RUE D’ÉCOSSE
Chichereau, relieur aussi, dont l’atelier avai^ été précédemment celui de Bradel, inventeur des reliures à la Bradel, et Marchai, imprimeur, dont la location s’ajouta, en 1792, à celle de Chichereau. Lesdites propriétés avaient été substituées par le collège Sainte-Barbe aux débris d’un grand et vieux logis, portant l’image du Chaudron et relevant du chapitre de Saint-Marcel. Robert du Guast, curé de Saint-Hilaire, dernier principal de Côcqueret, avait doté Sainte-Barbe, en 1556, de cette maison au Chaudron, qu’habitait de son temps Mondel, libraire-juré, et sa femme, née Jeanne du Guast, proche parente du donateur.
Nous avons donc retrouvé cette enseigne qui valut à la rue trois siècles de chaudronnerie. Découverte qui fera, par malheur, peu de bruit dans la localité. A quoi donc pensent les étameurs qui, en assez grand nombre, couchent à la nuit dans cette rue, comme pour faire croire aux archéologues qu’elle s’appelle encore du Chaudron ?
Le collège des Ecossais, qui eut d’abord pour noyau quatre bourses, grâce à Jacques de Béthune, ambassadeur en France de Marie Stuart ou de ' Jacques II, son fils, valut • à cette voie publique le nom qu’elle n’a plus quitté. Mal avisés ont été plusieurs écrivains, nos devanciers, d’oublier que cette institution s’inaugura rue des Amandiers-Sainte-Geneviève (d), à deux pas de Côcqueret, de Reims et de Sainte-Barbe, pour n’être transférée qu’en 1665 dans la rue des v Fossés-Saint-Victor, qui n’est pas aussi vçisine de notre rue d’Ecosse !
(1) Présentement Laplace.
Rue des Enfants-Rouges* (i)
La D1,e Riquet. — M. de Pressigny. — Tallard. — E Tutti Quanti .
Les poitrinaires n’étaient pas encore à la mode lorsque la D,le Riquet fut enlevée à 19 ans, avec les premières feuilles de sa dernière année et au crépuscule du matin, le 13 septembre 1760. Cette fille grêle, aux grands yeux bleus, avait déjà pris une retraite encore plus prématurée, comme, danseuse de l’Opéra, et elle demeurait rue Croixdes Petits-Champs. On lui avait connu le comte de Brancas, M. Rouillé d’Orfeuil et le baron de Vambre. Mais le plus honnête des soupirs qu’elle eût exhalés de sa vie était reçu, à l’heure suprême, parM. de Pressigny, fils deM.de la Maisonrouge, h qui nul ne le disputait plus. On vit ce jeune homme, rue des Enfants-Rouges, rentrer chez lui avant qu’il fit grand jour, comme après une nuit passée dans la débauche. Dame ! il avait les yeux bien gros. Quelqu’un s’en aperçut et se demanda s’il n’avait pas perdu au pharaon plus que la fortune de son père. Comment deviner qu’il venait d’assister, tout s.eul, aux derniers moments de la petite masque, ange du libertinage, qui, dans son incessante crainte d’être trompée par un amant, prenait toujours, la première, de l’avance? La mort est seule à ne jamais pardonner! M. de Brancas héritait, par le fait, d’un contrat de rente viagère de 2,000 livres, constituée par lui à la défunte, et celle-ci laissait encore une petite fortune à sa propre famille, en mobilier et en diamants.
(1) Notice écrite en 1859.
Or cette *Dlle Riquet, qui avait eu toujours à soutenir sa grand’mère, avec l’amant de sa mère et une tante, n’était pas tout-à-fait comme feu Marie Duplessis, la véritable Dame aux Camellias ; elle ne s’affichait pas tous les soirs dans quelque théâtre, souvent avec un bouquet blanc, qui signifiait appel â tout venant, huit jours par mois avec un bouquet rouge, qui voulait dire : Vous repasserez. La maîtresse inconstante de Pressigny jouissait, bien au contraire, d’une réputation relative de décence, qui faisait naître plus d’estime que ses faveurs ne tuaient d’amour, et elle fût devenue millionnaire, en dépit de ses grosses dépenses, sans se donner pour de l’argent: à ce dernier, en le comptant comme appoint, elle croyait faire assez d’honneur!
L’amant qui, de cette infortunée, regrettait tout, en face de l’agonie, tout, jusqu’aux infidélités, résidait au n° 13, chiffre néfaste ! Ledit hôtel, dont une rampe de fer et divers ornements de vestibule illustrent l’escalier, était déjà distinct de l’hôtel contigu, n° 11, au temps de la Fronde; mais les deux n’en faisaient qu’un lorsqu’on appelait ruelle du Chantier-du-Temple cette petite voie de communication. Elle devint rue des Enfants-Rouges, sous le règne de François 1er, à l’occasion de la création de l’hospice d’orphelins du même titre, réuni aux Enfants-Trouvés du faubourg Saint- Antoine en 1772.
Un bien autre escalier, ma' foi, et tout en pierre, se développe avec une majesté dont tout le mérite ne revient pas à l’âge, . et avec une belle cour carrée pour introduction, n° 2. J’en félicite l’ancien hôtel Tallard, qui a été exécuté sur les dessins de P. Bullet, auteur de la porte Saint-Martin. Tallard, maréchal de France, duc et .pair, membre du conseil de régence et ministre d’État, a acquis cette propriété d’Eynard, grand-maître des eaux-et-forêts.
qui la tenait de Denis-Jean-Amelot de Chaillou, maître-des-requêtes. Saint-Simon fait ainsi le portrait du maréchal : 9 « C’était un homme de médiocre taille, avec des yeux un peu jaloux, pleins de feu et d’esprit, mais qui ne voyaient goutte: maigre, hâve, qui représentait l’ambition, l’envie et l’avarice; beaucoup d’esprit et de grâce dans l’esprit, mais sans cesse battu du diable par son ambition, ses vues, ses menées, ses détours, et qui ne pensait et ne respirait autre chose. » Devant l’ennemi, il n’est que trop vrai, Tallard essuya des revers, il fut prisonnier de guerre à Londres huit années; mais il eut aussi ses grands jours et il sut présenter au roi, sous le côté qui consolait, les événements les moins heureux de ses campagnes : — Sire, disait-il alors, nous avons pris à l’ennemi plus d’étendards que votre majesté n’a perdu de soldats!
Le fils aîné du maréchal mourut des blessures qu’il avait reçues, auprès de son père, à Hochstett; les fiançailles de son autre fils avec une des filles du prince de Rohan se firent dans le cabinet du roi, et il s’y donna le plaisir de signer au contrat avant le père de 1a, mariée. Cet héritier de ses biens et de ses titres, Marie-Joseph duc d’Hostun, comte de Tallard, gouverneur de Besançon, demeura sans postérité et laissa pour légataire universelle sa nièce, Mme de Sassenage, marquise de Pont, comtesse de Montellier, épouse séparée de biens du marquis de Sassenage. Puis la maison de la rue des Enfants-Rouges devint passagèrement hôtel Nicolaï, entre les mains d’un premier-président à la chambre des comptes.
Près du maréchal demeurait l’échevin Geoffroi, qui y laissa sa veuve et qui. avait eu pour vendeur Trudaine, intendant des finances. Ledit financier était héritier de son aïeule, femme de Charles Trudaine, laquelle avait acquis en l’année 1655 des
héritiers de Guibert de Bussy, successeur deDurier. Les filles de Saint-Magloire achetaient la maison d’après, en 1705, du même Durier, y régnant en maître après Legrand, receveur des tailles de Melun.
Puis venait un hôtel où l’avocat Lesguillon avait eu les prédécesseurs que voici : le comte de Surgères ; la mère de ce gentilhomme ; Roux, conseiller du roi ; Denyert, premier valet-de-chambre du roi ; Frémont d’Ablancourt ; Jean Scarron ou Seurron, seigneur de Vaujour, conseiller au parlement; Louis Dalis ; Amelot, archevêque de Tours, qui avait vendu à Dalïs en 1653, et Delahaye.
Mme de Guichinville, propriétaire au-delà, 'y était contiguë aux Enfants-Rouges, dont l’église faisait suite à des dépendances de leur hôpital, dû à Marguerite de Navarre. Le marché du même nom n’avait été ouvert qu’en 1628 près de cet hôpital.
Rue du Faubourg-Poissonnière. (1)
Montons, par la pensée, au sommet de la porte Sainte-Anne, bâtie sur le Cours de la ville en 1645, et qui empruntait le vocable d’une chapelle, peu distante ; interrogeons du regard la chaussée dénommée tout comme, érigée en faubourg à trois années de là, et redisons: — Sœur Anne, ne vois-tu rien venir? De cette façon reparaissent, avec la route qui poudroie, marais et jardins qui verdoient, au lieu des quatre mille cheminées dont les tuyaux fument, à l’heure du dîner, au-dessus des façades qui meublent actuellement la rue du Faubourg- Poissonnière. Un fossé, des haies et ' des murs, quelques bicoques de jardiniers, de vachers et de cabaretiers, et Montmartre avec ses moulins, son abbaye : n’est-ce pas encore un menu trop frugal pour cette ogresse de capitale? Elle met toutefois à sa table une rallonge de plus, au milieu du xvne siècle, pour avoir sous la main tout ce dessert, dont elle hé réserve pour d’autres festins que le biscuit intact de Montmartre!
Ladite chapelle Saint- Anne s’élève du côté gauche dans la rue de ce nom, plus tard du Faubourg- Poissonnière, entre la rue d’Enfer, qui sera Bleue,
(1) Notice écrite en 1859, avant que la rue du Faubourg-Poissonnière eut contribué par des sacrifices de maisons au prolongement des rues Lafayette, Maubeuge et Belzunce, à l’ouverture de la rue d’Abbeville et du boulevard Magenta. La barrière Poissonnière était encore au bout de ladite rue du Faubourg.
et celle des Porcherons-à-Saint-Lazare, aliàs Moiitholon. La paroisse Saint-Laurent a pour aide cette chapelle, qui reconnaît néanmoins le curé de Montmartre pour pasteur.
Partons de 1726 pour jeter un nouveau coupd’çeil sur la voie déjà transformée, et n’y refusons une mention qu’aux échoppes et aux hangars. Le sieur Bizet, limonadier, est dès-lors installé où $e trouve le café Français à notre époque. Les filles-Dieu ont pour locataires deux maraîchers, exploitant en cultures tout le territoire qui sépare ledit café de la rue de Paradis. Vient ensuite le clos Saint-Lazare, avec l’une de ses entrées. Puis ce sont des terres labourées, au-delà desquelles une auberge, quoique tenue par le nommé Fructus, ne reçoit pas que des frugivores. De l’autre côté, sous le n° 19 de son temps, la marquise de Pra dispose de trois maisons, dont les dépendances portent le terrain à 1284 toises de superficie, un peu au-dessus de la rue Bellefond, et les nos 101 et 103 d’à-présent, arborant alors le chiffre 15, appartiennent à Berlin, un conseiller au parlement. A celui des deux angles de la rue d’Enfer qui s’éloigne le plus de Sainte-Anne, le jardinier Saulnier se trouve propriétaire ; pourtant le n° 9 de l'époque commence à 4 toises de la même encoignure et en mesure, pour sa part, 1199 ; c’est la demeure de Sanson, exécuteur des hautes-œuvres de justice, dont le jardin se prolonge, en l’absence de la rue Papillon, jusqu’à un pavillon, dont jouit aussi le bourreau, et que reverra rue Bleue le xixe siècle. Quant au sieur Prallasse, chirurgien, à lui la quatrième maison de la rue, sur la même ligne, d’après un plan manuscrit de ce temps-là, qui ajoute qu’ « elle sert au prince Charles. »
Les almanachs royaux ne citent pas ce Prallasse parmi les chirurgiens-jurés ; néanmoins nous
aimons à croire qu’il saignait, comme le barbier Figaro. 11 avait pour Almaviva le prince Charles, qui n’était autre que le comte de Charolais. Cet arrière-petit-fils du grand Condé, qui venait de succéder à Dangeau en qualité de gouverneur de Touraine, avait sa résidence en évidence à l’hôtel de Condé ; nous venons donc de mettre la main, le moyen d’en douter ! sur sa petite-maison. Il avait alors 26 ans, il était d’une taille au-dessous de la moyenne et déjà gros, avec de grands cheveux blonds, qui lui raccourcissaient encore le cou : on le surnommait Courtcollet, comme M. de Turménies. Ainsi fait, il se trouva bien et tellement bien de son premier pied-à-terre en faubourg, qui devait se transformer en hôtel des Menus-Plaisirsdu-Roi, qu’avant même de s’en séparer il s’en fit disposer un autre, où la galanterie n’entra plus, tant l’amour y faisait bonne garde ! Le même prince du sang, pair de France, y vivait presque avec Mme de Saune, et il avait moins perdu que gagné à l’empire pris, sur lui par cette maîtresse eu titre, dont il eut deux filles, légitimées après la mort de leur père à la sollicitation du prince de Condé. Cette seconde étape avait mené M. de Charolais jusqu’à notre 161, qui rougirait tout de même de ses antécédents, s’ils n’étaient pas des secrets à garder, depuis sa conversion en institution de demoiselles. Moins chatouilleuse est devenue la pudeur aux Menus- Plaisirs, qui avaient commencé par être ceux du prince Charles. L’Opéra y a fait ses répétitions et donné même des représentations, sa salle ordinaire de spectacle ayant été incendiée. Puis Louis XVI a fondé aux Menus le Conservatoire.
