IMPASSE DU COQ
à une propriété dont disposait l’œuvre et fabrique de Saint-Jean-en-Grève. Gontet, procureur au parlement, était l’autre voisin de Sala, rue du Coq ; il y succédait à son père qui, procureur également, n’en avait eu que plus de facilité à se rendre adjudicataire, en 1687, d’une maison à l’enseigne du Moulinet, dont le propriétaire était auparavant Denyau, docteur-médecin.
L’enseigne du Coq avait, sous Charles VI, modifié le nom de cette rue, qui s’était appelée d’abord comme plusieurs de ses habitants : André- Mallet, dès 1273 ; Lambert-de-Rasle, auparavant ; Henri-Mallet, en 1243, et elle était déjÀ séculaire à cette date.
liste Saint- Martin, (4)
Origines de la Rue. — Ses Affluents . — Chapelain.
— Les Fiacres. — Saint- Merri. — L'Industrie. — Les Coches. — Le Passage Jahaçh. — La Maisoyi de V Annonciation. — Assassinat a?uh Agioteur.
— Saint- Julien-des- Ménétrier s . — Le Théâtre
Molière. — L Abbaye de Reigny. — L'Hôtel de Vie. — L’Échelle. — - Le Vin Médecin. — La Maison Detouche. — Saint- Martin-des- Champs.
— S aint-Nicolas-des- Champs . — La Prison. — Le Bal.
0 versatilité parisienne ! N’est-ce pas déjà se montrer un peu archéologue que de parler des rues de la Planche-Mibray et des Arcis, réunies à la rue Saint-Martin en 1851? Leurs maisons séculaires ont disparu, depuis l’annexion. A la rue des Lombards commençait la rue Saint-Martin proprement dite. Une maison h cinq étages, sans compter la boutique, mais à une seule chambre par étage, était la première de la rue ; le notaire Monnier la laissa en l’année 1683 à Anne Monnier, veuve de Tisseney, marchand à Bordeaux, et le bonnetier Gautier "en fit l’acquisition en 1767. Cette même rue finissait à la porte de la
(1) Notice écrite en 1860. Le passage des nouvelles rues Turbigo et Réaumur n’avait pas encore fait perdre à la rue Saint-Martin un nombre de maisons, qu’a augmenté son propre élargissement au;x: abords de l’église Saint-Nicolas-des-Charaps et du Conservatoire des Artset-Métiers, plus la formation d'un square en face de ce Conservatoire, ancien monastère de Saint-Martin-des- Champs.
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deuxième enceinte de Paris, c’est-à-dire au lieu appelé l’Archet de Saint-Merri, près de l’église Saint-Merri, avant que Gérard de Poissy contribuât à l’établissement du pavé de Paris, en donnant 11,000 marcs d’argent a Philippe-Auguste. Elle ne tarda pas à arriver rue Grenier-Saint-Lazare ; elle touchait sous Charles VI à la rue Neuve-Saint- Denis, enfin sous Louis XIII au Rempart, converti de Cours en Boulevard.
Au nombre des maisons à citer en bordure de cette voie, qui était encore la plus droite de Paris au commencement de l’Empire, figure le 81, qu’a sans doute habité Chapelain, et comme il était poète, une vieille, mansarde ajoute à la vraisemblance de cette indication, qui ne se justifierait qu’approximativement. Toutefois Chapelain fut-il, comme la majorité de ses confrères du Parnasse, un pauvre diable? Fils d’un notaire, il arriva de bonne heure à la réputation ; mais sa Puceiie demanda trente ans de travail, et elle obtenait par surprise un grand succès quand Boileau se mit à la traverse. Richelieu l’avait pensionné et fait siéger de premier choix à l’Académie ; Colbert prit son avis en grande considération pour distribuer aux savants et gens de lettres les libéralités de Louis XÏV. La fin de Chapelain se ressentit de ce qu’il était non pas pauvre, mais avare : il se mouilla un jour d’orage à mi-jambe, en rentrant chez lui, pour épargner le peu qu’il fallait donner au savoyard dont la planche permettait de passer la rue à pied sec, et il en contracta une maladie mortelle. N’est-ce pas dans la rue Saint- Martin que coulait le ruisseau fatal? Chapelain né devait pas s’interdire jusqu’à un changement de domicile ; il n’était même pas homme à se priver toute sa vie du pavillon hospitalier que plus d’un grand personnage réservait à un poète. Nous savons qu’il a demeuré à l’entrée
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d’une ruelie Saint-Fiacre, cul-de-sac ensuite, et plus d’un coin de rue de Paris a invoqué ce saint sur son inscription. Mais il est constant que l’auteur de la Pucelle a reçu l’inhumation à Saint- Merri.
