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Malines
Malines -- Extérieur de l’église St-Rombaut
emploi musical suffisamment rétribué pour assurer à son titulaire le pain quotidien. De plus, les cadres étaient remplis à ce moment et Louis était d’ailleurs trop jeune pour prétendre à de pareilles fonctions. Admettons donc qu'il attendit chez ses parents sa dix-huitième ou dix-neuvième année, âge auquel les vocations s’orientent de façon décisive.
Malgré les troubles et les guerres qui marquèrent le début du xvur' siècle, la vie musicale à Malines nous paraît plutôt active vers cette époque (1).
La maîtrise de St-Rombaut se caractérisait particulièrement par sa bonne tenue. Les brillants maîtres de chapelle qui dirigeaient le chant de Ia Métropole avaient acquis une réputation enviable dans le monde musical. Non moins habiles étaient les organistes de l’église métropolitaine. Les Du Moulin (van der Méulen), Paul van Winde, Basuel, Colfs père et fils s’étaient signalés par leur jeu brillant et distingué. L’orgue, dont les frais incombaient à la ville, était l’objet de soins attentifs de la part de l’administration communale. Un facteur d’orgues était désigné pour l’entretien de l’instrument et touchait, de ce fait, un gage annuel fixe. L'organisation des services musicaux était de la compétence du maître de chapelle. Outre son ordinaire de choraux et de gagistes, le directeur du chant faisait appel, pour les grandes solennités, aux musiciens amateurs et aux instrumentistes de la ville, notamment les jours des deux processions en l’honneur de Saint-Rombaut, (le mercredi après Pâques et au mois de juillet,)
(1) Pour la vie musicale à Malines nous avons consulté : D' G. Van Doorslaer, Académie S'2 Cécile, Société de Musiciens Amateurs, au début du XVIII” siècle. Dans Bulletin du Cercle Archéol. de Malines, tome XIII. 1903. — KR. Van Aerde, Ménestrels communaux et instrumentistes divers à Malines de 1311 à 1790. 1 vol. Malines 1911.
et aussi lors de la messe solennelle que le magistrat faisait célebrer annuellement. À ces fêtes, les instruments : violons, basses, hautbois, bassons, cornets, timbales, se joignaient à la masse chorale. Les maîtrises de Notre-Dame et de St-Jean se distingsuaient aussi par les soins apportés aux exécutions musicales (1).
Le magistratorganisait, de son côté, des exécutions de musique instrumentale en plein air : concerts, aubades et sérénades devant l’hôtel-de-ville et sur la place du Marché. Le concours de la musique était aussi important lors des Joyeuses Entrées des Princes, dans les cortèges et cavalcades. Les instrumentistes participaient également aux représentations des Chambres de
(1) Vers la fin du XVIIme et à l’aurore du X VITMe siècle, la musique de théatre et la musique instrumentale l’emportaient sur tous les genres alors cultivés, et ce furent les maîtres compositeurs italiens qui détinrent la suprématie dans le monde musical. Les écoles de Rome, de Venise, et de Florence fournissaient les maîtres de chapelle et les artistes qui peuplèrent quasi toutes les Cours et maîtrises de l’Europe. Quant au genre, c’est la musique dramatique, l’opéra, qui était la forme cultivée de préférence. Sous l’influence du style théatral, la musique d‘église perdit, de plus en plus, son caractère propre. Des polyphonistes spécialistes, on n’en trouvait plus, tous les compositeurs vouaient leur talent au genre opéra et les messes qu’ils composaient, entre deux actes d’opéra, étaient faites de la même pâte que leurs airs et leurs chœurs de théâtre. La décadence du style religieux fut encore précipitée par l’usage plus courant des instruments au jubé; instruments se sibstituant aux voix. Par l’emploi libre et indépendant de ces instruments à l’église, s’est introduit, dans l’expression du sentiment religieux, un attrait sensuel qui lui a causé le plus grand dommage et qui a eu l’influence la plus désastreuse sur le chant Jui-même. La virtuosité des instrumentistes a fini par engager les chanteurs à faire montre d’une semblable virtuosité, et bientôt, le goût profane de l’opéra pénétra dans la maison de Dieu. Cette remarque est surtout vraie pour les auteurs italiens; or, nous venons de le dire, ceux-ci dominaient le monde musical en Allemagne, en Autriche, en Espagne, en Angleterre, et ailleurs. Les œuvres de Caldara, Antonio Lotti, Bonevolo, Alesandero Scarlatti, Franceso Durante Pergolese et bien d’autres, jouissaient d’une vogue universelle. En France la musique d’église n’était pas moins théâtrale, mais le style en était moins voluptueux. Ainsi Lully, Lalande, Mondonville, Kameau écrivirent, pour l’église, des œuvres pompeuses, au ton solennel, froid, où la sincérité n’a rien à voir. (Cfr. Dr Karl. Weinmann, La musique d’Eglise, traduction de Paul Landormy, 1 vol. Delaplane, Paris, 1912, p. 181 et ss.
