ET NE UVE-DES CAPUCINES
coup de pistolet républicain, a commencé la révolution du 24 Février.
La duchesse d’Orléans, comtemporaine de M. de Meulan, avait eu ses écuries aux n0ï 5, 7 et 9.
Rue Neuve»$aini»Augtistiu. (1)
L'Ancien Panorama . — Girodet. — Les Hôtelleries.— Le Marchand de Vin et le Plombier. — L' Architecte Gabriel. — La Place Gaillon. — Les Censives. — Les Hôtels cUAntin, de Lorges, de Pons , d'Uxelles , Robert , Desmarets , de Grammont, de Grancey , Ménars, de Mouy, de Lionne , de Tresmes , de Pomponne et de Bragelonne.
Le premier cirque Franconi s’installa, au commencement de notre siècle, dans le jardin, devenu public, des ci-devant religieuses capucines, et ce jardin prenait de notre rue Neuve-Saint-Augustin nonseulement son extrémité à partir de la rue de la Paix, mais encore un espace équivalent à la moitié de celui-là, sans solution de continuité. De la même foire ont fait partie un petit théâtre et des jeux de toutes sortes, voire même un panorama, qui a pu .succéder au cirque. Avant que lesdites religieuses eussent quitté la rue Saint- Honoré pour s’établir entre la place Vendôme et le rempart, leur jardin était occupé par un immense marché aux chevaux. Or la rue Neuve- Saint-Augustin aboutit depuis 1806 au «boulevard des Capucines, et un panorama, qu’il soit ou non la transformation de l’ancien Franconi, a fait place en 1830 aux deux maisons qui portent dans la ru‘e les n1 * * * 05 58 et 60.
(1) Notice écrite en 1800. Depuis lors la rue Monsigny
s’est prolongée au-delà de la rue Neuve-Saintr Augustin,
que doit aussi traverser une avenue nouvelle, qui n’y
donne encore que d’un seul côté, à l’endroit où la
croise déjà la rue Louis-le-Grand.
RUE NE ü VE-SAINT- AUGUSTIN.
Le peintre Girodet s’est fait bâtir, n° 65, une jolie maison, de laquelle nous avons parlé dans notre Histoire de l'ancienne Sainte-Barbe et du Collège Roiiin, parce que ce grand peintre avait fait ses humanités à Sainte-Barbe. C’est par originalité que l’artiste se contenta d’ébaucher l’intérieur de son habitation : sa chambre n’eut jamais de papier. Girodet y rendit son dernier soupir le 9 décembre 1824. David, dont il était l’élève, avait dit de lui : — C’est mon plus bel ouvrage !
Aussitôt que la démolition d’une maison ‘de l’autre siècle eut permis à la rue Neuve-Saint- Augustin de s’étendre jusqu’au boulevard, de nouveaux hôtels garnis servirent d’attaches, pour ainsi dire, au nouvel appendice. Bientôt le groupe s’en trouva principalement composé de l’hôtel Chatham, qui depuis n’a qu’à peine * changé de place, et des hôtels de l’Amirauté, Rastadt et de l’Empire. Néanmoins en 1807 un autre hôtel dit de l’Empire était, dans la rue Cérutti, l’ancienne résidence de Laborde, ou Laffitte s’installa plus tard. Paris n’aVait alors que quatre hôtelleries princières, et celle-là en était une, où descendissent les voyageurs que suivait un train de maison, un incessant besoin de représentation ; chacune d’elles s’était arrangée d’une demeure aristocratique, abandonnée dans la Révolution. L’hôtel Beauvau, Faubourg-Saint-Honoré, s’appelait ainsi du Princede-Galles ; l’hôtel Pinon portait le nom de la rue Grange-Batelière, parce qu’il y était situé ; mais l’hôtel Richelieu, rue Neuve-Saint-Augustin, n’avait eu recours à aucun pseudonyme pour mettre jusqu’à la chambre à coucher du maréchal, neveu du cardinal, au service de plus d’un croquant qui chez lui-même n’aurait été reçu que pour y dîner à l’office.
