LIVRE DEUXIEME
lie tOâ» àt115«. — Ciuerres» du duc Gérard et du comte de Vaiidémont* — Prise et reprise du château de vicherey. — Construction du château de BEAURE- CiARB, près RAO^V-rETAPE. — %lé^e d'EPliVAli. — Démêlés entre le due Thierry, et l'ahhesse de reiiireiioivt.
Gérard d* Alsace fixa sa résidence à Chdtenois. Nancy qui devint plus tard la capitale de son duché , commençait à peine à naître. Gérard se construisit un château fort sur une hauteur, à Touest de Chdtenois. Au siècle dernier, on voyait encore
quelques restes de cette forteresse : aujourd'hui elle est entièrement effacée.
Dès le début de son régne , Gérard eut à tiret répée.
Godefroi-le-Barbu , le vainqueur d'Adalbert, Tattaqua, le battit et le retint prisonnier pendant un an.
C'est ce même Godefroi qui, en 1049, fit avec ses alliés les comtes de Flandre, de Hainaut et dé Hollande, secrètement aidés par le roi de France, la guerre au pieux empereur Henry HI. Il brûla la ville et la cathédrale de Verdun. Le pape Léon IX Texcommunia pour ce fait. Godefroi trembla devant la censure ecclésiastique. Il vint à Aix-la- Chapelle se présenter devant le pape qui se montra clément. Il se rendit ënsuite à Verdun pour y faire pénitence. Il fut fouetté publiquement devant Tautel avant d'être admis de nouveau dans la société des fidèles, et on le vit travailler en simple ouvrier à la reconstruction de la cathédrale qu'il avait détruite.
Rendu à la liberté, Gérard donna la chasse aux aventuriers qui dévastaient les domaines de l'abbaye de Remiremont , dont il était le seigneur voué. Pour les tenir en bride , il fit bâtir
Une citadelle non loin de Jarménil , sur les rives de la Moselle, aux lieux mêmes où cette rivière reçoit les eaux de la Vologne et y mit garnison.
En 1067 , Rollon, seigneur de Rollainville^ organisa un corps de bandits, en prit le commandement, assaillit le château de F icherey, et s'en empara. Ficher ey appartenait aux chanoines de Toul. Les chanoines prièrent Gérard et son fils Thierry, de joindre leurs troupes à celles d'Udon, leur évêque, commandées par le comte Arnoud, et de reprendre ensemble F icherey. Ils promirent au duc de Lorraine de récompenser ses services par la vouerie des terres qu ils possédaient sur ce point. Gérard accueillit leur prière , enleva le château à Rollon et châtia sévèrement celui-ci ainsi que ses brigands.
C'est surtout contre les seigneurs lorrains que Gérard dut se battre. Il s'épuisa en efforts pour les maintenir sous son obéissance, et on peut dire qu'il passa sa vie à lutter contre eux. Obligé de recourir aux moyens les plus rigoureux, comme oux mesures les plus arbitraires, afin d'affermir sa domination, il ne put que s'attirer leur haine et leur vengeance. Ils résolurent de se défaire de lui et l'empoisonnèrent. Gérard mourut à Réunir emont
en 1070; Fégiise abbatiale de cette ville reçut ses dépouilles mortelles.
L'année précédente , il avait fondé avec sa femme, Iladwide de Namur, auprès de son château , le prieuré de Châtenois , où les cendres de cette princesse furent déposées.
Le duc Gérard eut pour successeur Thierry P% dit le Vaillant , Taîné de ses trois fils , qui , comme son père , résida à Châtenois. Son second fils, Gérard, fut fait comte de Vaudémont, et son troisième fils , Bertrice , abbé de Moyenmoutier.
Mécontent de son apanage , le comte Gérard chercha querelle au duc Thierry et alluma une guerre qui causa de grands maux au pays. L'empereur d'Allemagne intervint pour mettre les deux frères d'accord. On crut pouvoir apaiser Gérard en ajoutant à son comté le château de Savigny , auprès de CAaraie^. On n'y réussit pas. Gérard ne tarda pas à reprendre les hostilités. Il se déclara souverain indépendant et ne consentit à reconnaître personne au-dessus de lui. 11 s'évertua à piller les villes et les bourgades non fortifiées ^ les châteaux de la noblesse ^ les domaines des églises et des monastères ^ les
terres des riches, sans aucune exception. Par-^ tout il laissa des traces de ses violences.
En 1072 , le fougueux comte de Yaudémont se permit d'insulter le château d'Epinal et osa même déclarer la guerre a Humbert , duc de Bourgogne, mais Humbert s'empara de lui et de plusieurs des siens et les garda prisonniers jusqu'en 1089.
Cette longue captivité s'explique par le ressentiment , bien naturel d'ailleurs , du duc de Bourgogne, qui avait à se plaindre non seulement de ce que le comte Gérard avait pris les armes contre lui , mais encore et surtout de ce que Gérard d'Alsace avait enlevé le château de Savigny aux princes bourguignons et l'avait transmis à ses héritiers.
Le duc Thierry, qui pourtant n'avait pas lieu de se louer de la conduite de son frère à son égard, mit tout en œuvre pour lui faire recouvrer sa liberté. Elle ne lui fut toutefois accordée que moyennant une somme considérable d'argent et l'abandon de Chàtel- sur-Moselle , en dédom^ magement de la perte du château de Savigny.
Redevenu libre , instruit par le malheur , le comte Gérard changea entièrement de conduite.
Il renonça au brigandage, se livra à la dévotion, fonda en 11071e prieuré de Belval dans le voisinage de Chdtel et y fut inhumé avec sa femme.
L'abbé Bertrice avait pour voisin un seigneur qui se nommait Othon , aussi entreprenant , aussi hardi que les autres petits tyrans de son époque. Il prit fantaisie à Othon d'élever un donjon sur la crête d'une montagne dominant la ville de Raon-V Etape , à proximité du confluent des deux rivières de la Meurthe et de la Plaine, et sur les terres mêmes de l'abbaye de Moyenmon^ lier. Cette audacieuse construction était de nature à inquiéter Bertrice et ses religieux.
Trop faible cependant pour l'empêcher par la voie des armes , Bertrice réclama l'intervention de son frère le ducde Lorraine et de l'Empereur. Ces deux princes firent entendre raison à Othon et la construction du château fut suspendue en 1114. Longtemps après, en 1279, le duc Ferry III la reprit et la termina.
Telle fut l'origine du fameux château de Beaur égard , qu'on regardait comme une forteresse inexpugnable et que Louis XIII fit démo-^ lir en 1636, en même temps que beaucoup d'autres châteaux lorrains.
De même que son père , ïhierry-le-Yaillant, eut fréquemment à se battre contre la noblesse, qui méprisait son autorité. Les seigneurs s'étaient fortifiés dans leurs terres et y faisaient tout ce qu'ils voulaient. Leur licence était sans limites. Les petites guerres succédaient aux petites guerres , les dévastations aux dévastations , les incendies aux incendies. Le duc prit la noble résolution de mettre un terme à ces désordres qui menaçaient de rendre la Lorraine inhabitable.
Il leva de nombreuses troupes d'infanteiie et de cavalerie , les lança dans toutes les directions, fit mettre bas les armes aux seigneurs, arrêta le pillage des récoltes et la destruction des propriétés et fit renaître la sécurité dans la province.
Au mois d'août 1089, Thierry vint en personne mettre le siège devant la ville A'Epinal.
Cette ville était tombée au pouvoir de Vidric, seigneur plein de bravoure et d'orgueil , qui l'avait prise à l'Evêque de Metz. Tout en arrivant, le duc rangea en bon ordre son armée devant la place. Yidric n'en fut point eflrayé. Loin de là, il se décida à attaquer les Lorrains
sans le moindre retard. 11 fil une sortie avec tout son monde et se rua sur eux. La mêlée eut lieu au pied des murailles .
Thierry soutint vigoureusement le choc de Vidric et prit à son tour l'offensive. Repoussés avec perte , les assiégés rentrèrent précipitamment dans la ville.
Le duc donna dans cette occurrence une grande preuve de sa modération. Désireux d'épargner le sang des vaincus et d'éviter à la ville les horreurs de la guerre, il arrêta l'élan de ses soldats qui poursuivaient Vidric. Se bornant à répandre la terreur dans la place, il leva le siège et se retira dans sa ville à' Arches, où il avait fait bâtir deux ans auparavant un château fort pour réprimer les excursions de la garnison A'EpinaL
De ce château , détruit depuis longtemps, on n'aperçoit plus qu'une ruine. C'est un pan de muraille battu par les vents auxquels il résiste. Un habitant A'Epinal l'a récemment acheté et le conserve à titre de monument historique. On doit lui en savoir gré.
De graves difficultés s'élevèrent entre le duc Thierry et Judith, abbesse de Remiremont , au
sujet de ce même château à' Arches, et de quelques villages dépendant de Fabbaye dont !e prince lorrain était voué. Peu s'en fallut qu'une nouvelle guerre ne jaillît de ces contestations. La sagesse des parties la prévint. Elles soumi-^ rent leur différend au jugement d'un haut tribunal composé d'Adalbéron, évêque de Metz , de Ricuin, évêque de Toul, de Folmar, comte de Metz, et d'Etienne, princier de Toul.
Ce tribunal décida que le duc Thierry jouirait du château à' Arches , sans que l'aDbesse pût le troubler dans sa possession et qu'il se contenterait des émoluments accordés jusqu'alors aux voués dans les cinquante-deux bans de Fabbaye de Remiremont, sans pouvoir y ajouter aucune nouvelle charge.
Cette sentence fut rendue le 3 janvier 1115, Fannée même de la mort du duc.
Ce prince possédait la vouerie des principales abbayes de ses états. Il augmenta la dotation du prieuré de chdtenois. Il fit du bien à Fabbaye de St-Dié et accorda à son église la montagne de Clermont , qui touche à cette ville. Il défendit Fabbaye de Chcmmouseij contre les tentatives ambitieuses de l'abbesse de Remire-
mont et de Josselin, seigneur lorrain, quis'op[>o~ saient au maintien de ce monastère. En construisant un nouveau faubourg à Neufchàteau, il y érigea Téglise actuelle de St-Nicolas et en fit présent à l'abbaye St -Mansuy de Toul.
ne 1115 à 1179. — Guerre» du due Simon 1er, Son excommunication et celle de (»on fils^, le duc Matiiieu* — Guerre entre ]iiatliieu et TE^éque de Metz*
Simon P% fils de Thierry-le-Vaillant, monta sur le trône en 1115.
En H36, la guerre éclata entre Alberon de Montreuil, archevêque de Trêves , et le duc Simon. Leurs armées se battirent à Makeren. La victoire resta au duc de Lorraine , qui prit à l'archevêque plusieurs villes et les lui rendit à la paix.
Quelque temps après , "^les troupes du prélat sous les ordres de Godefroy, comte de Fauquemont, entrèrent en Lorraine , défirent celles du
duc et le contraignirent à se réfugier dans son château de Nancy. Mais , bientôt secouru par l'empereur Lothaire, son beau-frère , Simon pénétra dans les terres d'Alberon et les dévasta selon l'usage*
L'archevêque ne pouvant s'en venger par les armes temporelles se servit des armes spirituelles, ainsi que cela se pratiquait fréquemment dans ces temps reculés. Il excommunia le duc, et Simon ne put faire lever son excommunication qu'en réparant les dommages causés par lui non-seulement à l'archevêque , mais encore aux abbayes de Remiremont et de St-Dié.
Simon passa en Italie en 1137 avec l'empereur Lothaire pour faire la guerre à Roger, roi de Sicile, et mourut en 1138, au retour de cette expédition.