Les voitures publiques de Paris ont eu leur grande remise à l’image de Saint-Fiacre, rue Saint-Martin, en face de la rue du Cimetière-Saint-Nicolas (Chapon) . Jacques Sauvage y dirigeait l’administration des fiacres, en 1637, et Galland possédait la maison. Là un entrepreneur avait été le premier à mettre des voitures de place au service du public. N’a-t-on même pas dit que cet innovateur s’appelait Fiacre ? Néanmoins il se peut que ses véhicules n’aient été dits des fiacres qu’en raison du premier usage qui en aurait été fait, le jour de la fête du saint, pour le transport des voyageurs à l’hospice qu’il avait fondé auprès de Meaux.
L’église dédiée à Saint-Merri doit son origine à une chapelle, connue dès le siècle xie, que les chanoines de Notre-Dame ont érigée en collégiale sous le règne de Robert II. Reconstruite vers 1520, parachevée en 1612 et restaurée en 1836, elle a été le temple du Commerce pendant v la grande révolution. Quelle paroisse commerçante que la sienne, en tout temps ! N’était-ce pas le cœur de la place? On y avait des correspondants sur toutes les autres places de commerce, et les affaires, malgré ce qu’elleà comportaient déjà d’aléatoire, n’y semblaient pas un jeu, La rue Quincampoix elle-même s’était contentée de faire jouer les ressorts ordinaires du commerce, avant de se livrer aux accès d’un agiotage furieux. Dans la vue Saint-Martin il y avait dès-lors un café du Commerce, et le siècle précédent y avait mis en état de rivalité deux traiteurs, au Pressoir- d’Or, à l’Hôtel-de-Bruxelles. On venait assez dans cette rue pour affranchir souvent ses habitants de la
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nécessité du déplacement; on y avait toutefois inventé les fiacres, comme nous venons de le voir, pour faire des courses en ville et des parties de campagne, et le coche y prenait des voyageurs depuis la même époque. Deux services réguliers de carrosses partaient d’une maison à l’enseigne du Cardinal-Lemoine, l’un à la destination de Reims, tous les vendredis, l’autre à celle de Soissons, Laon et Notre-Dame-de-Liesse, tous les jeudis.
Le n° 89, qu’on qualifie maison de l’Annonciation, nous montre un bas-relief, à côté d’une rue du xme siècle, élargie çà et là, que M. de Corbière, en 1822, a fait appeler La Reynie, pour ne plus dire Troussevache. L’immeuble provient évidemment d’un des ordres religieux et militaires institués en l’honneur du mystère de l’Annonciation, et probablement des servîtes, autrement dits blancs-manteaux, ordre aboli en France sous Louis ÏX.
Le n° 103, haut, étroit et non sans sculptures, est à l’enseigne du Chapeau-Rouge: il a déjà eu sa mention quand nous nous arrêtions rue Aubryle-Boucher. Une maison presque à la hauteur de cette rue et à l’image des Trois-Maillets appartenait sous Louis XV au président Maillant.