Sur la porte d’un marchand de vin, au coin de la rue Louis-le-Grand, on lit ces mots : Maison
242 RUE NEUVE-SAINT-AUGUSTIN
Ravaut fondée en 1640. Alors elle a connu l’époque où la partie septentrionale de la rue Gaillon, dite de Lorges, passait par-là, au lieu de la rue Neuve-Saint-Augustin, qui n’allait pas encore si loin, et de la rue Louis-le-Grand, qui avait encore à la croiser. Quel malheur que de l’hôtel Richelieu, anciennement d’Antin, pas une seule pierre n’ait été équarrie avant l’année 1707 ! L’immeuble dont le rez-de-chaussée est exploité par le comptoir d’étain qui se flatte d’avoir désaltéré des partisans du duc de Beaufort ou du coadjuteur, paraît à coup sûr moins ancien que le 16 de la rue Louis-le-Grand, un des restes de cet hôtel. Par exemple, le marchand de vin tient, du côté de notre rue, à l’établissement d’un plombier dont la fumée s’en va par un tuyau presque aussi haut que la colonne Vendôme, et ce plombier serait fondé à mettre sur le devant rabougri de sa bicoque : Ancienne basse-cour de l'hôtel Richelieu. Les écuries étaient au 45, mais à l’époque du duc d’Antin. La basse-cour faisait face à un quartier d’infanterie alors qu’elle fournissait aux laits-de-poule du maréchal, qui leur devait sans doute en quelque chose d’être le plus infatigable des galants.
En 1824 cette propriété fut encore mise en vente sous son titre suranné d’hôtel; le jardin carré qui en dépendait alors projetait des feuilles mortes par-dessus un mur de la rue du Port- Mahon, qui avait été dite de Lorges et Chamillard. Cette rue s’était ouverte avant celle de Hanovre : les estampilles de l’une et de l’autre nous rappellent deux victoires du duc de Richelieu, dont nous revoyons le pavillon de Hanovre à l’angle de la rue Louis-le-Grand et du boulevard. L’hôtel s’était sans doute étendu, dans le principe, jusqu’à la porte Gaillon. N’est-ce pas encore un de ses bâtiments qui relie le carrefour de ce nom à la
RUE NEUVE -SAINT* AUGUSTIN"
rue Neuve-Saint- Augustin ? La caisse hypothécaire avait là ses bureaux quand Olinde Rodrigue et Enfantin, qui appartenaient à cette administration, en firent, à l’entresol, le berceau du saintsimonisme.
Le financier Lacour des Chiens avait demandé à Pierre Levée le plan de l’hôtel vendu en sa sixième année au duc d’Antin. Ce duc, dans sa prévenance de courtisan, avait rasé en une nuit, à Fontainebleau, tout un pan de forêt, qui gênait la vue de Louis XIV ; à Paris, les Champs-Elysées lui devaient, au contraire, assez d’ombrages pour qu’üne avenue y fût à sa dédicace. Ne fit-il pas encore mieux rayonner autour de sa demeure son nom ducal, qui est resté à une rue et que le boulevard limitrophe, en prenant la suite du Cours, portait d’abord? Tout un quartier n’a-t-il pas eu pour souche, par-delà ce boulevard, une chaussée d’Antin ? Le passage de Michel de Chamillard dans la même résidence laissa bien moins de traces. Richelieu n’en prit possession qu’en 1757, poür y procéder tout de suite à de nombreux embellissements.
Aussi bien deux balcons jumeaux feraient rugir les grosses têtes de lion qui les soutiennent, si nous passions devant les nos 47 et 49 sans leur en faire nos compliments. L’architecte Gabriel prénommé Jacques-Ange s’est donné cette résidence, où le peintre du même nom demeurait aussi sous Louis XV. Comme cette famille a fourni plusieurs architectes de suite, désignons mieux encore celui dont nous parlons en rappelant deux de ses ouvrages : la double colonnade de la place Louis XV et l’École-Militaire.
Chamillard, contrôleur-général des finances, a disposé également, dans la rue, d’un hôtel édifié par Mansart pour Fromont, fermier-général. Guy de Durfort-Duras, comte de Lorges et de Quintin,
RUE NEUVE SAINT-AUGUSTIN
maréchal de France, en avait été le second propriétaire et y avait annexé une place triangulaire, sur laquelle s’était élevée la porte Gaillon, et dont l’adjudication avait été prononcée à son profit, le 10 juin 1688, par le bureau de la Ville. Donc ce comte ne pouvait pas être le Durfort-Duras duc de Lorges qui a commandé en Guienne quand le maréchal de Richelieu n’était pas à son poste de gouverneur de cette province. S. A. S. la princesse douairière de Bourbon-Conti, qui s’est accommodée de cette maison à la ville, était veuve de Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, qui avait épousé en elle M,le de Blois, Marie-Anne, fille légitimée de Louis XIV et de M,le de Lavallière. Aussi l’hôtel était-il Lavallière en l'année 1739. Le duc de Lavallière, héritier de la princesse, y a vendu en 1767 à Christian IV, duc régnant de Deux-Ponts, prince palatin du Rhin, duc de Bavière.
