‹ Les anciennes maisons de ParisChapitre 18 sur 82 · RUE VILLEHARDOUIN, ETC · texte numérisé non relu

RUE VILLEHARDOUIN, ETC

L’archevêque de Paris déféra pourtant la conduite que le curé de Saint-Jean-de-Latran avait tenue en cette affaire, à un consistoire qui s’assembla, dans les règles de la juridiction en conflit avec la sienne, chez l’ambassadeur de l’ordre de Malte; le curé y fut condamné à trois mois de séminaire et à 200 francs d’amende au profit des pauvres.

Rue du Dragon, (i)

Le Petit-Sépulcre. — L'École d' Équitation. — La Cour du Dragon. — Divers Hôtels. — Le Carrossier Raveneau. — La Famille Laplagne. — - Bernard- P alissy . — Un Baroche. — Germain Brice.

Les chanoines du Saint-Sépulcre, ordre religieux et militaire, habitaient, dès le > xve siècle, une propriété sise dans une rue à laquelle s’étendit le nom de leur confrérie/ Cette maison n’était que le Petit-Sépulcre, eu égard à leur grande maison hospitalière et à leur église collégiale du Sépulcre, que la cour Batave a fini par remplacer rue Saint- Denis. Puisque le Petit-Sépulcre était en ce tempslà voisin de l’habitation de la famille Taranne, laquelle se trouvait rue Taranne, non loin de la rue Saint-Benoît, nous serions porté à voir dans la cour actuelle du Dragon l’ancienne annexe de la susdite compagnie religieuse. Mais les chanoines n’auraient pas eu que cela dans la rue. Un dragon sculpté qui figure, avec d’autres reliefs solidement accusés et de vieilles ferrures de croisées, sur le portique de cette cour, du côté de la rue Sainte- Marguerite, sert encore d’enseigne à l’immeuble. N’y doit-il pas être regardé comme faisant allusion au dragon que la légende met sous les pieds de sainte Marguerite et qui ressemble au monstre fabuleux que terrasse ailleurs saint Michel ?

La cour du Dragon fut connue sous cette dénomi-

{1} Notice écrite en 1859.

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nation avant que la rue y prît part; mais elle ne servait pas encore de passage au beau milieu du règne de Louis XIV. C’était alors l’ancienne Académie, dite bientôt l’académie Royale, sous la direction de Longpré et de Bernardy. Elle comptait autant de pensionnaires que la nouvelle, ouverte rue des Canettes. L’une et l’autre suivaient à J’envi les traditions de la première institution de ce genre, fondée par Pluvinel, sous la régence* dé Marie de Médicis. Les jeunes gens y apprenaient surtout ce dont un gentilhomme se passe le plus difficilement : l’équitation, les armes, les mathématiques et la danse. En cette cour du Dragon, rue du Sépulcre, demeurait vers l’année 1770 M1,e Dubois, delà Comédie-Française, chez laquelle M. de Sarral avait ses grandes entrées, dans le même temps que Dorât ses petites. Au commencement du règne de Louis XVI, Mme Crozat, la mère, et ne sait-on pas que le duc de Choiseul avait épousé une Crozat ? était propriétaire de tout l’immeuble, où pullulaient déjà, comme locataires, des marchands de poêles et de ferraille.

Jusqu’à l’embouchure de la rue Sainte-Marguerite s’étendit également, à l’origine, le jardin d’un hôtel presque contigu au manège royal de Longpré, et qui porte le n° 3. Il se peut très-bien que Jean ou Christophe de Taranne y ait été de longue date le prédécesseur de Boucher, écuyer, conseiller du roi, dont une autre rue a pris le nom; dans tous les cas, Boucher a laissé la propriété à M. de Senneville, puis à Mlle d’Harau court, qui descendait d’une des quatre maisons de l’ancienne chevalerie de Paris, et M. le comte d’Haussonville l’a héritée de Mlle d’Haraucourt.

Les immeubles séculaires se suivent de près rue du Dragon, et l’on peut ajouter que beaucoup d’entre eux se ressemblent. Le 13 fut acquis avant la grande révolution par la famille de Mme Ruyneau-

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Fontaine, actuellement propriétaire; 15, 17, 19 et 21, d’après leurs titres, sont de même acabit: bourgeoisie décrassée çà et là par ses noms de terres, qui nous paraissent maintenant de vieille noblesse !

Les nos 25, 27, 29, 31 et 33 ont été signalés à M. Rousseau, notre éclaireur patient, comme ancienne succursale des chanoines du Saint-Sépulcre. Unanimité de traditions à cet égard, dans le quartier, maints rapports de construction confirmant l’origine commune sans contrevenir à l’opinion locale. Pour en trouver le démenti, il a fallu remonter dans les actes authentiques et en comparer la teneur au trop peu qu’ont dit sur le Petit-Sépulcre les vieux ouvrages sur Paris. L’emplacement de ces immeubles a dépendu, dans le principe, d’un terrain dit la Chasse-Royale, et le carrefour de la Croix-Rouge a d’abord porté le nom de carrefour de la Maladrerie, parce que des granges hospitalières y ont recueilli nombre de pauvres gens atteints du mal de Naples; puis on a mis les Incurables en possession d’une portion des dépendances de la Maladrerie. L’administration des biens réunis des hospices, dont le siège était à l’Hôtel-Dieu, a consenti emphytéose en 1784 à Raveneau, carrossier de la cour, du 25, du 27, du 31 et du 33, en lui imposant l’érection d’un nouveau corps de bâtiment. Mais l’industrie de luxe de Raveneau a tant souffert des tempêtes politiques qui ont substitué à la Croix-Rouge un bonnet de la même couleur, qu’il en a quitté le coin de la rue du Dragon, pour s’attacher, comme inspecteur des charrois, aux armées de la République. Quant au bail emphytéotique, il a été converti en toute propriété. Dans ces conditions nouvelles ont été adjugés : le n° 27 à Lambert, marchand d’hommes, le, 23 avril 1813 ; le n°29 à Magin, gendre de Raveneau, le 8 mai 1812, et len° 3à, le 4 juin

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1813, ainsi que le n° 92 de la rue du Four. M. Magin, qui a rempli longtemps les fonctions de caissier de l’administration des Hospices, a acquis également, le 17 décembre 1813, la nue-propriété du n° 31, dont son beau-père ne l’avait faitqu’usufruitier.

On dit bien que vis-à-vis du 25 s’étala une propriété . capitulaire du Saint-Sépulcre ; mais nous ne sommes pas tombé sur des documents qui confirmassent ou démentissent cette occupation primitive. '

Le côté des numéros pairs compte encore des grandes portes. Voyez, par exemple, ce 34, ce 30, ce 18 et ce 16 : ils n’ont pas attendu que le sellier d’en face, industriel du temps de Louis XVI, multipliât les voitures dans la rue, pour ouvrir grands leurs deux battants, qui semblent même avoir pris la mesure des carrosses du xviic siècle, plutôt que des vis-à-vis à la mode sous le règne de Louis XV.

Parmi les maisons plus modestes qui remontent à une époque assurément plus reculée, il en est une, répondant au chiffre 24, que signale pour enseigne une terre-cuite de Bernard-Palissy : Samson y est représenté terrassant le lion historique, dont la mâchoire servit d’épouvantail à une armée de Philistins. C’est maintenant un hôtel garni, avec une boutique 'honorant elle-même, à sa manière, la mémoire de ce protestant, savant et célèbre émailleur : on y débite par choppes le vin des huguenots, ses coreligionnaires. Un escalier à quilles de bois conduit aux chambres et date sans doute du xve sièle. L’écusson en poterie a pour légende: Au fort Samson ; puis une inscription toute moderne s’exprime ainsi : Ancienne demeure de Bernard de Palissy , 1575.

Cet homme de génie était déjà dans un âge avancé lorsque s’ouvrit, en 1575, son cours d’histoire

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naturelle et de physique dans la rue du Sépulcre; il y forma, ou il y transféra le premier cabinet d’histoire naturelle qu’on vît à Paris. Né dans le Midi au commencement du siècle, il avait échappé à la Saint-Barthélemy, grâce au logement qu’il occupait au Louvre, atelier d’où étaient sorties tant de belles poteries, ses FiguUnes î Mais, en dépit de sa renommée d’artiste, du mérite primesautier de ses écrits, du succès croissant de ses leçons, et quelles que fussent ses vertus, le maître se vit incarcéré par l’influence des ligueurs et mourut en prison dans sa 90me année, tout à la fin du règne de Henri III.

De bois tout de même étaient les garnitures d’un escalier, dans le fond du n° 20 ; mais une très-jolie rampe de fer s’y substitua à mi-corps, du temps de Louis XIII. Le 18 appartenait en 1686 à Jean Girard, architecte et intendant des bâtiments et jardins du duc d’Orléans, frère unique du roi, puis en. 1720, du chef de la veuve de Girard, à son second mari, Philippe deLoménie, écuyer, porte-manteau du régent de France. Bien plus tard., le baron Boyèr, chirurgien de l’empereur, laissa la plus vieille de ces deux maisons à sa fille, qui épousa M. Laplagne-Barris, président à la cour de cassation.

M. Lacave-Laplagne, qui eut depuis le portefeuille des finances, habitait lui-même le n° 10, en 1823. Propriété dans laquelle M. Rousseau a remarqué : une porte à grande envergure, des vignes grimpantes, qui égaient la cour, un ancien puits à si petit orifice que pas un poète ne saurait s’y noyer, enfin une ferrure du siècle de Louis XIV aux degrés encagés dans l’arrière-corps de logis, qui est évidemment l’aîné. En 1673 furent élevées des constructions sur le terrain des nos 14, 12, 10 et 8, « sis à Saint-Germain-des-Près, » disait encore l’acte d’alors, et que s’étaient partagé plusieurs

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cohéritiers. Au nombre de ceux-ci nous. remarquons Le Maistre, architecte et ingénieur du roi, qui n’a sans doute pas cru déroger en travaillant dans cette rue pour lui-même.

Que plus petit et plus vieux est le n° 2 î Deux 'mansardes y font des cornes. L’ombre qui en bifurque dans la rue n’a pas manqué de protéger contre les ardeurs de l’été le vieillard Bernard- Palissy, dont la radieuse mémoire a garanti son logis, par exception, de cette obsurité croissante qui en a envahi bien d’autres et que nous tentons enfin de dissiper. *

Un nuage reste qui nous cache l’emplacement de certain hôtel de Strasbourg, à porte cochère, adjugé le 27 mai 1752 l\ Charles-Antoine Baroche, contrôleur des rentes de l’hôtel-de-Ville, qui demeurait rue Sainte-Marguerite et à qui son emplette donna, dans notre rue, Métayer et Vinet pour tenants.