Aux nos 108 et 110 est le passage Jabacli, formé en 1824 par MM. Rougevin, Mélier et Néron, à l’entrée d’un hôtel dont se maintient le bâtiment et qui devait son nom au financiér Jabach. Le 5 et le 6 juin 1832, l’insurrection républicaine fit du passage un théâtre de luttes. Ce qu’on appelle la maison gothique, un peu au-dessus, nous paraît un pastiche / on reconnaît toutefois des colonnettes d’une finesse authentique dans ce décor plus que brossé, où un bas-relief semble dû au merveilleux système reproducteur de notre ami Lottin de Laval.
L’image de Sainte-Geneviève servait déjà à'
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distinguer le n° 121 alors que la Ville adjugea à Nicolas Moreau la maison de la fontaine Maubuée, située en face: année 1733. La fontaine remontait déjà à quatre siècles, encore qu’elle eût la rue de son nom pour aînée. Du même âge est la rue de Venise, qui traverse la nôtre un peu plus loin : une largeur de 6 pieds n’y , étant excédée que par exception, ses maisons paraîtraient tout de suite vénitiennes si peu qu’v . vînt à luire le feu éternel des madones et des beaux yeux de filles . On l’a dite, rue Plâtrière et de la Corroierie, d’une part, rue Érembourg-la-Tréfflière et Bertaut-qui- Dort, d’autre part, avant que le xvie siècle la vît ceindre un Écu-de- Venise, qui pendait à l’une de ses portes. On doit retrouver rue de Venise la maison où un comte de Horn, capitaine réformé, assassina, pour le voler, un agioteur de la rue Quincampoix, attiré dans ce coupe-gorge sous le prétexte d’actions à négocier : Horn et un de ses deux complices furent roués en place de Grève. Presqu’en face de cette rue Je sieur Bidot, au Colombier, tenait magasin d’ardoises d’Anjou.
Le fleuve dont nous suivons le cours â toujours eu pour affluent une autre rue, celle des Vieilles- Étuves, où, au coin de la rue Beaubourg et à l’image du Lion-d’ Argent, les femmes se baignaient, niais seules : ce qui ne ferait plus l’affaire des habitantes du n° 14, construction d’ailleurs vénérable.
Toutes les maisons de la rue Saint-Martin ne se contentent pas du petit ménage de deux fenêtres par étage. Le 141 ne fut-il pas un petit hôtel, et le 155 un grand? Les sculptures du 160 ne prouvent-elles pas qu’ii a commencé par être plus enfant gâté que bien d’autres?
Par exemple, malheur aux piétons #qui ont à fairé .pour la première fois dans la pittoresque rue du Maure et que le temps presse! Elle tombe dans la rue Saint-Martin en y dissimulant
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son embouchure. M. Rousseau, notre éclaireur, l’avait prise tout bonnement pour l’allée du 168. Rappelez-vous, cher monsieur Rousseau, que nous avons déjà parlé de la cour et de la rue du Maure, qui ont été la rue Jean-Palée, puis Saint- Julien, à cause de l’hospice Saint- Julien-des- Ménétriers, établi en 1330 par deux ménétriers, au profit des joueurs d’instruments : les fondateurs étaient représentés en joueurs de violou sur le portail de la chapelle, qui fut affectpe en 1649 aux prêtres de la Doctrine-Chrétienne et convertie en maison particulière à la Révolution. On avait continué à se pourvoir, rue des Ménétriers et rue du Maure, de musiciens, qui se louaient pour les noces, pour tout ce qui était une fête : de nos jours, c’est à l’angle des rues Thévenot et du Petit-Carreau que se tiennent, tous les dimanches, des musiciens à embaucher.