La formation de la rue de la Michodière reprit ensuite à l’hôtel de Deux-Ponts plus que le terrain de l’ancienne porte de ville n’y avait ajouté, et toutefois ne le détruisit pas entièrement. Les communs, la cuisine, l’office et le garde-manger ont dû sauter; mais d’autres bâtiments ont probablement résisté tant du côté de la nouvelle rue, où la basse-cour avait chanté le point du jour, que sur la rue Neuve-Saint-Augustin, dont l’alignement était dépassé par la cour^ d’entrée, précédant une plus grande cour. D’après un état qui tenait compte de l’ouverture de la rue delà Michodière, le carrefour Gaillon a mis absolument en regard du duc de Richelieu le marquis de Pons, comme lui propriétaire d’un hôtel avec jardin au coin de la rue Neuve-Saint-Augustin.
Dans l’origine, un marais suburbain, près de la porte Gaillon, appartenait à l’abbé de Saint-Victor et à ses religieux. Cette abbaye avait, en outre,
RUE NE U VE-SAINT- AUGUSTIN
dans sa censive quelques-unes des maisons de la rue, bien que le plus grand nombre d’icelles relevassent de l’Archevêché, quelques-unes du fief Popin, d’autres de la Grange-Batelière et l’hôtel de Lorges de la Ville. La rue Neuve-Saint-Augustin avait même été Saint-Victor, d’après un registre censuel de 1663; elle faisait alors suite à une rue Saint-Augustin qui régnait le long d’un mur du couvent des Petits-Pères, augustins réformés. On ne l’a dite de Lçrges que près de l’hôtel de ce nom.
Le partisan Cotte-Blanche avait fait bâtir une maison qui n’attendit pas notre siècle pour former deux propriétés, le n° 22 et le n° 24 de la rue Neuve-Saint-Augustin. Le comte d’Estrées et de Cœuvres, grand d’Espagne, maréchal et , vice-amiral de France, qui contribua puissamment à assurer la couronne d’Espagne au petit-îils de Louis XIV, et le cardinal d’Estrées, qui fut de l’Académie- Française, celui-ci usufruitier, celui-là nu-propriétaire, vendirent les deux maisons indivises, en 1707, à Charles de Ferriol, ambassadeur de France à la Porte ottomane. Deux domestiques de ce diplomate ont donné le jour ai> fermiergénéral Bouret de Vézelay.
Le 24 fut gardé plus longtemps que l’autre par la famille de l’ambassadeur. Néanmoins Renouard de la Touanne, trésorier de l’extraordinaire, qui mourut vers la fin du règne de Louis XV, avait eu le temps d’y réunir uu cabinet de curiosités. Vint ensuite le marquis de Pons. Mais pour que sa propriété fît retour sur la place Gaillon, ne fallait-il pas qu’elle eût empiété sur l’hôtel de Deux-Ponts? Quel que fût l’agrandissement, un nouveau morcellement permettait avant peu de bâtir ou de rebâtir à l’angle du carrefour.
Le 22 fut la maison mortuaire du maréchal d’Uxelles, qui avait fait partie des sociétés de
RUE NEÜVE-SAINT-AUGUSTIN
Mme de Lafayette et de Mme de Sévigné, et dont les biens avaient passé, faute d’enfants, dans la maison de Beringhen. Uxelles, ayant eu toute sa vie de l’éloignement pour le mariage, s’en était excusé par cette déclaration :* — Je n’ai jamais rencontré un homme tel que je^youlusse être son père.... Toutefois le fermier-général Lallemantde Betz, seigneur de Nanteau, achetait, le 23 juin 1730, ce n° 24, qui tenait par-derrière au mur du rempart ; ses vendeurs étaient MM. Augustin de Ferriol, président honoraire au parlement de Metz, Antoine Ferriol, comte de Pont-le-Veyle, lecteur du roi, poète et auteur de comédies, ami de Mme du Deffant, et Charles-Augustin Ferriol, comte d’Argental, frère cadet de Pont-de-Veyle, ardent admirateur et correspondant de Voltaire, auteur présumé du roman Le Comte de Comminges , qui parut SOUS le nom de sa tante, la fameuse Mme de Tencin. Au fermier-général succéda rue Neuve-saint-Augustin Mme de Marsan, et le même immeuble eut, dans ce siècle, pour locataires à citer, Mlle Mars, l’architecte Visconti.