Son fils, Mathieu I", commença à régner en 1159. Ses violences contre l'abbaye de Remire" mont^ dont les prétentions lui paraissaient exagé rées, le firent excommunier comme son père. Le pape Eugène III fulmina lui-même cette redoutable sentence, tout en mettant en interdit les terres du duc et en n^y permettant plus que « le baptême et la pénitence pour les mourants. »
Le pape le fit savoir en termes amers à Hillin, archevêque de Trêves , et aux évêques de Metz et de Toul, et leur recommanda d'assurer Texécution de son arrêt.
Hillin se chargea de ce soin. Il convoqua, en 1152, les évêques de Metz, de Toul et de Verdun, cita devant eux le duc Mathieu , ainsi que plusieurs seigneurs lorrains et fit rendre un jugement qui confirma les droits du chapitre de Remiremont^ et condamna la conduite du duc et celle de ses officiers.
Mathieu promit , séance tenante , de se soumettre à ce jugement et son excommunication fut levée.
Le duc de Lorraine ne tint pas parole. Il porta une nouvelle atteinte aux privilèges de Tabbaye de Remiremont. Le pape Adrien IV lui adressa un rescrit sévère pour l'obliger h cesser ses vexations et Tempereur Conrad II remit les choses dans leur état normal.
Mais le duc Mathieu encourut une seconde excommunication pour ses démêlés avec son oncle Henry, évêque de Toul. Il avait bâti en 1154 son château de Gondreville. La garnison de ce fort pillait de temps h autre les sujets et les
terres de l'église de Toul. L'évéque cl son chapilre s*en plaignirent à Mathieu. Leurs remon- Irancos furent inutiles. L'évôque alors excommunia le duc. Ce prince parut s'en soucier fort peu. Pour le faire voir à tous, il prit le château de Ficherey et divers autres domaines appartenant à Téglise de Toul. L'évêque irrité adressa ses réclamations au pape Adrien, et, en 1155, le souverain pontife fit revivre l'excommunication prononcée contre Mathieu , lui donna la publicité la plus étendue, et mit en interdit toutes les terres de Tobéissance du duc.
Mathieu jugea cette fois qu'il était prudent de cesser un combat inégal. Il demanda à être affranchi des censures ecclésiastiques. Cette faveur lui fut octroyée le 21 mai 1156, lorsqu'il eut abandonné à Tabbaye de Bouxières les dîmes de Champigneulles et de Frouard , et qu'il eût pris en outre l'engagement de restituer F icherey , de réparer le tort fait par sa garnison de Gondreville à l'égHse de Toul et d'entreprendre à pied le pélérinage de St Jacques en Galicie.
Des démêlés surgirent aussi entre le duc Mathieu et Etienne de Bar, évêque de Metz.
Ce prélat, à son avènement h Fépiscopat, avait
trouvé plusieurs terres de son église ou aliéiiée^^ ou occupées par des seigneurs étrangers. 11 fit tous ses efforts pour les retirer des mains de leurs délenteurs et il y parvint. Le duc de Lorraine s'était mis en possession des forteresses de Lutzelbourg et de Hombourg. Il ne voulut point les rendre. Aidé par Tempereur Frédéric Barberousse, l'évêque les lui reprit. Il fit plus encore. Il se rendit maître de plusieurs châteaux , entre autres de celui A'Epinal. Mathieu se mit en campagne, poursuivit les troupes d'Etienne de Bar, le battit dans plusieurs rencontres et envahit les terres de Févéché de Metz que ses soldats prirent plaisir à ravager.
Il fallut l'entremise de Renaud, comte de Bar et frère de l'évêque, pour réconciUer les parties belligérantes. Devenus amis , le duc et l'évêque assiégèrent ensemble le château de Saverne qu'ils prirent et qu'ils rasèrent. Ils marchèrent ensuite sur celui à'Epinal que le voué de régfise du lieu tenait en son pouvoir et d'où il répandait la désolation dans les environs. La place fut emportée d'assaut. Etienne reconnaissant des services que Mathieu lui avait rendus dans cette occasion , lui donna pour récompense la vouerie de l'église d'jE'p^>^^^/.
De à 1^1 S. — Ouerrc entre le due
ISimoii lî et son frère. — néglement sur le port d'armes. — - Ciuerre entre le duc Ferry 1er et le comte de isar. — Restauration de St-mÉ. — Guerre au sujet de l'abl^aye de ^£:\o:¥ëS. — fondation des principaux monastères des Vosges*
Après trente-six ans de règne, le duc Mathieu mourut le 14 mai 1179. Il laissa la couronne à Simon II, l'un de ses fils et la terre de Bitche à Ferry, son autre fils.
Ferry ne jugea pas sa pan d'héritage suffisante. 11 s'en plaignit à son frère et, pour le contraindre à agrandir ses domaines, il s'arma contre lui. Ses troupes se jetèrent en Lorraine. Simon alla au-devant d'elles et les défit dans une bataille , où presque tous les soldats de Ferry succombèrent.
Le duc cependant pardonna à son frère, satisfit à ses réclamations et lui abandonna plusieurs
terres au nombre desquelles se trouvèrent celles de N eu [château et de Châtenois.
Simon II était un prince sage. Il fit plusieurs règlements pour le bien de ses états. Je citerai particulièrement celui qui concerne le port d*armes.
Depuis longtemps, comme je l'ai déjà dit , les seigneurs lorrains guerroyaient entre eux et tenaient constamment la province dans un état d'inquiétude et d'agitation. Ils avaient adopté une singulière manière de se déclarer la guerre : c'était de lever en l'air une certaine herbe appelée « les gants de Notre-Dame » ou des menues branches d'arbres. Cette déclaration une fois faite, ils s'attaquaient les uns les autres , insultaient qui ils jugeaient à propos et commettaient toute sorte de vexations. Le duc Simon II réprima ces désordres par une ordonnance qui supprima l'abus de la déclaration de guerre et défendit aux seigneurs de porter des armes , hors le cas de guerre légitime.
Simon , plus pieux que guerrier , abdiqua la couronne de Lorraine, en 1206, se retira dans l'abbaye de Stulzbronn et y finit ses jours en 1207,
Son successeur fut son neveu , Ferry îl, qui avait pris les rênes de TEtat dès Tannée 1206 (i).
Ferry II avait épousé la princesse Agnès , fille de Thiébaut , comte de Bar. Le beau-père et le gendre ne vécurent pas longtemps en bonne intelligence. Un jour Thiébaut reprocha à Ferry de s'être ligué contre lui avec Bertram , èvêque de Metz. Et pour s'en venger , à la tête d'une puissante armée composée de troupes de France, de Bourgogne et d'Aquitaine, il entra en Lorraine où il déchaîna tous les fléaux.
Le duc de Lorraine usa de représailles sur les terres de l'abbaye de Gorze , placée sous la protection du comte de Bar. Thiébaut l'y rejoignit , tomba inopinément sur ses troupes , les tailla en pièces et fit prisonnier Ferry et deux de ses frères.
La paix fut signée le 4 novembre 1208. Le duc recouvra sa liberté, mais il dut prendre l'engagement de se soumettre à de dures conditions , comme, par exemple, de démolir le château fort de Romont, près Rambervillers à la première
(l) 11 y eut bien un duc Ferry I, mais son régne fut si court que les liistoricns lorrains le mentionnent à peine.
sommation de son beau-père et de lui remettre entre les mains , pour garantie de sa parole , le château de Chàtenois.
Le duc Ferry II aida le roi de Germanie Frédéric à conquérir son royaume et se distingua par sa valeur au siège de la ville de Haguenau qu'il força de se rendre.
En revenant dans son duché avec ses troupes couvertes de gloire , Ferry s'arrêta à St-Dié pour juger de l'étendue des dommages que cette ville avait essuyés par Tincendie accidentel de 1155, et qui n'avaient pas encore été réparés. Toutes les églises de cette ville , les maisons des chanoines , les habitations des bourgeois avaient été dévorées par les flammes. Ce monceau de ruines offrait le plus désolant spectacle. Le prince en fut profondément touché. Il proposa au chapitre un moyen de remédier au moins en partie à ce grand désastre : c'était d'établir à St-Dié cinquante familles de ses sujets qui resteraient dans sa dépendance, seulement quant à leurs personnes, à leurs meubles et à leurs édifices. Par ce moyen, la ville pourrait espérer de se repeupler et de voir s'élever de nouvelles maisons dans son sein. La proposition du duc fut agréée par le cha-
pitre : elle donna naissance à la rue de St-Dié qui appartenait autrefois aux ducs de Lorraine. Le chapitre se réserva toutefois le droit d'y construire une maison de franc-aleu , afin de constater que remplacement de cette rue était sa propriété. Cette maison , qui existait encore le siècle dernier, fut nommée « la Halle ».
A peine le duc fut-il de retour dans ses états qu'il eût à faire la guerre à Henry , comte de Salm, seigneur voué de Fabbaye de Bénédictins de SenonesQi son beau-frère. Yoici à quel sujet :
L'abbaye da Senones avait été gouvernée pendant cinq ans, de 1201 à 1206, par Conon, prêtre de Deneuvre, que les religieux avaient élu , parce qu'ils le savaient en possession de grandes richesses, et qu ils espéraient qu'il sortirait leur monastère de l'état de gêne et de pauvreté où il était tombé. Mais Conon n'avait jamais pratiqué la règle de St-Benoit ; il était tout à fait étranger aux exercices du cloître et ne pouvait enseigner l'observance ni par son exemple ni par ses discours. Il vivait en séculier , et , grand chasseur, il aimait à promener dans son abbaye et jusque dans le chœur de son église , les éperviers et les autres oiseaux de chasse qu'il élevait. Il ne por-
tait pas même l*habit monastique.
Les Bénédictins le déposèrent et choisirent pour leur abbé un moine de Metz , nommé Henry , homme assez instruit , versé dans toutes les pratiques claustrales , fort zélé pour roiïice divin , mais tellement attaché à ses intérêts propres qu'il refusait souvent à sa communauté les choses mêmes que la règle exigeait.
Ce défaut lui suscita l'inimitié des Bénédictins. Ils se soulevèrent contre lui et méconnurent son autorité. Ils manifestèrent même l'intention de l'expulser de leur monastère.
L'abbé Henry alla trouver le comte et la comtesse de Salm et les intéressa à sa cause. Il les fit venir à l'abbaye et les détermina à user de leur pouvoir pour calmer l'irritation des religieux. Le comte Henry employa successivement les remontrances , les menaces , les promesses et les présents et lit si bien les choses qu'enfin les moines se soumirent à leur abbé et que la paix reparut au monastère.
Mais le comte Henry n'était pas homme à rendre gratuitement un service aussi marquant. Pour s'en payer, il se crut en droit d'exiger de l'abbé de Senones tout ce qu'il voulut. Ses pré-
tentions ne connurent pas de bornes. Elles déterminèrent Tabbé à solliciter Tintervention du duc de Lorraine pour les renfermer dans de justes limites.
De là cette guerre de 1212 dont l'histoire a négligé d'enrégistrer les détails et l'issue.
Le duc Ferry n'y survécut pas longtemps, puisqu'il mourut le 10 octobre li213.
C'est dans le cours des onzième et douzième siècles , au milieu des guerres incessantes et des luttes acharnées que s'élevèrent la plupart des monastères les plus renommés des Vosges.