Vis-à-vis de la cour du Maure, dans les commencements du règne de Louis XV, M. Route avait une propriété, qui par-derrière donnait rue Quincampoix : un vieux balcon et une lucarne aident à la reconnaître. C’est l’un des anciens logis de la belle Gabrielle, et la Compagnie yles Indes-Occidentales y recevait, vers la fin du xvne siècle, l’engagement des émigrants. Pareil bureau pour les Indes-Orientales se tenait derrière le théâtre de l’hôtel de Rourgogne. Le Roursault qui fut membre de la Convention et qui avait été comédien et directeur de spectacle à Marseille, fonda dans ladite maison Tourte, en 1792, le théâtre Molière, qui fut celui des Sans-Culottes, quand on y jouait les Crimes de la Féodalité ; des Troubadours, pendant le Consulat, et des Variétés-Etrangères sous l’Empire, époque à laquelle s’y représentaient des pièces traduites. Réouverture en 1831 ; item en 1832, avec aussi peu de succès. Puis ce fut un théâtre d’élèves, où M11®
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Rachel reçut de Saint-Aulaire ses premières leçons d’art dramatique. On y donne maintenant des bals publics.*
L’impasse de Clairvaux s’est substituée jadis, entre 178 et 180, à une ruelle de la Petite- Troussevache, grâce à la contruction d’un hôtel qui prenait façade rue Beaubourg : l’abbaye de Glairvaux y avait eu sa maison de ville avant l’abbaye de Reigny, qui était aussi de l’ordre de Cîteaux. L’image de la Croix-d’Or y pendait en l’année 1587, et les moines de Reigny, établis dans le diocèse d’Auxerre, en étaient dès-lors propriétaires. Il vendirent à Hussenot, marchand de dentelles, en 1788.
L’hôtel de Vie, n° 203, fut bâti sous François Ier pour le savant Guillaume. Budé, seigneur de Marly-la-Ville, ambassadeur, maître de la librairie du roi, grand-audiencier et prévôt des marchands, dont les dépouilles mortelles furent déposées en 1510 à Saint-Nicolas-des-Champs. A la place de Guillaume Budé résidait Jacques Sanguin, prévôt des marchands, une soixantaine d’années après. Le vice-amiral Dominique de Vie a sans doute habité l’hôtel : il aimait beaucoup Henri IV et mourut trois mois après lui, le 15 août 1610, des suites du saisissement qu’il avait éprouvé la veille en passant rue de la Féronnerie. Seulement on est beaucoup plus sûr du séjour de Merri de Vie, garde-des-sceaux, dans cette propriété, dont il renouvela l’édifice, postérieurement restauré pour Nicolas Chopin, trésorier du marc-d’or, et occupé en 1752 par l’agent-de-change Papillon.
A l’encoignure de la rue au Maire se dressait l’échelle patibulaire de Saint-Martin-des-Champs des petits-maîtres en goguette la brûlèrent une nuit, sous Louis XV ; le prieur la fit relever, quoique sa seigneurie se bornât déjà à l’exercice du droit de cens, qui se maintint jusqu’à la
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Révolution. La censive de Saint-Martin, quand le prieur commendataire en ét^iit messire Jules-Paul de Lionne, en résidence chez M. de Lionne, le ministre, avait prise en 54 rues, comme la censive des chanoines de Saint-Merri en 33.
Au 215 l’utile et l’agréable se donnent rendezvous chez un marchand de vin, qui panse gratuitement les blessures que se sont faites les ouvriers ; le cabaret à certaines heures se tranforme en infirmerie : au débitant a succédé l’interne. Les excellents effets de sa charpie, de ses baumes et de ses liniments ont valu à Permiseux l’autorisation de pratiquer ouvertement une médecine contre laquelle se gendarmait d’abord l’autorité. Il emplâtre ses consommateurs, en buvant avec eux à leur santé. Quant au débit de vin, c’est un vieux fonds de commerce : un Baroche l’exploitait aux jours où le Pactole du système financier de Law coulait dans la rue Quincampoix, et l’hôtel des Quatre-Provinces florissait au même temps rue Saint-Martin en regard de celle aux Ours.
