Ciilalo{{uc du MuHiJc du Louacrvnluiru
iOO LKS ANCÊTinîS DU VIOLON
accordés au diapason alors en usage, il est probable qu'ils auraient perdu beaucoup de leurs ((ualilés, lorsque, par suite de Télévation du diapason, le tirage des cordes a été sensiblement augmenté. Or, maintenant qu'ils sont accordés h un diapason bien plus élevé que celui en vue duquel ils ont été faits, leur sonorité est absolument parfaite.
On dira peut-être que les cordes employées par les contemporains de Stradivari étaient plus grosses que celles d'aujourd'hui et qu'alors le tirage était le même? Nous ne le pensons pas, car les violonistes de l'époque n'avaient pas à lutter contre une armée d'instruments à vent, en bois et en cuivre, ni à exécuter des œuvres aussi importantes que les concertos de Beethoven, Mendelssohn, etc., accompagnés par un grand orchestre, ou à se défendre des puissants pianos à queues modernes. Leur ambition était plus modeste, et l'on doit plutôt croire qu'avec la préoccupation constante d'obtenir une grande sonorité, les artistes de nos jours montent, en général, les violons avec des cordes plus fortes qu'on ne le faisait au temps de Stradivari.
S'il pouvait y avoir quelques doutes à ce sujet, voici un passage de la Chélonomie ou le Parfait Luthier qui les ferait vite disparaître :
(( Jadis la mode était de tenir les manches fort en avant; les chevalets, les louches extrêmement bas; les cordes fmes et le ton modéré*.
« Alors la barre, ce mal nécessaire dans l'instrument^ devait être courte et mince, parce qu'il lui suflisail d'avoir assez de vigueur pour résister au poids de cinq \x six livres, dont elle était chargée par les cordes. »
L'abbé Sibire nous apprend encore quel était le poids du tirage des quatre cordes (moyenne grosseur) d'un violon,
1. Pur Ion inoilérd, l'uuleui* duit vuiiloir ilirc ilinimsun pou élcviS c.ir daim un nuire pnss(ig«3 il pnric du violon accordé au Ion de la lliHc.
en 1806, époque où le diapason était presque aussi élevé qu'aujourd'hui :
« Il se trouve que la chanterelle pèse juste id livres, la seconde 17, la troisième 15 et la quatrième 13, ce qui forme en tout Oi livres. »
On voit que la charge imposée l\ la lahie d'un violon élail bien moindre en 1700 c|u'cn 1800, cl depuis celle dernière date elle n'a pas diminué. Or, comme l'aulrur de la Chélonomic préviXînt, dans « rAvertisscment », qu'il n'en est que le rédacteur, et n'a fait que coordonner les noies et observalions recueillies par Nicolas Lupol pendant un exercice de trente années, on peut donc être certain que les indications données sont exactes ; car Lupot, qui a élé un des plus grands luthiers français de la lin du siècle dernier el du connnencemenl de celui-ci, a pu facilement étudier les violons des maîtres italiens et a dû êlre appelé à en restaurer un très grand nombre, qui n'avaient jamais élé réparés.
Par suile du tirage des cordes, les tables des anciens violons ayant légèrement cédé, ce qui est très excusable après un service de cent cinquante ou deux cents ans, on leur a mis une barre un peu plus forte; mais les épaisseurs sont reslées telles qu'elles étaient.
L'art du violon n'ayant fait que progresser, afin de permettre aux exécutants de parcourir plus aisément toute l'étendue de la touche, on a donné un peu plus de renversement au manche, qui, de douze lignes, a élé porté h treize lignes*. Cetle augmentali<m du renversement du manche a été faite aux violons anciens quand on a remplacé la poignée usée.
Il y a cependant des violons de Stradivari qui ont encore la barre et la poignée primitives. Tel est le cas du Messie^;
!. L'usngc de ces anciennes mesures s'est conservé dans la hillierie. 2. Plusieurs violons de Slradivari onl reçu dilTércnls noms. Celui de Mrsair a élé donné ;i un violon de 1716, par Alard, parce que Tarisio. <pu apporlail tous
i02 LES ANCfcTRKS DU VIOLON
seulemenl, comme la touche de celui-ci était usée, on Ta remplacée par une plus épaisse, el Ton a augmenté par ce moyen le renversement du manche. Le violon de 1724, sur lequel M. Sarasate se fait entendre de préférence en puhlic, a aussi sa poignée originale; mais la touche y a été remplacée; le renversement du manche se trouve nécessairement augmenté par ce procédé, ou par l'introduction d'une petite cale, entre la table et la poignée. Le reharrage des tables et le changement des poignées étant des réparations et non des modifications, ces instruments sont donc tels (|u'ils ont été construits. Comme ils sonnent merveilleusement au diapason actuel, qui est d'un ton plus élevé que celui en usage lorsqu'ils ont été fabriqués, on peut dire que les grands luthiers italiens n'élaient pas des mathématiciens, mais des artistes de génie, et que leur œuvre restera comme le modMe de la perfection.