Charmant séjour que le n° 20, sans qu’on s’en doute par-devant ! Un fabricant de fleurs artificielles y Jtmit d’une moitié de jardin, élevé en terrasse sur l’ancien mur de la ville et sur des écuries; une séparation à claire-voie en laisse voir l’autre moitié, qui dépend d’un corps-de-logis donnant sur la rue de Hanovre. Possible que Mlle Guimard ait profité de cette double issue, un passage en sous-sol paraissant des mieux faits pour parer aux indiscrétions qu’auraient commises, même en été, les éclaircies des ombrages du jardin ! Toujours est-il que Robert Douilly, receveurgénéral des finances à Poitiers, avait joui de cet hôtel ; que messire Louis Robert, président à la cour des comptes, y avait fait peindre, dès 1679, trois plafonds par Jean Jouvenet, et que Desmarais,
RUE NE U VE-SAINT AUGUSTIN
grand-fauconnier de France, gendre du président Robert, y fut mitoyen avec les Ferriol. La comtesse de Choiseul-Beaupré a disposé plus tard du même hôtel et des deux encoignures de la rue de Choiseul.
Un hôtel d’Arles, marqué sur le plan de Paris en 1714, était-il autre que celui dont nous venons de parler? Le n° 3 de la rue de Choiseul n’en a-t-il* pas lui-même fait partie, d’après le plan de 1739, bien que cette rue ne fût pas encore tracée ? De toute façon le 3 Choiseul a été aux Grammont, qui ont principalement donné leur nom à ^ancien hôtel du partisan Monerot, formant saillie sur notre rue à l’endroit où s’y est ouvert postérieurement celle de Grammont. Les familles Choiseul et Grammont avaient contracté, d’ailleurs, une alliance que deux rues jumelles nous rappellent. Auxdits Grammont appartenaient aussi le 8 et le 6 de la rue Neuve-Saint-Augustin. Le 4 n’était-il pas la demeure de M. de Grancey, avant que le président Ménars y disposât de nombreux rayons pour la bibliothèque de Thou ? Comme le jardin de Thévenin, que Sauvai a décrit, cette maison a fait partie sûrement de l’hôtel Ménars, qui avait plusieurs portes rue Richelieu.
De l’autre côté, avant la mort de Louis XIV, Frémont d’Auteuil avait une maison ; reconnaissons-la dans le fond des nos 29 et 31. L’hôtel de Mouy n’était pas autre à l’époque où le marquis de Mouy, mari d’une Crozat, avait pour vis-à-vis Mme de Marsan et le marquis de Pons.
Le ministère des finances, entre les rues Neuvedes-Petits-Champs et Neuve-Saint-Augustin, avait été l’hôtel du Contrôle-général, des Ambassadeurs extraordinaires, de Pontchartrain et de Lionne. La division des Eaux-et-Forêts y avait encore ses bureaux, rue Neuve-Saint-Augustin et rue Marsollier, quand le théâtre Ventadour se bâtissait
RUE NEUVE-SAINT-AUGUSTIN
sur l’ancien jardin du ministre, vers le milieu du règne de Louis-Philippe.
De l’hôtel de Lionne avait pu sortir, en totalité ou en partie; celui de Boisfranc, ensuite de Tresmes, que le duc de Tresmes affermait,' sous la Régence, au comédien Poisson, avec une permission de jeu, moyennant 10,000 livres par mois. Une grande salle y retentissait du bruit de castagnettes fêlées que produisaient incessamment les dés en sautillant dans les cornets, et c’était -comme l’antichambre de l’appartement où recevaient le pharaon et le lansquenet; les salons du trictrac et de la toccadille venaient au-delà, puis une pièce où quantité de tables se dressaient pour le jeu d’à l’ombre. Là résida bientôt le duc de Gesvres, gouverneur de Paris. Nous croyons que cet hôtel de Gesvres a légué le gros-œuvre de sa porfe et le fronton qui la surmontait au passage Choiseul; nous ne doutons même pas qu’il ne reste plus encore de cet hôtel au-dessus du passage, près de ladite entrée, dans un ou deux immeubles de la rue Monsigny, par-là parallèle au passage.