A-t-on jamais besoin de consulter sa montre près de la rue Chapon? Un superbe régulateur est placé à la devanture d’une des trois maisons déjà vieilles, mais rajeunies, qu’occupent les magasins et les ateliers de M. Detouche : cet appareil si compliqué donne à la fois l’heure de quinze méridiens, indique les phases de la lune, les jours de la semaine, etc. Que de jeunes femmes cependant oublient l’heure, en s’arrêtant sous cette horloge ! L’orfèvrerie, la joaillerie, la bijouterie et l’horlogerie, branches distinctes, autrefois, ont fait un pacte d’alliance pour inaugurer -un bazar où les pendules sont si nombreuses qu’on ne saurait les remonter toutes, ce qui permet à l’amateur le plus exigeant de s’y croire à l’heure de son choix. Le cliquetis des alliances d’or y annonce d’avance l’ouverture du paradis légitime
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de l’amour, avec une pudeur qui semble mettre une sourdine au timbre, tandis que beaucoup d’autre bijoux, plus isolés, pendent coquettement à la montre, ou* bien entr’ouvent la coquille de l’écrin qui les retient dans la mollesse, et ceuxlà lancent de provocantes œillades jusqu’à la mise en branle qui leur donne une partie à faire dans le galant carillon de l’heure du berger. M. Detouche est aussi l’inventeur des tourniquets-compteurs, que les petits spéculateurs maudissent, à la porte de la Bourse. Les pièces astronomiques, des appareils uranographiques et des pendules électriques ont élevé cet industriel au rang de savant praticien. Il vient de faire, en bon voisin, présent d’une horloge remarquable au Conservatoire des Arts-et-Métiers, fondé par la Convention dans l’ancienne abbaye de Saint-Martin-des-Champs. La sonnerie de cette pièce merveilleuse peut, à volonté, répéter l’heure après chaque quart : n’est-ce pas un perfectionnement éminemment ingénieux et utile, au point de vue des horloges publiques ?
L’abbaye Saint-Martin-des-Champs remonte probablement au YI° siècle ; les rois de la troisième race y ont eu un séjour. Henri Ier y a fait rebâtir le royal manoir que Robert- le-Pieux, son père, avait eu en prédilection, et Philippe Ier, fils de Henri, l’a donné à l’ordre de Cluni, avec l’abbaye convertie en prieuré. Fortifié au siècle XIe, le monastère entier a œ té réparé dans le cours, du suivant. Pierre de Montreuil y a laissé dans le réfectoire un chef-d’œuvre; le cloître est de la fin du règne de Louis XIV ; le grand dortoir, bien , qu’achevé en 1720, s’embellissait encore peu d’années avant la Révolution. La conservation de ce beau monument n’est sans doute due qu’à la destination nouvelle qui a été votée sur la proposition du conventionnel Grégoire, évêque constitutionnel de Blois. L’enclos de Saint-Martin étant lieu
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de franchise, tout artisan pouvait y travailler pour son compte sans avoir été reçu maître. Ce domaine avait embrassé, dans le principe, tout l’espace compris entre le boulevard et la rue Grenier - Saint-Lazare, et rien n’en était alors dans Paris.
Un prêtre à la nomination du prieur n’y desservait que depuis l’an 1184 l’église Saint-Nicolasdes-Champs, déjà ancienne comme chapelle et avant peu paroisse indépendante,, mais dont la circonscription n’est devenue parisienne dans son entier que sous Charles V. Cette autre église de la rue Saint-Martin a été rebâtie vers l’année 1420, puis agrandie à différentes reprises.
La tour de l’ancienne abbaye a servi de prison, mais en changeant de sexe ; c’était la maison d’arrêt des femmes de mauvaise vie, dont un certain nombre étaient menées le premier vendredi de chaque mois au Châtelet, où le lieutenantgénéral de police les jugeait. On supprima cette prison Saint-Martin en 1785, en transférant à la petite Force les filles publiques enfermées dans sa tour. Sous le Consulat et sous l’Empire, le bal public de Terpsichore s’ébattait de l’autre côté du ci-devant monastère, peut-être même dans une autre de ses .dépendances* au carré Saint-Martin.