Gautier, seignenr de Deuil ly, fonda le prieuré de Deuilly. en 1044 ; Ursus de Bénévent, le prieuré de St-Jacques , près Neufchdteait , en 1048 ; Rainard, comte de Toul, l'abbaye de Bleurville, en 1050 ; Bertholde , évêque de Toul , l'abbaye de Poussay y en 1051; le duc Gérard et la duchesse Hadwide , le prieuré de Châtenois , en 1069; Thierry, évêque de Metz, l'abbaye d'jFpinal , en 1070 ; les cénobites Anténor et Sehère, le prieuré du Châtelet^ près Remiremont , en 1080; le même cénobite Sehère, l'abbaye de Chaumousey j en 1090; le comte Gérard de Vaudémont , le prieuré de Belval , près
Chdtel, en 1107 ; le prêtre Engibalde, le prieuré à'Hérival ,Qn 1112; Hugues, comte de Yaudémont, l'abbaye de Flabémont, en 1140; le duc Mathieu 1", l'abbaye Létanche , en 1148; Etienne de Bar, évêque de Metz, l'abbaye dîAutrey, en 1150; Norbert, abbé de Sept-Fontaines, l'abbaye de Mur eau, qh 1150; Guillaume, d'Arches, l'abbaye de Bonfays , en 1155.
On eût dit qu'il n'était possible de se dérober aux périls de cette orageuse époque qu'en se plaçant plus spécialement sous la protection divme dans les lieux consacrés à la religion. Et cependant les seigneurs , les routiers, les aventuriers de tous les pays, et les troupes ne les respectaient en aucune façon et ne se faisaient aucun scrupule de piller , de saccager , de brûler les monastères, les églises et leurs propriétés. Rien n'était sacré pour eux.
* - ««ePPe entre le duc
Thiébaut et le roi des Romains. — JLes l^orrains à Rosiieim. — fin tragique de Tévéque de Tout et du grandprévôt de St-Dié.
Thiébaut I" succéda au duc Ferry, son père.
en 1213. C'était un des plus braves et des plus beaux hommes de son temps au rapport des historiens.
La première année de son règne, Thiébaut tira répée contre Frédéric II, roi des Romains, qui s'était injustement emparé de la terre de Rosheim, et à qui il voulut la reprendre. Il leva les milices lorraines et en donna le commandement à Lambirin, seigneur d'Jrches, et grand-maître de sa maison. Il lui ordonna en même temps d'aller l'attendre dans la vallée de la Bruche , aux environs de la ville de Schir7?ieck.
Lambirin se conforma aux ordres de Thiébaut , mais comme le duc tardait trop à venir le joindre, et qu'il était un de ces capitaines impatients et hardis assez communs en Lorraine , il résolut d'attaquer seul avec ses milices la ville de Rosheim.
Cette place n'était défendue que par une simple terrasse. Le capitaine lorrain y entra sans résistance. Les habitants se réfugièrent à la hâte dans leur église et dans leur cimetière , où ils se défendirent courageusement. Lambirin et ses gens visitèrent leurs maisons abandonnées, les pillèrent et firent bonne chère aux dépens des
bourgeois. ïi y avait du vin blanc en abondance. Les miliciens en burent avec avidité et outre mesure. C'étaient de jeunes paysans pour qui le vin était chose rare et trop coûteuse. Ils y prirent goût et s'enivrèrent de telle façon qu'ils tombaient les uns sur les autres dans les caves , dans les celliers et dans les rues.
Un gentilhomme de Rosheim s'en aperçut et excita ses compatriotes à prendre l'offensive. Ce gentilhomme, qui se nommait Othon , se mit à leur tête , se précipita sur les Lorrains accablés de sommeil et noyés dans le vin et en fit un horrible massacre. Les Lorrains se laissèrent tuer comme des brutes ; ils ne purent ni se défendre, ni s'enfuir, ni demander la vie. Il y en eut plus de cent d'égorgés. Lambirin et quelques autres parvinrent toutefois à remonter à cheval et se sauvèrent avec la plus grande vitesse : d'autres encore sortirent peu à peu de leur état d'ivresse et gagnèrent non sans peine les montagnes des Vosges.
Sur ces entrefaites, le duc arriva dans la vallée de la Bruche, avec bon nombpe de soldats. Le seigneur A' Arches le rejoignit à Wisches , lui raconta sa mésaventure et brûlant de reprendre
sa revanche, l'accompagna dans son expédition.
La ville de Rosheim fut de nouveau et aisément enlevée par les Lorrains , qui toutefois ne la gardèrent pas longtemps.
Thiébaut se rangea du côté d'Othon ÎV , lorsqu'en 1214 la guerre éclata entre cet empereur et Philippe-Auguste , roi de France. Il lui mena un renfort considérable de troupes , et assista à la mémorable bataille de Bouvines, où Othon perdit trente mille hommes.
En 1218, le duc de Lorraine voulut encore reprendre Kosheim. Il y rentra sans éprouver de sérietises difficultés et commit de grands dégâts en Alsace.
Le roi Frédéric en fut informé. Ce prince marcha contre le duc et se montra en Lorraine à la tête d'un gros corps de cavalerie. Thiébaut poursuivi par lui s'enferma dans sa ville d'Amance. Le roi résolut de Ty assiéger et invita Henry, comte de Bar et Blanche, comtesse de Champagne, à s'unir à lui. Le comte et la comtesse partirent suivis de leurs troupes. Arrivés à Nancy , ils y couchèrent et y mirent le feu au moment d'en sortir. Ils se rendirent en-
suite au camp de Frédéric, qui poussait vigoureusement le siège d'Amance.
A la vue du danger qu'il courait , Thiébaut ^ envoya réclamer à plusieurs reprises le secours des princes et des seigneurs, ses amis. Ce fut en vain. Personne ne lui vint en aide. Au contraire, plusieurs seigneurs lorrains ou étrangers, non contents de Tabandonner , joignirent leurs forces à celles de ses ennemis et travaillèrent à la dévastation de ses états.
Dans cette cruelle extrémité , on lui conseilla d'implorer la clémence de Frédéric. Le duc suivit ce conseil. Sans armes et en suppliant , il alla se jeter aux pieds du roi. Frédéric lui témoigna assez de bienveillance. Il lui promit son pardon , mais il lui déclara qu'il lui en coûterait quelque chose, le priva de sa liberté et Temmena en Allemagne.
Thiébaut fut obligé de se soumettre aux exigences du roi des Romains, et à celles de ses alliés, le comte de Bar et la comtesse de Champagne et la paix fut signée entre eux au mois de juin 1218.
La terre et le château de Châtenois furent
engagés à la comtesse Blanche , pour répondre de la parole du duc.
Cependant le duc de Lorraine était toujours prisonnier. Sur les instances de Conrad, évêque de Metz , Frédéric lui rendit enfin la liberté « moyennant douze cents livres monnaie de forts. »
Le duc prit la route de son pays, mais k peine eût-il passé le Rhin qu'une courtisane , envoyée par le roi des Romains , le rejoignit dans une hôtellerie , chercha à le séduire par ses charmes et lui fit boire du vin , où elle avait versé du poison. Le lendemain, cette empoisonneuse avait disparu.
Thiébaut , portant la mort dans son sein , arriva dans ses états, et n'y mena plus qu'une vie languissante qui s'éteignit à Nancy en 1220.
Sous son règne, il se passa un tragique événement qui fit tache au blason de la maison de Lorraine et qui prouve une fois de plus la barbarie et la corruption des mœurs du moyenâge. Les Vosges en furent le théâtre.
Mathieu, fils du duc Mathieu 1", ayant été déposé du siège épiscopal de Toul pour sa
mauvaise administration , et remplacé par Renaud de Senlis , s'était retiré dans sa grande prévôté de St-Diéei s'était fait bâtir, entre les deux églises de cette ville , une maison , où , selon le chroniqueur Richer, moine de Tabbaye de Senones , il vivait avec une fille de mœurs dépravées»
Le duc Ferry V , indigné de la conduite scandaleuse de son oncle , lui avait fait les plus sanglants reproches, lui avait enlevé sa concubine et avait rasé sa maison. Mathieu était allé habiter son château de Clermont , voisin de St-Dié, et , comme la plupart des autres seigneurs , se livrait à la rapine et au brigandage avec une troupe de bandits.
Il apprit un jour l'arrivée de Renaud de Senlis dans les Yosges , où il faisait sa tournée épiscopale. Ce fut pour lui une occasion de se venger. Il fit activement surveiller les pas du prélat. Renaud, qui s'était arrêté àTabbayedCiS'enone^, au mois de Mars 1217, en repartit pour visiter celles de Moyenmoutier et A'Etival ; il se dirigea ensuite sur l'abbaye à' Autrey ^ où son intention *^tait de coucher.
Déjà il avait dépassé la métairie de La Bonrgonce^ et il s'était engagé dans un sentier étroit, resserré d'un côté par une montagne boisée et de l'autre par un marais , lorsqu'il trouva sur son chemin une barricade que le grand-prévôt avait fait élever et qui l'arrêta court. Au même moment, des gens apostés par Mathieu se présentèrent armés jusqu'aux dents. Ils se jetèrent d'abord sur Etienne , abbé de St-Mansuy , qui accompagnait le prélat, le précipitèrent à bas de son cheval , le dépouillèrent et l'accablèrent de coups. Les serviteurs de Renaud subirent ensuite les mômes violences. Ces misérables se saisirent ônfin de l'évêque, lui portèrent plusieurs coups de couteau dans la poitrine et dans le dos , et l'ètendirent mort à leur§ pieds. Après quoi , ils lui ôtèrent ses vêtements et jetèrent son corps entièrement nu dans le marais.
Comme ils s'en retournaient satisfaits d'avoir commis ce meurtre , ils rencontrèrent Mathieu qui s'était muni d'une arbalète pour s'en servir au besoin. Ils revinrent avec lui sur les lieux et lui montrèrent le cadavre du malheureux évêquo enseveli dans la vase. Mathieu le regarda quelque temps et , quand il fut certain que Renaud
de Senlis avait cessé de vivre , il tourna bride pour regagner son château de Clermont,
Toutefois le grand-prévôt ne tarda pas à recevoir le châtiment de son crime. Le duc Thiébaut, animé contre lui d'un légitime courroux , vint à Clermont aussitôt qu'il eût appris la fin tragique de révêque de Toul , mais il n'y rencontra pas Mathieu qui rôdait dans la montagne. Il se mit à sa recherche , le trouva auprès du village de Nompateîize et l'immola de sa propre main.
»e 1220 à 1264. — Ciiierfi*e dii due Ha» thieu II* — Des^irecÉion du château de la Haute-Pierre» — fortification d^ËiPli^iiîiet RAMB]Ee^ iXE(Eisi^. — Bataille de Bi^ililB^MO.^ir. — JLe comte Henry de SAi.li et Fatofeayc de ^e:%o.^e§&, — Bataille de ^a:xo^€OUIIT« — Les aTentnrier» à
Thiébaut étant mort sans enfants , le duc Mathieu H, son frère, lui succéda en 1200.
Par lettres du 30 Juillet , Mathieu reconnut « tenir a foi et hommage » de Thiébaut , comte
de Champagne, el de Blanche, comtesse de Troyes, sa mère, la ville de Neufchâteau et ses dépendances, qni faisaient autrefois partie de son propre fief. 11 s'engagea en même temps à les leur rendre pour y mettre garnison , en cas de guerre , mais sous la condition que le comte de Champagne les lui restituerait quarante jours après la guerre finie et dans le même état qu'il les aurait reçues. Comme on craignait que plus tard il ne se refusât ù opérer cette remise , le duc dut prendre en outre Tobligation de faire jurer sur les saintes reliques à ses vassaux et aux bourgeois de Neufchâteau qu'ils livreraient eux-mêmes cette ville et son château aux mains du comte el de la comtesse.