A la veuve du marquis de Louvois, lequel avait perdu la vie au moment même où le pouvoir lui échappait, le n6 13 appartenait en 1692, avec deux maisons contiguës : l’hôtel Louvois de la rue Richelieu n’avait-il pas eu là comme une aile ? Ah ! que de grands noms défilent en cette parade ! Le 5 est lui-même, à n’en pas douter, un hôtel de l’ancien régime, qu’onr a refait en diminuant de moitié l’élévation de ses étages. Enfin le 1, dans le cours de l’autre siècle, a eu pour habitante la marquise de Villarceaux. Nous savons, d’ailleurs, qu’en l’an de grâce 1754 l’hôtel sur cette ligne le plus voisin de la rue Richelieu était au marquis de Pomponne, descendant d’Arnauld d’Andilly, et un autre, entre celui-là et celui de Tresmes, à M. de Bragelonne.
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0 rue d’agents de change et d’avoués, de dentistes et de layetiers, de modistes eide couturières, qui te croirait dans le passé aussi ministérielle et aussi patricienne, aussi puissante et d’aussi bonne maison? Je t’aimais, et pardessus toutes, avant de soupçonner ton aristocratie native. Ne se cache-t-elle pas au fond d’écuries transformées en boutiques tant sur la rue que sur la cour, ou derrière des croisées bariolées d’écriteaux et dans des escaliers où chaque porte a sa plaque indicative, avec un bouton qui tourne en sonnant? Faut-il que je m’y sois trompé, moi qui croyais si bien connaître la rue! Ma famille l’habitait déjà quand ,:e faisais mes classes et ne l’a pas encore quittée.
Ilue Vi vienne* (i)
Gomme quoi elle ne doit rien que nous sachions à sainte Vivienne, vierge martyrisée à Rome sous Julien-Ï Apostat et honorée par l'Église le 2 Décembre.
« Avant la Révolution, dit Prud’homme en 1809 (. Miroir de Paris , tome Y), pas une boutique rue Vivienne; à présent elles affluent et. brillent par l’élégance. » Le commerce, depuis lors, n’a fait que croître et embellir dans cette avenue des galeries du Palais-Royal, auxquelles nuit la rivalité du boulevard sans que la rue Vivienne s’en ressente. Il y aura tantôt un siècle que les écussons de ses hôtels se doublent d’enseignes.
La Tynna dit, de son côté, dans son dictionnaire de nos rues, que le passage du Perron fait partie de la rue Vivienne depuis 1806. Mais aujourd’hui les numéros commencent au delà de la rue Neuvedes-Petits-Champs, et nous doutons qu’ils . soient jamais partis de la rue Beaujolais, qui borde la galerie Beaujolais.
Nos nos 2 et 4 ont fait partie de l’hotel Colbert, substitué rue Neuve-des-Petits-Champs à celui de Bautru, comte de Saint-Serran, l’un des membres originaires de l’Académie. Le ministre y avait en vue l’ancien hôtel de Mazarin, dont il avait été l’intendant et qui, à l’article de la mort, l’avait recommandé à Louis XÏV. Colbert, tout en mettant de l’ordre dans les finances, remplissait mieux au
(1) Notice écrite en 1860.
' RUE 4 VIVIENNE
service de l’État que des fonctions d’intendant : il donnait autant d’impulsion et d’encouragements aux lettres qu’aux sciences, aux arts qu’à l’industrie. Le duc de la Meilleraie-Mazarin, neveu par alliance du cardinal, avait hérité de la portion de son palais qui bordait les rues Neuve-des-Petits-Champs et Vivienne; cela devenait ensuite l’hôtel de la compagnie des Indes, et peu d’années après on y réserva à la Bourse une galerie, qui la retint jusqu’en 93 et que remplace présentement un parterre, séparé de la rue Vivienne par une grille. Colbert, archevêque de Rouen, avait succédé, son côté, au ministre, son oncle, dans l’hôtel d’en face, oui fut celui des écuries du duc d’Orléans avant de passer à l’administration des Domaines du roi. La dette publique y avait ses bureaux quand l’année 1826 le vit mettre en vente, ainsi que l’hôtel du Trésor, anciennement de la compagnie des Indes, leurs deux services se réunissant au nouveau ministère des finances.