Il nous en coûte davantage de ne pas faire sortir de son rang, ' pour lui donner la grand’ croix de notre ordre, la modeste demeure de Germain Brice, dont la Description de Paris nous est chère. Cet historiographe, qui vécut de 1653 à 1727, porta le titre d’abbé et un habit violet, sans avoir reçu la tonsure, sans avoir fait vœu de chasteté, et pour vivre il donna des leçons d’histoire, de géographie et de blason, rue du Sépulcre. Ses livres rapportaient si peu qu’il y avait pour l’auteur nécessité d’en dédier à des princes allemands. D’ailleurs, il ne manque pas de chroniqueurs rétrospectifs qui soient morts, comme Germain Brice, dans un état voisin de la misère, malgré la protection que s’honoraient de leur accorder un roi, des princes, des édiles. Tous les riches ne sont pas curieux et tous les curieux ne sont pas riches. Sous quel régime, d’ailleurs, et dans quel siècle ne fait-il pas meilleur pour la gent porte-plume de louer les vivants que les morts?

Hue Saint-Denis* (4)

Le Tombeau — Gastines. — Les Enseignes . — Le Père d'Eugène Scribe. — Les Catherinettes. — Santeul, Rapin et Cie. — Le Sépulcre. — Saint- Magloire. — Saint-Leu. — Le Passage Saucède. — La Cour des Bleus. — La Trinité. — Les Dames de Saint-Chaumond. — Les Coffretiers et les Brodeurs. — Les Filles-Dieu. — Le Cul de-sac de V Empereur . — - Le Passage du Grand-Cerf. — * Les Prêcheurs. — Le Terrier du Roi. — Robert Poguelin. — Le Sire Marchand de Poisson .

Le pèlerinage au tombeau de saint Denis, mis en honneur au ve siècle par sainte Geneviève, a valu son nom à la Grant-Chaussiée-Monsieur-Denis. Mais la rue Saint-Denis proprement dite n’allait

(1) Notice écrite en 1 861. Du côté de la place du. Châtelet, qui n’avait pas encore ses deux théâtres, la rue Saint-Denis se renouvelait et s’aérait. A cette extrémité, coupe sombre! On ne s’y .reconnaît en rien près de la rue Rivoli prolongée. La vraie rue Saint- Denis ne se remontre çà et là qu’à partir des maisons qui portent aujourd’hui les chiffres 11 et 12. D’autres tronçons s’y sont mis à l’alignement du premier, derrière d’autres façades qui tombaient, aux angles des rues élargies ou nouvelles. Ces éclaircies, par conséquent, ont profité: à la rue Lareynie, qui avait été si étroite; à la rue Berger, en ce qui s’en appelait naguère Aubryle-Boucher; à la rue de la Cossonnerie, qui ne »’est pas contentée d’avoir sa large part de l’ancienne cour Batave; aux rues de la Grande-Truanderie, du Cigne et aux Ours; à la nouvelle. rue de Turbigo ; à la rue du Petit-Lion, maintenant Tiquetonne prolongée, et à la nouvelle, rue Réaumur. Le percement d’un boulevard parallèle, répondant à de nouveaux besoins de circulation, n’aurait-il pas dû épargner à la vieille rue Saint- Denis cette dislocation? v

eûcore, sur la fin du xne siècle, qu’entre la porte de la deuxième enceinte de la ville, un peu audessous de la rue Troussevache, devenue Lareynie, et la porte de la troisième, qui était l’enceinte de Philippe-Auguste, à la hauteur de la rue Mauconseiî. En l’an 1418, elle se ^ prolongea de la rue Mauconseiî à la rue des Deux-Portes, maintenant Neuve-Saint-Denis (i), par une extension nouvelle de Paris, puis s’incorpora, sous Louis XÏV, la rue de la Sellerie, à laquelle elle faisait suite, en venant aboutir à la porte monumentale qui nous est restée de ce règne. C’était une rue de gala, par laquelle rois et reines faisaient traditionnellement leur entrée solennelle A Paris, et les couvents, les hôpitaux s’y suivaient de près, ce qui n’empêchait pas le commerce d’y florir de plus en plus.

Un des riches marchands qu’on y remarquait au commencement des guerres de' religion était Philippe de Gastine, que le parlement condamna, (pour avoir secrètement fait un temple protestant de sa maison, qui fut rasée et remplacée par un monument expiatoire. Ainsi se forma la place Gastine; mais on ne tarda pas à transférer par pièces aux Saint-Innocents, malgré le peuple en rumeur, le monument qui, d’après une relation du temps, « estoit une haute pyramide de pierre, ayant un crucifix au sommet, dorée et diaprée, avec un récit en lettres d’or, sur le milieu, de ce que dessus, et des vers latins, le tout si confusément et obliquement déduit que plusieurs estimoyent que le composeur de ces vers et inscriptions (on dit que c’estoit Estienne Jodelle, poète français homme sans religion, et qui n’eut onc autre dieu que le ventre), s’estoit mocqué des catholiques et des huguenots. »

(1) La rue Blondel répond, depuis peu, à l’appel pour la rue Neuve-Saint-Denis.

RUE SAINTsDENIS.

Dès le XVIIe siècle, la rue Saint-Denis faisait relativement autant d’affaires qu’à l’apogée de sa prospérité, sous le règne de Louis-Philippe. Gros marchands y étaient : et Leclère, à l’enseigne des^ Balances, .et les Mercadé, à la Rose-Blanche, et Sauvage, drapier, et Leroy, qui tenait les rubans, au Chevalier-du-Guet, et Lefebvre, pour la damasquinerie, au Chêne-Vert, et la meilleure faiseuse de mouches pour faire paraître le teint blanc, à la Perle-des- Mouches. Un épicier-grossier, c’est-àdire marchand en gros de plusieurs articles, nommé Jourdan, vendait force huiles d’olive et fruits de Provence, tout en faisant un grand commerce de soie . Les colporteurs savoyards et autres - marchands ambulants pouvaient sè monter de toute leur pacotille chez le sieur Maillet, près le monastère hospitalier du Sépulcre, à l’image des Trois-Maillets.

Cette rue aurait été bien moins vivante sans ses hôtelleries, qui servaient de bureaux à des entreprises de transport pour voyageurs et pour marchandises. Le messager de Reims y descendait, à l’enseigne de Sainte-Marthe; celui d’une autre ligne, aux Deux- Anges ; celui d’Eu, au Cheval-Blanc, et ceux de Soissons, du Quesnoy, d’Arras, de Lille et de Rouen, au Grand-Cerf, où se prenaient, le mercredi et le samedi de chaque semaine, des carrosses faisant le service de Senlis, de Compiègne, de Douai, de Bruxelles, etc.

Un des célèbres cabarets au cru de la Pommede-Pin recevait son monde entre la rue Troussevache et la rue Aubry-le-Boucher, et voici, plus bas, un garni, qui répond à la même enseigne. Colletet aimait mieux s’attabler à la Croix-de-Fer, même rue. Cette auberge était tenue, au milieu du siècle suivant, par Gauge, auquel Gille faisait concurrence, à la Sellette. Le café de Gisors ne réunissait alors que les raffinés du quartier, tout le monde n’osant pas encore mettre les pieds dans un café. On y

causait si librement que les marchands de la rue Saint-Denis qui aimaient à s’y rencontrer en passaient pour des esprits-forts, et ils n’étaient guère plus de quatre à se donner cet air voltairien : M. Saulnier, mercier à Sainte-Thérèse, M. Hamond, rubanier au Moulinet-d’Or, le patron de la Barbe-d’Or, établi au coin d’une des rues qui menaient à Sainte- Opportune, et M. Félix jeune, mercier, assorti de soieries de toutes espèces. Mais il y avait aussi un café des Coches, près des bureaux de voiture.

Le susnommé Félix avait pour enseigne le Chien- Noir, à l’angle de la rueTroussevache (lisez Lareynie), et nous y retrouvons un Chat-Noir. L’auteur de cette variante a dû être un autre marchand de soieries, détenteur du même fonds de commerce, qui eut pour fils le célèbre Eugène Scribe. Le père de l’auteur dramatique était dans les affaires quand la rue fut rendue encore plus commerçante par la suppression de toutes les corporations religieuses. Néanmoins, dans son voisinage, à l’angle méridional de la rue des Lombards, les Jeunes-Aveugles prirent la place de l’hôpital des catherinettes, religieuses de Sainte-Catherine.

Regardez-moi la troisième construction après la rue Àubry-le-Boucher : elle appartenait aux sieurs Santeuil, ïtapin et Cie. Ces deux noms de poètes ne vous paraissent-ils pas bien aises de s’accoler ? Mais les écrits du père Rapin, qui publiait alternativement des ouvrages de piété et de littérature, en servant Dieu et le monde par semestre, ne l’avaient pas rendu propriétaire, et Santeuil composait ses vers latins à l’abbaye de Saint-Victor, faute d’avoir pignon sur rue. Leurs deux familles, qui s’étaient alliées, comptaient des membres plus fortunés, car plusieurs maisons du quartier étaient à une société dont faisait partie Claude Santeuil, marchand de la rue Saint-Denis, et puis échevin, qui toutefois écrivit des hymnes. Tout à côté de

leur maison étaient l’église et l’hôpital du Saint- Sépulcre, dont la première pierre avait été posée l’an 1326. L’hospice était d’abord destiné à recevoir au passage les pèlerins, adorateurs du Saint-Sépulcre, qui allaient à Jérusalem, ou en revenaient : les architectes Hope et Sobre en ont fait un bazar, la cour Batave, pendant la Révolution, pour une compagnie hollandaise, et plusieurs des anciens corps de logis y subsistent encore, malgré une trouée récemment pratiquée.