La même amiée, Mathieu II se vit contraint de faire la guerre à Hugues, comte de Lunéville , homme violent , avare et factieux , qui , soutenu par plusieurs seigneurs lorrains, dévastait le pays et surtout les domaines ecclésiastiques. Mathieu le vainquit et réprima ses vexalions.
Mathieu eut aussi à combattre le seigneur de Rodemerch, venu avec ses troupes sur les frontières de Lorraine qu'il ravageait du côté de Trè«
ves. Il emprunta , pour payer les frais de celte expédition, une somme de vingt mille livres à Gérard, seigneur d'C^Ae rj^, et son frère, Jacques de Lorraine, princier de Metz, lui servit de caution.
Albert de Parroye avait construit un château fort sur la crête d'une montagne , au nord de Tabbaye de Moyenmouticr , Ce château était appuyé contre un immense rocher qui régnait sur toute la cime de cette montagne et qui aboutissait à la Haute-Pierre, autre rocher non moins remarquable par sa longueur et par sa forme. On rappelait le château de la Haute- Pierre. Il portait ombrage aux moines de Moyen?noutier, Pour leur être agréable , le duc Mathieu l'assiégea en 1225. Le siège dura depuis l'octave de la Pentecôte jusqu'à la Nativité de Notre-Dame, c'est-à-dire plus de trois mois. Le duc le prit enfin et le démolit. Plus tard, les seigneurs de Parroye le rebâtirent , et y demeurèrent encore quelque terops, mais les religieux de Moyeiimoutier le firent abattre de nouveau. On n'en voit plus aujourd'hui que l'emplacement.
Sur la fin de 1229, le comte de Bar, oncle du
duc, pénétra en Lorraine et y briila soixante et dix villages. Mathieu usa de représailles , et lit dans les étals du comte de semblables et même de plus grands dégâts. Ils finirent toutefois par se réconcilier et se jurèrent en 1230 une paix perpétuelle.
Le traité qui intervint vida d'anciennes querelles. 11 fut convenu entre autres choses que le comte de Bar relèverait le seigneur de Darnoy de rhonimage qu'il lai devait et de toutes les promesses qu'il avait été obligé de lui faire ; que, de son côté, le seigneur de Darney restituerait au comte l'argent qu'il en avait reçu, que le comte ne réclamerait rien ni de Mirecourt ni de Char?nes ; que si le comte de Toul répétait quelque chose è ces deux villes , le duc lui en ferait raison, que si la fille du seigneur de Te?zdon, qui avait été enlevée , n'était point mariée , on la rendrait à ses parents, qu'enfin le château de Fontenoy, qui appartenait au comte de Toul , demeurerait fief du comte de Bar.
Vers la même époque à peu près, Jacques de Lorraine, évêque de Metz, augmenta les fortifications de la ville et du château à'Epinal et ajouta vingt-quatre grosses tours aux simples murailles
qui entouraient la ville de Piamber ciller s.
En 1234, le duc Mathieu réunit ses forces h celles des bourgeois de Metz pour combattre leur évéque, Jean d*Apremont , et attaqua le château de St-Germain , où le prélat se défendit avec vigueur. Cette petite guerre se termina par un arrangement que Roger, évêque de Toul, sut amener.
Quelques années après, l'évêque de Strasbourg et le comte de Dasbourg firent irruption en Lorraine. Le duc Mathieu était alors dans les Flandres ; il en revint tout en diligence , battit ses ennemis au-dessus de Remiremont , leur prit beaucoup de monde, les poursuivit jusqu'à Saverne, s'empara de cette ville , en tua le gouverneur , Lambert, auteur de la guerre , et mit en pleine déroute les troupes de Févéque et du comte.
La Lorraine perdit le duc Mathieu en 1251. Sa veuve, la duchesse Catherine , eut la régence de ses états pendant la» minorité de son fils , le duc Ferry IIL
Ferry commença en 1254 son règne qui ne finit qu'^n 1303.
L'évêque de Toul , Gilles de Sorcy , appela en 1257 le duc Ferry à spn secours contre les
aventuriers qui ravageaient ses ferres et à qui il n'avait aucune force à opposer. Ces aventuriers étaient nombreux et redoutables. Le jeune duc , âgé alors de 18 ans , les attaqua résolument sous les murs de Brixey qu'ils assiégeaient , les défit et leur tua deux cents hommes. Le reste effrayé prit la fuite vers la Bourgogne.
L'abbaye de Seîumes était placée sous la protection des évôques de Metz. Le siège épiscopal, <levenu vacant , fut pendant quelque temps disputé par deux compétiteurs , Philippe de Florenges et Thiébaut de Porcelet. Mettant celle lutte à profit, le comte Henry de Salm , qui venait de découvrir les mines de fer de Grand fontaine et d'établir à Framont des forges pour leur exploitation , entreprit de s'emparer de l'abbaye et de ses terres. Il les fit occuper par un certain nombre d'hommes armés. L'abbé était absent. Le prieur protesta contre cette violation du monastère et se réfugia avec ses religieux dans l'abbaye de Moyen77ioutier ,
Philippe de Florcnges fut reconnu en 1261 évéque de Metz. L'abbé de Senones , Beaudoin , eut aussitôt recours à lui pour se débarrasser des troupes du comle de Salm, mais il fut éconduit.
L'abbé s'adressa alors à l'évêque de ïoiil. Gilles de Sorcy prit en main ses intérêts et écrivit k Alexandre, abbé de Moyenmoutier y de se rendre en personne auprès du comte Henry pour lui enjoindre « de satisfaire à Dieu et à l'Eglise pour tant de maux qu'il avait commis. »
Alexandre se mit en route. Lorsqu'il arriva à Badonviller, il fut arrêté par Renaud , bailli du comte et exécuteur de ses volontés. Renaud le fit garder par des soldats , qui , pendant deux jours et deux nuits qu'il fut entre leurs mains , firent grande chère et dépensèrent « jusqu'à huit sous toulois, » croyant que cette dépense serait supportée par leur prisonnier.
Les moines de Moyenmoutier , instruits de l'arrestation arbitraire de leur supérieur , se hàtè-^ rent d'en donner avis à Geoffroy, prévôt du duc de Lorraine. Le prévôt réunit une cinquantaine d'hommes, les arma et marcha avec eux sur Badonviller pour délivrer Alexandre. Le bailli eut peur ; il n'attendit point l'arrivée du prévôt et s'empressa de mettre l'abbé en liberté.
Alexandre put alors joindre le comte de Salm et lui annonça qu'il avait encouru Texcommunication aux termes des statuts du concile de
Trêves, de 1238. Il lui dit en même temps qu'il mettait ses terres en interdit, « n'exceptant que le viatique pour les mourants et le baptême des enfants. »
L'excommunication pesa au comte de Salm. Il songea à la faire lever. Mais il en était empêché par deux raisons puissantes à ses yeux. La première, toute d'intérêt, était la crainte d'être forcé de restituer ce qu'il avait enlevé à l'abbaye de Senones. La seconde, toute d'amour-propre , était la crainte d'être accusé de faiblesse par le duc Ferry III, le comte de Vaudémont et beauooup d'autres seigneurs qui, entraînés par leur bouillante jeunesse, l'excitaient plutôt à mal faire qu'à réparer les dommages qu'il avait causés.
Henry fut néanmoins contraint d'en venir à un accommodement, et réclama l'intervention de l'évêque de Metz, qui s'intéressait à lui. Mais l'abbé Beaudoin déclara nettement à ce prélat qu'il ne se prêterait à aucun arrangement tant que Henry n'aurait pas rendu ce qu'il avait pris à son abbaye. Le comte finit par y consentir ; sa réconciliation avec Beaudoin s'opéra et il reçut son absolution de l'évêque de Metz. L'évêque de Toul tint bon au contraire et refusa de l'absoudre jusqu'à ce qu'il
eût offert des garanties suffisantes de ses promesses pour les autres restitutions exigées de lui. Le comte s'engagea parserment à remplir fidèlement ces promesses et à satisfaire aux préceptes de Téglise et aux volontés de Tévêque de Tout. Il fut dressé acte de cet engagement. Le comte Henry fut alors absous une seconde fois et l'interdit jeté sur ses terres levé.
Henry, mis en demeure de tenir ses engagements, permit aux sujets de Tabbaye de Senones de faire leurs corvées ordinaires pour le labourage des terres et retira la garnison qu'il avait logée dans le couvent. Ceci se passait le 22 avril 1261. Mais la restitution des biens ne s'effectuait pas. L'abbé en témoignait hautemement son mécontentement. Ni sa communauté ni lui ne voulaient rentrer au monastère avant qu'elle eût lieu. Le comte, pressé et menacé d'une nouvelle excommunication , s'exécuta enfin entièrement. Toutefois, l'église de Senones dut à ses lenteurs d'être privée de l'office divin durant plus de neuf mois.
Pendant la vacance de l'évêché de Metz et avant que Thiébaut , comte de Bar , en eût été institué le défenseur et le gardien , Henry , comte
de Vaudémont, vint occuper avec des forces considérables les (erres de cet év(}clié , déjà désolées par d'autres seigneurs.
Les troupes réunies du duché de Lorraine et de l'évêché tentèrent inutilement de le repousser ; elles ne purent lui résister et durent se retirer, à marches forcées, au village de V axoncourt , non loin de ChdteL Le comte de Vaudémont les y attaqua, leur lua quelques hommes et leur fit un grand nombre de prisonniers. Les autres voulurent lui échapper en passant la Moselle à la nage; près de deux cents d'entre eux se noyèrent.
Les baillis du duché et de Févéché, déterminés à se venger de cette déroute , convoquèrent sous leurs bannières les milices des deux pays, et les menèrent saccager le comté de Vaudémont. A titre de représailles, Henri mit le feu à tout ce qu'il trouva h brûler dans les cantons de Bruyères et à'EpinaL
Là ne s'arrêtèrent point ses violences.
Le comte de Vaudémont avait fait venir de Bourgogne un certain chef de partisans qui passait pour le plus adroit et le plus entreprenant des aventuriers. Il le chargea de prendre et maltraiter la ville de Nenf y ^
furent que Irop bien exécutés, 1^ partisan et ses gens se déguisèrent en marchands. Grâce à ce déguisement, ils entrèrent par groupes et sans obstacles dans la ville, en ayant soin de cacher leurs armes dans leurs bagages. Ils se logèrent dans dififérentes maisons , où ils demandèrent à boire et à manger. Pendant que leurs hôtes préparaient leurs repas, ces bandits s'armèrent , parcoururent les rues de Neufchdteau, et égorgèrent le plus de bourgeois qu'ils purent.
Tachés de sang et chargés de dépouilles , ils sortirent de la ville. Ils prirent le chemin de la Bourgogne , mais le bruit de leurs atrocités s'était déjà répandu dans les campagnes. Les paysans lorrains s'armèrent pour leur barrer le passage. Il fallut se battre. Les paysans eurent le dessus. Maniant avec autant d'adresse que d'ardeur leurs fourches et leurs faux, ils en portèrent de terribles coups à leurs ennemis, les tuèrent tous à l'exception de quelques-uns qu'ils firent prisonniers et leur reprirent tout ce qu'ils avaient volé à iVew/"château.
