RUE TIRE CHAPE
saction entre les parties avant solution judiciaire : les droits de lods et ventes sont restés aux frères Paclet et à leurs successeurs, moyennant reconnaissance au prélat de la justice et de l'hommage, mais ce dernier rachetable par convention mu prix de 2 marcs d'argent doré. Or Tirechape était encore au nombre des fiefs de l'archevêché de Paris en 1789.
Pellisson-Fontanier, de l’Académie-Française, n’a pas dédaigné la rue dont vous tenez le dossier historique entre les mains. Courageux avocat, il est resté fidèle dans la disgrâce à Fouquet, qui l’avait fait premier commis des finances, puis conseiller d’État, et les mémoires écrits pour la défense du surintendaht sont, devant la postérité, le meilleur titre de son protégé. Les cinq ans de Bastille qu’il lui en a coûté ont formé l’éducation d’une araignée, travail de patience. Aussi bien cet ami de M,le de Scudéri, auquel la veuve de Scarron a dû 500 écus de pension royale, n’était-il pas des plus patients ? Il jouait aux échecs mieux - que personne de son temps, et il fallait que l’amour- rançonnât de belle sorte la laideur du bonhomme pour que Boileau ne craignît pas de proclamer :
L’or même à Peliisson donne un teint de beauté.
Étienne Sallé, qui était propriétaire au coin de la rue Saint-Honoré en 1672, tenait sur la rue Tirechape â Magdeleine Porcher, veuve de Claude Amant, qui tenait de même à Barbe Duménil, veuve de Nicolas de Pugny. Quelque vingt ans plus tafrd, les deux dernières maisons, c’est-à-dire les nos 23 et 28 actuels, appartenaient : la première, qui portait l’enseigne du Grand-Monarque, à Julienne d’Àssy, veuve de Robert, et l’autre à Noblet, secrétaire du roi, du chef de sa femme,
RUE TIRECHAPB.
née Gontenot. La rue ne comptait pas en ce temps-là moins de 38 maisons. Il y en avait une • à deux portes, qui servent aujourd’hui de passage à l’impasse des Bourdonnais, par l’allée d’un marchand de vin, à l’enseigne du Panier- Fleuri. Or, sous le règne de Louis XIV, un gros traiteur, ayant nom Bédoré, était établi dans la rue à l’image du Petit-Panier, et le traiteur Baron avait, tout près, des pratiques qui regardaient plus à la dépense.
Rue de 'Venise, (i)
Sommes-nous bien à Paris ? Ne luit-il pase comme à Venise, une madone, derrière un cierge, au fond de chacune des boutiques de cette étroit, rue? La plupart des rez-de-chaussée sont malheureusement voués au sombre et fétide commerce des chiffons, qui se borne à donner le bouquet des odeurs qu’exhale en détail le réalisme des étages populeux d’au-dessus : pas plus de poésie ne paraît fleurir en haut qu’en bas. Dame ! nous avons affaire à une ruelle où des usuriers du moyen-âge avaient amassé pièce à pièce des richesses qui, au temps de Law, en sortirent à la fois par la rue Quincampoix, sous la forme de papier-monnaie ! Au fort de la mêlée des agioteurs, en se pressant les uns contre les autres, on se volait, pour jouer au plus adroit, quand on n’était pas le plus heureux ; mais on allait jusqu’à tuer rue de Venise. De Horn, membre d’une famille princière de l’Allemagne, un gentilhomme piémontais et le fils d’un banquier de Tournay y assassinèrent, en plein jour, le capitaliste Lacroix, pour s’emparer d’un riche portefeuille, au cabaret de l’Épée-de-Bois. A la même place, n° 27, l’enseigne d’un marchand de vin est aujourd’hui le Cerf-Galant. Celle du Port-de-Venise fait vis-à-vis, sur la porte d’un petit restaurant.
Vers l’époque où le crime commis là fut expié en Grève par deux de ses auteurs, une maison, située du même côté que le fameux cabaret, appartenait au sieur Quertin, huissier au parle-
(1) Notice écrite en 1864.
RUE DE VENrSE.
ment ; une autre contiguë, à Catherine de Comminges, veuve de Héracle Fréteau, secrétaire des finances ; une autre après, aux héritiers de Boucher du Bouchet, seigneur de la Brosse, auditeur des comptes. Mlle Pothay, fille majeure d’un serrurier, était en face propriétaire d’une maison tenant à des propriétés de la rue Quincampoix et de la rue Saint-Martin.
Parmi les beaux-esprits dont les visites valaient à l’Epée-de*Bois une célébrité attrayante, il faut citer Marivaux et Louis Racine, Mazarin y avait autorisé antérieurement les réunions d’une compagnie de maîtres à danser et de musiciens, ♦ dont le chef se donnait pour le Roi des Violons . De ces réunions sans doute était sortie, sous les ies auspices du même ministre, l’académie royale de Danse, qui tint ensuite ses séances aux Tuileries, puis chez le maître des ballets du roi. Elle ne se composait d’abord que de 13 membres titulaires; un peu plus tard se présentèrent des candidats que leur crédit dispensa de faire antichambre, et la réception d’un nouvel académicien ne fut plus soumise à la condition d’une vacance à remplir, s’il avait déjà dansé dans les ballets de Sa Majesté. Tous les jeudis se réunissait l’Académie ; les plus grands personnages assistaient à ses exercices, sur lesquels se réglaient ies danses d’une cour qu’imitaient à l’envi toutes les cours étrangères, et le corps, juge compétent en cette matière, y regardait à deux fois pour lancer chaque pas nouveau, qui avait à courir le monde.
De nos jours, au profit du boulevard de Strasbourg a été supprimé un passage de Venise, dont la formation à travers le jardin du couvent de Saint-Magloire était contemporaine de l’émission des assignats. De même a commencé et a fini la cour Batave, qui, tout près, occupait la place