Moins heureux le couvent de Saint-Magloire ! Il n’en restera plus pierre sur pierre lorsque son ancienne chapelle va' être entièrement démolie. Les moines de ce monastère l’ayant quitté pour l’hôpital Saint-Jacques- du-Haut-Pas, Catherine deMédicisy transféra, de l’hôtel de Soissons, des religieuses qu’elle protégeait. L’institution de celles-ci était due au cordelier Jean Tisserand, qui avait converti 200 femmes de mauvaise vie pour qu’elles fissent pénitence en commun, un peu avant le règne de Louis XII. On avait continué, pendant un certain temps, à ne recevoir que des repenties aux mêmes antécédents, et qui ne devaient pas avoir plus de trente ans. Puis les statuts de la maison s’étant absolument modifiés, les plus honnêtes femmes du monde se faisaient dames de Saint-Magloire, si bien qu’on leur confiait l’éducatioil de jeunes pensionnaires, pour lesquelles on payait 450 livres par an.

Nous voyons bien encore, près de Saint-Leu, une maison qui appartenait à la fabrique de cette église, et dont l’image était un Aigle : elle a ses cinq étages, mais une seule croisée par étage. C’est un garni, qui agirait sagement en ne louant ses chambres qu’à la nuit ; car l’édilité parisienne nous paraît menacer son échelle locative, dans le but d’isoler Saint-Leu. Ne rend-on pas le même service, en Italie, au trône de Saint-Pierre? On a déjà jeté bas les Trois-Rois, qui étaient contigus

à l’Aigle, et dont le sieur Ménétrier était propriétaire sous le grand règne. L’échevin Sautereau disposait, en ce temps-là, d’une propriété, à l’enseigne de Sainte-Anne, un peu avant la rue aux Ours; mais le coin même de ladite rue, où pendait le Chef-de-Saint-Jean, appartenait à De Belloy.

Le cul-de-sac de la Porte-aux-Peintres, dit aussi de l’ Ane-Rayé, a l’air d’être respecté par l’autorité absolue qui met Paris sens-dessus-dessous : estce par égard pour le sous-titre? On avait appelé Porte-aux-Peintres l’ouverture de l’enceinte de Philippe-Auguste sur la rue Saint-Denis, et pourquoi ? parce qu’en l’année 1303 un maître peintre, nommé Guillaume Ledoux, avait fait bâtir dans l’impasse, qui était alors une ruelle. L’entrée en reste flanquée de l’ancienne maison à balcon de l’échevip Hélissant, la Ville-de-Rome, et de celle à charmant pignon de Marguerite Poisson, femme séparée de Solliac, avocat, maison qui porta un Faisan en guise de numéro. Santeuil et Gie n’avaient pas moins de six propriétés un peu plus haut, pâté coupé en deux par la rue du Petit-Hurleur.

Peu de regrets laissera le passage Saucède, bâti en 1823 sur l’ai.cien passage de la Croix-de- Lorraine: la pioche y fait déjà des siennes. L’historiograhie parisienne ne perdrait pas grand’chose à ce qu’on renversât, faut-il le dire? tout ce que l’architecture domestique a produit depuis soixante ans. C’est propre, mais dépourvu de caractère et de solidité ; c’est occupé par des gens qui n’ont le temps que d’y pendre la crémaillère, tant la fortune les fait facilement changer de compartiment, d’étage, de quartier ; c’est immeuble et de produit considérable, en ne gardant l’empreinte ni d’une vertu, ni même d’un vice de telle classe plutôt quë de telle.autre, ni d’un seul des mobiliers qui passent en si grand nombre que le déménagement les use, ni d’une famille ou d’un homme sans famille,

et encore bien moins d’une idée. Une échoppe de savetier, qui d’elle-même est venue s’accoter à un château, à une église, et que personne n’a osé déranger pendant un millier d’années, en dira toujours plus que toutes les belles façades d’un nouveau boulevard, alignées comme ses rambuteaux. Que léguera donc de grand au vingtième siècle le remaniement actuel de la ville qui nous était chère? la voie publique.

Les enseignes commerciales . n’attendent pas toujours l’expropriation pour changer de place, et l’Autruche nous en donne la preuve. Elle pendait d’abord à une porte peu éloignée de la rue du Petit-Hurleur, et Denevers, plumassier-fleuriste, en a transporté le tableau une cinquantaine de maisons plus haut : c/est encore l’emblème du commerce que continue le petit-fils du fondateur. Pareille longévité manque à l’ancien^ établissement de Mme Bertin, fameuse marchande de modes, puisqu’il n’est plus rue Saint-Denis.

Franchissez la rue Grenéta, pour entrer dans la cour de£ Bleus, dénomination qui rappelle que les enfants pauvres reçus à l’hôpital de la Trinité depuis l’année 1545 allaient vêtus de cette couleur. Ledit hôpital avait été fondé au commencement du xiii8 siècle près la fontaine de la Reine, rue d’Arnetal ou Grenéta, pour donner asile â des voyageurs qui, après l’heure du couvre-feu, trouvaient close la porte de Paris. Les confrères de la Passion y avaient' commencé sous Charles VI et fini sous François Ier de jouer leurs mystères et leurs soties, premiers genres abordés sur la scène française. Le roi suivant fit établir, au même endroit, des* manufactures et des boutiques pour les donner aux compagnons qui venaient apprendre leur métier aux enfants-bleus. On louait de ces apprentis pour assister à des enterrements : leurs larmes ne coûtaient pas trop cher. Tout

l’enclos de la Trinité était un lieu de franchise pour les artisans, outre que des immunités aidaient les enfants-bleus à passer maîtres.

Le plumassier Herbault, il y a deux siècles, était déjà à la tête d’un établissement, dans les parages de celui du même genre qui s’annonce ainsi : Ancienne maison Prévost- Wenzel fondée en 1784. Rappelons toutefois que le Wenzél qui était fournisseur de Marie-Antoinette n’a jamais demeuré rue Saint-Denis.

Les filles de l’Union-Chrétienne s’installèrent dès l’année 1685 dans un hôtel bâti, encore plus haut, pour le marquis Melchior Mitte de Saint- Chaumont, à l’a place de la cour Bellot et de plusieurs constructions achetées par le même en 1631. De plus, le maréchal de la Feuillade y ayait résidé ; il y avait fait fondre la statue de Louis XIY, qu’il destinait à la place des Victoires. Les dames dites de Saint-Chaumont, qui avaient commencé par se vouer spécialement à l’instruction des nouvelles catholiques, prenaient ensuite pour pensionnaires des jeunes personnes de la bourgeoisie, tout comme les filles de Saint-Magloire. Leur chapelle de la rue Saint-Denis devant être entièrement reconstruite par Convers, la princesse de Conti en posa la première pierre en 1781 : c’est de nos jours un magasin de nouveautés à l’enseigné de Marie-Stuart. Un bâtiment, superbe, qui donne actuellement sur le boulevard de Strasbourg (4), avait été l’hôtel de M. de Saint- Chaumont.

Traversons maintenant la rue, et suivons-en l’autre côté dans le sens opposé à l’ordre numérique, qu’il nous faut négliger comme moyen

(1) Notre boulevard Sébastopol s’appelait tout d’abord de Strasbourg.

d’indication dans les rues où cet ordre va être entièrement remanié. La seconde encoignure de la rue Bourbon-Villeneuve (4), à partir du boulevard,

; portait l’image de Sainte-Véronique, et la seconde encoignure de la rue Sainte-Foy, l’image de Notre-Dame-de-Liesse.

A quelques pas, en marchant dans le même sens, remarquez-vous une maison à belles ferrures ? Le xvme siècle y réunissait le bureau du Contrôle des exploits et des formules des notaires, le bureau des Brodeurs et celui des Coffretiers. Les statuts de la confrérie-professionnelle des Coffretiers, Malletiers et Gaîniers, dite primitivement des Layetiers-Écreniers, dont le patron fut saint-Jean- Porte-Latine,puis saint Fiacre, dataient de l’an 1596 : ils défendaient de travailler avant cinq heures du matin et après huit heures du soir, pour ménager le repos des voisins, et fixaient la durée de l’apprentissage à cinq années, celle du compagnonnage pareillement, le prix du brevet à 50 livres, celui de la maîtrise à 700. La communauté des Brodeurs, sous les auspices de saint Clair, était aussi celle des Passementiers et des Boutonniers, lesquels ne constituaient qu’un corps d’état, dit des Chasubliers en 1648, époque où remontait son règlement : six ans d’apprentissage, trois de compagnonnage, 30 livres le brevet et 600 la maîtrise. Le bureau des Brodeurs avait été rue Montorgueil ; il demeura rue Saint-Denis jusqu’à la suppression de toutes les corporations industrielles.

L’une des portes des Filles-Dieu, couvent dont nous avons revu des bâtiments rue Bourbon- Villeneuve,- est l’entrée du passage du Caire depuis l’année 1798. Quelques portes plus bas se

(1) La rue Bourbon-Villeneuve fait maintenant partie de celle d’Aboukir.

reconnaît l’ancienne cour Sainte-Catherine, à; laquelle faisait vis-à-vis une cour de François Ier. Les hospitalières de Sainte-Catherine avaient là leur maison de campagne, puis un pâté de huit maisons, qui en tenait la place, et notamment un hôtel Dupressoir, avec sortie sur la cour des Miracles : la majeure partie desdites constructions est encore debout.

Une ruelle de l’Empereur, déjà connue au siècle xvi, réduite en cul-de-sac de l’Empereur en 1657, parut indigne de cet auguste nom quand l’Empire sortit de la coque du Consulat : on l’appela impasse Mauconseil. Ce qu’on y voit de plus que séculaire avait appartenu préalablement à la proclamation dudit empire, au nommé Vauvelard,ex-maîtred’hôtel de la reine, et à Trudaine, maître-desrequêtes.

Il y avait donc toutes sortes de souvenirs, évoqués sur les portes de la rue Saint-Denis par des légendes ou des figures ; mais on était ramené au positif en y lisant çà et là : Aux L&uis-d'Ory au Berceau-d'Or et d’autres dédicaces purement marchandes, dont la bonne renommée faisait la gloire d’autant d’honnêtes familles. La profession religieuse n’avait pas empêché de grandir et de se rendre honorable l’esprit du commerce, dans ce quartier, qui en était devenu un grand centre d’affaires, avant même de jeter le froc aux orties. Près de la rue du Renard, 'un Renard faisait bien, et le règne de Louis XVI y vit, de plus, une hôtellerie du Renard-Rouge. Celle du Grand-Cerf, avec seconde issue rue des Deux-Portes, recevait encore un plus grand nombre de voyageurs que le Renard- Rouge, à cette époque, et payait le loyer des lieux qu’elle occupait aux catherinettes du coin de la rue des Lombards. Au travers de l’hôtel, un passage du Grand-Cerf se faisait déjà jour

antérieurement à la Révolution ; mais il était à ciel ouvert, et un roulage ne cessa d’y charger ses -camions que quand une compagnie mit les •passants, en 1824, à l’abri de l’intempérie des saisons.