Une autre maîtresse de pension s’est arrangée de l’hôtel du baron Diétrich, écrivain minéralogiste et musicien-compositeur, commissaire du roi à la visite des mines, des bouches à feu et des
forêts. La révolution fit Diétrich maire constitutionnel de Strasbourg ; une adresse, rédigée dans le $ens royaliste, lui valut la peine capitale. Son immeuble est maintenant numéroté 106.
Le 121, de son côté, paraît n’avoir appartenu à Mm0 de Pra qu’après avoir servi de villa à la maîtresse de Mansart, alors que le faubourg Poissonnière était encore la campagne. Cette beauté peu scrupuleuse vola à Mansart une ordonnance de 50,000 livres, destinée à divers paiements, et Louis XIV tira d’embarras son premier architecte en prenant la perte pour son compte. Sous le même toit, M. de Walckenaër, ancien secrétaire-général de la préfecture de la Seine, est venu se livrer exclusivement à ses travaux d’écrivain, au commencement du règne de Louis-Philippe.
La plupart des maisons considérables n’ont fait leur trou dans les murs qui longeaient les troisquarts de là rue que sous le dernier règne de l’ancien régime. A côté d’une habitation de nourrisseur, qui se revoit au 123, un des hôtels de cette génération s’est drapé d’un jardin anglais de 8 arpens, livré au public sous le Directoire à titre de Promenades et Montagnes Égyptiennes; l’hôtel, à notre point de vue, s’est incarné dans le poète, jurisconsulte, agronome et homme d’État François de Neufchâteau. Une compagnie d’éclairage s’est installée, dès l’année 1819, à la place de cet ancien ministre, dont elle a morcelé le parc; mais des employés au gaz couchent encore dans ses salons, qui attendent la démolition. M. Sari, directeur de théâtre, habite un pavillon attenant à cette propriété, de laquelle il a fait partie. A quelques pas de là, sous la Restauration, a été arrêté le colonel Labédoyère, victime de son dévouement à la cause bonapartiste, en faveur de la quelle pour cette fois le sang plaidait. Plus haut
encore, près la barrière, on avait enterré en bloc, dès 1792, le lendemain du 10 août, 500 soldats de la garde suisse,- martyrs d’une autre fidélité. Que de représailles à exercer, grand Dieu! pour les vengeurs qui s’entêtent à maudire la page de leur choix dans l’histoire, au lieu de tourner le feuillet !
Mme Delbarre a acheté, le 5 juillet 1776, du côté de la caserne de la Nouvelle-France, mais plus bas, une portion du terrain que les filles-Dieu avaient cédé quatre ans avant au sieur Goupy, et cette veuve d’un bourgeois de Paris a de la sorte créé l’immeuble adjugé en 1784 à Goix, premiercommis de la marine, et revendu par Coulon- Goix, banquier, à M. Jacques Lefebvre en 1827. De cette belle propriété s’est détaché le sol du 68, dont le fondateur a péri en tombant d’un échafaudage, avant l’achèvement de son œuvre. Cet homme, qu’on appelait Garault, fût tombé de moins haut lorsqu’il n’était que savetier en échoppe, près del’Ecole-de-Médecine; mais un de ses cousins, cuisinier de Cambacérès, l’avait poussé jusqu’aux grosses fournitures d’armée.
L’hôtel de Saint-Riquier, tenu par Fontaine, était d’une autre catégorie que ceux de M. Tabary et du comte d’Espinchal, qui avaient eu Ledoux pour architecte aux deux coins de la rue des Petites-Écuries. Ledoux habita même, après un pavillon aux pères de Saint-Lazare, cet hôtel d’Espinchal, qui suivait l’autre dans l’ordre numérique. De son confrère Durand est une maison Lathuille, surgie en l’année 1788, avec un péristyle à quatre colonnes sur la cour et une statue au centre du vestibule. Les hôtels qu’on appelait sous le premier empire Titon et Ghéret, n’ont-ils pas porté d’autres noms? Le premier devait être à la même distance de l’hôtel d’Espinchal que le second de l’hôtel Tabary. L’une des maisons précitées compte,
à coup sûr, pour la 30me dans notre rue du Faubourg-Poissonnière. Le comte d’Artois n’y a pas négligé l’exemple qu’avait donné en face son cousin et devancier Charolais de Bourbon-Condé. Ce fut aussi l’hôtel Perregaux, dans lequel s’arrêtèrent diplomatiquement les préliminaires du traité de Paris en 1814. Toutefois M. M. Ackermann et Dartigues ont acheté, vers le même temps, ledit immeuble et le suivant, qui est resté à Mme veuve Dartigues : M. André tient le premier de M. Ackermann fils, receveur-général du Nord.
Sans passer en revue chacune des constructions de l’autre siècle en cette rue, nous pouvons signaler encore les maisons de M. Morel de Chefdeville, contemporain de Mme Delbarre. L’une d’elles occupe le premier coin de la rue Bergère. Une autre, qui a plus d’importance, est contiguë à celle de l’angle: le bail d’un logement au rez de-chaussée y a été maintes fois renouvelé au profit du savant M. Duméril. Le 9 a gardé moins longtemps, et c’était sous l’ancien régime, M. Buffault, secrétaire du roi, receveur-général des domaines, dons, octrois et fortifications de Paris, qui devait sa position à Mme Dubarry. Après la mort du roi, son protecteur de seconde main, le crédit de Buffault alla se rafraîchir ailleurs: il était échevin, on immortalisa son nom en le donnant à une rue nouvelle. On le préposa, qui plus est, en qualité de commissaire, à la direction de l’Opéra. Gomme il avait été dans les soieries, uné caricature courut qui le représentait mesurant les entrechats à l’aune, comme si c’était une étoffe, dans la salle des Menus-Plaisirs. Sa femme, bourgeoise de qualité, qui tenait un bureau d’esprit, était, en outre, fort belle personne; la petite-vérole l’attaqua en 1777, et si elle n’en était pas morte, le chagrin d’en rester gravée l’eût emportée plus cruellement encore ! Buffault avaitil convolé? En tout cas une Mme Buffault de sa
façon avait tenu rue Saint-Honoré un magasin de modes, à l’image des Traits-Galants, et Mme Dubarry, au début de sa carrière, y avait été apprentie.
Sur le même point de la rue Sain te- Anne deux maisons, dont une grande avec jardin, avaient appartenu aux enfants Fornat en l’année 1737.
Mlle Allard, entretenue par le duc de Mazarin, était habitante de la rue, une trentaine d’années 1 plus tard. Elle tenait dès-lors l’emploi de première danseuse à l’Opéra, tout comme la Guimard, et elle avait été précédemment danseuse seule à la Comédie-Française, dans les ballets qu’y composait Allard, premier danseur. Ses appartements superposaient un étage à un autre, entrecoupés d’une mezzanine, ^espèce d’entresol, dont l’amant de cœur gardait souvent la clef. Le premier des Vestris connus, né à Florence et se disant lui-même diou de la danse , eut de Mlle Allard un fils, qui fut élevé avec soin sous le nom d’Auguste Yestr’Allard. Ce jeune homme n’obtint la permission de s’appeler comme son père qu’après s’être montré à dixhuit ans, par le génie héréditaire de la daqse, digne de passer un jour Vestris second.
Le compositeur Chérubini, qui fut pendant dix ans directeur du Conservatoire, eut sa dernière demeure au n° 19. Le vaudevilliste Brazier habitait le 4 en 1831.
Rue du Faubourg»$amt-Antoine. (t)
Ce quelle était en 1726. — Les Hospices d' Enfants. —
Les Révolutions. — L'Abbaye. — Les Brasseries.
— Santerre. — Les Dames-Blanches . — Les
Petites-Maisons. — La Maison de Santé. — Le
Général Malet. — iflle de la Valliêre. — Titon.
— La Forge royale.
A La Borne-d’Or, au Singe-Vert, à la Boule-d’Orv au Griffon, etc. sont des enseignes de marchands de meubles, véritables armoiries du faubourg Saint- Antoine actuel : les mêmes images ont sans doute commencé par se rapporter aux immeubles.' N’y a-t-on pas effectivement changé de commerce plus souvent que d’insignes? En 1726 l’industrie du faubourg avait plutôt la bière que les meubles pour objet : on y aurait compté plus de brasseurs que d’ébénistes. Mais pas une spécialité ne s’y accusait, à vrai dire.
La haute maison qui se découpe en fer-àchevai sur la rue de Charenton, appartenait alors à M. de Beaufort, ayant un rôtisseur pour locataire au rez-de-chaussée. Puis venait un charron, suivi de près par un maître de pension, accoté d’autre part à un brasseur. Pensionnat et brasserie plus d’une fois étaient porte à porte dans
(1) Notice écrite en 1859. Depuis lors tes rues Crozatier, de Cîteaux et Roubo, ainsi que le passage Tocanier, sont sortis des flancs de la rue du Faubourg-Saint- Antoine, et l’agrandissement de Paris a reporté la barrière au-delà du rond-point, qui est devenu la place du Trône.
cette grand’rue de faubourg, à l’entrée de laquelle, du côté droit, la bordure demeurait la même depuis un siècle : presque pas de maisons ne s’y élevaient aussi haut que leur chef de file, mais chacune d’elles se réservait encore ou son chantier ou son jardin. Les constructions du côté gauche couvraient depuis moins longtemps le vaste chantier qu’elles s’étaient partagé. Et un dernier élan fut si bien pris, sur les deux rives de la rue, qu’en l’année 1739, entre la Bastille et le rond-point où s’arrête encore le faubourg, il ne se pressait guère moins d’habitations qu’à-présent. Beaucoup sont demeurées telles quelles.
La chaussée Saint-Antoine, comme on disait encore au temps où le grand Coudé y fit des prodiges de valeur, qui rappellent malheureusement les guerres civiles de la Fronde ; la chaussée Saint- Antoine est de longue date un champ fertile en séditions. Depuis qu’aux séditieux il répugne à jamais de rentrer en grâce, comme Condé, ce sont des révolutionnaires. Les bras nus de nombreux artisans, qu’un privilège local affranchissait de l’obligation de la maîtrise, ont été les premiers à jeter bas la Bastille, qui leur portait ombrage à l’Est ; mais une autre vieille citadelle, qui empêchait qu’on regrettât la première, s’est armée au Couchant plus formidablement, là où Louis IX s’était borné à rendre la justice sous un chêne. Le faubourg Saint-Antoine n’en est pas moins juge à son tour ; les flatteries de plus d’un plaideur l’érigent, depuis 89, en cour de cassation des rois, bien qu’il condamne encore plus sévèrement, mais un peu plus tard, ses flatteurs. La révolution de Juillet, dont la colonne s’élève dans le vide, a percé à coups de canons les murs de la cour de Bourgogne, au n° 74 ; l’artillerie y a vengé la mort de trois officiers, tués plus bas.
