‹ Les anciennes maisons de ParisChapitre 45 sur 82 · RUE GAILLON · texte numérisé non relu

RUE GAILLON

porte a disparu, \$° 16, et qu’on a appelée l’hôtel de Veynes. Enfin sur la ligne opposée, l’hôtel Lambert de la rue Neuve-des-Petits-Champs avait une sortie, et le Contrôle-général des finances une autre, par la cinquième ou sixième porte. Celle-ci ouvrait sur un petit hôtel, aliéné en 1826 avec divers emplacements qu’avaient occupés le ministère de finances et le Trésor.

Rue SaiHk‘«Aiine. (4)

La Chronique scandaleuse. — Les Hôtelleries. —

Les Hôtels. — Les Nouvelles- Catholiques. — Deux

Fermier s-Géhér aux.

Chez Brissault, rue Feydeau, M. de Morainval et deux de ses amis soupaient, le 5 octobre 1762, avec les D^les Maisonville et Durozan ; ces filles,là étaient en pension chez la Pontois, couturière rue Sainte* Anne. Dans cette dernière rue demeurait alors la Gourdan, qui mettait autant d’entregent que le Brissault au service de la galanterie. En conséquence, deux maisons de ladite rue avaient un compte ouvert avec la chronique scandaleuse, et nous retrouvons justement les nos 33 et 37, dont les volets sont fermés en plein jour. Traditions continuées avec trop peu de variantes pour qu’un siècle les reproche à l’autre!

Le 6 octobre, murmure la même chronique, M. de Baresse, conseiller-clerc au parlement de Toulouse, recevait à dîner et à souper Mlle itéry, rue Sainte-Anne, à l’hôtel de Suède, et lui donnait une robe superbe. La place exacte de cet hôtel, nous l’ignorons ; mais l’hôtel garni d’Orléans occupait, sous Louis XYI, le n° 73, et l’hôtel garni de Fleury, le n° 27 ou 29 : dans le dernier de ces immeubles étaient logés un certain nombre de conventionnels quand la rue s’appelait Helvétius. Or une dame Fleury avait tenu hôtel, vers le

(1) Notice écrite en 1860. C’est depuis qu’on a abattu les huit premières maisons de la rue Sainte-Anne pour faciliter le percement de nouvelles voies en même temps que l’aplanissement de la butte des Moulins. En revanche, la petite rue des Frondeurs paraît devoir être absorbée, de ce côté, par la rue Sainte-Anne,

RUE SAINTE-ANNE

milieu du siècle, dans la rue des Boucheries-Saint- Houoré, maintenant Jeannisson (i), et très-probablement son fils était venu s’établir rue Sainte- Anne. Un hôtel de Danemarck et des États- Généraux fut transféré, en 1828, du n° 27 au ri0 36 : n’était-ce pas le même établissement ?

Helvétius, fils du médecin de la reine, fut fermier-général à 23 ans ; dès lors il pouvait disposer de 100,000 écus tous les ans : le plaisir lui était facile ! Mais la bienfaisance préleva une dîme sur ses revenus, la culture des lettres sur son temps. Après des essais poétiques, il écrivit son livre De l'Esprit , où il réduisait toutes les facultés humaines h la sensibilité physique : le parlement de Paris, la Sorbonne et le Saint-Siège condamnèrent en même temps l’ouvrage, qui fut brûlé par la main du bourreau. Mlle de Ligneville, femme du financier-philosophe, faisait princièrement les honneurs de son hôtel, rue Sainte-Anne, 18. Depuis vingt ans en avait hérité la marquise de Meun, une des filles d’Helvétius, et elle y avait eu pour locataire Duchesnay des Près, trésorier du sceau de France, lorsque le nom du philosophe, en 1792, fut donné à la rue, au lieu de celui qu’elle devait à Anne d’Autriche, femme de Louis XIII. Dudit hôtel a dû dépendre le 22, bien que M. de Guerry en fût propriétaire avant la Révolution : l’économiste Dupont de Nemours, encore plus connu comme homme politique et comme royaliste, y demeurait sous le Directoire.