Nous avons lu partout que la rue des Prêcheurs tire sa dénomination d’une enseigne ; ajoutons que cette enseigne est encore déchiffrable à l’un des angles de la rue Saint- Denis : une sculpture en arête nous y montre des capucins sur un arbre perchés. Un ciseau du xvie siècle paraît avoir fouillé la pierre. Par conséquent, nous pouvons croire que les quatre religieux de Saint- François appelés en France par le cardinal de Lorraine, pour y introduire la réforme due à l’initiative de François Baschi, l’un des leurs, s’arrêtèrent sur ce point, avant de repasser en Italie.

Nous avons bien trouvé qu’une déclaration de' cens fut faite au Terrier du foi, en 1701, par Nicolas Thénard, Augustin Barat et Charles Mercey, prêtres, religieux et procureurs-généraux du couvent des Célestins à Paris, pour une maison de la rue Saint-Denis, à l’emblème du Papillon ; mais celle-ci était située à proximité de la rue de la Grande-Truanderie, un peu avant le Singe-Vert,* qui, trente années auparavant, était l’objet d’une reconnaissance identique, signée par Marie-Angélique, prieure, Marie-Luce, sous-supérieure, et Marie-Françoise-Paule, procureuse, religieuses du couvent des Filles-Bleues-del’Annonciade. Ce qui reporte la déclaration de Carrier, trésorier de France, pour les Gros- Raisins, au premier coin de la rue des Prêcheurs, et celle de Lirot, marchand, pour le Heaume, au second coin.

Reconnaissance passée également, le 8 janvier

1668, devant Le Fouin, notaire au Châtelet, pour deux maisons sises entre la rue de la Cossonnerie et la rue aux Fers (i), par Guillaume de Lamoignon, premier président au parlement, Robert Poquelin, juge-consul, et Jean de Faverolles, premier échevin, tous trois comme gouverneurs et administrateurs du Saint-Sépulcre.

Les haudriettes de l’Assomption, religieuses de la rue Saint-Honoré, avaient en 1728 dans TOurs- Blanc deux petits corps de logis, même rue, entre une maison à l’hôpital du Saint-Esprit et une autre à Mme Fogerie. Les maîtresses et bonnes femmes, de la chapelle feu Etienne Haudry avaient acquis cette propriété autrefois de sire de la Fontaine , vendeur de poissons de mer , et de charlotte de Corey, sa femme.

(1) L’ancienne rue aux Fers a nom Berger.

Hue des Deux-Poiits. (i)

Quand nous étions de service au quai Bourbon et sur d’autres points de File Saint-Louis, comme volontaire de l’historiographie, plusieurs documents inédits nous aidaient à remonter jusqu’à l’époque de la colonisation de ce quartier, figurant un vaisseau qui remorque au milieu de la Seine un plus grand vaisseau, la Cité.- Le Dictionnaire des Rues de Paris y fait remonter à l’année 1614 l’origine de la rue des Deux-Ponts, qui relie le pont Marie au pont de la Tournelle.

Deux maisons qu’on trouve les premières à main droite, rue des Deux-Ponts, en venant du quai de Béthune, furent laissées à son fils par le président Lambert de Thorigny, ainsi que l’hôtel Lambert, sa création, à la pointe de l’île Saint- Louis. Ledit héritier s’est même reconnu détenteur de quatre maisons en cet endroit, et l’abbé Laisné de la sixième. Des particuliers ont remplacé, sous Louis XIII et au commencement du règne suivant, les grands spéculateurs de l’île, dans les terrains ou les maisons qui bordaient cette rue transversale, mais qui formaient plus de petits lots que de grands. On y chercherait en vain autant de portes qu’il y a d’immeubles: plus d’un a sur les quais, ou sur la rue Saint-Louis, sa principale façade. Sur le nombre des portes que dessert elle-même l’autre rue, combien peu sont cochères !

Toutefois le n° 14, qui héberge des voyageurs, fut logis aristocratique. Sa façade manque d’ampleur; une vieille mansarde y ressemble à la plume qu’ar-

(1) Notice écrite en 1859.

RUE DES DEUX-PONTS

boraient les feutres au temps de la Fronde, et cet équipage, des plus minces pour une maison de raffiné, n’est rehaussé que par une grande porte, qui ressemble à l’arche d’un pont ou d’un aqueduc. La vigne vierge se fait jour entre les fentes des pavés de la cour, pour plaquer l’ornement trompeur de ses feuilles sur la muraille ; un escalier assez spacieux fait monter et courir l’une après l’autre les quilles en chêne de sa balustrade, à l’un des angles de cet espace découvert. Les boulingrins et les charmilles d’un petit jardin, avec un pavillon au bout, s’aperçoivent à la fois, comme à travers des lorgnettes toutes braquées, derrière les deux rangées de croisées du corps-de-logis intermédiaire. La famille de Clermont-Tonnerre résida pendant quelque temps dans cet hôtel au xvne siècle, et elle possédait également un certain nombre de maisons voisines, qui à leur ancienne réunion, entre les mains d’un seul propriétaire, doivent des servitudes réciproques : fourré de broussailles dont les épines sont ordinairement des procès ! Charles-Henri, comte de Clermont et de Tonnerre, baron de Cruzy, seigneur d’Ancyle-Franc, avait épousé le 27 mars 1597 la fille du marquis de Sourdis, dont il eut treize enfans ; il fut chevalier des ordres du roi, son lieutenant en Bourgogne, bailli d’Auxerre et cessa de vivre en l’année 1640.

Le 13 et le 15 n’ont fait qu’un, comme plus loin le 23 et le 25. Au 13 : porte cochère ferrée de gros clous et escalier à balustres de bois. Le 28 date aussi de l’ouverture de la rue : j’en atteste la double aigrette de ses mansardes. Ou au 32, ou au 38, logea Lagrange-Ghancel, auteur des Philippiques , qui s’attaquèrent au régent : ce poète, qui maniait le fouet de la satire, était alors, rue des Deux-Ponts, locataire d’un huissier à verge.

Rue des Deux-Ermites* (i)

Ouverte au xne siècle, on la trouve citée successivement sous des noms différents : rue de la Confrérie- Notre-Dame, en *1300; rue des Deux-Serviteursr en 1640; rue des Deux-Ermites, après cela. Or la grande conférence de Notre-Dame fut une pieuse association, dont les bourgeois de Paris formaient le principal élément, et à laquelle appartenait le fief de la Grande-Confrérie-aux-Bourgeois, au faubourg Saint-Michel ; les membres s’en qualifiaient serviteurs et serfs de la Vierge. Pourquoi ne pas croire que deux de ces serviteurs avaient vécu comme des ermites, bien qu’au milieu de la Cité, soit dans la susdite petite rue, soit dans une rue où elle débouchait, et que le premier siège de la confrérie de Notre-Dame s’y était trouvé avant eux? Sur les places, dans les rues passantes, ne trouvait-on pas, sous Louis XI, tantôt un reclus, tantôt une recluse, qui avait fait murer sa porte, pour s’encager derrière une grille?

Raccourcie de nos jours par le percement de la rue Constantine, celle des Deux-Ermites a gardé deux réduits du moyèn-âge, sur les trois ou quatre maisons qui la maintiennent au rang de rue.

Le rez-de-chaussée de son n° 1, opère un léger retrait, sous un premier étage qui surplombe. Cela rendait autrefois moins fâcheuse la manutention des vases pleins, qui des fenêtres à coulisses de l’endroit étaient vidés près du passant, lequel en était quitte

(1) Notice écrite en 1859. On a postérieurement fait disparaître de’ la Cité ce qui restait de la rue des Deux- Ermites.

RUE DES DEUX-ERMITES

pour des éclaboussures à la condition de serrer le mur. En face, la rue entaille d’un petit carré son vénérable n° 2, qu’illustre encore dans sa niche une image de Notre-Dame, et devant laquelle un vide respectueux fait rentrer l’angle qui lui est commun avec la rue perpendiculaire des Marmousets.

Dans le bas de la boutique d’un marchand de bric-à-brac, étalant aux pieds de la madone, est réellement scellée à l’extérieur une pierre abrupte ; mais il est devenu difficile d’y reconnaître, dans un relief qui paraît tailladé, un chien, qu’on y avait sculpté à la place d’un chien de faïence, mis en pièces la nuit par une main inconnue. Cet emblème de l’instinct et de la fidélité rappelait un crime, expié devant les hommes depuis le régne de Henri II, mais dont la purification s’est poursuivie plus lohgtemps devant Dieu, sous les auspices de Notre-Dame.

Un barbier, dont la main passait du rasoir à la lancette pour le service de ses pratiques, tenait jadis boutique n° 2. On remarqua, un jour, un étranger y entrant et se faisant raser; mais, nul ne l’ayant vu sortir, on se trouva dans l’impossibilité d’indiquer à un ami, qui l’attendait près de là et qui avait fini par perdre patience, le chemin qu’avait pris l’étranger pour s’en aller. Comme ce dernier ne rentra à l’hôtellerie ni le même jour, ni le lendemain,, sa disparition fut annoncée par lettre à ses héritiers, qui n’hésitèrent pas à le tenir pour mort. Mais l’ami, qui doutait encore, voulut en avoir le cœur net. Il entreprit de fouiller tout Paris, accompagné par le chien du défunt, qui, en passant dans cette rue étroite, sauta d’un bond chez lé barbier, l’iæil en feu, les flancs haletants. La persistance avec laquelle l’animal grattait le plancher y fit dé.couvrir une trappe, et sous la trappe une double cave», qui existe encore de nos jours,, où fut retrouvé, en petits morceaux, le corps du. mai-:

RUE DES DEUX-ERMITES

heureux, dontle chien lui-même était le plus en peine. Non content de pratiquer la chirurgie, le ipaudit barbier s’était fait assassin ; il avait passé un marché avec un pâtissier du voisinage, dont les pâtés en grande réputation contenaient un hachis de chair humaine. On roua vifs les deux scélérats.

Cette histoire à faire peur, mesdames et messieurs, n’est qu’une tradition^ dont la véracité peut se contester; mais de père en fils, dans la Cité, beaucoup de gens y croient, depuis deux siècles.

