RUE PASQUIER
qu’à Paris et qui devint pourvoyeur de la maison de la reine. Par malheur, le nouvel époux en profita pour faire banqueroute, et il leva le pied, en renvoyant rue la Madeleine une épouse désabusée vite d’un rêve d’amour et de fortune.
Elle y trouva Mme Laballe toute seule, mais dans les meilleurs termes avec sa fille aînée. Celle-ci habitait le faubourg Saint-Germain, dans un luxe de meubles et d’atours dû aux largesses d’un galant protecteur, M. de la Boissière, le fermier-général, qui allait la faire débuter sous le nom de Mélanie à la Comédie-Française. La cadette avait-elle intérêt à prendre aussi un nom de guerre? Celui de son mari lui en paraissait un. Elle devint la maîtresse de M. de Machault, contrôleur-général, qui ne l’appelait que MIle de Sarpe, une fois installée dans un appartement de la rue du Four-Saint-Honoré (1).
M. de la Boissière fut remplacé auprès de Mélanie par M. Bertin, des parties-casuelles, qui ne la garda pas longtemps, car cette actrice mourut bientôt en couches; elle laissa des nippes et des bijoux en si grand nombre et d’un tel prix que sa mère s’en fit 3,000 livres de rente.
Quant à Mlle de Sarpe, M. de Machault ne la congédia qu’avec le même revenu en viager, et elle avait de quoi plaire à bien d’autres : minois plein d’agaceries, peau blanche, esprit orné, enjouement des pieds à la tête. M. Fontaine, qui était secrétaire du duc d’Orléans, vécut avec cette femme dont les attraits franchissaient, sans broncher, l’étape de la trentaine, et qui en ce tempslà avait presque un salon, où elle aimait à recevoir, dans une maison de la rue des Bons-Enfants. La belle s’éprit du chevalier de Mézières, qui, étant la coqueluche fie plusieurs grandes dames, dérogea
(1) Présentement Vauvilliers.