Cette cour de Bourgogne avait été un hospice de la Providence, fondé pour les enfants par l’ecclésiastique Barberé ; le nom du patron de l’enfance, que ne cesse pas de porter la rue Saint-Nicolas, qui débouche tout près, vient de cette institution, bien qu’elle ne subsistât déjà plus à la fin du règne de Louis XV.
Sous la minorité du même roi, un maître de pension exerçait son empire entre la Providence et ladite rue. Un instituteur également occupait le second coin de la rue Traversière, où se retrouve en effet un arrière-corps de bâtiment ancien, dont le loyer était alors perçu par Hallé, membre du grand-conseil.
Plus anciennement encore, puisque c’était en l’an 1690, un décret frappait, à l’angle de la même rue, une grande maison dont le corps-de-logis formant encoignure s’était mis, en particulier, sous le patronage de saint Nicolas. En ce temps-là marquait dans l’autre rue, la grande, un traiteur à la double enseigne de la Boqle-Blanche et du Jardinet.
Etienne d’Aligre, chancelier de France, créa en 1669 l’hospice des Enfants-Trouvés, aujourd’hui hôpital Eugénie, entre les rues Traversière et de Cotte. A cet établissement se rattachaient de fondation un certain nombre d’immeubles contigus, qui ne doivent à la désagrégation aucun renouvellement de construction. L’emphytéose produit cet opiniâtre statu quo.
Quantité de numéros pairs de la rue du Faubourg-Saint-Antoine feront prochainement retour à l’administration de l’Assistance publique, et il n’en manque pas qui proviennent de l’abbaye royale de Saint-Antoine, convertie en grand hôpital par un décret conventionnel. La place du fossé qui avait entouré le monastère était déjà marquée
sur le plan de Turgot, il y a six-vingts ans, par une sorte de guirlande immobilière dont il reste de tels festons. Le couvent de Saint-Antoine-des- Champs, fondé en l’année 1198 par Foulques de Neuilly et Pierre de Roussy, pour des pécheresses repenties, fut érigé bientôt en abbaye, richement cto té à Foccasion de la naissance de saint Louis, puis renouvelé entièrement. L’abbesse, fût-elle du sang des rois, tenait par-dessus tout au titre de dame du faubourg Saint-Antoine, et 50 rues, au xvne siècle, étaient plus ou moins de son fief.
Ces dames de l’abbaye recevaient des demoiselles, pour faire leur éducation, mais^ elles n’avaient de» logement que pour un petit nombre, 21. Les. jeunes pensionnaires n’en étaient-elles pas plus facilement soignées et surveillées? Si vous demandiez de quel bois on les chauffait, nous répondrions qu’à l’entrée de chacune d’elles, au couvent, ses parents donnaient une voie de bois, outre le lit et le trousseau. La maison se chargeait de faire blanchir le gros linge ; mais le fin était l’objet d’un compte, qui ne rentrait pas dans le prix ordinaire de la pension, 400 livres.
Au n° 170, un marchand de vin sert à boire où veillait l’un des deux portiers du monastère. Autre comptoir d’étain, chargé de brocs et de verres, au n° 186, ancienne église des religieuses. La décoration n’en était pas médiocre, et deux filles de Charles V y avaient leurs tombes.
En revanche, rien de moins claustral que l’origine du 156, qui ne s’en cache pas. Un grand cabaretier de l’ancien régime n’y a-t-il pas apposé sa griffe avec une durable élégance, en employant le fer pour encre, un beau balcon pour parchemin ? Lisez donc : A la Grappe , Begois. Nous ne croyons pas davantage que le 190 appartînt à l’abbaye sous Louis fXIV : Lantonne y fabriquait
et débitait de la bière. Cette maison, regorgeant de la crème de l’orge et du houblon, avait pris une Rose-Blanche pour emblème ; elle n’a cessé d’être une brasserie qu’il y a un an, lors d’une grande réparation. A Bassy, maître de pension, appartenaient en 1720 trois bâtiments, groupés un peu plus haut ; â Panneau, directeur des Aides, une maison à trois portes, dont une sur la rue de Reuilly. *
Sous l’invocation de l’Hortensia s’est placée une autre brasserie, qui elle-même suit de près la seconde encoignure de ladite rue. M. Caffin y a. restitué un immeuble plusieurs fois séculaire à son ancienne destination, après un intervalle assez considérable, et il y a reçu Mgr. Sibour, lors de sa visite pastorale aux principaux centres d’industrie, dans le quartier au seuil duquel venait d’être frappé mortellement l’archevêque de Paris, son prédécesseur. Un brasseur s’était établi sous le même toit dès l’année 1620 ; l’un de ses successeurs s’appelait Noyelle, un siècle plus tard ; puis le jfameu:: Santerre s’y installait, tout au commencement de la Révolution.
Notre notice sur la rue Censier* du quartier Mouffetard, rappelle qu’une autre brasserie Santerre servit de berceau â cét agitateur, qui de la sorte embrassait à la fois les deux faubourgs les plus populeux de Paris : double cratère où la lave bouillonnait du même volcan révolutionnaire ! Mais Alexandre, commandant du bataillon des Gobelins, était sur la rive gauche plus influent que Santerre ; ils se réunirent sur la rive droite le matin du 20 juin 1792, et la grande journée qu’ils avaient concertée avec le boucher Legendre, l’abbé de Lareynie, le 'libraire Poinsot et d’autres, commença faubourg Saint-Antoine. Là aussi venait Philippe-Egalité ; læ pièce où eurent lieu les entrevues du prince et du brasseur est le salon
de M. Gaffm. Une estampille en marbre noir est encore incrustée dans un bâtiment de la cour, avec ces mots en lettres d’or : Santerre , marchand brasseur. Inscription qui a survécu à la translation de la brasserie, faite par Santerre fils, rue Notre- Dame-des-Champs, dans un ci-devant hôtel Montmorency !
N° 220. — Une communauté religieuse, dont les membres étaient voués au blanc, en jouissait au siècle dernier, ainsi que d’une propriété adjacente. Les chanoinesses de Notre-Dame-dela-Victoire, établies rue Picpus, eurent elles aussi cette maison dans la grande rue du Faubourg, trop près pour une succursale, mais déjà loin pour un pavillon? La chapelle en était dite du Répit et dédiée à saint Hubert. Ordinairement les chanoinesses ne s’astreignent pas plus à la vie collective qu’à la clôture; elles se groupent, de préférence, autour des mêmes chapelles, en diverses maisons qui, tout en sentant le cloître, gardent sur le monde des portes entr’ou vertes. Un peu de mystère, il est vrai, va si bien à tout ce qui regarde leur sexe que les femmes qui ont le moins de vocation religieuse prennent encore le voile pour s’en aller au bain, comme à la messe, pour se marier surtout. L’incognito n’est-il pas d’uniforme pour celles-là qui entrent en religion? S’il restait une supérieure ou la moindre nonne, au Répit, quel honnête homme pousserait l’indiscrétion jusqu’à demander et son âge et son nom ? On se contenterait de fredonner en passant:
Prenez garde! prenez garde!
La dame Blanche vous regarde!
Mais comment ne pas s’arrêter devant un charmant profil, attribué à la fondatrice de ce pieux refuge, quand on a mis les pieds dans le parloir, transformé sans vergogne en une loge de portier.
où le relief de cette jolie figure sort d’un trumeau? Ah! ce n’est pas la frayeur que cette dame blanche inspire. La piété? moins encore. Le chaste baiser du parloir, bien qu’il ne soit jamais monté si haut, a parfois dû se dénaturer et laisser une empreinte étrange, sous l’influence de cette apparition, donnant des distractions au frère qui disait adieu à sa sœur. Que si les traits de Mlle Fréard de Ghantelou s’y reproduisent, la place de ce gracieux portrait était chez les filles de la Trinité, transférées du faubourg Saint-Jacques dans celui-ci en 1713 par ladite bienfaitrice.
Aussi -bien le faubourg Saint-Antoine avait plus que jamais besoin de pénitentes, pour le sanctifier, depuis que les grands seigneurs y attiraient des pécheresses, bien éloignées encore du repentir, dans leurs petites-maisons. Celle-ci n’ont jamais été aussi nombreuses que le feraient croire les fictions du théâtre ; il y en avait pourtant dans plusieurs des rues du quartier, et la plus large, ancienne voie romaine, n’en était pas exempte. Le 236 aurait tort de prétendre à une origine moins badine. Le vice élégant s’y cachait; celui qui ne l’est pas a ses grandes entrées dans beaucoup plus de maisons, depuis le renversement de l’ancien régime.
Saint-Hilaire, lieutenant-général d’artillerie, fit la débauche au 303: n’était-ce pas le bout du monde pour un Parisien? De cet officier on se rappelle qu’étant jeune il a vu, sur le champ de bataille, le bras de son père emporté du meme coup de canon qui tuait Turenne. En relevant le blessé, son fils fondait en larmes et ne voyait que lui; mais le père s’écriait : — Mon fils, ce n’est pas moi qu’il faut pleurer, c’est le grand homme enlevé à la France.
La petite-maison d’autrefois n’expie*t-elle pas assez les folies agréables dont elle a été le théâtre? Maintenant les verrous et les grilles, forgés pour
protéger ses galanteries, enferment de véritables fous : il y en a 90, traités par le docteur Brierre de Boismont. Le riant asile n’a pas même attendu la fin du règne de Louis XY pour passer maison de santé. Les croisées ne s’en ouvraient qu’avec précaution^ au temps où l’indiscrétion était à craindre du dehors ; on les dirait rivées sur ellesmêmes depuis que des secrets ne sont pas tout ce qui s?y garde. Là le médecin ne ressemble guère au bûcheron de comédie, que les coups de bâton forcent à donner des consultations et à prescrire des remèdes ; mais ses malades le sont tous malgré eux. Le bruit et le mouvement qui se produisent à cette extrémité de Paris leur donneraient, d’ailleurs, à chaque instant, des excitations dangereuses, s’ils en recevaient l’impression directe. En février 1848, on a brûlé un trône tout près delà maison, au rond -point de la barrière du Trône, avec une fureur et des cris auxquels se sont livrés tout de suite, par écho, les pensionnaires des deux sexes. Il a bien fallu enfermer les plus enragés dans leur chambre, avec la camisole de force, et les 30 domestiques n’étaient pas trop pour retenir les autres malheureux dans leurs promenoirs ordinaires. L’apparence d’une solitude morne n’en régnait pas moins, comme toujours, sur les façades, et du moment qu’on n’y mettait pas le feu, portes et fenêtres demeuraient closes. Quelle froideur de tombe, pour un spectacle qui donnait le délire au faubourg !
Les républicains qui le donnaient se sentaient en un si beau jour que ce n’eût pas été le cas d’évoquer un souvenir néfaste pour le parti victorieux. Un des leurs, après quatre ans de prison, avait été transféré dans la maison de santé voisine, sous le premier empire. Le général Malet, car c’était lui, profita de la campagne de Russie, qui retenait au loin Napoléon, pour ourdir une conspi-
ration nouvelle avec des royalistes, avant de tenter une première évasion. Mais, repris dans la rue par le médecin, chef de rétablissement, qui craignait d’avoir à répondre corps pour corps de son prisonnier, il fut forcé de retarder l’exécution de ses projets. Sa réintégration dans une geôle était décidée quand la connivence de l’abbé Lafon lui facilita la fuite, dans la nuit du 23 au 24 octobre 1812. La mort de l’autocrate fut annoncée dans les casernes, en toute hâte, par Malet, puis l’armée délivra les généraux Guidai et Lahorie, qui étaient à la Force. La conspiration n’en eut pas moins pour dénouement, comme chacun sait, une fusillade en plaine de Grenelle.
Une tradition plus ancienne fait attribuer, dans la même rue, la construction du 267 à un ministre de Louis XIII. La maison d’à-côté et un jardin, discret par ses ombrages, étaient incorporés alors à ce petit hôtel de campagne. L’herbe tendre s’y inclina, avant la cour de Louis XIV, devant un amour inspiré à Mlle de la Vallière et qui devait faire tout le bonheur, tout le malheur de la vie de cette fille d’honneur de Madame Henriette de France, reine d’Angleterre. Tout était sacrifice pour elle à une passion, qui élevait encore son idole, et l’idole commençait par être un roi, dans l’éclat de la jeunesse ; mais lorsque cette maison la vit, trop avancée déjà pour reculer dans une voie aussi aventureuse, l’amant cachait encore, sous de tendres dissimulations, l’orgueil du maître, qui ne se révéla qu’à Fontainebleau. Mlle de la Vallière pleurait déjà; mais quelle est donc la femme qui se donne tout entière sans une larme? L’année suivante, quelle série de fêtes superbes, ouvertement données en son, honneur! L’une d’elles a laissé son nom à la place du Carrousel. Gomme l’avenir en ce tempslà cachait complaisamment à tous les regards, si ce n’est à ceux de la maîtresse royale, son long
voile de pénitence! L’amour, en somme, ne vaut que ce qu’il coûte.