Une maison, faisant le coin de la rue des Marmousets dans celle des Deux-Ermites, appartenait au comte de Brisset vers la fin du règne de Louis XY, et l’adjacente à la marquise de Séreste.

Rue Saint-Honoré. (1)

Enseignes. — Coin de la Rue des Prouvâmes. — Molière. — Le Bonnetier de V Opéra. — Mm<t de Rhodes. — Hôtel de Verthamont. — Café Militaire. — Le Lycée. — Un Traiteur du XVII* Siècle. — Gomboust. — Une Modiste. — Les Jacobins.— Les Clubs. — Deux Sériesde Propriétaires.

— M®1 * * * * * * * * 10 Geoffrin. — Antoine. — Robespierre. — La Conception. — Laharpe. — Hôtels divers. — L'Assomption. — Les Capucins. — Les Feuillants.

— Frère Cosme. — Marmôntel. — Lafayette. — Le Maréchal de Noailles. — M. de la Chaussée.

— Le Président Hénault. — MmQ de la Sablière.

— L'Echelle . — Rue Samt-Nicaise. — Les Ecuries du Roi. — Café du Bosquet. — Café de la Régence. — L'Oratoire. — Verniquet.

— Hôtel des Américains. — Cour d'Aligre. — Le premier Restaurant. — Cadet de Rosne. — Henri IV. — Le Plat-d' Etain. — Porte Saint- Honoré .

La rue Saint-Honoré, depuis qu’elle porte ce nom, a toujours commencé à droite plus haut qu’à gauche, où c’était par la place aux Chats.

(1) Notice écrite en 1861. La rue des Halles et celle

du Pont-Neuf n’étaient pas encore formées: celle des

Déchargeurs se contentait encore d’une envergure de

vaisseau marchand. La rue Saint-Honoré dcjit à toutes

les trois de ne plus commencer que par son n° 33 et

par une grande maison, qui remplace depuis peu son

n° 38 et plus encore, à l’angle de la rue du Pont-Neuf. L’élargissement de la rue des Poulies, présentement

du Louvre, et de la rue du Coq-Saint-Honoré, présentement Marengo, ainsi que l’ouverture de la place du

Théâtre-Français, ont coûté presque autant d’immeubles

à la voie que concerne cette monographie.

RUE SAINT-HONORÉ

Après d’autres maisons séculaires, où le commerce parlait aux yeux sa langue par des enseignes, telles que la Règle-d’Or, revient un magnifique balcon, au coin de la rue des Prouvaires. Nous en espérions découvrir l’origine aristocratique; mais nous savons seulement que la maison appartenait déjà sous Louis XIV à un marchand, qui se nommait Bouclier, à l’enseigne du Lion-d’ Argent, et que le second règne à la suite y rencontrait le sieur Cavillier.

Du vivant de Boucher, la rue du Four-Saint- Honoré (i) séparait la Couronne, propriété de Cressé, d’un Saint-Louis, qui se trouvait à la disposition de Capitaine, un auditeur en la chambre des comptes. Un café, qui n’a pas encore quitté le deuxième angle, se mit, au xvine siècle, sous l’invocation du Prophète-Elie, les termes de loyer s’y payant à Gihua. Les autres établissements du même genre qu’on comptait dans la rue Saint- Honoré à l’époque où Voltaire, le plus illustre des buveurs de café, flottait entre l’âge mûr et la vieillesse, étaient les cafés du Commerce, des Finances, des Menus-Plaisirs et Militaire.

Un des anciens logis de Molière, qui était né et qui mourut si près de cette rue Saint-Honoré qu’elle ne pouvait manquer de lui être chère, y donne presque en face la rue de l’Arbre-Sec. On lit sur la façade : Hôtel de Biarritz et n° 86.

Les trois maisons qui précèdent la rue des Vieilles- Étuves (2) étaient, avant la fin du xvne siècle, la première à Leroy, banquier en cour de Rome, avec une image de Saint-Martin; la seconde à Pillon, avec une Coupe-d’Or, et la troisième à l’Hôtel-Dieu, avec un Chapeau-Royal. Successeurs

(1) Lisez rue Vauvilliers.

(2) Aujourd’hui Sauvai.

RUE SAINT-HONORÉ

sous Louis XVI : Mme de Plancy, Mégon et les pères de l’Oratoire. De loutre côté de ladite rue, le bonnetier de l’Opéra double l’utile de l’agréable, dans un immeuble qu’on nommait les Armes-de- France avant que les indications numérales prévalussent sur des désignations plus significatives.

Entre la rue des Vieilles-Étuves et la rue d’Orléans-Saint-Honoré^ presque rien n’est moderne. Un hôtel de Brissac y a probablement laissé plus d’un corps-de-logis debout, car ses dépendances s’étendaient jusqu’à la rue des Deux-Écus. Là demeurait Mme de Rhodes ; elle avait pour mari un grand-maître des cérémonies. Le cardinal de Rètz, en allant faire sa cour à la duchesse de Chevreuse, rencontra chez cette dame, un soir, Mme de Rhodes, qu’il eut la courtoisie de ramener à l’hôtel de Brissac dans son carrosse. Bien en prit au coadjuteur: il échappait, par ce détour fortuit, aux assassins qui épiaient son passage, sur l’itinéraire direct qu’il aurait suivi s’il n’avait eu personne à reconduire. Le n° 108, bien qu’il, s’appelât hôtel de l’Ecouvette, avait sans doute fait corps avec l’hôtel de Brissac; Mme Dumesnil en fut propriétaire, puis un Mansard, soixante années plus tard, bien qu’avant la Révolution.

Du côté opposé à celui-là, dans la rue d’Orléans, débouchait la porte principale d’un grand logis, étrenné sous Henri II par le contrôleur des finances Roquencourt, ensuite hôtel de Bouillon, puis de la Marck, de Puysieux, de Harlay, de Verthamont et d’Aligre. La duchesse de Valentinois l’avait donné à sa fille, femme du maréchal de Bouillon (Robert de la Marck), mort en état de captivité dans les Flandres l’année 1556. M. de Verthamont, au commencement du xvme siècle, possédait, rue Saint-Honoré, deux petites maisons, séparées l’une de l’autre par une autre entrée de son hôtel, qui maintenant est celle des Message-

RUE SAINT-HONORÉ

ries du chemin de fer d’Orléans. Le président d’Aligre n’avait lui-même que la rue de Grenelle (i) >pour limite de son domaine, dont il se retrouve des morceaux dans quatre rues, sans compter la cour d’Aligre proprement dite, qui fait face aux Messageries, et à laquelle le présent recueil a déjà consacré une notice particulière.

Le Paris de Philippe-Auguste avait laissé dans le jardin de cet hôtel un pan de son mur, d’une solidité cyclopéenne, que bordaient intérieurement quatre toises de chemin de ronde. Un autre reste de la même enceinte se retrouvait chez Lepreux, dans notre rue, vis-à-vis l’Oratoire.

Mœe veuve Gigot, contemporaine de M. de Verthamont, avait son Grand-Turc au 158. Le chapitre Saint-Honoré, dont le fief portait sur quatre rues, était propriétaire de tout ce qui longeait le cloître du même nom, à partir du Coin-d’or, où commençait la rue Groix-des-Petits- Champs, jusqu’à la rue des Bons-Enfants. Donc Godeau, qui tenait le café Militaire, était locataire des pacifiques chanoines, malgré la martiale devise de son établissement :

Hic virtus bellica gaudet.

Avant la rue de Valois, qui succéda en quelque chose, sous le règne de Louis XV, au cul-de-sac de l’Opéra, nous retrouvons, mais changé en café, le Lycée, où Laharpe, Marmontel, Condorcet, Monge, Garat, Fourcroy, de Parcieux, Sue, Delacroix, Robert et Pelizer firent des cours. Cette institution, qu’on appela aussi le Premier-Musée-Français et le Musée-de-Paris, ne fut pas transférée à la place de l’ancien Opéra du vivant de Pilastre du Rosier,

(1) La rue de Grenelle-Saint-Honoré fait actuellement partie de la rue Jean-Jacques-R,ousseau.

RUE SAINT-HONORÉ

qui en était le fondateur : ce savant avait trouvé la mort pendant l’année 1785, en voulant traverser la Manche dans une montgolfière, et sa chute avait entraîné celle du Musée, relevé bientôt comme Lycée sous la direction de Bontemps. Les abonnés de ce cercle d’élite, qui était à la fois une académie, un salon et un cabinet de lecture, payaient 4 louis annuellement ; Monsieur, comte de Provence, et le comte d’Artois le patronnaient.

Entre la rue de la Fontaine-Molière, qui se disait alors Traversine, et la rue des Frondeurs, se succédaient, il y a deux cents ans, Mme Dupuis, à la Clef-d’Or, Jouan, aux Bâtons-Royaux, et la veuve Baudouin. Chez Jouan, qui était traiteur, il se donnait des repas de corps, comme Pestel en sert encore au même endroit, et l’enseigne des Bâtons- Royaux fut sans doute brisée, comme un sceptre, par les gourmands de la Révolution. Un hôtel de Normandie, qui se voit dans ces parages, nous en rappelle un de Picardie, qui rivalisait avec le cabaret de Jouan, en traitant les gens à raison de 15, 20 et 30 sols par repas.

Salliot, sellier de Louis XIV, entrait chez lui par une porte cochère, une douzaine de maisons plus haut que les Bâtons-Royaux. Si l’on en comptait huit encore, on abordait à l’hôtel de Hollande, et si deux de plus, à l’habitation de M. de Saint-Mesme. Gomboust, auteur du plan de Paris de l’an 1652, dernièrement réédité par la société des Bibliophiles-Français, logeait à l’hôtel du Saint-Esprit, et ce n’était sans doute pas en garni. Ledit hôtel se tenait à égale distance, ou peu s’en faut, de la rue des Frondeurs et de l’église Saint-Roch. Or une grande façade y domine, qui a été confisquée, au nom du peuple souverain, sur les minimes de la place Royale, et la petite qui précède l’a été sur la fabrique de Saint- Eustache.

