‹ Les anciennes maisons de ParisChapitre 19 sur 82 · RUE DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

RUE DU DAUPHIN

de nom en son honneur vers 1744. Ce prince, tout dévot qu’il était, n’avait pas le fanatisme du droit divin qui l'appelait à régner, et les catholiques libéraux doivent d’autant moins se féliciter qu’il n’ait pas assez vécu pour répondre à cet appel. Un jour qu’il se faisait lire, en prenant son bain, la Gazette de Hollande , qui parlait de la condamnation de YÉmiie de Jean-Jacques. — C’est bien fait, dit littéralement le Dauphin ; ce livre attaque la religion, il trouble la société, l’ordre des citoyens, il ne peut servir qu’à rendre l’homme malheureux ; c’est fort bien fait.

— Il y a aussi, ajouta le lecteur, il y a le Contrat Social , qui a paru être très-dangereux.

— Quant à celui-là, c’est diiférent, reprit le prince héréditaire, il n’attaque directement que l’autorité des souverains ; c’est une chose à discuter. Il y aurait beaucoup à dire : c’est susceptible de

controverse.

Sophie Arnould égayait, pour sûr, de sa cour galante la rue du Dauphin, deux années après l’apparition & Emile. Le prince de Conti, qui vieillissait, avait beau mettre de planton son grison au coin de de la rue, cette surveillance indiscrète empêchait-elle M. de Chamboran, le colonel des hussards-chamboran, de s’endetter près de la belle d’une rente, rehaussée par des arrérages? N’avait-elle pas, en outre, quelque chose comme un passion pour le comte de Lauragais ? Ce dernier 1’emporta sur ses rivaux, mais n’en manqua jamais. Il rencontra plus souvent que les autres, che2 la spirituelle actrice, le prince d’Hénin, qu’elle appelait le nain des princes à cause de sa taille exigue, et qui avait la réputation d’être l’homme le plus ennuyeux de France. M. de Lauragais, las d’une telle persistance, assembla des médecins pour une consultation sur ce sujet : l’ennui peut-il donner de graves maladies aux

Page 1