‹ Les anciennes guerres de Lorraine dans les VosgesChapitre 5 sur 15 · LIVRE CINQUIÈME ET DERNIER · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME ET DERNIER

De 1641 k 1644. — La petite pala^. — Charles îv et la prlracesse de cante»

eroix, à espIi^^aï.. — MepHse des hostilités. — Reddition des villes d'i^F'l^Aî.^

. ClïATTEL. , ^iSÏJFCIIATEAU et MmiË«-

€09JMT. — Bataille de liiFFOii - liË - ^RA^^'O. — r^oraveaa siège et destractio» de i^a Sftothe. — JLe chêne des Partisans.

Charles IV fit avec Louis XIIl; en 1641 ^ eette paix qui fut appelée « la petite paix » parce qu'elle n'eut qu'une courte existence. Il n'en

accepta les dares conditions qu'à contre-coear et avec la secrète intention de les éluder. Il signa même à Epinal^ le 28 avril 1641 , pardevant notaire et en présence de témoins, une énergique protestation contre les clauses qui lui avaient été imposées et principalement contre celle fqui Fassujétissait à Thommage et à la vassalité du roi de France pour le duché de Bar,

A cette occasion , le duc passa plusieurs jours à Epinal. Son plaisir favori était de chasser dans les forêts giboyeuses des environs; mais son séjour fut marqué par un triste événement. La princesse de Cantecroix qu'il avait fini par épouser et que ses courtisans avaient surnommée « sa femme de campagne » parce qu'elle l'accompagnait dans toutes ses expéditions, eut à punir une injure qu'elle avait reçue d'un de ses valets de pied ; elle le fit trop cruellement. Cet homme avait eu l'impudence de faire retentir à ses oreilles son ironique surnom. La princesse en fut irritée au dernier point. Pendant que son mari était k la chasse , elle fit arrêter le valet sur qui elle croyait avoir droit de vie et de mort, comme duchesse de Lorraine, et le fit pendre sans miséricorde sur la côte de la Justice,

Celte exéctiliou aussi prompte qu'illégale excita rindignation et les murmures de la population à'Epinal, Elle fut également condamnée par le duc, lorsqu'il l'apprit à son retour ; il en témoigna un vif chagrin et s'en plaignit amèrement à sa femme.

Charles IV n'observant pas les dispositions du traité de 1641 , les hostilités recommencèrent cette même année entre la Lorraine et la France. L'armée française eut ordre de se saisir de toutes les places rendues au duc, qui de nouveau quitta ses Etats avec une bonne partie de ses troupes.

Le 22 août , le comte de Grancey arriva devant Ejjinal, ïl y fut rejoint par le maréchal Duhallier et Tévêque d'Auxerre. Après s'être emparé des faubourgs, il voulut tenter l'escalade ; ses échelles étaient trop courtes de trois pieds , il dut renoncer à son projet. Celte tentative avortée ne laissa pas néanmoins d'effrayer les bourgeois ; ils désertèrent la petite ville et se retirèrent dans la grande. Celle-ci fut le lendemain saluée de quelques décharges d'artillerie et se rendit.

Le baron d'Hurbache, commandant d'^^^^/^îr// , se réfugia au château avec la garnison. Les Fran-

çais Yy attaquèrent de rintérieur de la ville. Le 24 août , ils attachèrent le mineur à une tour. Le même jour, les canons furent rais en batterie et le 26 la brèche fut faite, mais l'entrée en parut si difficile qu'il fallut attendre que la mine fût en état de jouer. On somma alors d'Hurbache de se rendre; il y consentit. Il mit toutefois à sa capitulation des conditions tellement exorbitantes que , sans attendre la remise des ôtages , on recommença à battre en brèche avec deux gros canons de plus.

D'Hurbache, pressé de cette façon , demanda à reprendre les négociations. On ne Técouta pas. La mine étant prête, on y mit le feu et on donna Tassant. Malgré la plus vigoureuse résistance, les Français réussirent à prendre pied au château et forcèrent les assiégés à se loger, le 28 , dans le donjon , d'où ils sortirent le lendemain sans armes ni bagages , contrairement à ce qu'ils avaient exigé auparavant.

Duhallier fit ensuite attaquer Chdtel. Le 29 août, Grancey battit la place de toute son artillerie. La brèche ouverte , son régiment monta hardiment à l'assaut ; il eût aisément emporté la ville, si les bourgeois, tremblants de frayeur, ne

l'eussent rendue en demandant merci. Le gouverneur Valteville et la garnison se replièrent sur le château, où , après une faible résistance , ils déposèrent les armes.

