‹ Les anciennes maisons de ParisChapitre 17 sur 82 · NAGUÈRE DES DOUZE-PORTES · texte numérisé non relu

NAGUÈRE DES DOUZE-PORTES

du conseil, qui jugea que les produits de l’esprit, les droits d’auteur, n’étaient pas effets saisissables. Cette jurisprudence fit tomber le peu de crédit qu’avait eu jusque-là Crébillon. Fort heureusement Mme de Pompadour, pour humilier un peu Voltaire, sauva Crébillon du découragement, lui fit avoir 1,000 fr. de pension du roi et une place à la Bibliothèque, outre la réimpression de ses œuvres à l’imprimerie royale du Louvre, édition déchargée de tous frais. Pour un poète si peu courtisan, que de faveurs ! Elles faisaient honneur à Louis XV, qui, à la nouvelle de la mort du vieux poète dramatique, envoya lui-même prendre le corps rue des Douze- Portes, pour le faire inhumer à ses dépens dans l’église Saint-Gervais.

La pompe de cette cérémonie dépassait fort les espérances du défunt, qui s’attendait encore moins à ce qu’il en fût donné une seconde représentation. L’autorité ecclésiastique s’était opposée à ce que les acteurs, interprètes des tragédies de • Crébillon, assistassent en corps à ses royales obsèques, et ceux-ci tenaient d’autant plus à rendre les derniers devoirs à l’auteur d 'Atrée et de Rhadamiste que le temps et l’occasion leur semblaient venus de secouer le préjugé qui excommuniait le théâtre. Voulant faire les choses aussi bien que le roi, ses comédiens ordinaires fixèrent au 6 juillet la célébration d’un service itératif pour le repos de l’âme de Crébillon, qui avait rendu le dernier soupir le 18 juin de la même année (1762), et l’église Saint-Jean-de-Latran, qui relevait de l’ordre de Malte, ayant bien voulu se montrer plus tolérante, plus libérale que Saint-Gervais, directement soumis à la discipline du diocèse, se tendit entièrement de noir et illumina à l’heure dite ses ténèbres artificielles. Mlle Clairon menait le deuil, en manteau long, et il ne manqua que les dépouilles mortelles du poète tragique à ses nouvelles funérailles.

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