Dès 4666 Colbert avait acheté des héritiers de Bautru deux maisons, voisines de la sienne, pour y transférer la Bibliothèque du roi, qui lui devait d’être tout-à-fait publique et trop de richesses littéraires pour s’en tenir au local qu’elle encombrait rue de la Harpe, derrière Saint-Corne. Il y avait adjoint le cabinet des Antiques, formé au Louvre par nos rois. Sans compter que l’une au moins des académies <Jont il était le fondateur, celle des Sciences, tenait ses assemblées dans une autre chapelle du même temple, consacré à la religion universelle de l’esprit. Les acquisitions d’imprimés et de manuscrits faites à l’étranger par ordre de Louvois, continuateur de l’œuvre, avaient rendu à son tour insuffisante la double maison, n0s 8 et 10, dont l’archevêque de Rouen était aussi le détenteur, et le grand dépôt de livres changeait encore de place sous la Régence. L’hôtel de Nevers,
RUE VIVIENNE
qui le recevait rue Richelieu, était la portion du palais Mazarin dans laquelle Law avait établi les bureaux de sa banque, mais qu’il avait achetée secrètement des fonds de l’État, en vue d’y fixer définitivement la Bibliothèque. Celle-ci n’a ramené que plus tard à l’unité les bâtiments dont s’était composée la résidence du cardinal, pour s’y mettre encore plus à l’aise.
L’une des deux maisons que la Bibliothèque avait laissées vacantes, du côté droit de notre rue, était habitée sous Louis XV par M. Bourgevin de Saint-Morris, conseiller au parlement, dont la collection de dessins était estimée, et le trésorier des États de Bmagne^y avait aussi ses bureaux. Dans l’autre fonctionnait la Caisse d’escompte, rétablie par arrêt du conseil en 1776 et dont les billets circulaient, comme ceux de notre Banque de France, bien que le cours n’en fût pas plus forcé.
Le grand Colbert n’ayant pas dédaigné de faire pour son propre compté des spéculations sur les terrains dans le quartier, à ses dépens s’était élevé ce que vous voyez entre la grille de la Bibliothèque et la rue de l’Àreade-Colbert (4). Ne dirait-on pas, qui plus est, que toute la rue Vivienne fit partie de sa succession ? De l’immeuble dans lequel s’exploite de longue date l’hôtel des Étrangers à la rue de l’Arcade l’archevêque Colbert encore a été propriétaire, comme si son oncle 11’avait pas eu des fils, qui ont eux-mêmes pris part aux affaires. L’ainé de ceux-ci, Colbert, marquis de Seignelay, qui a été ministre de la marine et à qui Despréaux a adressé l’une de ses épîtres, a disposé, nous ne l’ignorons pas, de l’autre angle de la rue de l’Arcade ; mais il n’a pas survécu plus de sept ans h son père.
(1) Aujourd'hui rue Colbert.
RUE VIYIENNE.
Au commencement du xvnu siècle, Mme Desmousseaux avait le n° 12, que M. de Bonneval, brigadier des armées du roi, hérita de son oncle en 1755 ; la sœur de celui-ci, femme du marquis Talaru de Chalmazel, laissa la même propriété à son fils, M. de Talaru, qui vendit à M. de Baulny, receveur des domaines. La maison, en 1800, n’était-elle pas le théâtre d’un crime ? Le domestique du banquier Contentin, locataire du premier étage, coupa son maître par morceaux et puis le mit dans un panier. M. de Baulny, deux ans après, vendait l’immeuble â M. Durand père.
Le n° 14, qui donnait à Mme Desmousseaux pour voisin M. de la Noüe, avait appartenu à la famille Vivien. Or Vivien, notaire et secrétaire du roi; seigneur de Saint-Marc-sous-Dammartin et du fief de la Grange-Batelière, qui vivait sous Louis XII, eut pour fils Pierre Vivien, procureur-général en la cour des aides, qui épousa Claude Leprévost. Cette dame perdit son mari en 1592 et vécut sept années de plus. Leur fils, Réné Vivien, conseiller du roi et général des monnaies, mourut au mois d’avril de l’année 1630. Pierre était dans la force de l’âge au milieu du xvne siècle ; alors venait au monde la rue Vivien, sa filleule ou sa fille, dont le sexe ne fut reconnu par une désinence féminine qu’après de longues hésitations. Cette rue se prolongeait déjà jusqu’à la rue Feydeau quand les filles Saint-Thomas la raccourcirent, pour agrandir leur domaine conventuel.
M. de Jonquières, secrétaire du roi, demeurait vers 1710 au n° 15, plus tard hôtel Boston. En ce temps-là les autres propriétaires des numéros impairs jusqu’à la rue des Filles-Saint-Thomas étaient : Anjorrand, Boucher, le duc d’Estrées et
RUE VIVIENNE
Mm« Barrois. Le duc d’Estrées n’habitait pas les lieux.