Le violon de M. Sarasate, que nous reproduisons, porte la date de 1713 et mesure :
longueur do In caisse .'^55 millimèlres.
Largeur dans le hnul iG5 —
— au milieu , . . iocj —
— dans le bas 20G —
Longueur des // 750 —
Hauteur des éclisses en bas. . . . 3i —
— — en liaul. . . 3o —
Félix Savart déclare que la masse d'air renfermée dans certains violons d'Antonio Stradivari et de Giuseppe Guarneri del Gesù produit toujours 512 vibrations h la seconde, soit le si naturel du diapason normal, et qu'en faisant vibrer les tables démontées de ces mêmes violons, il a constamment trouvé une différence de demi-ton entre la
les ans des anciens inHlnimenl.s ilalicîiis h Paris, parlait loiijoiii-s de ce viulon, mais ne le monlrail jamais. Un aiilre, t^galcmenl de 1716, s'est d'ahord appelé le négent, puis le Superbe. Un violon de 1709 a élé liaplisé la Pucelle. Un aulre, de n\k, fui nommé le Dauphin. Le dernier violon fait par Slradivari h l'Age de (pialre-vingt-douzc ans est connu sous le nom de Chant du cygne.
LE VIOLON ET SES DÉRIVÉS i03
table de dessus et celle de fond, c'est-Ji-dire que la lable supérieure donnait entre ul tWkze et ré et celle de dessous entre ré et ré dièzo'.
Ces deux luthiers célèhrcs faisaient-ils des expériences sur l'intonation des bois qu'ils employaient? En tout cas, Savart (It construire des violons de forme trapézo'fde sur des données purement scientifiques, qui n'ont pas obtenu la faveur des artistes ni celle du piildic.
AtitonioSti'adiva ri descendait d'une très ancienne famille de Crémone dont on rencontre le nom dans les annales de cette ville depuis 1213. Il se maria pour In première fois, à vingt-lroisiins, le * juillet iC07, avec Franccsca Kerrabosclii, qui était de quatre ans plus Agée que lui, et veuve depuis trois ans de Giovanni-Ciiacomo Capra, dont elle avait une fille, nommée Susanna, née le 20 avril 1003, qu'Antonio Stradivari adopta et marin le 29 décembre 1 088. Il eut de ce mariage six enfants :
GiuuA, née le 23 décembre 1007, épousa G. -A. Farina, notaire, et mourut le 8 juillet (742.
I. F*MT S»ïAnT, Mémoiir. |iubli<^ en IBIO, journal Ylnulilnl. n" 319, 3!). 333 ot 331,
ON I,*. .T«An,v*„ (l'l3) Appnrlennnlt M. Sarmiitie.
i04 LES ANCÊTRES DU VIOLON
Francesco, né le 6 février 1670; mort six jours après sa naissance.
Fhancesco, né le !•' février 1671 , travailla avec son père et mourut le 11 mai 1743.
Catarina, née le 18 février 1674, morte, célibataire, le 3 août 1748.
Alëssandro, né le 25 mai 1677, ecclésiastique, mort le 26 janvier 1732.
Omorono, né le 14 novembre 1679, qui, de même que Francesco, travailla avec son père et mourut le 8 juillet 1742.
Il perdit sa première l^mme le 25 mai 1608, et, le 2i août de Tannée suivante, il épousa Ântonia Zambelli. alors âgée de trente-cinq ans.
De cette union, il eut cinq enfants :
Francesca, née le 19 septembre 1700, morte célibataire le 12 février 1720.
Giovanni- Battista-Giusrppe, né le 6 novembre 1701, mort à Tâge de buit mois.
Giovanni-Battista-Martino, né le 11 novembre 1703, mort le T' novembre 1727.
GiusEPPE, né le 27 octobre 1704, fut prêtre et mourut le 29 novembre 1781.
Paolo, né le 26 janvier 1708, négociant en drap, mort le 19 octobre 1776.
La généalogie que Ton vient de lire a été établie par les soins de M. Paolo Lombardini\ lequel donne également Tacle de vente de la maison située Piazza san Domenico (actuellement Piazza Roma), que Stradivari aciieta, en 1680, aux frères Picenardi moyennant la somme de 7.000 livres impériales (environ 20.000 fr.), ce qui fait supposer qu*il était dans une situation aisée. Du reste, ses instruments jouissaient déjà d'une très grande réputation et lui valaient de
i. Cenni sulla celebve scuola cremonese degli slromenli ad arco^ non che s\U lavoH e sulla famiglia del sommo Antonio Slradivan. Crcmona, Tipografia Dalln Noce, 1872. nrocluirc de 30 pogcs in-S^ cl signée sacerdolc Paolo Lombardini.
lOo
nombreuses commandes venant des plus hauts personnages de l'Europe.