RUE SAINT-HONORÉ

D’où donc se décochèrent, non loin de là, les Traits-Gaiants de Mme Buffault? Les flèches de son carquois, sans être celles de l’Amour, visaient au cœur et ne faisaient souvent que le piquer au jeu. Le magasin de Mme Buffault était un arsenal pour l’art de plaire, à l’usage de son sexe; mais une jeune apprentie de cette modiste ne suivit pas que ses leçons et son exemple pour devenir la comtesse Dubarry. Mme Buffault était dans les affaires au même temps que M. Liégeois, le plumassier, et M. Tesnière, le mercier, tous deux établis même rue, l’un à la 4 Croix-de-Lorraine, l’autre au Louis-d’Or.

Les jacobins de la rue Saint-Honoré entraient dans leur couvent par la rue Saint-Hyacinthe, que fermait leur église en la réduisant à la condition de cul-de-sac, et par la rue de la Corderie. Il y avait, en outre, un passage des Jacobins, dont l’emplacement fait partie de la rue du Marché- Saint-Honoré, et ces religieux étaient en possession de quelques maisons sur notre .rue, auprès dudit passage. Leur domaine se carrait, sans remplir tout l’espace, entre la rue Saint-Honoré et celle Neuve-des-Petits-Champs, entre la rue de la Sourdière et la place Vendôme. Ils étaient, dans les derniers temps, 60 prêtres et 20 novices. Chacun de ceux-ci payait 200 livres de pension annuelle et 200 livres pour l’habillement. Aussitôt que le. monastère fut supprimé, la société des Amis-dela-Constitution, qui avait été le club Breton, fondé l’un des premiers de la Révolution, s’assembla dans la ci-devant bibliothèque des religieux. Cette salle fut bientôt trop petite pour la véhémente réunion, dont l’influence était déjà si vive sur 1’assemblée Nationale en 1789, et dont Barnave, Lameth, Lanjuinais et Sieyès étaient membres. La société s’érigea donc en club des Jacobins, dans l’ancienne église du couvent, où Mignard avait reçu

RUE SAINT-HONORÉ

la sépulture: les gradins d?un nouveau genre de cirque s’y étageaient dans la nef; président et secrétaire avaient au centre leur bureau*. Dans 3a salle de correspondance de ce formidable club, dont Robespierre fut surtout l’âme damnée, se forma le directoire secret qui régla, quinze jours à l’avance, l’ordre et la marche de Tmsurrectiôn spontanée du 10 août 1792. La journée du 9 thermidor entraîna, à son tour, la déchéance de l’autorité occulte qu’exerçaient depuis quatre ans les jacobins, dont le club ne fut pourtant fermé par le député Legendre qu’une centaine de jours après : le 21 frimaire an ni. Enfin le marché des Jacobins remplaça, en 1810, des bâtiments et les jardins de l’ancien couvent.

Quelque vaste qu’il eût été, les jacobins du bonnet rouge, s’y sentant encore à l’étroit, avaient empiété sur les hôtels voisins et casé un comité militaire, composé de huit des leurs, dans la cidevant résidence de Savalette de Lange, garde du Trésor-Royal.

Aussi bien toutes les belles constructions qui se suivent, depuis ladite rue du Marché jusqu’à la rue Duphot, datent de l’ancien régime. Dressonsen donc au complet le bilan, à deux époques différentes, sans changer l’ordre des immeubles.

1700: — Le maréchal Arme-Jules de Noailles, frère de l’archevêque de Paris. — D’Ortemont. Le Roy. — Preuilly. — De ia Baume. — De Lizière. — Rousseau. — Gabriel, architecte. — Idem — Place encore à bâtir. — Idem. — Idem. — Idem. — Maison bâtie à X, au coin de la place Louis-le-Grand. — Idem , pour l’autre coin. — Place à bâtir. — Lalande, tailleur d'habits de Louis XIV, demeurant rue Saint-Antoine. — X. — Place à bâtir. — Les prévôt et échevins, au nom de la Ville, maison à porte cochère, où se trouve alors adossée la fohtaine quon a depuis transportée de l’autre côté de la rue. — Le Cher de Luxembourg. — Idem. — Idem. — Mme de

RUE SAINT-HONORÉ

(Luxembourg, douairière. — Le duc de Luxembourg, -grand hôtel dont le jardin se prolonge jusqu’au 'boulevard.

1780: — Le O de Brienne. — Miller. — Massé. — Miller. — Lepot d’Auteuil. — De la Guillaumie. — Régnier. — De la Courtière. — Creuzé, probablement le père de Creuzé de Lessert, que ni ses romans, ni ses opéras-comiques n’ont empêché d*être préfet sous l’Empiie et la Restauration. — Savalette. — Idem. — Robert. — Grandhomme. — Cte de Durfort. — M1,e Dumesnil, la tragédienne. • — Leclerc. — De 1’ pinay, introducteur des ambassadeurs, qui a été l’hôte de Jean-Jacques Rousseau, à Montmorency. — D’Arlincourt, fermier-général, père ou oncle du romancier de ce nom. — Les héritiers de Mm° Geoffrin, c’est-à-dire la famille d’Estampes, par suite du mariage du maréchal de la Ferté-Imbault avec la fille de cette femme célèbre, qui avait reçu chez elle, au même endroit, tant de grands seigneurs et tant de beaux-esprits, notamment le prince de Conti, Vien, Carie Yanloo, d’Alembert, Fontenelle, Helvétius, Morellet, Buffon, Marmontel, Thomas, Raynal, Mlle de Lespinasse. — Buffault, chef de l’administration de l’enregistrement. mari de Mme Buffault, déjà nommée, et protégé de Mme Dubarry. — Idem.

La plupart des propriétaires dont nous venons de faire l’appel habitaient eux-mêmes leurs hôtels. Néanmoins, vers la fin du règne de Louis XVI, en vertu de nouveaux baux ou de nouvelles mutations dans la propriété, M. de Laporte, intendant de Lorraine, parlait en maître dans l’une des maisons Savalette ; M. Papillon, prévôt-général de la maréchaussée de l’Ile-de-France, et M. de Malide, en deux hôtels venant plus loin, et M. de Béthune chez M. d’Arlincourt.

Vous pensez bien qu’à peu d’années de là, le personnel de ces riches demeures se renouvela sur une plus grande échelle. Plusieurs conventionnels, tout en ne s’y logeant qu’en garni, se met-

RUE SAINT-HONORÉ

taient dans les meubles d’un fermier-général, du prince de Béthune ou du marquis d’Estampes. Un de leurs présidents, le citoyen Barrère de Yieuzac, campa aussi, mais en ayant plus l’air de s’installer, chez M. de Bourgade : dernière propriété avant la place Vendôme.

Chez Antoine, ancien constituant, qui demeurait presque en face l’Assomption, eut lieu l’une des séances mystérieuses de la commission dont nous vous parlions tout-à-l’heure, et qui prépara ta journée du 10 août : au nombre des organisateurs délégués à cet effet figuraient Camille Demoulins, Pétion, Santerre, Lazowski,Fourniër l’Américain et Simon de Strasbourg. Nouvellement affilié à leur club, Robespierre occupait un appartement au second étage, dans la maison assez modeste que déjà habitait Antoine. C’est nô 396 ; mais les dispositions intérieures de l’immeuble ont été changées depuis le temps. Le propriétaire en était le citoyen Duplay, fort assidu au club des Jacobins et ancien menuisier en titre des bâtiments du roi. Eléonore, sa fille aînée, inspira au tribun un amour respectueux; la cadette épousa Lebas, conventionnel.

La rue Duphot et la rue Richepance firent en 1807 leur apparition, sur l’ancien territoire des dames de la Conception, religieuses du tiers-ordre, dont la communauté s’était formée en 1633, mais que la Fronde avait dispersées et appauvries jusqu’à la création d’une loterie dont Louis XIV leur avait attribué le quinzième. Tout n’est certainement pas tombé des six maisons que possédaient ces religieuses, sans compter leur église, leur cloître. Elles prenaient des pensionnaires à raison de 5 à 600 livres, augmentées de 3 à 600 pour le logement.

Lorsque Laharpe, le Quintilien français, habitait la rue Saint-Honoré, il n’avait qu’à se mettre à

RUE SAINT-HONORE

sa fenêtre pour voir tout ce qui se passait dans la rue Saint-Florentin. Il se montrait alors chaud partisan des doctrines de la Révolution, ce qui ne messéiait pas à un élève des philosophes.; mais il eut beau donner ainsi des leçons de patriotisme, il finit par en recevoir de maîtres encore plus avancés, sous la forme de l’emprisonnement et puis de la proscription. Il n’en fallait pas moins pour décider de la conversion de Laharpe, qui brûla ses idoles de philosophe et de révolutionnaire, pour ne plus écrire que dans le sens de la religion.

Ce littérateur eut pour voisin Aremberg, comte de la Mark, député aux Etats-Généraux , qui réconcilia Mirabeau avec la cour et reçut son dernier soupir. Les hôtels d’Aremberg et de Marsan se se distinguaient sur la même ligne vers l’extrémité de notre rue. M. de la Yaupalière avait habité l’un des deux, mais après que les deux marquis de Plancy et d’Hautefeuille s’y fussent trouvés, littéralement ou pour ainsi dire, porte à porte.

A l’autre angle de la rue Royale et de la rue Saint-Honoré, un café tient depuis longtemps la place de l’établissement de Poupardin, marchand de vins, qui avait fait construire sa maison et y avait pour locataire le comte de Guiche vers la fin du règne de Leuis XY. Avant que cette maison fût bâtie, il y en avait une autre à Meusnier, boulanger ordinaire du roi, contiguë à la propriété de David Rorderelle, sculpteur du roi. Celle-ci touchait d’autre part à l’hôtel de François Guyet, marquis de la Sourdière, qui avait été écuyer de la Dauphine sous Louis XIV, et qui tenait au comte de Clermont-d’Amboise, comme lé comte de Clermont à l’abbé de Villemareuil. Le plan de La Grive, qui a paru en 1728, souligne la maison du marquis d’un autre nom : De Thil. Toujours est-il que deux de ces hôtels abritaient, au commence-

RUE SAINT-HQNORÉ.

ment de la Révolution, M. de la Madelaine, intendant du comte d’Artois, et la famille de Bongars.

Entre la rue Saint-Florentin et d’anciennes dépendances du couvent de l’Assomption se reconnaît une propriété qu’a occupée d’Invau, le ministre d’Etat, qui n’y succédait pas directement à Gestard, seigneur des Préaux. Dans le même quartier d’une ville que formerait, à elle seule, la rue Saint-Honoré, si elle se pelotonnait, on retrouverait l’un des appartements qu’a occupés un écrivain qui n’a pas à se plaindre de la postérité, bien que ses contemporains l’aient encore mieux traité. Dire que son principal mérite consiste à mettre les matières scientifiques à la portée de tous les lecteurs, n’est-ce-pas désigner Fontenelle ?

