‹ Les ancêtres du violon et du violoncelle, les luthiers et les fabricants d'archets;Chapitre 33 sur 181 · Le P · texte numérisé non relu

Le P

Armide, dont la première représentation était attendue avec une vive curiosité : « Tu es donc bien malade mon pauvre Baptiste, lui dit le prince, puisque Ion confesseur t'a fait brûler ton opéra d'Armidel — Ilélas! oui Monseigneur!

— Et tu as pu te décider à jeter au feu un si grand ouvrage?

— Paix, paix. Monseigneur, parlez plus bas, j'en ai gardé une copie ».

Courtisan habile autant quecompositeurde grand mérite, Lu 11 y était aussi violent que bon :

« Pour l'orchestre, dit Dom Caffiaux. il avoit l'oreille si fine, que du fond du théâtre il déméloit un faux ton, accouroil, et disoitau violon : C'est toy, il n'y a pas cela dans la partie! Plus d'une fois, il a rompu le violon sur le dos de celuy qui n'exécutoit pas à son gré; mais la répétition finie, Lully l'appeloit, lui payoit son violon au triple, et le menoit dîner avec lui '. »

En battant la mesure avec sa canne, pendant l'exécution d'un Te Deum qu'il avait composé pour célébrer la convalescence de Louis XIV, Lully se frappa au pied, et mourut, âgé de cinquante-quatre ans, des suites de la blessure qu'il s'était laite. Sa fortune était considérable, il laissa de nombreux immeubles, plus, six cent cinquante mille livres d'or dans ses coffres. Il fut inhumé dans l'église des Petits-Pères, près la place des Victoires, où sa famille lui fit élever un superbe tombeau.

Du temps de Lully, les joueurs de violon n'étaient que des ménétriers plus ou moins habiles, bons seulement pour faire danser : et le plus faible de nos violonistes déchiffrerait

I. Doa Caffiadx. // tsigue. Ms. bibl. n.it . . n 22, p. 536-537.

sans hésiter la partie des Songes funestes d'Athys, que Lully donnait à exécuter, comme épreuve, à ceux qui se présentaient à lui, pour faire partie de son orchestre. Ainsi s'explique le peu de considération accord,', au violon à ses débuts.

On pourrait croire qu'il fut maltraité alors parce qu'il continua dans les fêtes le rôle du rebec, avec lequel on l'identifiait; mais il n'en est rien ! Il est bon joueur de rebec, voulait dire un homme habile; tandis que : C'est mi plaisant violon, ou simplement un violon, était un terme de mépris : « Traiter un hommede violon, c'est comme si on lemettoitau rang des ménétriers qui vont de cabaret en cabaret jouer du violon et augmenter la joie des ivrognes », se lit aussi dans le Dictionnaire de Trévoux. Caslil Blaze doit donc avoir raison, lorsqu'il dit :

« Le luth, la viole, le téorbe, le clavecin étaient les instruments favoris des amateurs peu nombreux qui cultivaient la musique. In fashionable aurai! rougi si on l'avait surpris un violon à la main; c'était l'instrument du ménétrier, du maître à danser; et si quelques amateurs jouaient du violon, c'était pour leur usage particulier; ils n'osaient pas toujours avouer ce travers1. »

M. Arthur Pougin, a publié dans Le Ménestrel une étude intéressante où il fait connaître les noms de quelques joueurs de violon que l'on doit considérer comme étanl les élèves de Lully2. Ce sont: Lalouette el Colasse, qui furent chefs d'orchestre, ou plutôt batteurs de mesure, sous ses ordres; Joubert, puis, Jean-Baptiste Marchand, à la fois joueur de lulli (luthérien, comme on disait alors), de la Chambre du roi, et dessus de violon à la Chapelle; Rebel père, lequel habitait, en 1667, rue Froidmanteau, <'t qui esl probablemenl le chef de la dynastie des Rebel; el La Lande,

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