De lft64 à 1303« — Guerre nree révéqne de lletz. — Fortification de ^St-mÉ. — ^^'ouTeau siège d^£Pi.iîAL(. — Bataille de HAMGi^'Y. — Accord du duc Ferry Ilï avec l-abbaye de R£:iiiREiio:\T«
Guillaume de Trainel remplaça Philippe de Florenges sur le siège épiscopal de Metz , en 1264. Quelque temps après ^ Thiébaut , comte de Bar, s'entendit avec le duc Ferry III pour répéter ensemble tout ce que l'èvéché de Metz leur devait et pour lui retirer les pleiges, les maisons et certains droits qu'il s'était appropriés à leur détriment. Les deux princes jurèrent de ne point faire do paix Fun sans l'autre et de ne consentir aucun arrangement avec Tévêque , que les dommages dont ils se plaignaient ne fussent réparés.
On courut aux armes. La guerre fut vive de part et d'autre. La Lorraine , le Barrois et révôché de Metz furent saccagés. L'archevêque de Co-
fogne et Févêquede Liège envoyèrent un renfort de bonnes troupes à Guillaume. Les seigneurs de la Sarre et de l'Alsace, ses vassaux, s'armèrent en outre pour sa défense. Le prélat se vit tout-àcoup à la tê(e de forces bien supérieures à celles de ses deux: adversaires. Ceux-ci prirent le parti de se replier sur les montagnes des Vosges. Guillaume se mit à leur poursuite. Il les atteignit et les battit d'abord à Domèvre-sur-Durbion et ensuite sous les murs à'Epinal.
On sentit cependant la nécessité de mettre fin à une guerre qui ne tendait qu'à ruiner complètement des pays déjà trop éprouvés. Le roi de Navarre, Thiébaut, s'offrit à rétablir Taccord entre les parties , et entama des négociations qui eurent un plein succès. La paix se fit sur la fin de l'année 1267.
En 1266, le duc de Lorraine s'était concerté avec le chapitre de St-Dié pour fermer de murailles celte ville et la mettre à l'abri d'un coup de main. Les frais occasionnés par ces fortifications furent payés sur les produits d'une imposition extraordinaire à laquelle chaque habitant de St- Dié fut soumis. Le duc nomma deux bourgeois et le chapitre deux de ses chanoines pour recou-
vrer cette contribution , en employer les deniers et veiller à Texécution des travaux à entreprendre. On décida que si ces travaux n'étaient pas terminés dans T espace de trois ans, la perception de rimpôt continuerait jusqu'à leur complet achèvement. Cette perception se faisait encore en 1280, ce qui démontre qu'il fallut plus de trois années pour enclore totalement St-Dié.
Cependant l'évêché de Metz n'ayant pas fait droit aux réclamations du duc de Lorraine et du comte de Bar, ces deux princes se virent obligés de prendre les armes contre Laurent, récemment promu à cet évêché. Ils ne pouvaient en effet obtenir ce qui leur était dû que par les exécutions militaires. Le prélat n'avâit en main ni de quoi payer , ni de quoi repousser la force par la force. 11 protesta contre les violences dont il était l'objet et excommunia le comte de Bar , à qui il en voulait plus particulièrement.
Cette excommunication n'empêcha pas les deux princes, qui déjà s'étaient assurés du château de Condé- sur-Moselle , d'assiéger le château et la ville A'Epinal , qui dépendaient toujours de l'évêché de Metz. Laurent fit tous ses efforts pour réunir quelques troupes et se jeter au-devant de
ses ennerais. line put prévenir la reddition d'i^^^/nal. Le voué, les chevaliers, le prévôt, les barons, appuyés de toute la bourgeoisie, livrèrent la ville et le donjon au comte de Bar. Thiébaut promit de les leur rendre toutefois aussitôt qu'il aurait terminé la guerre avec Tévêque et qu'il aurait touché les sommes qu'on lui devait. Cet arrangement porte la date du lundi avant Noël 1272.
Laurent attendait néanmoins des renforts que lui amenait Conrad, évêque de Stra^^bourg et ses deux neveux Frédéric et Louis de Listemberg. Il se tenait avec sa petite armée à Hadigny , non loin de Châtel, sur le chemin qui conduit à Ejnnal. Leduc de Lorraine vint l'y chercher. Il l'assaillit inopinément, le battit complètement et le fit même prisonnier. L'évêque de Strasbourg , ses neveux, ses barons et ses troupes , arrivées trop tard, ne furent pas plus heureux. Le duc Ferry et le comte Thiébaut les mirent en pleine déroute et s'emparèrent de l'évêque et des seigneurs de sa suite.
Après cette double victoire, les deux princes faillirent se brouiller au sujet du partage des prisonniers et de leur rançon. Ferry prétendait que las prisonniers étaient tous à lui, et Thiébaut, in-
voquanl leur traité d'alliance , soutenait au contraire qu'il avait droit d'en réclamer la moitié. Ils soumirent leur dilKrend au jugement de quatre gentilshommes choisis par eux , selon ce qm se pratiquait asseis souvent à cette époque, lerrv nomma Jean de Yanisberg et Vauthier de ^eutchâteau, et Thiébaut , Amé de Faucogney et Guillaume de Trichâteau.
\vant de se prononcer , ces arbitres durent , suivant l'usage, prendre l'avis de vingt six chevaliers désignés également par les parties, bn allendant, les prisonniers furent conduits à Epmal et gardés à vue par Liébaut de Beautremont et Jacques de Bayon. Deux jours après , les juges décidèrent que l'évêque de Strasbourg et toute sa noblesse demeureraient à Ferry, qm seul jouirait de leur rançon, et que, sous la même condition, Thiébaut aurait l'évêque de Metz et ses vassaux.
Dans rinlervaile , le pape Grégoire X convoqua un concile général à Lyon pour le mois de mai 1274. L'évêque de Metz saisit cette occasion de se plaindre au souverain pontife de ce que le eorate de Bar le privait de sa liberté et eugcaU des sommes énormes pour la lui rendre. Lë
comte et l'évéque furent mandés h Lyon. Le pape les entendit et leur proposa un traité qu'ils signèrent le 6 août 1274,
Aux termes de cette convention , le comte de Bar rendit la liberté à l'évéque et quitta à son église tout ce quelle pouvait lui devoir, à condition que Laarent lui paierait la somme de vingt mille livres « monnaie de Metz » dans l'espace de vingt ans et par annuité de mille livres délivrée dans la ville de Briey. Le comte s'engagea en outre à restituer à l'évéque , dans le délai de quinze jours, la ville et le château d'Epinal, ainsi que le château de Condé.
Le duc de Lorraine et l'évéque de Strasbourg furent également cités au concile de Lyon, et réglèrent aussi ce qui les concernait. Il fut arrêté entre eux que Conrad paierait pour sa rançon huit cents marcs d'argent et pour celle de ses neveux, de ses barons et de ses chevaUers, onze cents vingt cinq marcs, moyennant quoi il serait dispensé de fountir pour l'usage du duc « trois cents charrettes de bon vin » qu'il devait con duire à Bitche. — Le vin du Rhin était déjà comme de nos jours en grande réputation, — De son côté. Ferry promit avec sewBent à l'évéque de
Strasbourg de le secourir avec soixante lancej^ contre le comte de Bar dans le cas où ce dernier l'attaquerait.
Pendant que le duc de Lorraine et Tévêque de Metz en étaient aux prises , les troupes de Ferry ne se firent pas faute de ravager les terres de Téglise de Rtmiremont, Il en résulta entre cette église et le duc de grands débats, auxquels mit fin un traité conclu en 1274. Par ce traité , Ferry engagea à Tabbaye de Remir^mont tous les droits qu'il possédait h Bruyères, à Arches, et dans les autres prévôtés des Vosges pour la somme de quatre cents livres.
Déjà en 1255 , il avait renoncé au droit de tonneux qu'il avait établi à Bruyères et à Létraye et à la taxe de vingt sols imposée par année sur chaque maison dépendant de T église de Remiremont. Le duc promit en outre à l'abbaye de lui payer six cents livres touloises pour Tinderaniser de ce qu'il lui avait pris et partagea par moitié avec elle la taille de blé du val de Champ et du ban ^Arches,
Du reste , les inclinations guerrières du duc Ferry III, n'étouft'èrent jamais ses sentiments de
piété et il en donna de fréquentes preuves dans le cours de son règne.
1303 à 1346. — Insupreetion de» mei^ gêneurs liorrains. — Beistruction de»
Templierfii. CoiifllÉ eutre le duc Thiéhaut 99 et le roi de l^'airari^e. — Eiierg^ie du duc ferry IV* Puissance du citapitre de §it-idlÉ» Guerre du duc l&aoui. — Puuition du co9ute de liibeaupie9*9*e.
Le duc Thiébaut II n'avait pas Thumeur moins belliqueuse que son pére , à qui il succéda en
Au commencement de son règne, il voulut retirer aux seigneurs lorrains certains privilèges qu'ils avaient su se faire octroyer par son père. Les seigneurs mécontents s'insurgèrent contre lui , prirent les armes et lui firent la guerre. Thiébaut leur livra bataille auprès de Lunéville , dispersa leur armée et les punit les uns parFexilç les autres par la destruction de leurs chttteaux ei tous par la réduction de leurs droits.
Il s'attacha au roi de France, Philippe-le-Bel , et lui fit hommage pour les terres de Châtenois, Neufchâtemi, Montfort, Frouard , et une partie de la ville de Grand,
Thiébaut servit dans les armées françaises lors des guerres de Flandres et se trouva aux célèbres batailles de Courtrayetde Mons.
Il eut à se battre en 1306 contre Henry, comte de Vaudémont, et en 1307 contre Renaud de Bar, évéque de Meîz.
On sait que, sous le règne de Philippe-le-Bel , les chevaliers de Tordre du Temple furent persécutés pour des crimes qui , disait-on , étaient arrivés à leur comble. On les accusait d'athéisme, de profanations horribles, d'attentats monstrueux. Leur perte fut résolue en 1308 au concile de Lyon présidé par le pape Clément V.
Cet ordre fameux avait établi plusieurs maisons en Lorraine et surtout dans les Vosges. L'histoire manuscrite du duc Thiébaut rapporte qu'il fit périr en 1311 un grand nombre de Templiers qui s'y trouvaient et qu'il confisqua leurs biens à son profit j tout en ordonnant la destruction de leur:^ demeures, dont on voit encore des traces sur divers points du département des Vosges.
Quelque temps auparavant, Louis, roi de Navarre et comte de Champagne , avait prié Philippe-le-Bel de l'aider à tirer raison du duc de Lorraine pour des injures qu'il disait en avoir reçues. Le roi accueillit sa demande et ordonna à quatre gentilshommes, les seigneurs de Joinville , Leborgne de Earre, Simon de Menost et Hugues de Vienne « de faire cette revanche par armes ». En conséquence, ces quatre gentilshommes réunirent auprès de Passavant un certain nombre de gens d'arrnes et la chevauchée se rendit devant le château de Darney, où elle fit son devoir.
Le roi de Navarre s'était plaint aussi des vexations que le duc Thiébaut exerçait ou faisait exercer contre les bourgeois de Neiifchâteau qu'il couvrait de sa protection probablement en sa qualité de comte de Champagne. On avait maltraité ces bourgeois de diverses manières , on en avait même mis plusieurs en prison. Louis se disposait à marcher contre le duc, mais le roi de France donna mission à Gaucher de Châtillon , comte de Porcien , et connétable de France ^ d'arranger cette affaire. Le duc de Lorraine lui remit les châteaux et châtellenies de Neufchâteau, Chatenois j Mont fort et Frouard , où le roi de
Navarre plaça des olficiers à qui devaient obéir les habitants de ces lieux.