Rue Târeelîape. (1)
Tous les lundis’, avant la grande révolution, les marchandes à la toilette tenaient un marché sur la place de Grève, au nord de FHôtel-de-ville ; on l’appelait marché du Saint-Esprit, à cause de l’hôpital dudit nom, fondé en cet endroit au xive siècle et démoli en 1798. La misère, la saisie et la mort aidant, jamais la place ne chômait de garde-robes de hasard, à vendre jusqu’aux dernières chemises ; mais on y étalait aussi de riches toilettes, que la comédie, le souper et d’autres plaisirs avaient frippées la veille, la prudence et la coquetterie commandant de les renouveler au profit de l’amour, aux frais de la jalousie. Les marchandes du Saint-Esprit ne se contentaient pas d’attirer l’attention sur ce luxe de rencontre en débitant à qui voulait l’entendre : — Voici, ma petite dame, des dentelles qui ont coûté les yeux de la tête à la présidente d’Hennin, et plus encore au président ; voilà une robe de Mlle Duthé, qui sent son prince à quinze pas ; cet éventail vient d’une ambassadrice, et voulez-vous savoir, ma mie, quelles sont les jambes, tournées comme les vôtres, qui ont chaussé ces bas de soie ? les jambes d’une princesse qui ne va jamais à pied!. ...On tirait par la manche, tout en parlant ainsi, on prenait par le bras chaque femme qui passait ; tant pis pour la bourgeoise, qui se voyait traitée aussi familièrement que la grisette et que l’entremetteuse : les récriminations de la
(1) Notice écrite en 1864. Le n° 16 de la nouvelle rue du Pont-Neuf est maintenant tout ce qui reste de l’ancienne rue Tirechape.
RUE TIRECHAPET
prude poussaient elles-mêmes à la vente. De nos jours, les marchandes du Temple s’y prennentelles bien différemment pour arrêter tous les passants ?
Dès le xme siècle, n’en doutez pas, les fripiers arrêtaient, comme à présent, les gens dont la mine valait mieux que l’habit, pour leur en offrir un qui montrât moins la corde. Dans la rue Tirechape, qui doit son nom à leurs moyens coercitifs de 'faire des offres de service, elles réhabilitaient commercialement le procédé qu’une passion malheureuse avait discrédité jadis entre les mains de Mme Putiphar. Le souvenir de cette chape-chute encourageait, il est vrai, d’autres femmes, aussitôt qu’il passait le soir quelque Joseph, à le tirer de même par son manteau, qui leur restait à défaut de sa bourse : maintes petites rues comme celle qui nous, occupe furent bercées, en naissant, par de pareilles nourrices. D’autre part, on appelait tire-laine , au moyen-âge, un voleur à la tire, et tire-chape en paraît trèsfort le synonyme.
Quoiqu’on ait de force habillé et déshabillé les passants en cette rue Tirechape, au frontispice de son histoire, deux de ses maisons ont été grevées d’une rente de 4 livres parisis, léguée en 1275 au chapitre de Notre-Dame par Agnès, veuve de Jean Sarrasin, pour fonder son anniversaire.
Deux frères, Jean et Thibaud Paclet, Jmurgeois de Paris, avaient à la même époque le fief Tirechape, seigneurie de la rue, bien que celle-ci dépendît partiellement du For-aux-Dames. Lesdits tenanciers ayant refusé de rendre foi et hommage à Renoul,, évêque de Paris, en raison de leur fief, qui consistait dès-lors en 21 maisons, rapportant 20 livres, 11 sols, 6 deniers parisis de cens, un procès s’ensuivait ; mais il y a eu tran-