Aux filles de l’Assomption, dont les pensionnaires ne payaient que 500 livres tout compris, appartenait, sans solution de continuité, tout ce qui séparait le susdit Gestard des capucins de la rue Saint-Honoré. Ges religieuses, établies sous Louis XIII, étaient les nouvelles haudriettes. Leurs sœurs aînées tinrent un hôpital, dont le vocabulaire des rues de Paris rappelle que remplacement fut rue des Yieilles-Haudriettes. La supérieure de la communauté, en 1728, était Mme Marie de Richebourg, qui s’appelait de Sainte- Agathe en religion ; sœur Emilie Rolland (de Saint- Chrysostôme) y remplissait les fonctions d’écornome, et sœur Marie de Sorel (de Saintr Jean- Baptiste),. celles de secrétaire.

Est-ce quelques années- avant la suppression des ordres monastiques et des communautés religieuses que, dans la salle actuelle du bal Valentino, s’ouvrit une école royale d’équitation ? Alors voyons-y une annexe du royal manège des Tuileries, où les Assemblées constituante, législative et conventionnelle^ réunirent les éléments

RUE SAINÏ-HONORÉ.

d’un droit nouveau, rationnel, mais athée, et d’application impossible tant qu’il y aura une armée. L’armée que composaient les moines était, à # coup sur, moins brillante, moins utile et moins nationale ; mais on l’eut à peine licenciée que l’effectif de l’autre s’augmenta d’un nombre égal d’hommes enlevés et au travail et à la vie de famille. Nous croyons, quant à nous, que l’école d’équitation s’est établie dans les murs mêmes des capucins, et par conséquent après eux. Déjà plusieurs d’entre eux avaient pu imiter l’exemple de Joyeuse, qui jeta le froc aux orties pour remettre son épée au service de Henri IV ; mais il leur eût été plus difficile de reprendre le capuchon, après avoir gagné le bâton de maréchal, comme le même Joyeuse* redevenant père Ange.

Dès l’année 1576, les capucins de Picpus avaient été placés par Catherine de Médicis dans ce quartier, alors faubourg. Révérends pères Louis-Marie d’Abbeville, prieur définiteur et gardien, èt Agnen de Paris, vicaire du couvent, tant en leurs noms que comme commis et députés par les RR. PP. provincial et définiteurs des frères-mineurs des capucins de Paris, passaient déclaration au Terrier du roi, le 12 février 1702, pour la «totalité de leur maison, bien1 qu’ils y fussent exempts du droit de cens. Ils y logeaient au nombre de 130 ; leur réfectoire était encore moins- vaste que leur bibliothèque, forte de 25,000 volumes ; ils avaient, derrière leur église et leur cloître, un jardin et une porte de sortie sur la terrasse du jardin des Tuileries. L’ënneiïû veillait, par exemple, à l’autre porte de cette capucinière1, quand les brillants salons de Mme Geoffrin réunissaient en face les philosophes de X Encyclopédie y dont elle subventionnait la publication l

La terrasse, elle est encore; dite des Feuillants,

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parce que l’enclos des Feuillants y communiquait également, étant contigu d’un côté à l’enclos des Capucins et de l’autre à la cour du Manège. L’éloquent prédicateur Jean de la Barrière, abbé de Feuillant près Toulouse, réforma ses religieux, de l’ordre de Cîteaux, à la tête desquels il vint s’établir à Paris, sur un appel de Henri III. Le successeur de ce roi augmenta les prérogatives desdits religieux, les rendit bénéficiaires de dons faits à l’occasion du jubilé de l’année 1601 et posa la . première pierre de la reconstruction des bâtiments qu’ils occupaient déjà. Leur crédit précoce à la cour n’avait pas empêché L’Estoile de trouver ces nouveaux moines aussi inutiles que les autres ; ils s’en consolèrent en devenant l’objet d’une prédilection honorifique à la cour de Rome. Lorsque les nonces arrivaient à Paris; ils descendaient d’abord chez les feuillants, où un appartement leur était réservé pour attendre qu’ils en eussent un autre. Le portail des Feuillants, en regard de la place Louis-le-Grand, alias Vendôme, ne fut achevé qu’en 1676 : un fronton y portait sur quatre colonnes corinthiennes, elle bas-relief dont il était décoré représentait Henri III, recevant les fondateurs du couvent. Y avait-il beaucoup d’églises plus ornées que la leur ? Quatorze chapelles en faisaient le tour ; dans l’une reposait, sous le marbre d’un mausolée, transféré depuis à Saint-Roch, le maréchal de Marillac, dont le cardinal de Richelieu avait fait tomber la tête en Grève le 10 mai 1631 ; une autre chapelle montrait un Saint-Michel, chef-d’œuvre de Simon Youet. Dans le cloître, la peinture s’était inspirée des traits édifiants de la vie de Jean de la Barrière.

Les feuillants, au xvme siècle, n’avaient plus, à proprement parler, que leur noviciat rue Saint-Honoré ; il , s’y trouvait pourtant 40 de ces religieux de

RUE SAINT-HONORÉ

l’étroite observance de Saint-Bernard, alors que l'Encyclopédie se ravitaillait de l’autre côté de la rue. On y entrait en religion sans dot ; mais la pension des novices était ordinairement de 300 livres. Le couvent se trouvait rue d’Enfer.

Quoique de royale fondation, les feuillants voisins des Tuileries payaient 10 sols et 12 deniers parisis au roi, tous les ans, à la Saint-Rémy, pour sept maisons, qui en avaient d’abord fait neuf; nous en sommes avisé par une reconnaissance, à la date du 8 juin 1701, et qu’a signée le révérend père dom Charles de Saint-Augustin, prêtre, religieux et syndic du monastère royal de Saint- Bernard, ordre de Cîteaux, congrégation des Feuillants, tant en son nom que comme fondé de pouvoir des RR. PP. prieur et religieux. C’est vingt-sept ans plus tard qu’un fils et petit-fils de chirurgien, privé d’un protecteur intelligent par la mort de l’évéque de Bayeux, entrait comme novice chez les feuillants, bien qu’il se fût préparé tout d’abord à suivre la carrière de son père et de son aïeul. Ce disciple de saint Cosme ayant prjs en religion le nom du patron de son art, frère Cosme fit profession en 1740. Seulement il n’en continua que mieux à se livrer à l’exercice de sa profession antérieure ; il devint une célébrité, comme oculiste et surtout comme lithotomiste. Décidément les moines avaient du bon! Celui dont nous parlons gagna de l’argent, à force d’être appelé au chevet des pierreux opulents; les pauvres en avaient une bonne part. Il établit sur un excellent pied l’apothicairerie de son couvent, dont elle devint la merveille, quoique l’ornementation du réfectoire fût remarquable, et il y avait de quoi faire honte à tous les hôpitaux du temps. Frère Cosme vécut jusqu’en 1781.

Marmontel n’avait pas encore son domicile dans un passage qui s’était ouvert, sous la Régence,

RUE SAINT-HONORÉ

à travers le jardin des Feuillants pour que Louis XV enfant vînt plus facilement entendre la messe dans l’église de ce monastère. Pourtant l’historiographe de France, secrétaire-perpétuel de l’Académie-Française, coudoya des feuillants pendant plusieurs années dans ce passage et ne, vida les lieux qu’après eux. On ne le revit à Paris que quand la, carmagnole ne fut plus à la mode, rue Honoré, et il eut vers la fin de sa vie un siège au conseil des Anciens.

Lorsque deux camps se formèrent dans la société des Amis-de-la-Gonstitution, les révolutionnaires quand même la convertirent en club des Jacobins et les républicains plus modérés s’en séparèrent, pour fonder le club des Feuillants. Ce dernier, comme Lafayette en était l’âme, eut un instant assez d’influence pour que tout le parti constitutionnel en fût qualifié le parti Feuillant; mais on ne tarda pas à le taxer de royalisme, et il ne se tint guère plus d’une année. Louis XVI et sa famille furent amenés aux Feuillants le soir du 10 août 1792, et ils en sortirent le surlendemain, pour être internés au Temple.

D’aucuns ne disent-ils pas que ce couvent a été entièrement rasé au profit des rues de Castiglione et de Rivoli, percées en 1804? Voyons si l’exécution n’a réellement laissé debout rien qui vaille. L’acte de décès est en règle pour la colonnade, pour le jardin, pour le passage, etc., voire même pour une maison qui attenait au portail, et dont le loyer était payé, avant 89, par Monclouxpère et fils aux feuillants. Par exemple, je n’hésite pas à délivrer un certificat de vie aux bâtimens qu’occupaient les religieux à la même époqüe, c’est-à-dire aux nos 229, 231, 233 et 235, dont le dernier donne le bras à un immeuble de la rue Castiglione, Le millésime 1792 y figure sur la porte d’un layetier-emballeur, dont un prédé-

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cesseur a pu coopérer au déménagement du club de Lafayette.

Pierre-Vincent Bertin, trésorier-général des parties-casuelles, avait acquis un hôtel à deux corps, édifié sur les dessins de Lassurance pour Pufîbrt, conseiller d’État, oncle du célèbre Colbert ; il mourut en 1711. Ses héritiers vendirent au maréchal de Noailles, propriétaire d’abord de l’autre côté de la rue, qui cessa de vivre en- 1766. Les Noailles conservèrent l’habitation principale et une galerie de tableaux, dont elle était ornée, jusqu’au moment de la Révolution. Lebrun, duc de Plaisance, s’y fixa vers la fin de l’Empire. Puis Périer frères et Chéronnet morcelèrent l’immeuble, en ouvrant, sur partie de son emplacement, la rue d’Alger, année 1830. Le 223, occupé sous Louis XVI par M. Doazan, avait eu qualité de petit hôtel de Noailles. Lequel des deux immeubles fut aussi le logis du fermier-général Nivelle de la Chaussée ? Ce financier eut pour neveu l’auteur dramatique Lachaussée, dont Voltaire dit : « C’est un des premiers après ceux qui ont du génie. » La même famille Lachaussée s’est alliée, dans son meilleur temps, à celle du chroniqueur dont ton indulgence, ô lecteur, fait le succès.

