‹ Les anciennes maisons de ParisChapitre 20 sur 82 · RUE DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

RUE DU DAUPHIN

gens qui n’ont pas recours à des préservatifs avant qu’elles se déclarent ? De la réponse, qui fut affirmative, on dressa aussitôt procès-verbal, et le prince d’Hénin en reçut signification par huissier, avec sommation d’avoir à ne plus reparaître chez Sophie.

Le topographe Deharme était logé aux grandes Ecuries et y vendait lui-même son nouveau plan de Paris en 1766.

A vingt-un ans de là, l’hôtel et les bureaux du baron de Breteuil, ministre chargé du département de la maison du roi et du gouvernement de Paris, étaient numérotés 1 dans la rue du Dauphin, et le cabinet des plans de M. Hazon, architecte du roi, 17.

Lorsque la Convention siégeait dans la salle du Manège, cette rue, y servant d’avenue, passa rue de la Convention. Elle s’appela aussi, mais peu de temps, rue du 13 Vendémiaire, quand le général Bonaparte eut tiré le canon, à Saint- Roch, sur la garde nationale, pour le salut de l’assemblée qui avait concentré en elle tous les pouvoirs de l’Etat par l’abolition de la royauté. La rentrée des Bourbons restitua le titre princier aux quatre angles de la rue ; puis on y substitua Troçadéro, en commémoration de la prise de ce fort. Dauphin reprit le dessus en 1830 jusqu’au retour de l’appellation républicaine, que de nouveau mit au rebut le gouvernement de Napoléon III.

Rue Saint-Florent in. (1)

Les orangers du jardin des Tuileries, renouvelé par le crayon de Lenôtre, prenaient leurs quartiers d’hiver près du Rempart de la ville, sur remplacement présentement occupé par le ministère de la marine et par l’entrée de la rue Saint- Florentin. Le reste de la rue formait alors le culde-sac de l’Orangerie. Louis de Clermont, comte de Chiverny, y possédait une maison à porte cochère, que nous croyons le 11, et qui pouvait très-bien communiquer avec l’hôtel de Clermontd’Amboise, indiqué rue Saint-Honoré : elle tenait d’un côté au mur du parapet du Rempart, qui régnait jusqu’aux Tuileries, et de l’autre à la propriété de l’abbé de Villemareuil, laquelle ouvrait aussi sur le cul-de-sac une de ses deux portes cochères. A l’autre coin, Gestard ne possédait pas moins de trois maisons, pareillement cpntiguës à celle que nous lui avons vue rue Saint-Honoré. Les dames de l’Assomption avaient ensuite une sortie sur le cul- desac.

Louis XV donna auxéchevins, le 21 juin 1757, un tronçon du Rempart et l’Orangerie, à la charge d’ériger l’impasse en une rue, qui devait s’appeler de Bourgogne, en mémoire du duc de Bourgogne, père du roi, et à condition aussi d’y établir les bâtiments en arrière-corps de la place Louis XV, dont ladite rue devait suivre le plan par des constructions uniformes. Cette dernière obligation disparut du cahier des charges un an après, en considération sans

(1) Notice écrite en 1861.

RUE SAINT-FLORENTIN

doute de ce que des maisons antérieurement bâties empêchaient d’étendre à la rue la régularité de la place.

L’architecte . Gabriel, qui avait dessiné le plan dans son entier, n’en construisit pas moins les nos 7 et 9 d’à-présent. Dans le premier de cos hôtels fut élevé M. de Morny sous les yeux paternels de M. de Flahaut, qui le * plaça dans la pension Muron, pour y suivre les cours du collège Bourbon. Dans l’autre, le prince Poniatowski, sénateur de naissance, cultive la musique: la place qu’il tient dans la rue était occupée par le maréchal de Ségur au commencement du premier empire.

Un terrain vis-à-vis avait appartenu au traitant Samuel Bernard; il s’y éleva, sur le dessin de Chai grin, émule de Gabriel, un magnifique hôtel pour le compte d’un ministre, M. de Saint-Florentin, celui de tous les membres de la famille Phélypeaux de la Yrillière qui abusa le plus des lettres-de-cachet. Pour faire sa cour au favori du maître, le conseil d’État du roi décida, le 11 mars 1768, que ladite rue de Bourgogne échangerait ce nom d’un prince du sang royal contre celui de Saint-Florentin. Au commencement du règne de Louis XVI, l’hôtel appartenait au duc de Fitzjames, qui le vendit en 1787 à la duchesse de l’Infantado. On y établit, en 1793, la manutention de salpêtre de la section des Tuileries. L’ouverture de la rue de Rivoli enleva des bâtiments à cette propriété, avant que le marquis d’Hervas la vendît à M. de Talleyrand, et ce prince des diplomates y donna l’hospitalité à l’empereur Alexandre en 1814. La Charte y fut élaborée* non pas sans que Mme de Staël eût contribué à sa rédaction. M. de Talleyrand, qui mourut plein de jours dans l’ancienne résidence du ministre de Louis XV, ' s’y trouva remplacé par la princesse de Liéven. Cette femme d’un esprit distingué n’y

RUE SAINT-FLORENTIN

ferma pas le salon politique, appelé à de nouvelles surprises : M. Guizot en faisait les honneurs pour elle.

M. de Rothschild dispose, en ce temps-ci, de presque toutes les maisons de la rue qui répondent aux chiffres pairs. C’est le Samuel Bernard de notre époque, et bien des gens en feront compliment au financier du règne de Louis XIV.

Ru© Pasquier,

NAGUÈRE

de la Madeleine. (4)

Mlle de Sarpe et sa Famille . — Nos 14, 18, 22, 29 et 61.

Un notaire de la rue Saint-Honoré, nommé Laballe, avait fait de mauvaises affaires ; au lieu de s’en relever, il mourut, en ne laissant à sa Veuve que deux filles. Mme Laballe était encore jolie et plus coquette que jamais ; elle avait toujours aimé le monde, qui l’avait payée de retour, et ses fdles n’étaient pas élevées pour le cloître. Des clients de son mari vinrent lui apporter leurs compliments de condoléances, rue de la Madeleine, dans la maison d’un M. Gasaubon, où elle avait arrêté un logement ; ils y firent la cour à la mère, qui n’avait pas encore désespéré d’un bon parti pour elle-même* mais qui ne cachait pas les filles dont elle paraissait la sœur aînée.

La plus jeune, bien qu’elle n’eût pas l’âge d’être pourvue, épousa lestement un sieur de Sarpe*, valetde-chambre de Louis XV, qui vivait plus à Versailles

(1) Notice écrite en 1851. La rue de la Madeleine, qui ne portait pas encore le nom du duc Pasquier, ancien grand-réfé'pendaire de la chambre des pairs, finissait à la .hauteur de la rue Neuve-des-Mathurins; elle se prolonge actuellement jusqu’à la rue delà Pépinière. Au milieu de son ancien parcours, elle est traversée par le boulevard Malesherbes, dont il n’y avait que l’amorce de posée.

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