La convention qui intervint à ce sujet sur la fuî de 1311 portait de plus qu'il y aurait une suspension d'armes des deux côtés depuis le mois de janvier 1312 jusqu'à la Pentecôte suivante ; que Thiébaut en profiterait pour aller à l'hommage du roi de Navarre ; qu'il y serait conduit sous bonne escorte par le connétable qui s'obligeait à le ramener dans ses états lorsqu'il aurait fait ses reprises et qu'il rentrerait immédiatement en possession des châteaux et des châtellenies indiqués plus haut.
La mort de Thiébaut, arrivée en 1312, ne lui permit pas de remplir les clauses de cette convention.
Ferry IV, son fils, régna après lui.
Aussitôt qu'il fût sur le trône, le nouveau duc manifesta sa fermeté et son énergie , en forçant par la voie des armes les comtes de Dabo et de Richecourt qu'il battit entre Hesse et Lorquin à lui faire hommage pour les fiefs qu'ils tenaient de lui.
En 1524, Ferry entra dans une ligue formée par plusieurs princes contre la ville de Metz qui
youlait reconiiaitie Frédéric d'Aulriehe pour roi des Romains. Le duc demanda au chapitre de St'Dié un contingent de 5,000 hommes qu'il incorpora à son armée. Cette demande, qui n'avait pas le caractère d'une réquisition , ne portait, du reste, aucune atteinte aux droits et aux privilèges du chapitre, qui pouvait ne pas y satisfaire. Elle prouve combien grandes étaient alors la puissance et les ressources de cette communauté religieuse.
Le siège ne fut pas mis devant Metz , parceque celte place était trop forte et trop bien défendue , mais, comme les troupes alliées faisaient d'horribles ravages dans ses environs , elle acheta la paix qui lui coûta des sommes considérables.
Ferry IV seconda vigourousement le roi de France, Philippe de Valois, dans sa guerre contre les Flamands ; il s'y fit, comme toujours remarquer par sa valeur et sa témérité, et fut tué à la bataille de Cassel, en 1329.
Son successeur fut son (ils, le duc Kaoul , que son oncle, Othon, duc d'Autriche, vint , en 1329 même, féliciter à St-Dié^ où le prince allemand lit éclater sa libéralité et sa magnificence.
Les guerres continuèrent ^us son règne, Menry, comte de Bar, lui ayant refusé Thommage pour certaines seigneuries qu'il possédait en Lorraine, Raoul voulut le contraindre à remplir ce devoir. Il pilla et incendia les terres qui appartenaient au comte dans le voisinage de Pont-à -Mousson. Henry imita son exemple. En peu de temps, la Loraine et le Barrois furent en feu. Les bourgs, les villages, lès campagnes furent dévastés dans les deux pays. La désolation régna partout. Le roi Philippe de Valois , qui voyait cette guerre avec peine, s'entremit pour réconcilier les deux princes et leur fit consentir une trêve en 1337.
Raoul se montra toujours très-attaché à Philippe de Valois, dont il était le neveu et qui l'aimait de son côté» Dès l'année 1333 , lorsqu'il était à la cour de ce prince, il en avait obtenu la révocation du droit de protection que les rois de France exerçaient sur les villages de Fré ville , Mont , Brancourty Coussey^ Saulxures-les-Bulgnéville^ Outrancourt^ Domhrot , Senonges , Martinvelle et Serécourt, tous situés dans les Vosges.
Le duc de Lorraine prit la croix, alla combattre les Maures en 1340 et soutint vaillamment leur eifort avec ses troupes à la bataille de Gibraltar^
où, selon les chroniques dutemp^, plus de deui cent mille infidèles mordirent la poussière.
Il aida de sa personne et de ses soldats Philippe de Valois dans sa guerre de Bretagne et y montra la plus rare intrépidité.
Revenu dans ses états en 1341 , Raoul fut obligé de sévir contre le jeune comte deRibeaupierre. Ce seigneur était accusé d'avoir injustement arrêté Bencelin, abbé de Moyenmoutier , de l'avoir fait conduire dans son château et de l'y avoir laissé mourir.
Le père du comte , également mis en cause , comparut devant le duc. Il protesta de son innocence avec serment et en présence de plusieurs gentilshommes. Il dit qu'il n'avait pris aucune part ni à Tenlèvement de Tabbé , ni à son emprisonnement, ni à sa fin tragique, et il supplia Raoul de faire grâce à son fils , qui se repentait sincèrement de sa faute et qui en implorait humblement le pardon.
Le duc commit Henry, comte de Blâmont, pour instruire et juger cette grave affaire. Le seigneur de Ribeaupierre, père, promit en son nom et au nom de son fils , sous peine d'une amende de mille marcs d'argent, de se soumettre au jugemeni
que rendrail !!eriry. Le comte de Blâmont procéda à une information régulière, et, lorsqu'il se crut suffisamment éclairé , il condamna le comte de Ribeaupierre, fils , pour la réparation de son délit, à payer dix soudées de terre par an à 1 abbaye de Moyenjnoutier , à prendre la défense de cette abbaye, de ses biens et de ses religieux envers et contre tous, à se rendre à la prochaine fêle de Noël auprès du duc , pour assister à uise procession , revêtu d'une simple tunique , sans ceinture, tête nue et tenant à la main un cierge allumé, à faire à pied le pèlerinage de saint Thomas de Cantorbéry en Angleterre et à n'en revenir que sur l'ordre de Raoul. Les seigneurs Jean d'Hurbache, Albert de Laveline et Renaud de Nancy assistèrent à ce jugement qui fut prononcé le samedi après la saint Nicolas de 1341, et en garantirent i'esécution, s'obligeant même à payer au besoin l'amende de mille marcs d'argent proposée par le père de Ribeaupierre.
La même année, Raoul entra en guerre contre Adhémar, évéque de Metz. On n'en sait pas le motif. Le duc attaqua Baccarat sur la Meurlhe et Adhémar le chAteau de Bemircgard, près Raon- PEtape. La paix se fit l'année suivante. Mais
l'année 1342 n'était pas écoulée que la guerre recommençait avec un acharnement sans pareil à l'occasion de la construction de Château-Salins. Toute la noblesse de la Lorraine, du Barrois et de l'évêché de Metz s'y trouva intéressée. L'histoire ne nous en a pas transmis les particularités; elle nous apprend seulement que toute la province de Lorraine jusqu'au fond des montagnes des Vosges en ressentit les funestes effets, sans que les parties belligérantes en tirassent aucun avantage. Le comte de Bar, Henry IV , qui soutenait l'évôque, étant venu à mourir en 1344 , Adhémar songea sérieusement à refaire la paix. Le duc Raoul s'y prêta de bonne grâce. Des arbitres furent nommés par eux pour arranger leur différend. L'évêque paya au duc dix mille livres , et en échange de Moyen et de Rambervillers qu'il lui avait précédemment cédés, il lui laissa « en toute hauteur » Turquesteim et tout ce que Raoul possédait autrefois dans le diocèse de Metz.
Philippe de Valois ayant de nouveau, en 1346 , tiré l'épée contre Edouard , roi d'Angleterre, le duc Raoul et plusieurs seigneurs lorrains se rangèrent sous sa bannière et lui fournirent des troupes. Ils prirent part â la fameuse bataille de Crécy.
Raoul y péril viclime de sou courage et de son dévouement, avec la plupart de ses gentilshommes.
Be 1346 a 1390. — i.a i^opraine envahie par les bretons et le comte de Taudémont sons le duc Jean 1. — RéTolte des bourgeois de ^'EUFCHAtkau.
Le duc Jean I", encore enfant , succéda à Raoul, son père, et régna de 1346 à 1390.
Pendant sa minorité, la régence du duché de Lorraine fut exercée par sa mère, à qui l'évêque de Metz fit la guerre en 1348 toujours à raison de la construction de Château-Salins et qui finit par s'arranger avec lui.
En 1363, la Lorraine et le pays des Vosges principalement furent envahis par des bandes d'aventuriers connus sous le nom de Bretons , qui paraissaient être des troupes licenciées de Bretagne. Commandées par un chef audacieux, nommé l'Archiprétre , elles ne comptaient pas moins de
quarante mille hommes. Pillant, saccageant, brûlant tout ce qu'elles rencontraient, elles frappaient les populations de terreur. Elles causèrent des maux incalculables à la province et la désolèrent entièrement jusqu'à Metz. Le duc Jean leur donna inutilement la chasse et ne put s'en débarrasser qu'en leur distribuant de fortes sommes d'argent.
Un peu plus tard, les Bretons se firent voir encore en Lorraine. Cette fois, ils étaient poursuivis par l'armée de l'empereur Charles lY. Le duc joignit ses troupes aux troupes impériales, se jeta sur les aventuriers entre La Neuveville et Sl-Nicolas et les battit complètement. Il les retrouva en 1365 dans le duché de Luxembourg qu'ils dévastaient , se mesura de nouveau avec eux et leur tua trois mille hommes sous les murs de Thionville.
A la même époque, Henri Y, comte de Yaudémont, sénéchal de Champagne , et seigneur de Joinville, se mit, on ignore à quel propos, à ravager les terres de Lorraine. Pour le repousser, le duc Jean se ligua avec le duc de Bar, les évêques de Toul et de Verdun et les bourgeois de Metï. Il le ramena dans le comté de Yaudémont , où il mit tout à feu et à sang.
Le comte Henry, bien que paraissant regretter ies maux qui affligeaient ses états , ne voulut point cependant recourir à la clémence du duc el demander la paix. Il préféra continuer la lutte. Il prit à sa solde et incorpora à sa petite armée une foule d'aventuriers de toutes les nations ; c'étaient des Bretons, des Anglais, des Normands, des Gascons, des Picards et autres gens prêts à vendre leurs services à qui voulait les acheter. Il parcourut la Lorraine avec tout ce monde , y commit toutes sortes de ravages , se saisit de plusieurs forts et y abrita son butin.
Le duc Jean, décidé à arrêter le cours de ces calamités , alla droit au comte de Vaudémont, le rencontra auprès de St-Blin, lui offrit la bataille, le mit en fuite, lui fit quelques centaines de prisonniers et lui tua dix mille hommes.
Ce long enchaînement de guerres et de dévastations réduisit la Lorraine à un tel état d'épuisement et de misère qu'il n'y avait ni maison ni famille où l'on ne vît des tristes marques du passage des hostilités. La peste et la famine survinrent qui achevèrent d'accabler cette malheureuse province.
Toutefois, malgré sa défaite , le comte de Yau-
mont ne se rendait pas encore. L*empereur Charles IV et le roi de France, Charles V, durent intervenir pour rétablir la paix et y réussirent en 1365.
Les Bretons n'en restèrent pas moins dans le pays et n'en continuèrent pas moins leurs brigandages. En 1371, une de leurs bandes, forte de 1300 cavaliers, vint insulter la ville de Neufchâteau et piller ses environs. Les bourgeois armés sortirent de leurs murs , se ruèrent sur eux et en massacrèrent un bon nombre.
Dans le but de purger la contrée de ces misérables, une ligue offensive fut organisée icontre eux, au commencement de 1372 , par Thierry , évêque de Metz , Jean , duc de Lorraine , et Robert, duc de Bar. Cette ligue produisit son effet.
Quand le duc Jean I" n'était pas en guerre, il aimait à paraître assez fréquemment à la cour de France où il brillait par la noblesse et la fierté de ses sentiments. C'est lui qui dit un jour au roi : « Sire, je ne tiens rien de vous, ma duchié de Lohereigne, je la tiens de Dieu etdeTespée. » Or, en 1381 , pendant qu'il était auprès du roi Charles VI, ses sujets de la ville de Neufchd-
tenu se mutinèrent contre son autorité , commé déjà ils l'avaient fait en 1372.