La maîtrise de St-Rombaut possédait dans son répertoire des motets de Jérôme Pretorius (acquis en 1613) et de Pierre Bonhomme, chanoine de la Collégiale de Sainte-Croix à Liège (acquis en 1617). Les auteurs italiens sont représentés, plus tard, par Ant. Lotti, Floreano Aresti, Nicolo Porpora, Domenico Sarti, Nicolo Jago Sarantini, Carlo Francesco Polaroli, Antonio Polaroli Francesco Mancini. Mais du temps où van Beethoven chantait au chœur, c'était l'habitude d’exécuter en contrepoint, aux grandes solennités, les psaumes et les antiphones. Le 3 août 1731 le chapitre rappela cette coutume : “ Item mandarunt musicis ut deinceps in die Dedicationis Ecclesiae, quod est officium Eminentis ” Dni Cardinalis Archiepiscopi cantentur antiphonae et psalmi in contra-puncto more consueto. En 1728 la maîtrise acquit le Opus Quintum de Valentin Rathgeber, en 1738 des œuvres de Feller (Cfr. Chanoine Steenackers, loc. cit.)
Réthorique, des élèves des Oratoriens et des Pères Jésuites. La semaine de la kermesse de juillet, les bandes de hautbois et bassons alternaient leur jeu avec les groupes de trompettes et timbales dans les concerts organisés à la Grand’Place. Ces bandes étaient dirigées par des chefs habiles tels que : les Rombaut Vasseur, Charles et Jacques van Vlierberghen, Arnold van den Branden et bien d’autres, chargés de l’organisatian des concerts et de la composition des programmes.
La musique officielle se composait d’un groupe de trompettes et d’un timbalier, dirigé par Brias, le veilleur de la tour.
Parmi les instrumentistes du début du xvur° siècle, citons : Gaspar Cassier (hautbois), Daniel Colfs (basson), J. B. van den Eynde (hautbois et basson), Nicolas Imbrechts et Jean Caveus (flûte) et d’autres encore. Tous furent très habiles, capables de jouer plusieurs instruments; ils trouvèrent à faire valoir leur talent multiple notamment lors des représentations de tragédies exhibées par les élèves des Oratoriens et des Jésuites. II n’était pas rare de voir jouer, à ces séances, tantôt un quatuor de cordes, puis un quatuor de bois ou de cuivres par la même bande, suivant les exigences des péripéties de la pièce.
Outre ces professionnels, on trouvait, parmi les habitants, des amateurs “ jouant très proprement ” de la flûte, du hautbois, du clavecin, du violon. Souvent, ceux-ci se réunissaient pour former de petits orchestres et organiser, dans un cercle plus large, des concerts de musique de chambre. Avec les progrès réalisés dans les formes de la musique instrumentale, le goût de ces concerts se développa. C’est l’époque où l’on vit se constituer, dans les villes principales du pays, ces sociétés dites “ Concert bourgeois ” ou “ Académie ”. Le lendemain de la Sainte-Cécile de l’année 1704, quelques Malinois amateurs de musique, réunis à cette occasion, se groupèrent en une société baptisée du nom pompeux de “ Académie de musique ” ou
“ Académie Ste-Cécile ”. Pendant près d’un siècle, ces dilettanti se rassemblèrent toutes les semaines pour s’adonner à leur art favori. Le règlement stipulait que le but de l’Académie était d'entretenir et de perfectionner le chant et la musique instrumentale, de procurer aux membres et à leur famille l’occasion de se distraire par l’audition de la musique du jour. Tous les lundis, on se réunissait, de 5 à 8 ou 9 heures du soir, au local “ Koningin van Sweden ” (A la Reine de Suède), Marché-au-Beurre. La société y avait un mobilier, des accessoires, un piano de Jean Clochet (sic), une basse et un violon, un répertoire important de musique de chambre. A ces séances hebdomadaires, on étudiait les morceaux à produire dans les concerts. De plus, on organisait des bals et des redoutes très suivis par la noblesse et la bourgeoisie.