Grancey se porta ensuite sur Neuf château. Le gouverneur de cette place songeait à se défendre. Les bourgeois s'y opposèrent, se barricadèrent contre la garnison et allèrent offrir aux Français les clefs de leur ville. Les Lorrains gagnèrent le château et la grande église. Grancey lit escalader T église par les fenêtres , en même temps qu'il la fit saper par dessous les murailles, La garnison ainsi traquée se retira au-dessus des voûtes. Après quatre volées de canon, elle demanda à capituler. Les officiers quittèrent la ville Tépée au côté et les soldats, un bâton à la main et prirent le chemin de Sierk. La même faveur fut accordée aux Lorrains réfugiés au château.

Mirecourt ouvrit également ses portes et sa garnison fut de même dirigée sur Sierk.

Ce fut alors que Richelieu donna au maréchal Duhallier Tordre de bloquer La Mothe , de n'y laisser entrer aucune espèce de secours et d'amener par la famine cette place à se rendre. Mais le duc Charles vint à rencontre de ce dessein» Il

leva le siège de Thann qui l*occupait depuis quelques jours , accourut vers La Mothe et refoula Duhallier. Ce dernier prit position à Liffolle-Grand. Le duc Ty poursuivit afin d'assurer rentrée d'un convoi considérable de vivres à La Mothe.

Parvenu aux bords de la Meuse, Charles passa cette rivière sur le pont de Bazoilles avec la plus forte partie de son armée. Il ordonna au reste de ses troupes de remonter le cours de la Meuse jusqu'à Haréville pour couvrir le convoi dont je viens de parler, de franchir la rivière sur ce point , de marcher ensuite sur Liffol- le- Grand et de prendre l'armée française en flanc , tandis qu'il l'attaquerait de front.

Ses ordres furent fidèlement exécutés. Charles continua de s'approcher de Duhallier et fondit sur lui aussitôt qu'il vit paraître à la hauteur du moulin à vent de Liffol Tautre portion de se<i troupes. Duhallier craignit d'être pris entre deux armées ; il lâcha pied dès le début de l'action ^ où il ne perdit pas moins de quinze cents hommes. Charles lui fit en outre mille prisonniers, lui enleva tout son argent et tous ses bagages et ne lui laissa pas même son cordon de Tordre du Saint-

Esprit, La perlé de ce cordon inspira à un poète du temps le quatrain suivant :

<( Tu pensnis, Duhallier, en fuyant te sauver, (t Oh I quelle étrange erreur I la prudence faillit, tr Car dans la loi de Dieu, Ton tient pour vérité <r Qu'on ne peut se sauver perdant le Saint-Esprit, »

Le duc de Lorraine s'avança , après avoir remporté cette brillante victoire sur Neufohâteau qu'il comptait enlever d'emblée. Cette ville n'était défendue que par une poignée de Français. Le capitaine lîalilly en était le commandant. Ce brave militaire soutint l'attaque avec tant de résolution que le duc, redoutant d'être coupé dans sa retraite sur la Flandre, aima mieux renoncer à la prise de cette place et sortir de la Lorraine, satisfait du reste d'avoir ravitaillé La Mothe. II alla s'installer dans son ancien camp situé entre la Sambre et la Meuse.

La Mothe fut de nouveau investie en 1643 par les troupes du maréchal Duhallier. Cliquot en était alors gouverneur. Pendant ce blocus, il se passa un événement assez remarquable pour mériter de prendre place ici.

L'assassin de Besme, dont j'ai déjà eu occasion de parler et qui portait aussi le nom de Cinq- Mars, servait comme volontaire dans les rangs de Farmèe française. Accompagné d'un autre officier , nommé Guebenhouse , il se présenta un jour devant la place et demanda à y être reçu avec son compagnon, disant qu*ils avaient été tous deux élevés dans la noble maison de Lorraine et qu'ils ne pouvaient se résoudre à porter les armes contre elle.

Leur demande parut suspecte à Cliquot. Il les fit néanmoins entrer l'un et Tautre, mais il leur fit donner des logements séparés et prit en outre la précaution de faire observer toutes leurs actions.

Un matin, Cinq-Mars, sachant que le gouverneur était retenu au lit par la goutte , vint , sous le prétexte d'une visite de politesse , le trouver pour lui faire des propositions contraires à son honneur et à son devoir. Il lui dit que , si son désir était d'arriver à une plus haute position, il devait traiter de la remise de la place avec le roi, que le duc, hors d'état de la secourir, serait sans doute bien aise de toucher une bonne somme d'argent pour son abandon , et que la moindre récompense que lui , Cliquot , pourrait

recevoir serait le bâton de maréchal de France , avec un gouvernement pour son fils et les moyens d'acheter une terre.