Il me faut rappeler ici que , plusieurs années auparavant, en 1358, au milieu des troubles et des guerres, on vit se montrer tout-à-coup en France la redoutable Jacquerie, C'était la . rébellion armée du peuple des campages contre la noblesse qui, par dérision, lui avait donné le nom de « Jacques Bonhomme » et le traitait en outre « d'animal patient. »
La condition des paysans était on ne peut plus misérable. Les gentilshommes les rançonnaient , les pillaient , les torturaient , les brûlaient , les tuaient. Les réclamations et les plaintes de ces malheureux étaient inutiles ; on ne les écoutait point. Mais il vint un jour où « Jacques Bonhomme » se lassa d'être aussi cruellement traité ; il releva la tête et voulut se venger des monstrueux abus de force et de pouvoir dont il était victime. Les « Jacques » s'armèrent donc de pieux, de fourches, de faux , de couteaux et se jetèrent sur les châteaux qu'ils pillèrent et saccagèrent à leur tour. Les nobles ne furent pas plus épargnés dans leurs personnes que dans leurs propriétés. Ainsi que leurs femmes ôt leurs en-
fanis , ils subirent la peine du talion et furent impitoyablement égorgés, massacrés ou pendus.
Ces épouvantables représailles s'accomplirent dans un grand nombre de provinces. Elles ne durèrent que six semaines, disent les historiens , mais ce temps leur suffît pour couvrir le sol de la France de victimes et de ruines. La noblesse en fut attérée et comme anéantie. Elle se remit pourtant de sa terreur peu à peu, unit ses forces à celles de Charles-le-Mauvais, roi de Navarre, et étouffa la ((Jacquerie » dans des flots de sang humain.
Les deux révoltes de la ville de Neufchdteau furent produites par les mêmes causes. Les bourgeois se plaignaient de ce qu'au mépris de leurs privilèges et des droits de leur justice, devant laquelle seule ils devaient répondre , sans qu'on pût les traduire devant aucun autre tribunal, le duc de Lorraine les faisait arrêter, juger et maltraiter par ses officiers. Ils disaient aussi que le duc avait fait de son château construit dans leur ville une espèce de citadelle pour les tenir en bride, qu'il l'avait entouré de fossés et pourvu de ponts-levis et qu'il s'y était ménagé une porte donnant sur la campagne afin de pouvoir en sortir par derrière* Ils disaient enfin que Jean avait
pris leur ville de force et qu'il les avait condamnés à lui payer une contribuliou extraordinaire de dix mille francs , sur laquelle il avait déjà reçu un à-comple du tiers de cette somme.
Ce n'était pas tout. Les gens du duc s'étaient permis les plus révoltantes exactions à Neufchâteau ; ils avaient rançonné , pillé et même brûlé cette ville, et en avaient mis à mort plusieurs habitants. Les troupes ducales n'avaient pas non plus ménagé la contrée environnante. Elles avaient volé au château de Montclair son artillerie et des objets de toute nature évalués à 20,000 florins, mis le siège àe\mi Deziilly, noyé le prévôt de Réchicourt, escaladé et pillé le bourg de Passavant, et emporté le produit de leurs rapines à Darney.
Les torts n étaient pas du tout du côté des bourgeois de Neufchdteau, mais si, comme on Ta dit, rinsurrection est parfois le plus saint des devoirs, elle n'est pas toujours sûre de triompher.
La révolte de 137:2 avait été sévèrement réprimée par le duc Jean, qui avait fait pendre sept ou huit bourgeois choisis parmi les plas compromis.
Celle de 1380 devait être plus rigoureusement [mnie encore.
Cette seconde rébellion fut favorisée par un des secrétaires du duc. Ce secrétaire était originaire de Neufchâteau, Gagné par ses compatriotes, il leur promit de les aider de tout son pouvoir à se mettre sous la domination française et les instruisit de ce qu'ils avaient à faire pour indisposer contre le duc de Lorraine , le roi Charles VI et ses ministres»
Après avoir emprunté de grosses sommes à des usuriers de la nation juive, les mutins envoyèrent des députés à Paris, avec recommandation de s'entendre avec le déloyal serviteur du duc et d'offrir leur ville au roi de France.
Les choses se passèrent si secrètement que Jean qui, comme je l'ai dit tout à Fheure, était à la cour de Charles, n'en eût aucune connaissance*
Le roi fit un gracieux accueil aux députés, mais il répondit vaguement à leurs ouvertures. Ils furent néanmoins satisfaits de ce qu'il leur dit et allèrent jusqu'à croire qu'il approuvait les tentatives insurrectionnelles de leur ville. Rentrés à Neufchâteau, ils se hâtèrent d'annoncer à leurs concitoyens le prétendu succès de leur démarche c La joie fut grande chez les bourgeois et la con--
fiance aussi. On se mil en révolte ouverte et on cria hautement « Vive le Roi !
Le château n'était protégé que par une faible garnison lorraine. Les révoltés eurent un instant la pensée de s'en rendre maîtres, mais ils y renoncèrent. Toutefois ils s'armèrent de sabres , de piques, de hallebardes, dans l'intention de repousser toute agression et firent bonne garde è leurs portes.
Cependant, après le départ des députés. Charles, qui était l'ami du duc Jean, lui fit la révélation de leurs propositions. Il l'engagea en même temps à retourner au plus vite en Lorraine pour réduire les révoltés et lui promit de lui venir en aide, s'il en était besoin.
Le duc partit. A son arrivée à Bar-le-Duc, il apprit les démonstrations factieuses et la prise d'armes de la bourgeoisie de Neiifchàteau, Cette nouvelle excita sa plus violente colère. Il se dépêcha de se rendre à Nancy dans l'intention d'y prendre quelques troupes et d'aller avec elles incendier la ville insurgée et la réduire en cendres. Les évêques de Metz et de Toul et les principaux seigneurs de son ontourage eurent toutes les pei-
lies du monde à l'en détourner et à modérer son irritation.
Le duc jura loulefois par saint Nicolas, patron de la Lorraine, qu'il tirerait la plus éclatante vengeance de celle nouvelle rébellion.
Il rassembla ce qu'il put trouver de fantassins et de cavaliers, se mit à leur tête et se dirigea precipitam^ment sur Neufchdteau. Les bourgeois se seraient sans doute défendus intrépidement, mais ils jugèrent avec raison qu'ils ne pourraient l'emporter sur des forces plus considérables que les leurs et qu'ils ne manqueraient pas d'attirer les plus grands malheurs sur leur cité par une folle et vaine tentative.
Après une mûre délibération, ils prirent le parti de se rendre à discrétion.
Le duc ne leur sut aucun gré de leur soumission. Il fit entrer ses troupes dans la ville et les autorisa à s'y liver à toute sortes d'excès. Le pillage, les violences , le meurtre , tout fut mis en pratique par la soldatesque. Pour le duc, il se réserva de punir exemplairement les plus coupables d'entre les bourgeois. 11 en fit pendre une trentaine, brûla leurs maisons et confisqua leurs biens. Les usuriers juifs, dont l'or avait passé dans les
mains des niulins, ne furent {las oubliés. Jean les châtia d'une terrible façon.
Ces déplorables événements valurent aux habitants de Neufchâtcau le sobriquet de « Jacques » qu'ils portent toujours , bien que , pour leur honneur, ils n^eussent commis aucun des crimes qui ont souillé la cause delà Jacquerie.
En 1382, le duc Jean, ayant sous ses ordres un corps de trois mille chevaux , grossi par une multitude de gens de pied volontaires, fit avec le Foi de France la guerre aux Flamands, se fit remarquer à la bataille de Rosebech, qui coûta la rie à quarante mille ennemis et en tua cinq mille pour sa part, au dire de son historien.
Jean mourut à Paris, en 1390 , empoisonné , paraît-il, parce même secrétaire qui avait épousé la querelle des bourgeois de Neufchâteau et qui se serait ainsi vengé du mauvais succès de leur complot.
Be 1390 à 1431. — Haine du dac Char-» ie® II contre les bourgeoise de ^EtJF- €iiATBil^lj» Se^ gties'res. — Son entrevue avec tMeanne d'^rc. — KcvoMe des habitante d'ÉriMAi..
Charles II , duc de Lorraine et fils de Jean , prit possession de son trône en 1390.
Il signala les commencements de son règne par ]a barbare justice qu'il exerça contre les bourgeois de Neuf château qu'il n'aimait pas à raison de leurs anciennes mutineries et qu'il feignait de croire les complices de Ferapoisonnement de son père.
Il assembla à Nancy un conseil général composé de gentilshommes pour les juger et demanda individuellement à ses membres ce qui leur semblait de cet attentat et de quelle manière il devait en tirer vengeance. Tous déclarèrent que les auteurs du crime méritaient la mort.
Fort de cette sentence, le duc donna un librg cours à sa haine. 11 se transporta à Neiifchâteau et y ordonna d'atroces exécutions. Il lit pendre plusieurs bourgeois au gibet ou au toit des maisons; il en fit tuer d'autres à coups d'épée. D'autres furent écartelés et leurs membres exposés sur les hauts chemins ; d'autres encore furent brûlés et les moins punis condamnés à une prison perpétuelle. On rasa les maisons de quelques-uns et il fut fait défense de les rebâtir.
Le duc avait même résolu, comme son père , de brûler la ville tout entière, mais, sur les instances de son conseil, il voulut bien lui épargner ce dernier châtiment. Il lui imposa toutefois l'obligation de lui payer à perpétuité , par manière de rançon, une somme énorme d'argent et de dresser sur la place publique une grande croix devant laquelle, le 22 septembre de chaque année, devait être placée une cuve pleine d'eau mêlée de sang pour que chaque bourgeois y plongeât sa tête et son bras droit et y déposât sa taille et son tribut. C'était sans doute un moyen de purifier les habitants du crime imaginaire que le duc leur imputait. On leur retira aussi l'exercice de leur justice qui ne leur fut rendu que dix ans après.
Ces exécutions cruelles n^éleignlrenl pas encore Tanimosité du duc. Il fit éprouver plus lard d'autres mauvais traitements aux bourgeois de Neufchdteau et se permit même à Tégard des contrées voisines , bien qu'elles appartinssent à la France ou qu'elles en relevassent, de nombreuses vexations : je retracerai seulement celles qui furent commises dans les Vosges.
Au mois de septembre 140!, des gentilshommes de rhôtel du duc, suivis de leurs gens, s'abattirent sur le village de Landaville ^ lui prirent 150 bêtes à cornes et les emmenèrent en Lorraine.
Le mois suivant , le bailli des Vosges , Henry de Gerbévillers , à la tête d'une troupe de gens d'armes, arriva au village de Malaincourt et y insulta les insignes de l'autorité royale. 11 fit arra«^ cher les armes de France et les fit traîner dans la poussière. Le village fut en outre ravagé. Le bailli de Chaumont , informé de ces faits par les habitants, s'en plaignit au duc Charles qui promit de faire réparer l'insulte et le dommage ; cette promesse ne se réalisant pas, le bailli en fit réclamer l'exécution par ses officiers. Charles leur rit au nez, et , sur son ordre, ses gens les chassé--
rent de son palais, les frappèrent et leur firent des blessures qui égayèrent le prince.
Les vassaux de Perrin , seigneur de Deuilly et écuyer du duc, allèrent, en mars 1403, enlever au village de F audoncourt , quantité de bétail qu'ils conduisirent à Remotille , dans le manoir de ce seigneur, qui refusa de les rendre. Deux de ses frères, Charles et Henry, ne trouvant sans doute pas la capture suffisante, retournèrent, avec les ravisseurs , à Faudoncourt, en pillèrent les maisons et les incendièrent. Ils le dévalisèrent de nouveau au mois d'août , se moquant des remontrances de ceux qui leur rappelaient que le village était sous la protection du roi.
