OU QUI N' TON
DE LOUIS GUERSAN
(Paris, 1768).
Après la description de toutes les violes que nous venons de faire, on sera sans doute très étonné de lire ce passage de M. Mahillon :
« Au xve siècle, la viole succède à la vielle à archet que nous trouvons reproduite sur un grand nombre de monuments d'architecture du Moyen Age; à partir du xvie siècle, elle se classe déjà en famille. Dès le commencement du xvnc siècle, nous constatons l'existence de deux familles différentes et complètes de violes, les violes da gamba (en ail : knéegeige) : ainsi nommées parce que les principales se tenaient entre les jambes, et les violes da braccia ou da spalla, ou violons qui se tenaient sur les bras ou contre l'épaule. Les caractères distinctifs des violes da gamba comparés à ceux des violes da braccia, dont la forme s'est assez exactement conservée dans nos instruments à archet actuels, sont les suivants : les violes da gamba sont généralement à six cordes (les violes da braccia n'en avaient que quatre), le manche des premières violes est plus large, il est pourvu de divisions de même que la touche; le cheviller est presque toujours terminé par une figure sculptée; les éclisses sont très hautes, les échancrures arrondies et les ouïes de la table découpées en OC1. »
C'est à peu près comme si l'on disait que la contrebasse à trois cordes n'est pas de la même famille que la contrebasse à quatre cordes ; ou que le violon et le violoncelle sont de familles différentes, parce que l'un se joue placé sous le menton et que l'autre se tient entre les jambes.
On ne dit pas que les flûtes à une et à six clefs sont de familles différentes, ni que la flûte Boëhm est d'une autre famille que les premières ; mais simplement que ces flûtes ne sont pas du même système, tant pour la perce que pour le nombre et la disposition des clefs.
Les violes aussi étaient de divers systèmes pour le nombre et pour la disposition des cordes ; mais leurs caisses de résonance étaient toutes construites d'après le
1. Victor-Charlbs Muullon. Catalogue descriptif et analytique du musée instrumental du conservatoire royal de musique de Bruxelles, Gand, 2e édit., 1893. p. 213 et suiv.
même principe. C'est pour celte raison qu'elles ne formaient qu'une seule et unique famille, et cela, qu'elles soient petites ou grandes, ou bien tenues sur l'épaule ou sur le bras, sur le genou gauche, ou entre les jambes; ou
-Paris, 1056-1728]
encore comme sur le beau portrait de Marin Marais, où le grand artiste est représenté au repos, et tenant sa belle basse de viole à sept cordes appuyée de côté sur son genou droit.
Parlant des violes, Vidal dit aussi :
« Elles se divisent en deux classes :
« Viola da braccio qui se jouait sur l'épaule ou sur les genoux ;
« Viola da gambe qui se jouait entre les jambes1. »
Ces deux classes de M. Vidal étant équivalentes aux deux familles de M. Mahillon, il est inutile d'insister davantage.
On ne sait pas grand'chose sur les premiers constructeurs d'instruments à archet, sinon qu'il y avait à Paris, en 1292, un « feseeur de vièles » nommé Henry, et connu sous le nom de Henri/ aux vièles Henry, lequel habitait la rue aux Jugléeurs et était imposé pour la taxe à la somme de 6 et 12 sols parisis par an2.
Il n'est pas fait mention d'une corporation particulière pour la fabrication des instruments de musique, dans le Registre des métiers d'Etienne Boileau, qui date de 12o83. M. Constant Pierre explique très logiquement celte absence d'une corporation spéciale, lorsqu'il dit : « En l'état rudimenlaire de l'art musical au Moyen Age, la facture des instruments de musique n'était pas assez importante pour occuper exclusivement des ouvriers spéciaux et former une industrie à part; ils étaient construits, croit-on, par ceux qui mettaient en œuvre d'autres objets de matière semblable à celle dont ils étaient formés : bois, ivoire, argent, etc. '. » Une ordonnance du mois d'août 1297 nous apprend qu'il y avait alors, à Paris, trois « feseeurs de trompes ». Ceux-ci, trop peu nombreux, pour former une corporation indépen-