En revanche, on nous montre chez un marchand de tapis, n° 16, au rez-de-chaussée, une pièce où a travaillé le marquis de Torcy, autre neveu , de Colbert. Cet ambassadeur qui fut ministre d’État et président de l’académie des Sciences, épousa la fille du marquis de Pomponne et mourut en 1746 à un âge avancé ; il fut remplacé rue Vivienne par le maréchal de Bezons. L’hôtel de Torcy avait été bâti, sur le tracé de Pierre Le Muet, pour Jacques Tubeuf, surintendant des bâtiments de la reine Anne d’Autriche.
Contigu est un bel hôtel qu’occupa Desmarets, encore un neveu de Colbert ! Il n’était encore que conseiller d’État, il devint contrôleur-général des finances. Sa place fut prise rue Vivienne par le fermier-général Melchior de Blair, puis par son fils, conseiller au parlement qui chargea Boffrand de rétablir l’édifice, puis par l’abbé Boismont, prédicateur du roi, mais à titre de simple locataire. '
Ce dernier n’avait pas encore pour collègue à l’ Académie-française l’abbé de Voisenon lorsqu’un quiproquo se produisit, dû aux rapports phoniques de leurs deux noms. Certain doyeil de Valenciennes, auquel Boismont devait servir une pension sur un bénéfice, mais qui n’en recevait pas un sou, finit par venir à Paris, pour réclamer ses arrérages, et se rendir tout droit rue de Vaugifard, où il croyait trouver son débiteur ; mais celui-ci avait changé d’adresse et un nouveau portier ne savait même plus où renvoyer une visite aussi retardataire. Un officieux qui passait indiqua par méprise le domicile de Voisenon, qui était alors à Belleville. Un petit voyage de plus fut donc fait par le créancier qui, par malheur, se présenta en l’absence du maître du logis et ne
RUE YIVIENNE.
put annoncer que par un billet l’objet de sa démarche. Voici quelle fut la réponse:
« Je suis fâché que vous ne m’ayez pas trouvé, Monsieur; vous auriez vu la différence qu’il y a entre monsieur l’abbé de Boismont et moi. Il est jeune, et je suis vieux; il est fort et robuste, et je suis faible et valétudinaire ; il a une grosse et riche abbaye, et j’en ai uue très-mince : il s’est trouvé de l’Académie sans savoir pourquoi, et l’on me demande pourquoi je n’en suis pas: il vous doit une pension enfin, et je n'ai que le désir d’être votre débiteur.
Je suis, etc.
Voisenon.
Sur un sermon prononcé par l’abbé de Boismont dans une assemblée de charité, la quête produisit 150,000 livres pour la fondation d’un hospice militaire et ecclésiastique à Montrouge. Ses oraisons funèbres étaient pourtant loin d’effacer celles de Fléchier. Du reste, il aimait beaucoup le monde, faisait des vers, jouait même la comédie. En 1786 M. de Boismont, comme il sentait sa fin approcher, reçut le visite de l’abbé Maury qui, plusieurs fois, dans la conversation, ramena le malade sur des circonstances de sa vie, dont il demandait le détail. Un pareil interrogatoire, bien qu’il le subît de bonne grâce, arracha au patient cette exclamation : — Voilà un candidat qui prend mesure d’un discours de récipiendaire!
Le 20, dans l’origine, a dû faire corps avec le 22. Le premier a pourtant appartenu isolément à Debrieux, maître-d’hôtel chez le grand roi. Le second a été l’habitation du marquis de Lionne, puis de Lempereur, échevin, qui y réunissait une galerie de .tableaux, et il est depuis longtemps dans la famille de M. le baron d’Ancourt.
Au coin de la place de la Bourse, M. Onslow, le musicien, est Maintenant propriétaire d’un
RUE VIVIENNE
hôtel qui coûta 100,000 écus à Brioult d’Ailly, receveur-général des finances à Poitiers, avant qu’y résidât Louis Phélypeaux de Pontchartrain, que sa nomination de chancelier en tira au mois de septembre 1699. Le marquis de l’Hospital, qui occupa le même hôtel après M. de Pontchartrain, pouvait être le mathématicien de ce nom, auteur de {'Analyse des infiniments petits , qui s’enferma quatre mois avec Jean Bernouilli pour étudier le calcul différentiel, que Leibnitz venait d’inventer. Si ce n’est lui-même, c’était son fils. Vint ensuite le savant Bignon, bibliothécaire du roi, dont le grand-père avait rempli les mêmes fonctions, après celles d’avocat-général au parlement de Paris.