Le bourg de Bulgnéville fut à son tour envahi par le môme seigneur de Deuilly , accompagné de ses frères et de ses gens. On y mit le feu. Quand les pannonceaux royaux tombaient avec les maisons brûlées , les incendiaires s'écriaient avec joie : « Tiens te ben, Roi ; le roi cheit ; le roi ard. » — Tiens-toi bien. Roi ; le roi tombe, le roi brûle — et ils se livraient aux plus grossières plaisanteries.
Le duc approuvait et encourageait tout.
En 1405, ses gens recommencèrent leurs courses et leurs déprédations , se saisirent de Tabbé de Flabémont et le forcèrent à renoncer à son abbaye.
Cité à comparaître devant le roi, en 1406 , le jour de Noël, Charles lit connaître qu'il ne s'y refuserait pas , qu'il se ferait suivre de ses officiers et de ses gens, qu'il les contraindrait à se justifier, et que , s'ils ne se justifiaient pas , il les bannirait de ses états. Il promit de faire cesser le brigandage. Il déclara en outre qu'il remettrait au roi tout ce qu'il tenait de lui , et en particulier les châtellenies de Neti f château ei de Châtenois pour qu'elles fussent gouvernées sous l'autorité royale.
^ Mais le duc ne remplit aucune de ses promesses.
Au contraire , venu à Neufchàteau , le 15 février 1409 , Charles en fit aussitôt fermer les portes pour que personne ne pût sortir, arrêta vingt-huit des principaux bourgeois et les menaça de faire mourir leurs femmes et leurs enfants, s'ils osaient élever des plaintes ou proférer des menaces. Il procéda ensuite au pillage de leurs habitations, causa à la ville un dommage de plus de cent mille francs, et y fit entrer une troupe
rie cinq ou sii cents allemands qui en consommèrent la raine.
Dans le courant de mars suivant, ses gens , toujours plus impitoyables, noyèrent dans les eaux bourbeuses duMouzon un pauvre bourgeois, Guillaume Huel, qui avait cru pouvoir se couvrir de la protection royale. Le roi envoya à Neufchâteau deux sergents chargés d'enjoindre au duc de mettre un terme à des violences aussi odieuses. On leur ferma les portes de la ville en les accablant d'injures.
Charles transporta en Allemagne plusieurs des bourgeois qu'il retenait dans les fers et les y fit pendre comme larrons et meurtriers. Pour les autres, il ne les relâcha qu'après eu avoir exigé de fortes rançons.
En train d'assouvir son implacable haine, le duc prescrivit le désarmement des habitants de Neufchâteau et fit porter leurs arm.es dans son château. Il fortifia cette citadelle par de nouveaux fossés et y fit ouvrir une nouvelle poterne, afin de pouvoir en sortir sans être obligé de passer dans la ville.
Sur ces entrefaites, le bailli de Chaumont, porteur d'ordres du roi, se dirigea sur Ncufchâteau
pour les mettre à exécution. On lui en refusa Ventrée. Le bailli jeta par dessus les murailles um baguette blanche pour constater cet acte de rébellion et , devant les portes closes , somma le duc Charles de comparaître en personne devant la cour du parlement. Cette sommation en plein vent provoqua les cris et les menaces des soldats lorrains et allemands qui , du haut des remparts, tirèrent des coups d'arbalète et jetèrent des pierres sur le bailli de Chaumont et sur son escorte.
Le duc se garda bien de répondre à la citation malgré la menace de bannissement qu'elle contenait pour lui et pour ses gens. Le parlement ne lui en lit pas moins son procès , ainsi qu'à Henry et Charles de Deuilly et à Thielleguin , prévôt de Chdtenois et les condamna en 1412 « comme convaincus et atteints des cas , crimes et maléfices susdits , à remettre en liberté ceui qu'ils avaient arrêtés , à leur restituer tout ce qui leur avait été pris jusqu'à la somme de cinquante mille livres; à réintégrer la sauvegarde du roi enfreinte par eux dans la personne de Guillaume Huel qu'ils avaient mis à mort et pour laquelle ils furent tenus de fonder une chapelle
dolèe de cinquante mille livres de rente amortie. »
Par le môme arrêt , la Cour « exempta pour toujours les habitants de Ncufchâteau de la juridiction , obéissance et sujétion du duc de Lorraine et de ses successeurs et les déclara être et devoir demeurer sujets du roi et de ses successeurs. »
Le duc fut enfin condamné à payer au roi mille marcs d'argent « pour ses désobéissances envers Sa Majesté. »
Mais bientôt Charles VI, dont Tintelligence s'obscurcissait déjà, accorda des lettres de rémission à Cîiarles II « en considération des bons et agréables services qu'il lui avait rendus en guerre et ailleurs et qu'il espérait qu'il lui rendrait encore en temps à venir. »
Certes, jamais clémence royale ne fut plus mal appliquée.
Je reprends maintenant l'ordre chronologique des événements.
Dans le mois de septembre 1390 , des gentilshommes du comté de Bourgogne, conduits par Guy de Willy, l'un d'eux, firent « une grande chevauchée en Lorraine » où ils prirent l'écuyer Perrin, de Deuilly^ et le forcèrent à jurer qu'il
était leur prisonnier. Ils allèrent ensuite déiier les seigneurs de Mazirot , sujets du duc.
A la nouvelle de ces faits , Charles et son frère, Ferry, comte de Yaudémonl, marchèrent contre les seigneurs bourguignons , les rencontrèrent h Amhacourt^ entre Charmes et Mirecourt, les battirent et firent prisonniers un assez grand nombre d'entre eux. Les autres purent se sauver. Charles garda les prisonniers jusqu'en 1393, que Philippe , duc de Bourgogne , s'employa à leur procurer leur liberté. On convint alors que Perrin de Deiiilly redeviendrait libre de son côté et qu'un se déporterait du défi adressé aux seigneurs de Mazirot.
La ville de Strasbourg prit , en 1394 , les armes contre le duc Charles pour se décharger du tribut qu'elle lui devait , mais elle échoua dans son entreprise.
En 1399, le duc , suivi de l'élite de la noblesse de Lorraine et du pays messin passa en Prusse pour combattre les infidèles et les mit en déroute. A son retour, et sur le point d'entrer en Saxe, il fut attaqué par le duc de Souabe , qui était beaucoup plus fort que lui , puisqu'il pouvait lui opposer dix hommes contre un. Charles
pourtant se défendit si bien qu'il repoussa son ennemi et l'obligea à prendre la fuite.
En 1401 , le duc déclara la guerre aux villes de Metz et de Toul qui se refusaient à reconnaître l'empereur Rupert, son beau-frére. Il força Metz à lui donner une pension de trois mille livres et assiégea Toul qui , faute de vivres , se rendit après deux mois de siège et s'engagea à lui servir une autre pension de 400 livres.
Les ducs de Lorraine et de Bar se fâchèrent Tun contre l'autre en 1406 à l'occasion du château de l'Avant que le duc de Bar avait mis sous la sauvegarde du roi de France. Ce château fut pris et rasé par Charles. Le roi, irrité de la conduite de ce dernier , qui, comme je l'ai déjà dit , commettait ou faisait commettre toute sorte de violences dans les pays relevant de la France , assembla une puissante armée contre lui. L'amiral Clugnet de Brabant en eut le commandement. Cette armée assiégea la ville de Neufchâteau qui se soumit sans coup férir par le conseil de Ferry de Vaudémont, frère du duc.
Quoiqu'il eut des forces considérables, Charles ne jugea pas à propos de risquer un combat contre les troupes réunies du roi et du duc de
Bar. Il se retira dans ses châteaux foriâ pour y attendre les événements. Quand il vit que d'importants renforts arrivaient de tout côté à Tarmée royale, il ne douta plus que Tissue de la guerre ne lui devînt fatale. Il fit demander la paix par son frère et Tobtint.
Le duc d'Orléans , frère du roi Charles VI, se décida, en 1407, à faire la guerre au duc de Lorraine par la raison que celui-ci avait embrassé avec chaleur la cause de l'empereur Kupert, dont le prince français était Tennemi. Le maréchal de Luxembourg prit le commandement de ses troupes. Charles II attendit le maréchal dans la plaine de ChampigneuUes , près Nancy, et le mit en pleine déroute.
Charles aida le duc de Bourgogne dans sa guerre contre Tévêque de Liège , en 1408 , et y prit une part active.
Il se battit avec acharnement contre les seigneurs et les bourgeois de Metz de 1427 à 1430, Il y gagna 60^000 florins.
Le duc de Lorraine mourut en 1431. Son règne et son pays furent illustrés par la naissance et la mission de Jeanne d'Arc, qui reçut le jour dam ses états, à Domremy'la-Pucelle. L'histoire ra-
conte qu'en 1429, avant de partir pour la France, Jeanne alla visiter Téglise de St-Nicolas-de-Port. Elle vit le duc Charles à Nancy, et, après lui avoir annoncé le sujet de son voyage, elle Texhorta à secourir le roi contre ses ennemis. Le duc s'en excusa sur ses infirmités, suite d'une vie assez déréglée. Jeanne répartit qu'il ne guérirait jamais, à moins qu'il ne renonçât à ses débauches et qu'il ne reprit la duchesse sa femme , qu'il avait .répudiée. Charles, quoique étonné de la hardiesse de la jeune fille, la remema de son conseil , et lui fit donner de l'argent et un cheval pour faire sa route.
Quelque temps avant la mort de Charles II, en 1426, la ville d'Epinal entra de son côté dans la voie des révoltes.
Depuis longtemps, cette ville semblait souffrir impatiemment le joug des évêques de Metz. Elle jouissait cependant de droits importants qu'ils lui avaient accordés et s'administrait par quatre gouverneurs choisis par ses bourgeois. Elle déclara hautement un jour qu'elle ne voulait plus reconnaître Tautorité épiscopale.
L'évêque régnant, Conmd Bayer de Boppart, se vit dans la nécessité, pour comprimer cette irn
surreelion , de jeter d'abord un interdit sur la ville A'Epinal et de Tassiéger ensuite. Il mena du canon devant ses murailles, et, se servant de l'habileté et de l'expériencç du seigneur Jean de Thuilières^ contraignit les habitants à recourir à sa clémence et à lui remettre les clefs de leur cité. 11 entra ensuite à Epinal toutes portes ouvertes. La population devenue docile le reçut avec les honneurs qui lui étaient dus. Elle lui fit même présent de vaisselle d'argent , de volailles , d'animaux, de froment et de vin.
Peu de temps après , l'évêque de Metz se trouvant à Epinal et se croyant plus que jamais assuré du bon vouloir de ses habitants , imagina d'établir sur eux une imposition assez lourde ; contre son attente, cette imposition, condamnée aussitôt que conçue , excita un nouveau soulèvement. Les bourgeois s'emparèrent de Févêque et le mirent avec ses officiers à la porte de leur ville. Leur irritation ne se calmant pas , le prélat dut leur permettre de se placer sous la protection et l'autorité de René d'Anjou, duc de Bar.
Le duc accepta ce patronage. Toutefois , à la prière de l'évêque, il s'engagea par un acte du V' janvier 1429, à délier les bourgeois du ser-
ment qu'ils devraient lui prêter et à renoncer aux cens d'argent et d'avoine qu'il recevrait de la ville pour droit de sauvegarde lorsque, à la mort du duc Charles II , son beau-père, il hériterait du duché de Lorraine.