiiKM^ j),u- M. Clinl)nmi(', h P;iris, rw 1872. ^
Ccl iiisli'iiiiKMil csl mio |L;iiil,ir<' IVnriçnisc, coiiiiiic en r.iil (oi l<i si^n.'ihirr iiH'iilioniUM' nii (*iil<il(><^U('.
Prrnoiis Ir ii" 7007 :
« Mîuicloliiic véniliciiiir du wiT sirclc, h douze cordes, ornée d'inci'UslnHons (Tivoii'c^ et de nncre. Le ninnelie est en ivoire plaqué, décoré d'ornements incrustés en bois, d'un côté; de l'autre, il est formé de plaques de nacre gravée, représentant des maisons et des paysages.
(( Le talon porte une plaque gravée avec cette inscription : Mdlhco Srllds alla corona in Vcne/i(f. Ladite inscription est surmontée d'une couronne. Cette mandoline a une lonij^ueur de 0",80. »
Cette mandoline est une grande mandole vénitienne, différant de la mandoline par sa taille (la mandoline a généralement 0°", 00 de longueur), le nombre des cordes (douze au lieu de huit) et par son cheviller en forme de crosse.
(( N"'' 7008 et 7009. Mandolines italiennes du xvn^ siècle, renfermées dans leur boîte du temps.
(( Ces mandolines sont de la môme main et ne diffèrent que par la disposition et surtout par la dimension de l'instrument.
(( La première mesure 1"',0G.
(( La deuxième mesure 0'",5i.
« La plus grande est en marqueterie de bois et d'ivoire qui forme des dessins prismatiques simulant des étoiles. Cette décoration est d'une conservation parfaite. Le même dessin se reproduit sur le manche, qui est large et plat et porte douze clefs à sa partie principale et douze autres à
xvir sirclc cl au r(,mnionroiiUMil du xviiie. \()ir les Fucleiirs (l'iiishin7ienls de nn(siqi(e. |»;U' Conslaril Picnc Paris, 1893, p. 07 et 68.)
son i'xtrrinilc's hHjucIlc, \);\v rcITrl du jn'olil renverse de rinslriiiiienl et du rel(Jiir du inaiiclie, idïec'Lc une forme loule spéciale. Ce mnnelie est orné de plaques d'ivoire gravées avec une rare j)erreclion, représentant Apollon, Mars, Vénus et les Amours.
(( IJiK^ grande placpie d'ivoire gravée représente Apollon et Daphné. Ces gravures sont exécutées de m;nn de maîlre et témoignent du soin qui a présidé à l'exécution de Finstrument.
(' La seconde (7009], qui est renfermée dans la môme gaine et qui est pour ainsi dire la contre-partie ou le complément de la première, est également en marqueterie de bois et d'ivoire, seulement le dessin en est moins riche et consiste en côtes formées de bandes d'ivoire et de bois de couleur; sa forme est celle d'une mandoline ordinaire h douze clefs.
a La crosse qui forme l'extrémité du manche est décorée d'une plaque d'ivoire gravée, exécutée par la même main que celle de la grande mandoline et représente Léda avec le cygne et un Amour jouant de la mandoline. Le manche est en outre décoré de filets et d'incrustations en ivoire.
(( Ces deux instruments, qui forment avec leur gaine une sorte de nécessaire de musique, sont dans un parfait état de conservation. »
La mandoline portant le n" 7008 est un téorbe, comme le montrent et la grandeur de sa caisse et le nombre de ses cordes et son double cheviller.
Quant au n" 7009, c'est une petite mandole vénitienne qui ne diffère que par les dimensions du n' 7007.
« N" 7011. Mandoline incrustée en ivoire, travail italien du temps de Louis XII 1. »
NXiv IMKODl CTION
Celle mandoline, qui n'a que 0'°,20 de longueur, est un pelil lulh de fanlaisie, comme le prouve son cheviller presque en équerre.
En réalité, nous n'avons trouvé au musée de Cluny qu'un seul instrument de musique à cordes pincées ayant au catalogue une désignation exacte. C'est le n" 7010 :
« Mandoline en bois sculpté enrichie d'incrustations en écaille et en nacre, ouvrage du temps de Louis XVI. »
C'est en effet une mandoline. 11 faut être juste !
Les jongleurs, ménestrels et troubadours se servaient de vièles à archet et de vièles à roue.
Les vièles à archet étaient : la vièle proprement dite; la rote, grande vièle se jouant pendue au col ou placée entre les jambes, comme le violoncelle; la rubèbe, un peu plus grande que la vièle; et la gigue, qui était la plus petite de
toutes.
Cet ensemble ou réunion de quatre individus conlenait deux modèles différents de caisse de résonance. De ce chef, on doit donc diviser les vièles en deux groupes distincts l'un de l'autre.
Dans le jjremier, qui comprend la vièle et la rote, que l'instrument soit rond, ovale ou carré, en un mot, quel que soit le dessin de ses contours, la caisse de résonance est toujours plate, des éclisses relient les deux tables et le manche se trouve complètement dégagé. Ce sont ces deux vièles qui descendent du crouth. Comme ce dernier, elles sont à fond plat avec éclisses, et la seule amélioration
IMhODCCTION xxv
aj)[)oi'lrc à riiisli'uniciil priiiiilir consisLe dans le. dcîgageineiiL (lu nianclH', obLeim |).*u' la suppression do rcncadremonl (jui Tonlourait. De niènic (juc le croulh, la vièle el la rôle sont toujours montées d un assez i^rand nonibrci de cordes el, de plus^ elles onl, ainsi que le crouth à six cordes qui sera décrit plus loin, des bourdons ou cordes basses, attachées en dehors du manche et ne passant pas au-dessus de la touche. La vièle était donc un dessus de crouth, el il est probable que la rote avait conservé ce nom, qui est le diminutif de chrotta^ parce qu'elle était presque de même taille et se jouait de la môme façon que le crouth.