Un des amis de Stradivnri, Dcsiderio Arisi, moine de l'ordre de Saint-Jérôme, a laissé un manuscrit, fait en 1720\ où l'on trouve de précieux renseignements sur le
Antonîus Stradiuârius Cremonenfic Faciebat Anno iz/Ô ^^)
//, ce CÎOIX8 ET ÉTIQUETTE 1) ' U !t VIOLON d'a. STRADIVAKI,
commerce du grand luthier. Il commence par le pelit préambule suivant :
« A Crémone, dit-il, demeure aussi mon intime ami Antonio Slradivari, excellent faiseur d'instruments de toutes sortes. Il ne sera point hors de propos de faire ici mention
i, Co. mnnii5^ci'il osl nrliicllcnicnl nn iniip«*c (!ivi(|iio de rrrinono. infslnlU^ clnns le pnlni;^ Ponzoni.
spéciale de son mérite. Il n'a point de rival comme fabricant d'instruments de la meilleure qualité; il en a fait beaucoup d'une beauté incomparable, richement ornés de figurines, de fleurs, de fruits, d'arabesques et de gracieuses devises entrelacées, tout cela d'un dessin parfait, quelquefois peint en noir, d'autres fois émaillé d'ébène et d'ivoire, travaux qu'il exécute avec la plus grande habileté et qui rendent ses instruments dignes des grands personnages auxquels ils sont destinés. J'ai pensé qu'il convenait de mentionner quelques ouvrages de ce grand artiste en témoignage de la haute estime et de l'admiration universelle dont il jouit. »
Après ce début, Ârisi mentionne les commandes et livraisons d'instruments que voici :
<( Le 8 septembre de l'année 1G82, le banquier Michèle Monti, de Venise, lui envoya la commande des violons, altos et violoncelles que ce gentilhomme offrit en présent au roi Jacques d'Angleterre'. »
« Vax l'année 1085, le 12 mars, le cardinal Orsini, archevêque de Denevento', commanda h Stradivari un violoncelle et deux violons dont il fit présent au duc de Natanola en Espagne. Le cardinal envoya à l'artiste, outre une rémunération généreuse, une lettre des plus ilatteuses où il appréciait ses mérites, l'admettant en même temps au nombre des familiers de sa maison. »
« Le 12 septembre de la même année, Bartolomeo Grandi, dit II Fassina, chef d'orchestre à la Cour de Son Altesse royale le duc de Savoie (Victor Amédée II, duc de Savoie et roi de Sardaigne), commanda à Stradivari un quatuor pour les concerts de la Cour. »
« Le 5 avril 1080, Son Altesse le duc de Modène, Fran-
i. Ilnrl, niiqucl nous cmpninlons la IrnducUou de ces passages du manuscri d*Arisi, déclare que ces instrumenls furenl envoyés en Angloleri'e vers 1G85.
2. En 1724, le cardinal Oraini fui élu pape sous le nom de Benoit XIII cl occupa le trône pontiflcal jusqu'en février 1730, où il mourut à l'Age de quatrevingt-un ans.
cesco II (l'Esté, alors âgé de vingt-six ans, commanda un violoncelle à Stradivari, qui fut admis, sur une invitation spéciale, à le présenter au duc lui-même. Celui-ci lui exprima le plaisir qu'il ressentait d'entrer en connaissance avec lui, loua liautomenl son travail et lui oiïrit, outre la somme convenue, un présent de trente pisloles (en or d'Espagne). »
« Le 22 août 1686, le marquis Michèle Rodeschini lui commanda une « viola a gambe » dont il fit présent à Jacques II, roi d'Angleterre. »
« Le 19 janvier 1687, le marquis Nicolo Rota commanda un violoncelle pour le roi d'Espagne. »
« Le 7 août de la môme année 1687, le noble don Agoslino Daria, général en chef de la cavalerie espagnole en Lombardie, résidant alors à Crémone, obtint un violoncelle de Stradivari. »
« Le 19 septembre 1690, Stradivari reçut la lettre suivante du marquis Bartolomeo Ariberti, de Crémone :
w L'autre jour, j'ai fait présent h Son Altesse le duc de « Toscane' des deux violons et du violoncelle que je vous « avais commandés, et je puis vous assurer, à ma grande « satisfaction, qu'il les a acceptés avec plus de plaisir que « je ne saurais dire. Les musiciens de son orchestre, et il en « a d'excellents, ont été unanimes dans l'appréciation de « vos instruments, qu'ils déclarent parfaits; ils disent sur- « tout qu'ils n'ont jamais entendu de violoncelle possédant « une qualité de son si agréable. C'est au soin extrême que u vous avez apporté dans la nianufacture de ces instru- « ments que je suis principalement redevable de la flat- « teuse réception avec laquelle Son Altesse a accueilli mon « présent. J'espère en même temps vous témoigner à vous- « même, par le cadeau que j'en ai fait, ma haute apprécîa- « tion personnelle et avoir réussi à faire connaître à un per-