Quand fut démoli le couvent des filles Saint- Thomas, dont la porte faisait vis-à-vis depuis cinquante ans à notre rue, celle-ci pour la seconde fois se continua jusqu’à la rue Feydeau. Elle poussa jusqu’au boulevard Montmartre en l’année 1829: M. Achille Pêne, propriétaire du terrain, s’était chargé, moyennant un million, d’opérer ce dernier prolongement. Un corps de bâtiment de l’ancien hôtel de Montmorency était resté debout au milieu des constructions neuves; le duc d’Orléans, fils du roi, en fit son cercle particulier: il y recevait principalement des officiers. Un café, depuis la mort du prince, profite d’un grand salon qui a été sculpté et doré pour les Montmorency.
Une Villedo. (i)
Les journaux qui insèrent, avant qu’elles aient paru dans la première édition de nos Anciennes Maisons de Paris sous Napoléon III , quelquesunes des notices dont se compose cette publication historique, tiennent toujours à choisir les bonnes rues. Ainsi les mauvaises portent, pour commencer, la peine des immoralités publiques; mais elles finissent par trouver grâce devant un public indulgent, qui nous saurait fort peu gré d’une pruderie habile à passer sous silence tout ce qui n’est pas édifiant. De compagnie vont le bien et le mal, à travers une grande ville. La rue Villedo, elle principalement, s’est perdue de réputation à voisiner avec les galeries de Bois, d’où tous les soirs les robes les plus courtes et les plus décolletées lui revenaient, suivies de près par des bottes, ou bien par des souliers à boucles.
L’entretien d’un pareil commerce d’amitié ne laisse guère le temps de regarder les étoiles qu’en plein midi ; car elles ne luisent, la nuit, dans aucun ciel de lit. A ce point de vue n’était pas déplacé, en la rue Villedo, un Spectacle uranographique des phénomènes de V univers, qui réprésentait, au commencement de l’Empire, la nature dans ses merveilles : cette description des corps célestes avait pour auteur Charles Roy. La plupart des maisons voisines eussent compromis une demi-vertu, et rarement la plus honnête fille poussait la naïveté et l’innocence jusqu’à ne pas éviter cette rue par un détour, au risque d’allonger
(1) Notice écrite en 1864.
RUE YILLEDO.
son chemin. On y prenait le passant au collet, tout en le complimentant sur sa bonne mine, aussitôt que le réverbère s’allumait à chaque extrémité de la rue, et deux laitières y commençaient à peine, le lendemain, à remplir des tasses de faïence, que déjà les croisées s’entr’ouvraient pour faire: — Pstt !... Une fois exilées des galeries du Palais-Royal, les bergères d’Amathonte tinrent bon, faute de mieux, dans les rues- d’alentour ; M. Prudhomme, en garde national, dit encore à plus d’une, après 1830 : — Permettez-moi de vous appeler Cypris... Courtoisie dont ne se plaignaient pas, rue Yilledo, deux chefs de parties en renom : la Legrand, alors n° 10, et la Delille, que remplace au n° 4 une nouvelle femme Legrand.
À ce dernier numéro près, unus muitorum , la rue Yilledo s’est rangée, après un demi-siècle d’égarements, lesquels n’avaient plus pour excuse le besoin d’essuyer les plâtres.
On y rencontrait sous Louis XVI, à main droite, la manufacture de plomb laminé de Laurent et le bureau de Dufresne, agent-de-change ; à main gauche, l’hôtel d’Agoult. Le vicomte d’Agoult était sous-lieutenant aux gardes-du-corps, puis mestre-de-camp, et son frère, évêque de Pamiers. Dans la suite, l’officier devint lieutenant-général et gouverneur du château de Saint-Cloud. Les Crussol avaient eu leur hôtel à l’un des angles de la rue Richelieu ; mais je crois que c’était sous la Régence.
Toute une famille qui a marqué dans les fastes de la chorégraphie demeurait au n° 3, en 1771 : elle se composait de Gardel père, ancien maîtredes-ballets à la cour de Stanislas, qui ne dédaignait pas de figurer tout simplement à l’Opéra; de Gardel aîné, danseur et maître-des-ballets au même théâtre ; de Gardel cadet, doublure de son frère et figurant dans les chœurs delà danse, et de Mlle Gardel, danseuse. Les représentations de l’Opéra