Le roi laissa vendre cet hôtel, dont s’arrangea le baron de Quenebeck. Puis Torchet y créa une brasserie royale, postérieurement dite du Dauphin. Une veuve Bridaine, qui exploitait déjà le fonds de commerce, acquit l’immeuble en 1740 des enfants mêmes de Torchet. A Bridaine succéda sa fille, Mme Pérignon, et celle-ci fut la mère de Pérignon, notaire de l’empereur Napoléon 1er. L’auteur de la présente notice était reçu à Eaubonne, il y a peu d’années, par la veuve de ce notaire, ainsi que par sa fille, la maréchale Dode de la Brunerie, l’une et l’autre excellentes personnes. Lorsqu’avait éclaté la grande révolution, la brasserie du haut du faubourg appartenait non plus aux Pérignon, mais aux Villot. Ceux-ci étaient les frères et les sœurs de l’une des dignitaires de l’abbaye voisine, dont la princesse de Lamballe se trouvait la dernière abbesse. . La religieuse se réfugia dans la maison de sa famille, dont presque tous les membres furent incarcérés : le 9 thermidor les sauva. MM. Dresch aujourd’hui ont la brasserie, et l’immeuble. Sur les quatre balcons qui décorent leur premier étage, il y en a deux où le soleil s’ étoile 'dans le fer tordu : on se rappelle que le soleil était l’emblème du grand roi. Les deux autres balcons portaient ses armes, qu’on en a arrachées en 1792, ainsi que d’autres insignes réprouvés. Toutes les serrures de l’intérieur étaient restées fleurdelysées; seulement le temps a fini par en avoir raison.
Entre cette propriété et le groupe de boutiques isolées qui fut une grande boucherie et qui sépare notre voie du commencement de la rue de Montreuil, la brasserie Letrogneux occupait en 1720 deux maisons, chiffrées alors 29 et 30, qui avaient, comme celle Torchet, leur sortie sur la rue de
Montreuil. La même boisson ne fermentait pas encore au 273 actuel, qui toutefois en produit depuis plus de cent ans. Par exemple, il s’en débitait déjà plus bas dans une seconde maison Noyelle, qui donnait par-derrière sur la place Saint- Marguerite. L’affluence des brasseries sur l’une et l’aut'-e lignes tenait sans doute à 1’, exemption locale des droits d’entrée: il fallut plus d’un siècle au bureau des commis pour monter, par étapes, de l’entrée du faubourg à la barrière du Trône.
Du temps de Letrogneux, l’intendant de M. Le Peletier habitait uue maison, plus bas encore, aboutissant à la rue Saint-Bernard, et M. Durville, secrétaire du roi, avait la quatrième de notre rue, même eôté. On y voyait aussi des fermiers et des maîtres de pension vers le même temps. Mais le nom de Titon, qui s’y rattache pour plus d’un héritage à des titres de propriété, pourrait nous faire voir à tort des lieux de rendez-vous galants dans des maisons de revenu. Il est vrai que la Folie-Titon n’était pas loin, et que Titon du Tillet, maître-d’hôtel de la reine, pouvait avoir « des petites-maisons de rechange, pour en prêter à ses amis ; mais un autre Titon habitait les mêmes parages. Cet homonyme, parent ou non, tenait, tout près de la Bastille, un grand magasin d’armes, qu’on visitait même par curiosité, et dont l’assortiment ne laissait à Tacheteur que l’embarras du choix. Nous croyons, en outre, qu’il possédait, au milieu du faubourg, à gauche, la ci-devant forge royale, dont l’existence remontait à l’époque où les rois habitaient le palais des Tournelles, et dont le nom s’est conservé à une impasse, qu’encaissent de vieilles constructions.
Rue du Faubourg-Saint-Honoré* (i)
La Porte Saint-Honoré. — Sous cette porte, quand elle ne servait plus que de décoration à l’entrée de ce qui se dit encore le faubourg Saint- Honoré, passait-on aussi facilement que sous la porte Saint-Denis ? Sans mobilier, je ne dis pas non; mais on y regardait à deux fois avant d’enménager au-delà. Ce n’était pas un faubourg comparable à tant d’autres, qui l’emportaient par la joyeuseté de leurs guinguettes ou par une industrie locale, par les avantages d’une villégiature économique ou par les piquantes équipées de leurs petites-maisons. Au contraire, tout portait à croire qu’on y travaillait moins qu’ailleurs, sans que la vie fût à meilleur marché, et qu’on s’y amusait avec modération, en affichant des prétentions exorbitantes pour ‘ un quartier naissant. Dès les premiers pas qu’on faisait dans la principale rue de ce faubourg, à l’aspect des façades qui, depuis la Régence, s’y renouvellent moins qu’elles ne s’alourdissent, on a pressenti de bonne heure une contrefaçon du faubourg Saint-Germain ; elles étaient presque vierges, dans leur neuf, des enseignes commerciales qui surchargent leur toilette, volants plus vite fanés et remplacés que la robe. Le président Bailly, le marquis de Mouchy et
(1) Notice écrite en' 1859. La rue de l’Elysée, le prolongement de la rue de Berri, le boulevard Haussmann et l’avenue de la Reine-Horlanse sont de formation plus récente dans la rue du Faubourg-Saint-Hoboré, dont ' l’extrémité a cessé d’être une des barrières de Paris.
M. de Boisfranc demeuraient simultanément du côté droit, avant la rue de la Madeleine (4).
Le Joueur . — Quant à M. de Boisfranc, il épousa Mlle de Feuquières, fille unique d’une dame d’honneur de la princesse de Conti: mariage qui ne tourna pas bien. Un parent de Mme de Boisfranc, le marquis de Feuquières, frère du maréchal, habitait justement, de l’autre côté de la rue, une maison au sieur Lefort. Ne la cherchons pas au 19, qui n’était pas encore bâti, et qu’occupa plus tard Cambacérès; avançons jusqu’aux nos 23, 25, 27, un trio de maisons refaites, dont était l’ambassade de Prusse avant 1814, hôtel Montaran avant 1848. Le conseiller-d’État Michel Amelot avait fait emplette de l’une d’elles avant la finduxvne siècle. La division permettait à Feuquières d’y avoir pour voisin le marquis de Bordage, qui était joueur comme les cartes. Celui-ci faisait les parties de son amie, Mœe de Polignac, qui se ruina et en tomba malade ; il courut après elle, au Puy, chez son mari, et assista à ses derniers moments, avec un chagrin indicible. Avant de remonter en voiture, Bordage avala de l’opium, et ses valets, à un relais, le trouvèrent sans mouvement, gisant sous les coussins; mais un joueur a la vie si dure, et celui-là fut abreuvé d’une telle quantité de vinaigre, que le poison n’y put tenir. Le marquis, ramené à Paris, en fut étique pour une année ; puis il reprit sa vie de jeu.
Les Coches. — Dès le règne de Louis XIV, la cour des Coches avait pour occupant le fermier des carrosses de la cour. La loge du Grand- Orient y tint plus tard ses assemblées. Le girondin Guadet, arrêté à Saint-Emilion et exécuté à Bordeaux, avait eu pour domicile à Paris un corps-
(1) Maintenant rue Pasquier.
de-bâtimerit de la cour des Coches ; il n’avait ménagé, comme orateur, ni Marat ni Robespierre.
Hôtel Montbazon. — C’est le 29. La serrure[de sa porte cochère, volumineuse comme un livre infolio, fit aller et venir son pêne, au commencement, devant le carrosse d’une duchesse de Montbazon, mais de la quelle? Inutile de penser à celle dont la mort décida l’abbé de Rancé, qui s’était épris d’elle, à s’ensevelir à la Trappe. L’amour prit sa revanche sur une autre duchesse de Montbazon, que poussa dans la tombe sa passion malheureuse pour le chevalier de La Rue. De ce que l’hôtel s’éleva en 1719, sur le plan de Lassurance, à la place d’une des maisons avec marais qu’avaient eues les sieurs Brisacier, nous devons inférer que ce fut pour la veuve du Rohan- Montbazon mort fou dans une abbaye de Liège vingt ans plus tôt. Ce prince avait eu pour frère Rohan-Guéménée de Montbazon, qui avait enlevé Hortense Mancini, porté ses vues jusqu’à Mme de Montespan et subi la peine capitale, pour un autre crime de lèse-majesté, en 1674 ; il laissa le titre de duc de Montbazon à son fils, qui se le fit reconnaître en parlement, mais qui ne cessa pas de signer prince de Guéménée. Le fermier-général Richard acheta la propriété en 1751 ; son héritier fut M. Richard de la Bretèche, dont Mm« de Saint- Sauveur prit la place à prix d’argent en 1792. Après MM. de Belletrux et Desèze, légataires de cette dame, vint M. de Lapeyrière, receveurgénéral, en 1819, puis le comte de la Panouse, ' quatre ans après.
Hôtel Marbeuf. — Contigu à celui des Montbazon, il fut élevé en 1718 pour Blouin, premier valetde-chambre et confident de Louis XIV, gouverneur de Coutances, puis de Versailles et de Marly. Ce personnage avait affiché ses amours avec la fille de Mignard, vivante mignardise ayant servi de
modèle pour maints tableaux de son illustre père, et puis il avait obtenu, celle-ci épousant le marquis de Feuquières, que le roi signât au contrat. La famille de M. de Marbeuf, gouverneur de la Corse, donna de la notoriété à son occupation du même hôtel, qui fut ensuite Saliani nu Saligny, bien que Joseph Bonaparte l’habitât sous le Consulat. Puis l’empereur en fit son présent de noces à Suchet, l’une de nos gloires militaires. Le maréchal Suchet, duc d’Albuféra, pair de France, mourut à Marseille en 1826.
MM. de Rothschild et Péreire. — Entre Blouin et le prince d’Egmont, il y avait seulement contiguïté; mais la juxtaposition n’était pas le seul rapport qui reliât la résidence du prince à celle du marquis de Guébriant. Conçues sur le même plan et nées ensemble, elles étaient soeurs jumelles, et leurs jardins faisaient si bien la paire que des arbres de même essence y entremêlaient leurs branchages pour cacher la séparation. Les deux cours n’étaient séparées que par un mur, encore debout, dont le peu d’élévation suffit à rappeler une fraternité, démentie par la dissemblance actuelle des bâtiments. Ce double hôtel avait été fondé en 1714 pour M. Chevalier, président honoraire au parlement, et sa sœur, Mme Le Vieulx, respectivement prédécesseurs de M. Legendre et du président Montigny, ayant pour locataires MM. d’Egmont et Guébriant. Par malheur, il ne reste plus que la moitié de cette construction géminée, qui avait essayé de l’unité comme hôtel Montchenu : M. le baron de Rothschild en cède la jouissance à l’ambassade de Russie. Dans l’autre moitié, M. Émile Péreire a dérangé la superbe ordonnance qu’aucune servitude, il est vrai, ne l’obligeait à respecter, et il a satisfait ses propres goûts au détriment du goût : la vue que sa nouvelle demeure a conservée sur l’ambassade n’est que
trop payée de retour. Chacune des deux propriétés a, comme douze autres formant file avec elles, son jardin et sa grille sur l’avenue Gabriel, ancien marais des Gourdes.
Hôtel Charost : — Dû au crayon de Mazin, ingé- ' nieur du roi, y travaillant pour le duc de Charost, gouverneur de Louis XV dans sa jeunesse. La princesse Pauline Bonaparte, duchesse de Guastalla, y résida, en vivant séparée de son second mari, le prince Camille de Borghèse : elle tenait alors une petite cour, dans son château de Neuilly, plutôt que dans son palais en ville. Le gouvernement anglais fit l’acquisition de ce dernier, en l’année ,1815, pour ses ambassadeurs.
