CHAPITRE III La Manufacture de la rue Hue
SOMMAIRE
Foodaiion de la MaDafiCtore par Toirel en 1749. ^ Les EUU loi prêtent 12,000 livres poar dix ans. — Il meurt en 1756. — René da LatUy loi soccède. — Il s'associe son fils Loais-Marie. — Les Etals lai renoavellent poar dix antres années le prêt consenti à Tutrel. — Mort de René du Lattay en 1764. — Sa Yenve lutte en vain eontre la mauvaise fortune. — Les Etats lui intentent des poursuites. — Sa requête aux Etats de 1774. — Elle meurt sans pouvoir s'acquitter. — Son beau-fils Louis- Bfarie du Lattay lui succède. — Il meurt en 1781. ^ Requête de sa veuve aux Etats de 1786. — Fin de la fabrication en 1790.
Depuis le xv* siècle jusqu'à la fin du xviii% la voie publique, qui porto depuis 1792 le nom de rue de Paris, s'appelait rue Hux, ou plus ordinairement rue Hue. En venant de la rue de Belair, après avoir dépassé d'environ cent cinquante pas le point d'intersection de la rue de Viarmes, on trouvait, sur la droite, une maison d'assez modeste apparence, derrière laquelle s'étendaient au Sud, dans la direction de la Vilaine, des cours et des jardins s'en allant en pente douce jusqu'à une prairie située en aval de l'écluse de Saint-Hélier et dépendant de l'abbaye des religieuses bénédictines de Saint-Georges ^ C'est dans la partie de ces terrains
1. Voir le plan de Rennes levé par Forestier, gravé et réduit par Oliivault. — Ce plan fut levé par l'architecte Forestier de 1760 i 176i. La
bornée au Midi par la prairie qu'arrosaient plusieurs ruisseaux aboutissant à la rivière, et au Nord par la maison en bordure sur la rue Hue •, qu'un sieur François-Alexandre Tutrel fonda une manufacture de faïence en 1749, c'est-à-dire peu après le moment où l'italien Barbarino s'était établi au Pavé Saint-Laurent.
Les commencements de la Manufacture de la rue Hue furent pénibles, car, dès la seconde année de son exploitation, Tutrel adressait aux Etats» de Bretagne une requête dans laquelle il les priait a de vouloir bien lui accorder une somme proportionnée à ses pertes et à ses pressants besoins. » Cette supplique fut renvoyée à l'examen de la Commission du Commerce, qui proposa de faire droit à la demande du pétitionnaire. Les Etats, en effet, prirent dans leur séance du 10 décembre 1750 la délibération suivante :
Touchant la manufacture de la fayancerie, les Etats ont,
conformément à Tavis de la Commission, accordé et accordent au sieur Tutrel, entrepreneur et directeur de ladite manufacture, par forme de prest et sans intérest pour le terme de dix ans, une somme de 12,000 livres en donnant par lui bonne et suffisante caution qui sera reçue par la Commission intermédiaire ', sous la direction de laquelle sera aussi fait
réduelioii da pltn original et st grtvare sur coiYre farent exécutéf par Ollivaalt, qai en avait été chargé en 1769 et qai ne termina ion travail qae six ans plas tard, en 1775, soos l'administration de l'Intendant Gaze de la Bove, aoqoel le plan gravé ftat dédié « par HM. les Maire, Ecbevins et Officiers «laniclpaox de la Ville de Rennes. •
1. Ces terrains sont aajoard'hai limités ao Nord par la rue de Paris, an Sad par l'avenue da Mail-Donges.
a. La Commission intermédiaire, composée d'une délégation choisie parmi les membres des Etats, était chargée de veiller i l'expédition des affaires pendant l'intervalle qai séparait chaque tenue. Elle siégeait dans un vaste b6tel qae les Etats avaient fait construire i cet effet en 17Si sur remplace -
Temploy de ladite somme, ainsy et comme elle le jugera convenable'.
Tutpol eut recours à son beau-frère, René du Lattay, maitro chirurgien^, qui le cautionna suivant les conditions imposées par les Etats, mais ce ne fut qu'un an plus tard que put être touchée la somme de 12,000 livres. Bientôt la santé de Tutrel s'altéra, et, après trois ans de maladie, il mourut dans sa majson de la rue Hue, le 30 septembre 1756, à Tâge de 33 ans.
Restée dans une situation des plus précaires, la veuve Tutrel se sentit incapable de s'occuper fructueusement de la fabrique, et en remit la direction à son beau-frère René du Lattay, d'ailleurs seul responsable du prêt consenti en 1750 par les Etats. Du Lattay, plein de courage et d'énergie, tenta de vigoureux efforts pour sauver la situation : il reconstruisit les fours et fît venir de Normandie des ouvriers habiles; enfin, pour pouvoir consacrer plus de temps à l'exercice de l'art chirurgical, il s'adjoignit son fils Louis-Marie, au nom duquel avait été achetée la manufacture, le 8 décembre 1757, et lui en confia la direction.
Mais la date de l'échéance du prêt approchait et du Lattay se trouvait dans l'impossibilité d'opérer le remboursement des 12,000 livres. Il s'adressa alors aux Etats et leur demanda une prolongation de délai de dix ans qui lui fut accordée le 30 octobre
ment de rtncien Hôtel-de Ville. Cet hôtel est affecté, depuis 1798, i l'Ecole d'Artillerie et ta logement du géoéral commandant cette arme.
1. Tatrel avait épousé une demoiselle Creneviève Noblet, dont la sœur, Anne-Renée, était mariée au maître chirurgien René du Lattay.
2. Archives départementales d'IIIe-et- Vilaine. Etats de Bretagne ; séance du 10 décembre 1750.