Pour certains concerts, on faisait appel à des artistes étransers, vedettes de l’époque, qu’on annonçait avec éclat : Le Beau; Turlet (1759); Blandi (1760), Cifoletti, de Mannheim (1761) et d’autres.
Le répertoire de cette association de musiciens reflète le soût de l’époque. L'élément italien y est prépondérant. Ce sont des œuvres de Thomas Albinoni, Antoine Albinoni, Autgardi, Antoine Baldacini, Antoine Caldara, Cauter, Corelli, Folle, Gilotti, Gutty, Loyselet, J.-B. Lully, Antoine Marini, Michel Masciti, Artemio Motta, Noser, Smelser, Jules et Louis Tagliotti, Torri, Torelli, Trevisano, Vennetto, Godefroy Finger, Graf, Pepusch, Petz, Walter, Henri Albiscastro, Purcel, Cox, Alphonse d’'Eve, Georges Bertouch, ce dernier membre de la compagnie.
On y trouve, en majeure partie, des transcriptions ou des arrangements d’opéras de Lully, des concertos, des sonates, des fantaisies avec variations, des symphonies.
La liste des membres du “ Concert bourgeois ” nous fait connaître les musiciens amateurs de Malines au xvur° siècle. Ceux-ci appartenaient à l'aristocratie, à la bourgeoisie, à la
magistrature, au monde religieux (chanoines et chapelains) et au monde militaire.
De temps en temps, la ville reçut la visite de musiciens en tournée, venant de Bruxelles ou d’ailleurs, en route vers Anvers et la Hollande. Ainsi, à l’occasion de la joyeuse entrée de Charles VI (18 juillet 1717), six hautboïstes étrangers, sous la direction de Reinkast, se firent entendre à Malines.
Dans une telle atmosphère, Louis van Beethoven put se tenir au courant des manifestations musicales de l’époque. Mais Ja grande question pour lui, à ce moment, était de trouver une situation. Le commerce paternel périclitait, dans cette période troublée qui rendait les acheteurs circonspects. Dentelles et tableaux ne trouvaient plus les amateurs de jadis. Les temps durs contraignaient les artistes à quitter leur foyer pour chercher fortune ailleurs. Louis dut certainement se souvenir des brillantes chapelles musicales des Cours allemandes vantées par son ancien maître, le chanoine Major. S'il lui demandait une lettre de recommandation, ne serait-il pas accueilli dans l’une de ces Cours ? Le règlement de l’école des choraux stipulait, nous l’avons dit, que le maître de chant s’occupait de l'avenir de ses pupilles. Les présomptions en faveur d’une recommandation écrite, délivrée par Charles Major à son ancien et excellent élève, pour l’une ou l’autre maîtrise importante, nous semblent très admissibles. Ici, l’intervention du brave organiste Colfs peut avoir été très efficace. Colfs devait savoir que son homonyme, parent peut-être, Louis Colfs, maître de chapelle à Louvain, était malade et cherchait à se faire remplacer. Antoine Colfs peut avoir suggéré au jeune Louis l’idée de postuler l’intérim de Louvain : nouvelle hypothèse très acceptable. En tous cas, nous savons que, vers la fin du mois d’octobre 1731, Louis van Beethoven adressa une
supplique au doyen du chapitre de l'Eglise Collégiale de St-Pierre à Louvain, sollicitant l’emploi de ténor vacant à la maîtrise. Cette requête fut favorablement accueillie en séance extraordinaire du Chapitre, le 2 novembre 1731. |
En fonction depuis huit jours à peine, le jeune Malinois, qui avait alors 19 ans, fut proposé par le maître de chapelle Louis Colfs pour le remplacer dans la direction de la maîtrise. Ce fut un éclatant hommage à l’étendue des connaissances musicales théoriques et pratiques de Louis van Beethoven.
Le 9 novembre 1731, en effet, la requête suivante fut adressée :
Aux très Révérend Monsieur le Doyen
et vénérables Chanoïines de la célèbre Église Collégiale de St-Pierre à Louvain.
Louis Colfs, maître de chant, déclare avec le plus profond respect qu'il fut avisé par Monsieur le Secrétaire du Chapitre de la décision des honorés et révérends Chanoïines, décision par laquelle le soussigné fut prié de désigner un remplaçant pour le service de l’église et (en cas de besoin) pour la direction des études à domicile. Comme il lui paraît que personne ne conviendrait mieux à cet emploi que Ludovicus van Beethoven, il se permet de recommander ce dernier pour ces fonctions. Priant humblement les Révérends Chanoines de vouloir agréer ce candidat.