Hôtel Duras. — Germain Boffrand, neveu de Quinault, fit des pièces pour la Comédie-Italienne et donna dans le solide à titre d’architecte : les leçons de son oncle ne lui profitèrent pas autant que celles de Mansart. De lui l’hôtel Duras, qui se carrait encore sous Louis XVI dans tout l’espace compris entre les rues d’Aguesseau et Duras, mais qui s’est divisé sans que les principaux bâtiments en aient disparu. Le maréchal duc J. B. de Duras, qui honora Boffrand de cette commande, avait épousé en 1706 M11<? de Bournonville, que menait danser à la cour la maréchale de Noailles, et il vécut jusqu’à 87 ans. Une grande maison bourgeoise, qui appartenait à la Ville avant la Révolution, se retrouve au-dessus dudit hôtel et en-deçà de la place Beauvau, dont une monographie respecte l’autonomie dans ce recueil.
La Fille de la Nation. — On a édifié sous Louis- Philippe un palais de la Renaissance, où Mrae de Pontalba a tout de suite déployé un grand luxe de réception. Cet immeuble en avait absorbé un autre, qui pouvait passer pour le plus royaliste des hôtels au moment de la Restauration. Pour-
tant M. de Morfontaine, qui était le maître du logis, avait épousé M1,e Le Peletier de Saint- Fargeau, que la Nation avait proclamée sa fille adoptive après l’assassinat de son père, conventionnel qui avait voté la mort du roi.
Hôtels Brunoi et Xavier. — Le général Beurnonville, qui joua un rôle politique important, n’était pas de l’ancienne famille de Bournonville ; son père avait tenu un restaurant dans les Champs-Elysées. Il n’en porta pas moins jusqu’au bâton de maréchal ; il épousa une Dlle Durfort-D uras et ferma pour jamais les yeux presque en face de l’hôtel Duras, le 23 avril 1821. C’était au n° 47, ancien hôtel Brunoi, dont la restauration récente profite au prince de Wittgenstein, qui nous devra le plaisir d’apprendre que le comte Maurice de Saxe en personne fut aussi l’un de ses devanciers. Le grand capitaine du xvme siècle y était locataire de M. de la Faye, qui possédait aussi le 49 et le 51, hôtel Xavier, puis Sébastiani, dont il ne survit plus que la porte. Les prodigalités du marquis de Brunoi, né Paris de Montmartel, ont amené son interdiction ; les fastueuses processions qu’il organisait à Brunoi l’eussent fait, prendre pour un illuminé dissipateur ; mais ce n’était qu’un grand buveur, dont le sommeil n’éteignait plus l’ivresse. L’un des héritiers du marquis ne fut-ii pas, par le fait, lord Wellington, à qui Louis XVIII donna plus tard son titre seigneurial, sans le château ? Sa maison de ville eut le maréchal B^àrmont, duc de Raguse, pour habitant, avant le maréchal Beurnonville, que n’y remplaça pas sans intervalle la princesse Bagration, qui eut la meilleure table de son temps. Le maréchal Sébastiani, ancien ministre, eut la douleur de perdre tragiquement sa fille dans l’autre hôtel ; c’était la duchesse de Praslin, assassinée par son mari, à qui un médecin du quartier fut secrète-
ment autorisé à apporter, dans sa prison, le poison qui le sauva de l’échafaud. L’appartement qu’occupait naguère le maréchal de Castellane, dans l’immeuble au chiffre suivant, avait servi au marquis de Caraccioli, spirituel ambassadeur, contemporain du maréchal de Saxe. Que si nous remontons encore le cours des années, nous découvrons que lesdites propriétés n’en formaient que deux en 1700 et appartenaient alors à Mlle Françoise Langlois, veuve d’André Lenôtre, le jardinier des rois. Au palais de l’Élysée viennent de s’annexer 51 et 53.
V Elysée. — Lenôtre n’avait eu à attendre aucun ordre, aucune permission, pour semer jusqu’à des maisons dans un vaste terrain, au milieu duquel 5 arpens formaient un héritage indépendant. Cette propriété insulaire donnait à Mme Lenôtre une voisine dont le nom avait aussi quelque chose de bien mémorable : MUe Geneviève Bossuet. Il fut avant peu remplacé sur le Terrier du roi par le nom du comte d’Èvreux, pour trois maisons au lieu d’une seule. Impossible que la contenance eût crû dans les mêmes proportions. N’était-ce pas toutefois un château que, sur le tracé de Mollet, s’y donnait en 1718 Louis d’Auvergne, comte d’Évreux? Mme de Pompadour, qui en fit le boudoir de la royauté, le salon d’attente du crédit, le temple du goût et de la mode, y donna l’audience de la faveur et celle de la disgrâce à des ministres, des instructions confidentielles à des ambassadeurs et des marques de protection à ses nombreux flatteurs, à Voltaire tout le premier. Que d’architectes et de peintres, d’orfèvres et d’ébénistes, d’habilleuses et de coiffeuses eurent l’air de prendre exclusivement leurs inspirations ou leurs modèles chez cette marquise 1 N’étant pas que la maîtresse du roi, elle personnifiait une époque et un genre, qui ont encore
des courtisans posthumes. Mme de Pompadour, ayant charge à la cour, put à ce titre mourir au château de Versailles, sans forfaire à l’étiquette, le 15 avril 1764 ; néanmoins on se dépêcha de la rapporter sans bruit dans son hôtel, sur la paroisse de la Madeleine. Le marquis de Marigny, son frère, surintendant des bâtiments*, renouvela si bien les Champs-Elysées que leurs plantations multipliées méritaient à l’ancien hôtel d’Évreux de s’en estimer le chef-lieu' N’est-ce pas peu d’années après que l’élysée par excellence passait à Louis XV, voulant y loger les ambassadeurs extraordinaires ? L’état de Garde-Meuble de la Couronne n’y fut que provisoire. Beaujon, riche financier, se rendit à son tour propriétaire en 1753, chargea l’architecte Boullée d’une restauration générale et, en restant usufruitier à vie, revendit à Louis XVI, moyennant 1,100,000 livres, plus 200,000, pour les glaces et les tableaux. La duchesse de Bourbon, après la mort de Beaujon, fixait sa résidence à l’Élysée et formait dans le jardin un groupe de châlets, dit.hameau de Chantilly, comme celui du prince de Condé au parc de- Chantilly. Quand tout cela fut un bien national, des entrepreneurs à loyer y donnèrent les fêtes champêtres de l’Élysée et du Hameau-de-Chantilly, en affectant les salons du château à des jeux de hasard et à des bals. Murat, à titre d’acquéreur, en fit autrement les honneurs, avec sa femme, la princesse Caroline Bonaparte, duchesse de Clèves et de Berg ; mais lorsque ce prince Murat monta sur le trône de Naples, son palais, érigé en Élysée-Napoléon, devint la résidence favorite de l’empereur. Hôte de passage en 1814 et en 1815: le czar Alexandre. Le, duc et la duchesse de Berri d’occuper ensuite l’Élysée-Bourbon ; puis leur fils, le duc dé Bordeaux. Le gouvernement de Juillet maintint simplement l’Élysée, sans
destination utile, au nombre des palais dépendants de la liste civile, et le prince-président de la République y stationna en 1849, sur le chemin des Tuileries. Mais de l’autre côté de l’avenue Marigny, dont l’origine justifie le titre, il faut chercher, pour le trouver, l'ancien hôtel de campagne de Lenôtre. Rien n’en donne sur le faubourg, rien sur les Champs-Elysées; mais il est demeuré fidèle à l’avenue tirée de ses dépendances et de celles du grand hôtel, dont il a pu lui-même faire partie. On y a vu particulièrement des d’Argenson et des Bauffremont, peut-être même des Simons. De plus, l’hôtel Blerzy, rue du Cirque, 14, n’est autre chose qu’un ancien pavillon de l’hôtel Lenôtre.
A la Porte d'Argencourt. — Un dénombrement d’hôtels appliquait en 1813 à l’aile gauche de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, passé l’avenue Marigny, les hôtels Simons, Conégliano, Praslin, puis Rœderer. Mais ce n’était déjà plus un désert à l’époque où le Comte d’Évreux faisait bâtir un peu plus bas : il s’y süivait dès-lors plusieurs maisons. Aussi s’en faut-il que les plâtres du^ 71 aient été séchés par le général Dupont, ou même par les d’Houdetot, prédécesseurs du général ; pas 'ün de leurs contemporains n’aurait pu se flatter davantage d’avoir obtenu les prémices du 73, qui appartient au baron Rœderer. Mais le sénateur de ce nom, qui avait commencé par être conseiller au parlement de Metz, a personnellement habité, avant Mme Lehon, avant le comte Molé, ce ministre du premier empire hostile au second, un hôtel dont l’avenue répond en notre rue au chiffre 85, et où les avait ^précédés le marquis de la Vaupalière, ensuite émigré. Ce propriétaire venait lui-même après M. de Chastenay, qui l’était du chef de sa femme; or M. Le Barde, marquis d’Argenteuil et gouverneur
de Troyes, avait marié sa fille à M. d^Chastenay en 1738. Le constructeur avait eu bien raison de tenir l’habitation à une honnête distance de la rue, à cause d’un égout qui, à cette hauteur, prodiguait les odeurs désagréables. La porte d’Argenteuil, barrière urbaine, devait sa dénomination à l’hôtel du marquis d’Argenteuil, et comme il n’y avait que des cassines pour affronter de plus près l’infection du déversoir d’eaux sales, on disait par corruption : porte d'Argencourt. Qui devinerait qu’un quartier devenu avec le temps si distingué, si riche, a commencé sous de si pauvres auspices ! Il y a bien aussi comme une annonce de logis aristocratique à l’entrée séculaire des nos 89 et 91 , où, de la porte d’Argencourt, on a vu aller et venir des La Trémoille ; depuis de ' longues années, des travaux de construction y sont interrompus dans un édifice qui promet d’être superbe, mais qui ne paraît pas impatient de recevoir M. le duc de Coigny. Sous Louis XV un hôtel de Roy tenait le coin de la Petite-rue-Verte (î).
Hôtel Castellane. — En voici un qui aura fait, ma foi, beaucoup plus de bruit qu’il n’est gros ! Des statues surchargent sa façade, une salle de spectacle s’est prise sur son jardin, et dire que tout Paris a tenu dans cette salle si petite ! De modestes paravents avaient suffi, sous la Restauration, aux proverbes de Théodore Leclerc, et la révolution de Juillet avait éteint jusqu’au feu des salons. Le comte de Castellane mit fin à cet entr’acte en 1836, et son mariage ne le fit pas renoncer à l’exercice de la plus littéraire des hospitalités, qui n’en eut qu’un charme de plus. De grands bals se donnèrent, en outre, et le pre-
(1) La Petite-Rue-Verte fait actuellement partie de la rue Matignon.