Dans le deuxième groupe, composé de la rubèbe et de la gigue, instrumenls qui dérivent de la lyra, le manche n'est pas complètement dégagé et a plutôt Tair d'être la continuation de la caisse de résonance, qui est à fond bombé, sans cclisses, à peu près comme celle de la mandoline. 11 est bon aussi de faire remarquer que la lyra n'avait qu'une seule corde, et que ses dérivés, la rubèbe et la gigue, n'étaient montés que de deux ou de trois cordes au plus.
Ces deux instruments n'ont jamais changé de nom et se sont toujours appelés : rubèbe ou rebec et gigue. 11 n'en a pas été de même pour ceux du premier groupe, auxquels on a donné celui de viole, vers la fin du xiv^ siècle.
Les violes étaient très nombreuses, il y en avait de différentes dimensions; mais qu'elles fussent petites ou grandes, toutes étaient construites d'après les mêmes principes et formaient ce que l'on peut appeler une famille. L'instrument, devenu plus élégant, plus facile à jouer, se composait toujours d'une caisse sonore plate, avec des échancrures sur les côtés et d'un manche dégagé.
Ces échancrures, que l'on remarque déjà au xn" siècle,
xxvi I.NTIiODLCTION
sur la rote du cliapilcau de Bosclici-ville, n'out cHc j)i'atiquées que beaucoup plus tard sur la caisse des vièles de petite taille, qui se jouaient,- soit appuyées contre la poitrine ou placées sous le menton comme le violon ; or, ce détail ne se voit pas avant la lin du xiv" siècle, ou le commencement du xv' siècle. Cela tient à ce que la caisse de la rote étant beaucoiq) [)lus lar^e, il aurait fallu un chevalet extrêmement haut pour éviter que Tarchet ne frottai sur les bords de la table en même temps qu(^ sur les cordes ; tandis qu'avec les petites vièles, cet inconvénient était moins grand.
Le violon, qui n'est qu'un pardessus de viole modifié et simplifié, lit son apparition pendant la première moitié du xvi*" siècle. Ses débuts furent très pénibles, on ne le considérait que bon pour faire danser et remplacer avantageusement le rebec et la gigue. H attendit plus d'un siècle avant d'être admis à faire partie des concerts, et à entrer bien modestement dans l'orchestre où il joue aujourd'hui un rôle si brillant. Ses dérivés, l'alto, le violoncelle et la contrebasse, durent faire anticliambre encore plus longtemps, car les violes ne pouvaient consentir à leur céder la place.
Les ancêtres directs du violon sont donc : le croutli, la vièle à archet et la viole. Quant à la lyra, la rubèbe, la gigue et les instruments similaires de l'Orient, ils n'ont que l'archet de commun avec lui.
Ce sont tous ces instruments qui vont être présentés individuellement ici, avec les raisons des translorma lions successivement apportées au crouth primitif, et qui ont permis d'en faire un instrument aussi parfait que le violon.
La trompette marine, qui a servi de basse au rebec et à la gigue, et les instruments à archet de l'Orient y figureront
INTRODUCTION \\vi[
niissi, vl wnc lislo coinjjlrlc des Iiilliicrs il;ilions, îillomaiids, aii^hns cl ri'.inr.iis IcnniiiciM le loiil.
Il ne lions ;i pas rir j)()ssil)l(', h cause, de noli'o formai, de l'aire repi'odiiii'e tous les iiisLiinneiils à la même éelielle. Pour ohvier à eel inconvénient, les j)rinci|)anx sont accompagnés de leurs dimensions.
Nons ne \onlons |)as eommeiicer noli'c i'(''cil avani (Tavoii' adressé nos bien sincères remerciemenis à M. A. Ijerlhier, un cliei'chenr, ww éindil , avec lequel nous avons entrepris une Monof/rdplt'ie de la vielle, el auquel nous devons les premiers élémcnls des aiTicles (pie nous avons l'ail j)araîlre dans le 3Jénes(rei^ en 1(S9.'), ai'liclcs (jui avaient pour lilre Les ancêtres du violon et (jui furenl le modeste* prélude du volumineux ouvrage (jue nous présentons aujourd liui au publie ; à C.-M. Giroux, notre cher et regretlé dessina leur de la première heure; aux maîtres peintres L. Couturier, J.-L. Laronze, Lutz et Mangonot, (pii ne nous ont ménagé ni leur peine ni leui* talent; à MM. les luthiers, auxquels nous sommes redevables d'importants documents; enfin, à toutes les personnes, et elles sont nombi'euses, dont le pivcieux concours nous a permis de mener à bien une œuvre qui, espérons-le, sei*a de quelque utilité pour l'histoire de Tart musical.
1 UAGMENT U UN BAS-RELIEF l>i; LA CATIIÉDRALE DE STRASIJOUHG
(xivo siècle).