Un cabinet de peinture rivalisait avec celui du duc de Noailles ; M . de Saint-Nom en avait réuni les éléments dans une maison où demeura ensuite le docteur Guillotin : c’est le 217.

D’Àrmenonville, directeur-général des finances, inaugura le 213, tout au commencement du xvme siècle. Le président Hénault, membre de l’Académie- Française et de celle des Inscriptions, y rendit l’âme à un âge avancé. Après quoi M. de Boulogne, père du chevalier de Saint-Georges, y établit son cabinet de médailles et son bureau pour la liquidation de l’ancienne compagnie des Indes, qui l’avait eu pour intendant. Ce fut ensuite l’hôtel

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de M. de Jonzac. L’abbé Alary finit par y ouvrir et présider, à l’entresol, le club de l’Entresol.

Un peu plus bas, Bernin, marquis d’Ussé, conseiller du roi en ses conseils et contrôleur de ses finances, n’avait pas moins de six propriétés, mais il n’en habitait qu’une seule. Sa dernière maison lui donnait mitoyenneté avec Guillaume de Faverolles, capitaine de dragons au régiment de- Breteuil, lequel nous fait l’effet d’avoir suivi de près, au *205, Mme de la Sablière.

Vous rappelez-vous que Lafontaine n’a pas vécu moins de vingt ans chez Mme de la Sablière ? Il y était d’autant plus à son aise que M. de la Sablière et sa femme se donnaient réciproquement la même somme de liberté. Un magistrat leur disait, il est vrai: — On aime trop dans votre maison, j’v voudrais quelques intervalles. Les bêtes, elles-mêmes, se contentent d’une saison...

— Sans cette différence, mon cher robin, lui répliquait la maîtresse du logis, est-ce qn’il y aurait des bêtes?

Mais, à la mort de son mari, accident compliqué des froideurs de Lafare, Mme de la Sablière se retourna du coté de la religion, en se retirant aux Incurables. Elle contribua, encore plus que Racine, à la conversion du bonhomme, qui céda aux exhortations de Pouget, vicaire de Saint-Roch. Le jour où cette amie précieuse cessa de vivre, Lafontaine rencontra le conseiller d’Hervart, qui avait aussi pour le poète une affection sincère que partageait sa femme, et qui demeurait à l’hôtel d’Epernon, rue Plâtrière (Jean -Jacques-Rousseau).

. — J’allais vous prendre, lui dit le magistrat, pour vous installer près de nous.

— Vous voyez bien que j’y allais, répondit simplement le poète.

Il y finit effectivement ses jours.

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Entre l’hôtel La Sablière et la rue Saint-Vincent, autrement du Dauphin, la- veuve de l’illustre Lenôtre, née Lescot, était propriétaire, du temps de M. de Faverolles. Les grandes écuries du roi condamnaient ladite rue à l’emploi de cul-de-sac alors qu’on ne passait pas aux Tuileries par les cours du Manège, et leurs dépendances bordaient la rue Saint-Honoré, depuis celle du Dauphin jusqu’à l’emplacement de celle des Pyramides.

Au fond du 181, un café du Bosquet prend le frais. Nos pères en ont connu un autre sous cette enseigne bocagère, dans la même rue, mais près la rue du Four (i), où trônait une limonadière, dont la beauté fitcourjr tout Paris et qui ensuite s’exhiba au café des Mille-Colonnes. A l’échelle patibulaire des évêques de Paris au moyen-âge font allusion les inscriptions angulaires de la rue de l’Echelle, un peu plus bas dans l’ordre numérique. En revanche, il ne reste une panse d’a ni de l’ancienne chapelle Saint-Nicaise, ni de sa rue, à la sortie de laquelle fit explosion la machine infernale du 3 nivôse an IX.

Le café de la Régence, que l’élargissement de la place du Palais-Royal a renvoyé non loin de là, n’est plus que l’ombre de lui-même, comme académie de joueurs d’échecs : quelques descendants de Philidor se réunissent encore, pour faire la partie, dans une salle de ce café d’origine plus que séculaire, derrière une galerie où l’on fume, qui intercepte l’air et le jour. Seulement le voisinage de l’Opéra y attira aussi des musiciens et leur cortège d’amateurs, opposant école à école dans leurs discours passionnés. Que de parties d’échecs y furent interrompues par d’ardentes sorties pour ou contre Rameau, Lulli, Piccini, Mondoville,

(1) Aujourd’hui rue Vauvilliers.

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Dauvergne ! Au nombre des habitués de ce tempslà se remarqua Jean-Jacques Rousseau, et il attira même tant de curieux aux portes que le lieutenantde-police finit par y placer une sentinelle. Le café de la Régence dessert, avec plusieurs autres, • les entractes du Théâtre-Français ; mais les spectateurs du théâtre qui avait été celui de Lulli et de Molière, de l’autre côté du Palais-Royal, n’avaient pas de meilleure salle d’attente. A ses tables encore n’étaient pas rares les auteurs et les journalistes quand Alfred de Musset y prenait de l’absinthe et Sainte- Beuve du chocolat. Aujourd’hui, par exemple, l’allemand se parle autant que le français dans cet établissement, qui fut si parisien depuis la Régence jusqu’au second empire, et la bière y coule comme de source.

L’Oratoire, temple protestant depuis 1802, s’édifia sur le plan de Lemercier, pour la congrégation oratorienne, de 1621 à 1630. La petite rue, récemment agrandie, qui doit à cette fondation de s’appeler de l’Oratoire, avait été habitée par le roi des Ribauds, officier chargé de l’exécution des sentences du prévôt de Paris et autorisé à prélever un droit sur les jeux de la cour et la prostitution. Yerniquet, au commencement de la Révolution, débitait luimême son immense plan de Paris en feuilles, à cette adresse: maison d’Angivilliers, rue de l’Oratoire, n° 146. Les prix du concours des écoles centrales se distribuaient en l’an IX et en l’an X dans la ci-devant église de l’Oratoire.

Il y avait plus bas encore, dans notre rue, deux ou trois magasins de comestibles; un seul a survécu, c’est l’hôtel des Américains, dénomination prise en 1765: Leduc est chef de l’établissement, Leduc, dont l’aïeul et le père ont traité à Montmorency, à l’ensejgne du Cheval-Blanc, toutes les générations de Parisiens qui ont fait des parties de plaisir depuis le règne de Louis XY !

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L’hôtel du Grand-Conseil appartenait au président d’Aligre, avant l’hôtel de Verthamont: le grandconseil y tenait alors ses séances. La marquise de Yerderonne et la duchesse de Luynes disposaient, en l’an 1700, des deux maisons séparées l’une de l’autre par la porte de cet hôtel, qui, sous Louis XV, était déjà dit cour d’Aligre et morcelé de façon à recevoir bon nombre de petits locataires. Le sieur Roze y faisait valoir, vers le même temps, la cuisine de son restaurant à la carte, en le qualifiant Maison de Santé : cet établissement était le premier où l’écot ne se payât plus à tant par tête. Chez l’apothicaire Cadet de Rosne, dont la boutique donnait rue Saint-Honoré, et l’officine cour d’Aligre, dépôt était tenu dès 1787 des eaux d’Enghien et de Passy. Quelques années auparavant, l’architecte Gabriel avait son domicile en regard de la rue du Four.

Plus près de la rue Tirechappe (i) que de celle des Bourdonnais, le célébré Lavoisier a possédé deux petites maisons. Deux autres, au coin de la rue des Déchargeurs (2), ont appartenu à Le Fouin, conseiller au parlement, et l’une d’elles nous rappelle encore, par le buste dont elle est ornée, qu’Henri IY fut assassiné à quelques pas de là, rue de la Féronnerie. On lit au-dessus de ce buste :

Henrici Magni récréât prœsentia cives ,

Quos illi œterno fœdere junxit amor.

L’ermitage de Notre-Dame-des-Bois, d’où sortait l’église Sainte-Opportune, avait d’abord laissé son nom à la maison suburbaine de l’Ermitage, et ce|le-ci avait ensuite ceint pour écusson un Plat-

(1) Absorbée par la rue nouvelle du Pont-Neuf.

(2) Qui n’est que raccourcie.

RUE SAINT-HONORÉ

d’Etain. Or l’abbesse de Montmartre Agnès Desjardins, poursuivie par ses créanciers, résidait tout bonnement en l’année 1436 à l’hôtel du Plat-d’Etain, rue Saint-Honoré, quartier des Bourdonnais.

Que si l’enceinte de Philippe-Auguste avait mis la porte de Paris, dans la rue Saint-Honoré, à la hauteur de l’Oratoire, le Paris de Charles V y reculait sa limite jusqu’à l’ancienne rue du Rempart, dont un côté seul est debout (1). La porte Saint-Honoré qui s’élevait rue Royale fut bâtie sous Louis XIII et démolie en 1733.

(1) La petite rue du Rempart-Saint -Honoré n’était pas encore, en 1861, absorbée par la place nouvelle du Théâtre- Français.

Rue du Dauphin. (1)

Les grandes écuries du roi englobaient, rue Saint-Honoré, une demi-douzaine de maisons, sous Louis XIV, et avaient une entrée à-peu-près où se trouve la rue des Pyramides. Elles communiquaient avec le manège royal, dont la cour s’étendait jusqu’à l’emplacement delà rue Castiglione. Une porte du Manège faisait alors de la rue du Daupliin un cul-de-sac, dit de Saint-Vincent, qui devenait une rue lorsque cette porte livrait passage aux gens pour se rendre au jardin des Tuileries ou en revenir.

Après le n° 1 de la rue actuelle et une maison contiguë, qu’on a démolie pour faire plaee à la rue de Rivoli, venait immédiatement le Manège. Les propriétaires des deux maisons étaient, au commencement du xvme siècle, messires Louis et Jacques Bossuet. Or l’illustre évêque de Meaux n’avait pas encore cessé de vivre, et ses prénoms étaient Jacques- Bénigne. Mais un de ses neveux s’appelait tout comme lui et devint évêque de Troyes ; compromis comme janséniste par ses écrits, il donna sa démission en 1742.

Beaulieu, apothicaire du roi, possédait la maison d’en face, après laquelle en venait une au roi, puis une à Prosper Chariot, ordinaire de la musique royale, et encore une au roi, actuellement n° 10.

La rue Saint-Vincent, que prenait le Dauphin pour aller des Tuileries à Saint-Roch, changea

(!) Notice écrite en 1861.

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