mier ornement n’en fut-il pas la châtelaine ? Mme de Castellane, qui était la fille du comte de Villoutreys, avait un frère beau cavalier; sa mère, née Vanderberghe, s’était d’abord mariée, mais avait divorcé avec le général Rapp. Il y a eu assez longtemps rivalité sur la scène de l’hôtel entre deux troupes: l’une reconnaissait pour directrice la duchesse d’Abrantès, qui avait joué la comédie bourgeoise à la Malmaison et au château de Saint- Leu ; l’autre, Mme Sophie Gay. Des autres premierssujets citons Mme Tory, dans l’emploi des grandes coquettes; M*1' Colombat (de l’Isère), dans les amoureuses ; Mlle Dàvenay, qui a été ensuite artiste dramatique ; Mme Darlu ; M“c Mézier ; Mme Anaïs Ségalas ; Mm# Emmanuel Gonzalès ; Mme de Forges; Mme de Gontades ; le fils du général Bordesoulles, jouant les financiers ; le comte Grabowski ; M. Ternaux, jeune-premier; M. M. Mennechet, Guchelet, Philippe Panel, Woldemar, Lac, de Rémusat. Au inonde appartenait encore la contatrice Mlle de Lagrange, alors qu’elle s’est fait entendre sur le mignon théâtre du , faubourg Saint-Honoré, et les petites danseuses viennoises y ont elles-mêmes débuté dans une miniature de ballet, avant de se montrer à l’Opéra. M. et Mœe de Castellane étaient d’autant plus exposés aux contretemps, qui obligent un imprésario ordinaire à mettre une bande sur l’affiche, que la ressource des doublures leur manquait. Pour assister exactement à des répétitions, cela gêne quelquefois d’être auditeur au conseil d’État ou chef de bureau, et les dames qui remplissent naturellement un rôle dans la bonne compagnie, indépendamment de ceux qu’elles étudient, n’en payent que mieux tribut aux crises nerveuses, sans compter qu’elles s’affectent d’un soupçon de rhume, ou du moindre symptôme d’état intéressant, à en garder la chambre. N’a-t-il pas fallu plus d’une fois parer aux accidents ou aux caprices,
en recourant à des acteurs et actrices de profession ? Encore eût-on laissé des regrets si l’on avait fait des choix moins heureux! La Comédie-Française donnait surtout. On a beau faire, ce qui convient le mieux à un public d’élite est la représentation de pièces inédites, et l’hôtel Castellane en a souvent monté. La Vengeance* d'une Femme , par M. Mennechet, y a été donnée vers le même temps que le Gamin de Paris , joué par des amateurs. N’est-il pas, d’ailleurs, glorieux d’avoir fondé la réputation d’un musicien tel que Flottow, en faisant connaître son Alice , son rRob-Roy et son Bue de Guise , trois ouvrages précurseurs de Y Ame en peine et de Maria ? Les Abencérages) opéra dont le poème était de Mme Collet, ont vu le jour au même théâtre, ainsi qu’un opéra-comique d’Adolphe Adam, qui conduisait l’orchestre en son honneur. L’un des premiers essais d’Augustine Brohan s’y produisait en 1851 : Les Métamorphoses de Y Amour , et le spectacle ce soir-là commençait par le Caprice , avec Brohan et Fix. Deux ans plus tard, les deux mêmes actrices et plusieurs autres jouaient avec des amateurs une spirituelle charade, dont le mot était Galathée. Puis en 1856, et ce fut la dernière année, sans que s’annonçât la clôture, on jouait comme si de rien n’était, presque à la fois, le Coin du Feu , de Mm* Boger de Beauvoir, une comédie de M. Jules Lecomte et un proverbe en vers d’Alexandre Dumas fils. Tout ce que tentent depuis la comédie et l’opérette de salon, à Paris comme à la campagne, n’est-il pas dépassé par le souvenir des soirées dramatiques de la jolie salle Castellane? Mm* la comtesse n’en a pas moins présidé elle-même, avec le caractère d’Henriette des Femmes Savantes , à l’éducation de ses filles ; mais le château des Aigalades la retient trop souvent, en vue de la Méditerranée, pour qu’on ne soit pas ici jaloux de la mer. Ah ! mon cher
comte, d’anciennes maisons se lézardent, quand l’été se prolonge pour elles plus longtemps qu’au calendrier. Votre hôtel, si bien rajeuni par des paysages toujours verts de Cicéri, par un jardin d’hiver, qui confond les saisons, et par une salle de spectacle qui a horreur du vide, comme la nature, et par conséquent d’un relâche qui se prolonge indéfiniment ; votre hôtel a le même âge, ou peu s’en faut, que cette belle tapisserie des Gobelins, aux figures vivement détachées, que le grand roi donna à votre aïeul et que l’isolement morfond plus que le temps. Le duc de Noaïlles, sous la Régence, fut le maître et seigneur de cette maison du faubourg, qui passa postérieurement à M. de Damas. Ce gentilhomme d’honneur de Monsieur, comte de Provence, fit la campagne d’Amérique, aide-de-camp de Rochambeau. Chargé de protéger la retraite de Louis XVI, Damas eut le malheur d’échouer dans cette mission capitale à Varennes ; il y perdit la liberté, que lui rendit seulement l’acceptation de la Constitution par le roi. Après avoir servi dans l’armée de Condé, il rentra en France sous l’Empire : il fut ensuite fait pair, lieutenant-général et duc ; il vécut deux années de plus que la duchesse de Damas, enlevée en 1827.
Le 116. — Mme la marquise de Louvois, née princesse de Monaco, n’a pas quitté le dernier domicile de son mari, membre de la commission des théâtres royaux, qui racontait lui-même avec plaisir quel était son seul titre à cette position: pendant la grande révolution il s’était vu réduit, pour vivre, à s’offrir, comme aide-machiniste, au chef du matériel de l’Opéra, qui l’avait accueilli sur sa bonne mine, et le petit-fils du grand ministre s’était initié de la sorte à tous les rouages du théâtre. Le général Soulès, sénateur, s’était accommodé en 1808 de cet immeuble pour son propre usage.
Le 118. — Déjà vieux par le fond, encore neuf par-devant, il a marqué sa place sous Louis XY, comme l’immeuble précité, sur territoire acquis de Sândrié, cessionnaire d’Adrien-Maurice de Noailles, par le sieur Arnaud. Un d’Entragues le laissa ensuite à son neveu, marquis d’Apchon.
Le 120. — Nous y eussions trouvé sous l’Empire le comte Hocquard ; sous la Restauration, M. de Saint-Didier, associé aux spéculations financières de M. des Tillières. Un âge plus reculé n’en est pas moins écrit dans la rampe en fer d’un escalier.
Lagrange. — Ce grand géomètre, près duquel aimait à s’asseoir* à l’Institut, son collègue Napoléon, a rendu le dernier soupir sous un toit où lui a succédé l’amiral Truguet, pair de France, à l’angle de la rue de Penthièvre. Le portrait du savant analyste prouve que son génie se reflétait sur des traits réguliers ; toutefois Lagrange ne voulait pas poser devant un peintre ou un sculpteur : les productions de la pensée lui paraissaient seules dignes de s’arrêter dans la mémoire des hommes. Oh ! que bien lui a pris de n’être pas témoin de cette furie de portraiture, dont tout le monde est possédé depuis l’invention de Daguerre, qui fait paraître encore plus bêtes tant de figures sans expression !
Le Voisinage de Saint- Philippe. — - Le 15 mai 1640, la Ville-l’Evêque, bourg que côtoyait une portion de la grande rue qui nous occupe, fut déclaré faubourg jusqu’à l’égout situé au-dessous du Roule. Hors de ville restait un marais de 2 arpens, entre les rue Montaigne et d’Angoulême actuelles, et qui appartenait en 1700 à l’archevêque de Paris, dont la censive ne pesait plus, par suite d’un échange avec le roi, que sur la rive droite de la rue englobée en 1640 et qu’antérieurement on avait
qualifiée chaussée du Roule à cette élévation. Sur l’emplacement du marais ne tardèrent pas à s’établir une brasserie et un hôtel, où vivait M“e de Cressy ; le marquis de Thorigny était propriétaire des deux. La maison aristocratique a été moins anciennement celle des Pages. On ne la distingue plus que par le nombre 107 ; le nom* du général Gardanne n’y donne donc plus lieu à un jeu de mots, assez désobligeant pour les pages dont ce général était le gouverneur sous l’Empire. Dans une maisonnette, qui est au second coin de la rue d’Angoulême, logeait tout bonnement, sous Louis XY, le maître-d’hôtel du marquis de Brunoy, qui déployait son faste dans un hôtel au-dessous de l’Elysée; cet officier s’appelait Carême, et n’était-ce pas l’ascendant d’un auteur de livres de cuisine en réputation? Une maison de qualité, qui faisait face à celle de Thorigny, porte l’estampille 132. Nous ne pouvons, nous tromper que guère en y donnant le marquis de Rais pour prédécesseur au maréchal Mortier, duc de Trévise, dont le fils occupe encore les appartements. Dulin, architecte du roi, avait eu dans les mêmes parages plusieurs maisons, et Lefèvre y fut en 1800 l’auteur ou le restaurateur de l’école d’équitation *de M. Amelot, qui pouvait ne faire qu’une avec la maison des Pages. Mais ce disant, nous voici arrivé à Saint-Philippe-du-Roule.
Le Roule. — C’était un village à part, qui commençait avant la barrière urbaine en 1738“: le marquis de Langer avait en ce temps -là un marais sis au Roule,' bien que ce fût au premier angle de la rue de la Pépinière, et MM. de la Monnoye en avaient un contigu sur la grande rue. Près du second angle s’élevait une chapelle, érigée en paroisse Saint-Philippe avant la fin du xvn® siècle Chalgrin lui donna les proportions d’une église en 1769. Cette chapelle dépendait d’abord de la
maladrerie du Roule, qui fut antérieure de beaucoup au temps où le bienfaisant épicurien Beaujon vivait à l’Elysée et, de plus, avait au Roule ce qu’on appelait une Folie. L’hospice de sa fondation ne fut dans l’origine qu’une sorte de pensionnat pour 24 orphelins,, nés sur la paroisse du Roule. Mais quelle petite-maison que la Folie-Beaujon ! N'fën a-t-on pas fait tout un quartier ? Le pavillon de la Chartreuse y dominait un grand jardin ; on remarquait en ce pavillon une salle de billard, décorée par Barbier, et un salon de forme octogone, orné de précieux tableaux, ainsi qu’une chambre à coucher, avec des amours peints au milieu d’un plafond en voussure, et une autre, ayant l’apparence d’un bosquet, où une corbeille de fleurs, servant de lit, était suspendue à quatre arbres. Ce pavillon appartient au grand peintre Gudin, notre ami, et un autre corps-de-bâtiment, dans lequel Beaujon mettait ses petits appartements à la disposition de ses petites dames, eut dans la suite Balzac pour habitant. Cela faisait honneur au crayon de Girardin, ainsi que la chapelle Saint-Nicolas, qui était et qui est encore une succursale de Saint- Philippe. Vers le même temps, l’architecte Bellanger présidait à l’établissement des écuries d’Artois sur l’ancienne pépinière du roi. Marat y avait son logement, comme médecin des gardes-du-corps du comte d’Artois, quand la Révolution vint déchaîner en lui des appétits, des haines, des fureurs implacables, que l’étude des sciences physiques ne retenait plus dans la sphère où les mauvaises passions sont impuissantes. Le ci-devant marquis Antonelle, juré au tribunal révolutionnaire, demeura de même aux Écuries ; ce citoyen ne redevint royaliste qu’à force d’aiguiser l’instrument des vindictes républicaines. Quelque éloigné du centre que fût le faubourg du Roule, il ne restait pas en arrière, il avait ses buveurs de sang. Là
aussi que de mutations ! Un décret de la Convention ouvrait l’hospice du Roule, ex-Beaujon, aux malades et aux blessés. Le financier Bergerac avait avait acquis la Folie-Beaujon en 1787, puis il y avait eu division, et des fêtes publiques se donnaient dans le jardin; la famille Vanderberghe achetait cependant une portion de l’ancienne propriété, et le mariage de Rapp avec M11*' Vanderberghe se célébrait dans la chapelle en 1805.' Un fournisseur des armées de la République occupait à la ville un appartement que Mme de Maintenon avait eu à la campagne, en ce n° 166 qui depuis a été l’hôtel de l’amiral Dupetit-Thouars. Lecomte de Nogent s’y était pris à temps pour éviter une confiscation, en vendant à M. Lorin père, avant d’émigrer, le 186, qui a pour vis-à-vis une autre maison centenaire. M. de Lachesnaye, propriétaire de celle-ci, avait une fille qu’il malmenait, et pour locataire le marquis de Livry, qui souvent se formalisait de la mauvaise humeur du père. — Tenez-vous pour dit, finit par lui annoncer M. de Livry, que s’il vous arrive encore de brusquer votre
fille, je l’épouse La jeune personne reçut de
très-bon cœur, le lendemain matin, une correction, dont le bruit vint plus que jamais aux oreilles du locataire: elle se laissait faire... marquise!