Cliquot fut indigné de ce langage. Il dissimula toutefois sa colère ; feignant d'être trop violemment tourmenté par la goutte, il répondit au corrupteur que, pour le moment, sa maladie ne lui permettait pas de s'occuper d'une aussi importante affaire et le pria de repasser le lendemain à neuf heures du matin. Cinq-Mars revint le jour suivant à l'heure convenue. Le gouverneur, lui présentant le baron d'Hurbache, lui dit qu'il avait une confiance entière dans ce brave officier et qu'il s'entendrait avec lui pour l'exécution des mesures à prendre : il engagea ensuite Cinq^Mars à renouveler ses propositions de la veille.

Afin d'avoir d'autres témoins de l'entretien , le gouverneur avait fait cacher derrière la tapisserie de sa chambre les colonels d'infanterie Lepoivre et Remion.

Cinq-Mars, ne se doutant en aucune manière du piège qui lui était tendu , répéta ce qu'il avait dit à Cliquot le jour })récédent, et ajouta que, si ses off*res étaient acceptées , il irait sans délai

en porter la nouvelle au maréchal Duhaliier, qui s'empresserait de raliiier rarraugement au nom du roi.

Qiquot , se conienani toujours, lui demanda s'ii avait reçu du roi l'ordre ou le pouvoir de lui faire de semblables avances , en lui faisant remarquer que i'aifaire exigeait la plus grande discrétion et de sérieuses réflexions. Après quoi, simulant de nouvelles douleurs , il le renvoya avec d'Hurbache qui l'emmena dîner chez lui et îe garda le reste de la journée.

Le soir, de Besme rentra dans son logement, persuadé que sa perfide négociation avait abouti , mais quelle ne fut pas sa surprise, quand il se vit presque aussitôt arrêté par ordre du gouverneur et conduit, avec son complice Guebenhouze , au château , où il leur fut défendu d'entretenir la moindre relation avec le dehors ! Le conseiller Royer, intendant de La Mothe , et le conseiller Bubois, lieutenant-général du Bassigny, instruisirent immédiatement leur procès. Cinq -Mars foi condamné à avoir la tête tranchée et son compagnon fut acquitté. Cet arrêt, rendu par la Cour souveraine siégeant auprès du duc, ne fut pas toutefois exécuté. Malincourt , qui en était

porteur, fut arrêté par les Français au moment où il allait entrer à La Mothe. Cinq-Mars en fut quitte pour rester en prison jusqu'à la tin du siège.

La mort de Louis XIII et de Richelieu ne changea pas les destinées de La Mothe. Le nouveau ministre, Mazarin, maître de la France pendant la minorité de Louis XIV, fit continuer le siège de cette place. Le général Maîagotti , que Mazarin, son compatriote, tenait à élever à la dignité de maréchal , remplaça Duhallier. De nouvelles troupes augmentèrent la force de l'armée assiégeante. Maîagotti employa Thiver de 1643 aux travaux de circonvallation, de communication et de tranchée ; il leur donna une telle impulsion qu'ils furent entièrement terminés pour les premiers jours de mai.

De son côté , le gouverneur CUquot ne resta pas dans l'inaction. Il ajouta de nouvelles défenses aux fortifications de la ville, la pourvut abondamment de munitions de toute espèce et put accroître le nombre de ses défenseurs. Ses officiers et ses soldats , de même que les bourgeois, se montrèrent, comme lui, décidés à résister jusqu'à la dernière extrémité.

Malagolli paraîssail pressé de prendre la ville de vive force. Ses travaux ayant été poussés jusqu'à la contrescarpe, il fit miner le rocher sur lequel était assis le bastion de Ste-Barbe et pratiqua bientôt une brèche assez grande pour qu'il pût donner Tassant. Cliquet ne sembla nullement décidé à capituler. Le général français , du reste, n'eût consenti à aucune composition , parcequ'ii brûlait de prendre son adversaire mort ou vif et de venger la reine-mère et Mazarin des propos piquants et injurieux que Cliquet avait tenus sur leur compte. Mais , en dirigeant une attaque contre la place, Malagotti fut emporté par un boulet et l'assaut fut indéfiniment ajourné.

Le marquis de Villeroy succéda â Malagotti. Il offrit tout d'abord au gouverneur de La Mothe carte blanche pour la convention à arrêter entre eux , dans le cas où il consentirait à rendre la ville. Cliquet fut touché de ce procédé ; toutefois, avant de prendre aucune résolution, il voulut consulter non-seulement ses officiers, mais encore le clergé et les bourgeois. Tout le monde fut d'avis de capituler, si on pouvait obtenir des conditions honorables. Comme en 1634 , ce fut

encore le lieutcnanl-général Dubois qui rédigea le projet de capitulation.

L'original de ce projet est conservé par la bibliothèque publique de la ville A'Epinal comme un de ses plus curieux manuscrits. Il est ainsi conçu ;

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