VI. ou van Beethoven
OUIS van Beethoven, second de ce nom dans la famille (l’autre étant mort trois mois après sa naissance), naquit à Malines, paroisse Ste-Catherine, dans une maison de la rue du Poivre (1), au cœur de l'hiver 1711-1712. — L'acte de naissance est rédigé très laconiquement :
STE CATHERINE. 5 Januarn 1/12.
LUDOVICUS, FILIUS MICHAELIS VAN BEETHOVEN ET MaARIAE LUDOVICAE STUYCKERS.
SUSC. LUDOVICUS STUYCKERS ANTHONIA SCHREVENS NOM. ELISABETH VAN LEEMPoEL. (2)
De son enfance et de ses années de jeunesse, passées à Malines, nous ne savons que peu de chose. Louis avait quatre ans lorsque ses parents s’installèrent dans la maison de l’aïeul qui venait de mourir. Nous connaissons déjà cette maison (voir page 38). Vers 1720, le quartier de la rue des Pierres était particulièrement animé, contrastant avec la rue du Poivre, voisine du Petit Béguinage et du Couvent de Béthanie, endroit paisible où Louis avait passé sa première enfance.
Partant du Quai-aux-Avoines pour aboutir au milieu de la rue du Serment, la rue des Pierres servait de passage aux lourds chariots transportant, vers le centre de la ville, les marchandises débarquées des bâteaux amarrés le long des quais de la Doyle. En face de la maison se trouvaient deux brasseries où régnait
(1) Aujourd’hui rue De Decker. Cette maison signalée par le registre des sections (Wykboeken) se trouvait du côté des Cellites, la neuvième. Elle était estimée à une valeur locative de 50 florins par an.
(2) Archives de Malines. Etat civil, Paroisse Ste-Catherine, reg. naissances.
Malines. — Extrémité du Quai aux Avoines (état actuel)
une très grande activité : transport de tonnes, de malt, de houblon; un peu plus loin, au coin de la rue de l’Etuve, dite Kloppelstraatje, se dressait la maison “ De Pekton ”, où les bateliers venaient s’approvisionner de poix pour cirer leurs bâteaux. Près du quai, la chapelle Ste-Anne et le Poids public où les marchandises étaient contrôlées et pesées par les agents du fisc. La maison de grand-père était assez spacieuse pour y jouer à l’aise. À côté de la boutique se trouvait la belle chambre où vraisemblablement Michel exposait ses tableaux; c’est là aussi sans doute qu’il gardait ses collections de dentelles, glissées dans les tiroirs de deux scri-
Malines. — Extrémité de la rue des Pierres avec le Quai aux Avoines, et la chapelle Ste-Anne, à côté de celle-ci la ruelle Graanmetersstraatje (aujourd’hui Ste-Annastraat), l’autre coin à gauche, la 1e maison (Half maan) de la rue des Pierres (état actuel).
Malines. — Le Marché Ste-Anne au XVIIe siècle, avec le Grand’Pont et son calvaire. Le Marché Ste-Anne porte depuis le nom de Quai au Sel. — Les quais de la Dyle étaient très animés avant le XIXe siècle.
bains. Au fond de la maison, la boulangerie et le grenier où les sacs de farine étaient entassés. Une grande et spacieuse cuisine séparait la boulangerie des deux pièces qui donnaient sur la rue. C’est dans cette vaste place que se réunissait la famille, le jeuneLouis y donna, apparemment, libre cours à ses chants et à ses joyeux ébats.
Voyant en son fils cadet des dispositions particulières pour la musique, Michel décida de le mettre à l’école des choraux de St-Rombaut. C'était une institution ancienne, datant déjà du x‘ siècle, mais la Maison des choraux (Koralen Huis), telle que nous la voyons encore aujourd’hui, ne servit que depuis 1617 Elle est située à l’angle de la rue de l'Ecole et de la rue “ Nieuw-. Werk ”, à l'ombre du chevet de Saint-Rombaut. La manécanterie malinoise avait une excellente réputation dans le monde musical. De cette pépinière sortirent des musiciens de première force, tels les François Richafort, les Jean Bonnevoix, les Vandermeulen, René del Mel, Jacques Petrino, Du Culot (Van den Hoeck), Philippe de Monte. Parmi les maîtres de chant qui dirigèrent l’institution, citons encore, au hasard, Antoine de Rycke (Divitis), Jean Richafort, Pierre Lesteinier, Séverin Cornet, Georges de la Hèle, Jean van Turnhout, Jacques des Hayettes, Charles Major, Charles Durand et d’autres illustrations des écoles de la polyphonie et de la Renaissance.
L'engagement des enfants faisait l’objet d’un contrat entre le chapitre et les parents, contrat portant sur un terme de six ou huit années. Il stipulait uniquement que le choral resterait au service du chapitre aussi longtemps que la capacité de sa voix le lui permettrait. En cas de fugue, ou de résiliation injustifiée de l'engagement, le chapitre rentrait en possession de tout ce que l'enfant avait reçu ou gagné. De son côté, le chapitre assurait aux choraux le logement et la table; il leur faisait donner, par des maîtres de talent, une instruction musicale étendue, l’enseignement du chant et s’occupait de leur avenir.
Installés dans la maison des choraux, les pensionnaires recevaient de l’institution : soutanes, vestes, “ tabbaerts ”, capuces, bonnets, manteaux d’hiver, chaussettes de laine et manchons. L'école se chargeait aussi des soins médicaux.
Le règlement des offices du chœur prescrivait les obligations des choraux. Ceux-ci étaient tenus d’assister à tous les offices du chœur : chant des matines, laudes, primes, commençant à une heure très matinale, régulièrement à cinq heures et demie en semaine, à cinq heures le dimanche et à quatre heures et demie les jours de grande fête. Ces offices étaient accompagnés de la messe quotidienne. À neuf heures avait lieu le chant des heures diurnes faisant corps avec la messe solennelle, la messe conventuelle. L’après-midi, à deux heures et demie, le chant des vêpres et des complies. Ces devoirs se complétaient d’offices supplémentaires aux grandes époques liturgiques de l’année ou à l’occasion des festa composita. Ces règles furent mitigées en 1626 et en 1654. Le chapitre prit des mesures pour donner aux choraux le temps largement nécessaire pour leurs études latines. Outre les répétitions pour les offices, l’étude des langues, du chant, de la musique, de nombreux jours de fête venaient couper la monotonie de l’ordinaire. Nos petits chantres fêtaient les Innocents, le nouvel an, les Rois, la St-Nicolas, la St-Grégoire et la Ste-Cécile (1).
Tel fut le régime passablement sévère auquel fut soumis le petit van Beethoven.
= C’est vers la fin de l’année 1717 que Michel sollicita l’agrêation de son fils au chapitre des chanoines de St-Rombaut. Le 10 décembre 1/17, l’enfant était admis en même temps que le petit Jacques Bayens ou Buyens. Il avait alors près de six ans.
(1) Les renseignements sont extraits de l’excellente étude de M. le Chanoine Steenackers. L'Ecole des choraux de l'Eglise Métropolitaine de St-Rombaut (Bulletin du Cercle Archéologique de Malines, t. 31, 1926). v. également Chan. J. Laenen: Hist. de l'Eglise Métrop. de St-Rombaut, à Malines. Malines, L. Godenne, 1919, €t. I, p. 279-286.
ines:
L'Ecole des Choraux à Mal
Les actes capitulaires relatent à ce sujet :