Hôtel Saint-Priest. — Une grande maison portait au xvne siècle l’enseigne de Saint-Denis. Le vicomte de Saint-Priest, en revenant de son ambassade à Constantinople, fut nommé gouverneur des Pages et fit de cette maison un hôtel à porte monumentale, qui depuis s’est encore amplifié; le tout pourrait être divisé en une demi-douzaine d’hôtels, comme on en bâtit de nos jours. Une pension de demoiselles occupa, pendant quarante ans, un quart de cette propriété et sous-loua un appartement à Mme de Genlis, laquelle y expira pour ainsi dire avec la royauté de Charles X. Pour habitants
encore l’hôtel a eu le marquis de Beaurepaire, le général Margaron, M. de Rivero, ambassadeur du Pérou, et le maréchal Randon ; il y reste aujourd’hui M. le baron de Seebach, ministre de Saxe, M. le marquis de Corberon et d’autres locataires. Le propriétaire, M. André Haussmann, a pour neveu M. Te préfet de la Seine; il tient de son père l’immeuble contigu, qui va poser devant nous à son tour. La famille Thiérin vendait, le 27 frimaire an xi, à Nicolas Haussmann, député de Seine-et-Oise à l’Assemblée nationale et à la Convention, le n° 168, qu’un de ses fils habite encore. M. Nisard, de l’Académie-Française, y a été locataire, longtemps après Nivelle de la Chaussée, également l’un des quarante. Nivelle, neveu d’un fermier-général, eût pu faire son chemin dans la finance, il préféra la condition d’homme de lettres, qui ne l’érigea qu’homme de talent. C’est passé quarante ans qu’il écrivit pour le théâtre; son opéra de Zémire et Azov n’en fut pas moins la perle d’un écrin de nombreuses pièces qui, en général, affectionnaient les sujets tristes. Quant aux prédécesseurs du sieur Thiérin, d’après les titres de propriété, en voici la nomenclature : Le Ménestrel, trésorier des bâtiments du roi, en 1623 ; la femme de Jean de Lannux, valet-de-chambre de feu la reine, 1687; Angot, bourgeois, 1693; Viger, marchand, consentant bail à Sudre, ancien ingénieur du roi, 1743; Fortier, 1747; la femme de Charpentier de Foissel, lieutenant-général des eaux-et-forêts, 1775. M. Haussmann a surélevé et augmenté de beaucoup, en 1853, cette construction; elle n’avait pas été touchée depuis des réparations opérées pour le compte de Fortier, qui avait pour tenant du côté de Paris le contrôleur de la Pépinière du roi et vers Neuilly M. Moreau. Une pièce, ayant trait à cette restauration du xvine siècle, nous paraît propre à faire connaître la situa-
tion administrative du faubourg du Roule à cette époque; en voici la copie conforme :
« A tous ceux qui ces présentes lettres verront :
Jean Gilbert, avocat en Parlement, conseiller procureur du Roi en Ja Prévôté royale de Chaifiot, prévôt, maire et juge ordinaire, civil, criminel fçt policg, des haute, -moyenne et basse Justices du port de Neuilly, le haut et bas Roule faubourg de Paris, Villiers-la- Garenne, le château royal de Madrid, Porte Maillot et dépendances, pour Mesdames les supérieure, religieuses et communauté de la royale maison de Saint-Louis, établie à Saint-Cyr-lès-Versailles, Dames hautes justiciaires desdits lieux, et pour Messieurs les vénérables religieux, chantre, grand-prieur et cauvent de l’Abbaye royale de la ville et bailliage de Saint-Denis en France, seigneurs? en partie desdits lieux ;
Salut : Savoir faisons que :
Yu la requête à nous présentée par Alexandre Fortier, conseiller du roi, notaire au Châtelet de Paris, propriétaire d’une maison, oour, jardin et autres lieux, sis en ce faubourg du Roule; ladite requête tendant à ce qu’il nous plaise lui permettre, pour son utilité, faire construire entre cour et jardin de ladite maison, un salon de 14 pieds de large sur 29 pieds de long, et de 11 pieds sous plancher, avec un comble à la française au-dessus, et une remise et comble au-dessus d’icelle le tout conformément au plan ci-joint, signé et paraphé dudit M. Fortier.
Notre ordonnance de Soit-communiqué au procureur fiscal, du vingt du présent ihois, de nous signée et paraphée, étant au bas d’icelle; les conclusions du procureur fiscal du même jour, desdits présents mois et an. étant en suite et signées Burget, avec paraphe ;
Tout vu et considéré;
Nous avons permis et permettons au suppliant de faire construire les bâtiments énoncés en la susdite requête, en se conformant toutefois aux édits et dé-
clarations du roi, arrêts du conseil et ordonnances^ de police, sur le tout, à peine de nullité des présentes et de toutes autres peines qu’il appartiendra.
Ce fut ainsi fait et donné par nous, juge et prévôt susdit, en notre chambre du conseil, audit Roule, le vingt mai, l'an mil sept cent quarante-huit. Signé, Gaultier.
Autant de ces présentes et du plan y joint, ont été déposés au greffe de l’Hôtel-de-Ville de Paris, ce 17 juin 1748. Signé , Taitbout.
Autant de la présente permission et du plan y joint ont été déposés au bureau de finances delà généralité de Paris, pour satisfaire à la déclaration du roi, concernant les limites, le 9 juillet 1748. Signé , Pigeot de Carey. »
Rue de Tournon. (i)
Clément Marot. — Le Petit ■'Bourbon. — Le Maréchal cC Ancre, — Le Duc de Bellegarde. — Les Ambassadeurs extraordinaires. — Le Duc de Nivernais. — Laplace. — Terrât. — Lamartiniêre. — Saint- Aignan. — Thér oigne de Méricourt. — Jules Janin. — Mxl& Lenormand. — Maire . — Mm& d'Houdetot. — Le Marquis d' Entraigues. — Mallet du Pan. — Joseph II.
Il s’élevait peu de maisons auprès de celle dont Fançois Ier fit présent à Clément Marot ; elle avait pour enseigne le Cheval-d’Airain, et en effet le roi y avait fait couler un cheval en bronze. Estce là que le poète, en donnant à dîner à Diane de Poitiers, manqua aux lois de la sobriété un jour maigre? Clément Marot n’avait plus à commettre que cette faute, jugée impardonnable par Diane de Poitiers, pour que d’autres griefs se formulassent et le fissent enfermer. V Enfer, description du Châtelet, satire contre les gens de justice, mit les rieurs du côté du poète; mais, rendu à la liberté, il arracha lui-même un autre prisonnier des mains de la force armée et il se montra de nouveau très-partisan d’innovations en matière de religion. Plusieurs fois arrêté, plusieurs fois mis en fuite, il abjura pourtant entre les mains du cardinal de Tournon. Ce prélat, cet abbé de Saint-Germain-des-Près donnait au même temps ' son nom à la rue de Tournon, jusque-là ruelle de Saint-Sulpice, dite aussi du Champ-de-la-Foire
(1) Notice écrite en 1861.
RUE DE TOURNTON.
à cause de la foire Saint-Germain. Le Chevald’Aïrain s’y trouvait à la place que remplit à-présent le n° 27.
Louis de Bourbon, duc de Montpensier, fit construire un hôtel auquel une portion de la rue Saint-Sulpice actuelle dut d’être appelée du Petit- / Bourbon ; sa veuve y reçut la nouvelle de l’assassi- Y9 nat du duc et du cardinal de Guise, dont elle était la sœur. Aussi bien des rumeurs, promettant la vengeance à cette princesse indignée, se firent écho sourdement, dans les conciliabules de la Ligue.
Nos 2 et 4, rue de Tournon, il ne subsiste rien - de l’ancien Petit-Bourbon à l’extérieur ; mais une écurie souterraine, qui s’est rattachée à une autre, paraît d’une construction antérieure aux façades, qui ne remontent qu’au xvme siècle. Là, sous Louis XV, menait son train un hôtel Montmorency. Faut-il y voir également un ancien hôtel Palaiseau, lequel appartenait à François de Béthune, duc d’Orval, pair de France, tout au commencement du règne de Louis XIV, puis à Jean de Donon, seigneur de Palaiseau, qui vendit au comte François de Bartolin ou Bartolet, seigneur de Puizolle,, amateur connu d’objets d’arts? M. de. Palaiseau y , était mitoyen avec un Châtillon. A l’expiration du même règne il y avait aussi, même rue, une propriété à la disposition de Moneins, comte de Trois-villes' sans que nous puissions dire au juste ce qui en reste.
Pas d’incertitude, en revanche, sur la place où l’historiographe doit évoquer plus haut, sur la même file, Concino Concini, maréchal d’Ancre. / Voltaire dit de ce fils d’un notaire de Florence qu’il fut premier ministre sans connaître les lois du royaume, maréchal sans avoir tiré l’épée. N’avait-il pas commencé sa fortune en épousant la fille de la nourrice de Marie de Médicis? La disgrâce et la mort violente de Concini firent
RUE DE TOURNON
mettre à deux reprises son hôtel au pillage, opulente maison s’il en fut. Point de pitié pour la maréchale d’Ancre, qu’on arrêtait ne demandant qu’à fuir! Il restait à flétrir d’une condamnation régulière la mémoire de l’un, en dressant un bûcher pour l’autre. Louis XIII, à son retour de la Savoie, se rapprocha quelque temps de la reinemère, qui résidait au Luxembourg, en habitant lui- même l’hôtel d’Ancre, confisqué, mais concédé à M. de Luynes, ainsi que les châteaux d’Anet, de Lésigny et d’autres biens du favori si vite remplacé.
La maison de ville devint l’hôtel des Ambassadeurs extraordinaires, sous la direction du duc de Bellegarde, grand-écuyer de France, qu’Henri IV et Louis XIII avaient comblé de faveurs, mais le premier peut-être pour se faire pardonner de lui avoir enlevé la belle Gahrielle. Chaque arrivée d’un nouvel hôte y était signalée par un jour de gala, mettant en jeu tous le§ ressorts d’une étiquette pleine de magnificence, et pour la ville il y avait spectacle, sur le parcours annoncé du cortège, tant les honneurs de la bienvenue ressemblaient à ceux du triomphe ! Grande surtout fut la solennité, sous le règne de Louis XIV, pour les entrées du duc de Schrewsbury, ambassadeur extraordinaire et grand-chambellan de la reine de la Grande- Bretagne; de M. de la Vieuville, bailli, grandcroix, ambassadeur extraordinaire de l’ordre de Malte; des ambassadeurs du czar de Moscovie et de ceux du roi de Siam. Le service des cérémonies amenait le représentant du monarque étranger à l’hôtel des Ambassadeurs, où il était complimenté de la part du roi par le premier gentilhomme de la chambre; puis un autre jour était pris pour la présentation au souverain. Mehemed-Effendi, ambassadeur de la Porte, occupa
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moins passagèrement, sous la Régence, cette grande maison de la rue de Tournon.
Puis Mancini Mazarini, duc de Nivernais, donna l’hôtel Pontchartrain en échange de celui-là, que Peyre l’aîné restaura. Poète au milieu des camps, le duc faisait des fables; il occupa le fauteuil académique de Massillon et il fut ministre. Sa seconde femme, née de Brancas, veuve du comte de Rochefort, cultivait elle-même les lettres; elle mourut vingt-six jours après son second mariage. Le comte de Gisors, gendre de M. de Nivernais, avait été tué à Crevelt et il avait laissé une trèsjolie veuve, ainsi que nous l’atteste un portrait dont elle a gratifié son médecin, Théophile de Bord eu. Par exception, a été donnée à M. de Nivernais la satisfaction de mourir dans son hôtel, à 82 ans, le 25 février 1798. Le conseiller d’État chargé du contentieux des Domaines nationaux remplissait sous l’Empire cette superbe demeure, qui devint en 1814 l’habitation de la duchesse douairière d’Orléans et qui, depuis 1830, sert de caserne à la garde municipale.
La maison occupée, moins avant dans la rue, par le docteur Ricord et par la librairie Renouard est aussi de princière apparence. Les libraires Bossange et Masson ' étaient propriétaires de l’immeuble à l’époque où M. Renouard quitta la rue Saint-André-des-Arts pour celle der Tournon. Le géomètre Laplace y demeurait, étant sénateur. Les relations d’amitié qu’avait antérieurement contractées ce savant avec Bonaparte, son collègue à l’Institut, l’avaient fait un moment ministre de l’intérieur, après le 18 brumaire; il n’en fut pas moins pair de France et titré marquis, au lieu de comte, SOUS la Restauration. Le Dictionnaire des Rues de Latynna mentionnait en 1816 la propriété dont il s’agit comme ancien hôtel Montmorency-Laval, plus anciennement Brancas. Le règne de Louis XVI,
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en effet, y trouva le duc de Brancas ; mais Bugnet, intendant de M. de Creil, conseiller d’État, et de la duchesse de Beauvilliers, avait acquis en 1752 ledit hôtel, tenant à l’hôtel Montmorency et à la maison Saint-Aignan ; l’un des vendeurs de Bugnet avait été Lanfernat, comte de Villars; Chauvel, grand-bailli d’Orléans, et d’autres Chauvel avaient été auparavant propriétaires, ainsi que J. B. Geoffroy Petit de Saint-Lienne, acquéreur en 1719 au prix de 391,863 livres. Le créateur avait été J. B. Terrât, marquis de Ghantosme, chancelier du duc d’Orléans, le régent de France. Les Terrât, adjudicataires du terrain en 1656, y avaient eu pour prédécesseur Nicolas Renouard de Chanteclair, et le chancelier avait pris Bullet pour architecte. Seulement l’hôtel Terrât, bien avant de passer Brancas, avait été à ferme l’académie royale de Lamartinière, magistral écuyer, dont la méthode est encore dans les manèges le modèle de l’école française. Cette institution, à l’usage des jeunes gens de la noblesse, était du nombre de celles qui faisaient de l’équitation l’élément principal de l’éducation.
Entre l’académie et l’hôtel des Ambassadeurs, Guy Chartraire de Saint-Aignan, conseiller au parlement de Dijon, fit construire une maison moins importante sur l’emplacement de l’hôtel Ventadour, qui lui avait été donné en l’année 1716 par sa sœur, épouse de David, lieutenant-particulier au bailliage de Semur, elle-même cessionnaire de Nicolas de Jassaud, président en chambre des comptes. Ce dernier avait pris la place du prince de Rohan- Soubise et de sa femme, une Ventadour. La propriété était louée à Langlois, fermier-général, quand M. de Saint-Aignan légua ses biens à Chartraire, marquis de Ragny, après lequel vint le bourgeois Garnier, puis MUe d’Orsan, fille majeure, puis Jean Dulau-d’Allemans, curé de Saint-Sulpice.
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L’héroïne révolutionnaire Théroigne de Méricourt, locataire dans cette maison au moment où les titres de Sire et de Majesté étaient enlevés au roi par un décret de l’Assemblée, formait chez elle une sorte de club, où brillèrent Danton, Camille Desmoulins et Fabre d’Églantine; elle avait eu, dès le commencement de la Révolution, un autre salon et un autre boudoir dans la Chaussée-d’Antin, et Talma y avait été l’un des premiers à se passionner pour cette virago luxurieuse. Aussi bien la section Mucius-Scœvola, qui était celle du Luxembourg, se distingua particulièrement dans les soupers fraternels qui eurent lieu les 11, 12 et 13 mai 1793, et la rue de Tournon l’emporta entre toutes, par la largeur des tables y dressées, par le fumet du pot-au-feu civique et par l’égalité d’appétit, qui supprimait une distinction de plus. La principale, dirait Jules Janin. Mais ce disciple de Brillat- Savarin est encore plus gourmand d’esprit, plat qu’il excelle à apprêter lui-même, que d’agapes à bouche que veux-tu. Il habitait, sous Louis-Philippe, l’ancien logement de Théroigne, ou l’appartement contigu. La déesse hystérique de la Liberté, qui ne s’était servie de sa popularité que pour pousser à de cruels excès, avait fini à la Salpêtrière: n’était-elle tombée en démence qu’après avoir joué tout son rôle de Jeanne d’Arc de la Terreur?
Une autre femme, au contraire, fit fortune au n° 5 de la rue, où elle vécut d’abord avec Hébert, démagogue fameux, dit le père Duchesne , et où elle passa jusqu’à son dernier jour en 1843. C’était une devineresse en renom, Mlle Lenormand. Des révélations compromettantes avaient entraîné son incarcération, sous la République ; mais ses prédictions à Joséphine s’ébruitèrent, une lois réalisées, et elle ne manqua de tirer les cartes à aucun des grands personnages de l’Empire. Non contente de sibylliser, en se disant somnambule éveillée,
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la pythie du faubourg Saint-Germain publiait çà là des écrits, pour achalander le trépied.
Une publication qui nous inspire plus de confiance et d’intérêt, une Topographie de Paris , que Maire a dédiée à la duchesse de Bassano, s’éditait en 1813 chez l’auteur, n° 7 même rue.
La famille d’Houdetot reste propriétaire du 12, le dernier domicile de la comtesse d’Houdetot, que l’amour a rendue célèbre un demi-siècle avant sa fin. Cette maison, reconstruite par l’architecte Neveu, qui demeurait là sous Louis XVI, était au xviie siècle le grand hôtel d’Entraigues. Le petit de même, souche répond au chiffre 14. Balzac d’Isliers, marquis d’Entraigues, les transmit à son fils et à son petit-fils, qui épousa Anne de Rieux. Les créanciers de certain sieur Rousseau, qui avait acheté en 1699, transportaient quarante ans après la propriété tout entière à Bergoignon, simple traiteur.
Dans la maison qui suit a demeuré le publiciste Mallet du Pan; il rédigeait alors la partie politique du Mercurie * de France , addition faite à cette publication par Panckouke, et 8,000 francs par an lui étaient assurés. Mallet ne s’est montré l’ennemi déclaré des innovations qu’au moment où elles ont franchi outrageusement et cruellement les limites du droit, du bon sens, du respect humain. Une visite domiciliaire, lorsque s’est répandue la nouvelle de la fuite du roi, a été faite chez le journaliste, qui a repris la plume avec vigueur, après deux mois de silence obligé, pour ne la plus quitter, même en exil.
D’où vient le nom de l’empereur Joseph II, servant d’enseigne à un hôtel garni, de l’autré côté de la rue? Il paraît étonnant, n’est-ce pas? que le frère de Marie-Antoinette soit descendu de son auguste pied dans cet hôtel d’étudiants. Néanmoins
RUE DE TOURNON
nous regardons la chose comme très -probable. Joseph II était un souverain si philosophe qu’il alla voir une fois Jean-Jacques Rousseau, sans que la visite fût le moindrement annoncée, et le surprit copiant de la musique. Il tomba également àl’improviste chez Buffon, qui s’en voulut toute sa vie d’avoir reçu en robe de chambre l’empereur. Dans ses voyages, Joseph II aimait à se faire appeler le comte de Falkenstein ; mais il lui eût été bien difficile de garder à Paris cet incognito au moment du mariage de sa sœur. C’est peu de temps après que l’hôtellerie se mit sous les auspices du Saint- Empire. '
A cette époque un autre hôtel garni, situé moins haut, s’appelait de Valois; le cabinet d’estampes de M. d’Héricourt y attirait les curieux.
Rues Garancière, Servandoni et Palatine. (1)
La famille de Rieux, alliée à celle d’Entraigues, était bretonne et marqua dans la Ligue. Réné de Rieux, évêque et comte de Léon en Bretagne, fit dessiner par Bobelini l’hôtel à deux faces dans lequel s’exploite l’imprimerie Plon, rue Garancière, n°8, et qui porte le n° 11 rue Servandoni. Il n’y avait pas encore séparation quand c’était le siège d’une des mairies de Paris, , où le quartier voyait aussi l’hôtel Roquelaure d’une époque antérieure; Le premier maréchal de Roquelaure vint à Paris avec la reine Jeanne d’Albret; une maison Garance ou Garancière tenait alors la place dont l’hôtel de Léon a hérité. Le dernier des Roquelaure mâles, maréchal de France également-, cessa de vivre en 1738. Celui-ci était le fils et celui-là le père du duc aux aventures divertissantes, dont une petite-fille épousa un Rohan, prince de Léon, trop tard pour que cela explique une mutation qui échappe à nos recherches. Mais n’est-ce pas un teinturier que la rue avait eu pour dénominateur? Un cours d’eau devait y suivre la pente du terrain, s’y rougir chez le teinturier et affluer au canal qui jadis tombait, à la hauteur de la rue Bonaparte, dans la Seine.
De Rieux, seigneur de Sourdéac, remplaça dans la rue Garancière l’évêque, son oncle, depuis l’an 1651 jusqu’à ce que ses propres créanciers, auxquels il fit abandon de ses biens, vendissent à Pierre de
(1) Notice écrite en 1861.
RUES GARANCIERE, ETC.
Pâris, conseiller au parlement, et à sa sœur, la présidente Dugué. La branche de Sourdéac remontait à Réné de Rieux, lieutenant-général au gouvernement de Bretagne, en faveur duquel Henri IV, qui se plaisait à l’appeler mon cousin, érigea l’île d’Ouessant en marquisat; Elisabeth Nivelle épousa l’arrière-petit-fils, Réné-Louis, dit le comte de Rieux, mais elle ne l’empêcha pas d’être le dernier Sourdéac. L’hôtel oui fut successivement Garance, Léon, Rieux, Sourdéac, de la Sordière, Montagu, Lubersac et mairie du XIe arrondissement, se dit Roquelaure. C’est qu’en pareille matière il faut compter avec une autorité populaire dont les dépositaires gagnent à être désignés poétiquement par ce vers de Virgile :
Sunt quibus ad portas cecidü custodia sorti ■
Dulau-d’Allemans, gouverneur de Doullens, brigadier des armées du roi, prenait la maison suivante, en 1751, des mains de Boivin, procureur du roi au bureau des finances. ,
La propriété venant au-dessous du double hôtel avait été vendue l’année d’avant par Elisabeth de Beauvau, veuve du duc de Rochechouart, premier gentilhomme de la chambre, à l’Aubespine, marquis de Verderonne, seigneur de Villeflix, lieutenant des gendarmes écossais, ainsi que trois autres maisons. L’une d’elles est le n° 5 de la rue Palatine, construit pour la princesse Anne-Charlotte, palatine de Bavière, qui survécut à son mari, Henri-Jules de Bourbon-Condé, et se fixa au Petit-Luxembourg. L’archevêque de Sens habita longtemps la maison, puis M. de Bonald, le philosophe catholique. On retrouve rue Servandoni les deux autres maisons qui firent partie de la même acquisition. Les filles de la Très-Sainte-Vierge, communauté dite de Mme Saujon, avaient eu, près d’un siècle aupara-
RUES GARANC1ÈRE,
vant, la totalité du terrain et les constructions qui s’y élevaient déjà. Cette communauté s’était formée en 1663, et elle avait donné de l’extension à son établissement trois années plus tard : l’avocat Bénard avait alors cédé moyennant échange à Mme Saujon, supérieure, assistée dans l’acte par Thérèse d’Auvray, Anne-Marie Lechevalier et Marie- Madeleine Divrot, représentant avec elle la plus grande et saine partie des filles de la communauté , 75 toises à prendre dans les héritages du coin de la rue Neuve-Saint-Sulpice (Palatine) et des Fossoyeurs (Servandoni), où deux maisons étaient bâties, plus une grande maison tenant par-devant a la rue Garaneière, par-derrière auxdits héritages, en aile à la rue Neuve-Saint-Sulpice. Agrandissement qui n’a pas fait durer de quatorze ans la
communauté de Mme Saujon.
Les Dulau-d’Allemans, déjà propriétaires dans la rue Garaneière sur le côté droit, .occupèrent de l’autre un hôtel ; c’était probablement la seconde face de la maison qui leur appartenait rue de Tournon. Avec laquelle des deux propriétés était de front ce qu’on appelait alors n° 1 ? Poncelin de la Roche-Tilhac y ouvrit une souscription à son ouvrage intitulé : Chef s- d' œuvre de Vantiquité sur les beaux-arts ; Monuments précieux de la religion des Grecs et des Romains, de leurs sciences, etc. (2 vol. in-folio 1784). D’autres compilations sont dues à cet auteur d’une Description historique de Paris. D’éditeur il se mit imprimeur et libraire, pour publier des journaux et brochures patriotiques de sa composition, au commencement d’une révolution dont il épousa tout d’abord les idées avec enthousiasme. Il avait jeté le froc aux orties pour se faire homme du monde; il fut l’un des premiers à ne pas craindre d’y jeter aussi le célibat. Mais les événements du 10 août le ramenèrent, comme journaliste, à mettre de l’eau dans son vin; un