Nos 14 et 16 : ancien hôtel d’Estaing, décoré par le sculpteur Sarazin, où résida Boulogne l’aîné, peintre d’histoire, et puis M. Guyet (1707). Qui plus est, Bossuet y rendit le dernier soupir le 12 avril 1704, chez un de ses neveux, qui l’avait reçu malade : le corps de l’illustre défunt fut promptement

(1) L’ouverture de la place du Théâtre-Français a fait disparaître la rue Jeannisson.

RUE SAINTE-ANNE

transféré à Saint-Roch et de là à Meaux. Le comte d’Estaing lit, comme vice-amiral, la campagne d’Amérique ; mais déjà son hôtel se trouvait divisé en 1783 : Mme de Gramont avait le coin de la rue du Clos- Georgeau ; Mme Le Ménestrel, la propriété contiguë.

Vers le n° 12 il y avait, en ce temps-là, le bureau du Journal encyclopédique de Bouillon , chez M. Lutton. N° 1 : hôtel de Ximénès. Le marquis de ce nom, ancien guidon de genflarmerie, faisait des tragédies et d’autres vers. Les deux coins Villedo : au sieur Tarade. En face : le marquis de Cursay, contigu au baron d’Holbach, lequel y eut pour locataires MM. Dey de Saint-Achille, banquiers des gardes-suisses, du procureur du roi et du prévôt-général de la maréchaussée. N° 34 : M. Laporte de Sérincourt. N° 47 : ex-habitation de Grétry, comme nous l’avons vu rue Neuve-des-Petits- Champs. Là finissait la rue Sainte-Arme, sur le plan de 1714, qui y sous-entendait 40 maisons et 11 lanternes. Celui de 1652 n’avait montré que des cultures entre les rues Villedo et du Clos-Georgeau. La rue n’allait même, sous Louis XIII, què du carrefour des Quatre-Chemins à des moulins, qui barraient le passage, et l’entrée en avait été, de 1528 à 1609, celle du>marché aux Pourceaux. Aussi retrouvons-nous, au 8, un escalier en chêne d’avant la Fronde.

Les 20 autres maisons et les 9 autres lanternes, qui étaient reconnues en 1714 à la rue de Lionne (car ainsi s’est appelé le reste de la rue Sainte- Anne) n’ont pas toujours fait bande à part. Du temps même de M. de Lionne, ce ministre dont l’hôtel avait ses deux entrées rue Neuve-des-Petits- Ghamps et rue Neuve-Saint-Augustin, on ne disait pas : rue de Lionne , sans y ajouter : ou Sainte- Anne.

Cette portion de notre rue, en 1783, était bordée par les propriétés de MM. Martin, de La-

RUE SAINTE-ANNE

prade, Cheuré, de Villequier, Dulin (2 maisons), Colbert-Ghabanais de Saiut-Pouange, de Goislin (ci-devant hôtel de Jars) et de Louvois (4 maisons), du côté des numéros pairs. De l’autre côté, en commençant de même par la rue Neuve-des-Petits- Champs, les propriétaires se présentaient comme il va. suivre : Mme Thévenin (2 maisons), M. de Ricard, M. de Meaupou (3 maisons), Mme Chevalier (2 maisons), les nouvelles-catholiques, M. de Louvois (2 maisons), M. Pajot (3 maisons), M. de Belleforiôre, M. Fontaine, M. Rolland.

Quelques années après, on eût trouvé à la place de Chevalier, n° 57, des MM. de Lévis, et, dans les deux maisons de M. de Louvois, 63, 65, le marquis de Girardin, seigneur d’Ermenonville. L’hôte suprême de Jean-Jacques Rousseau était colonel de dragons ; quoique favorable aux réformes, il fut dénoncé en 1793 ; mais il put échapper h ses ennemis et passer dans une retraite libre les trois derniers lustres de sa vie.

Le passage Sainte-Anne s’est fait jour à travers le ci-devant établissement des nouvelles-catholiques, fondé en l’année 1634 .par le père Hyacinthe, franciscain, dans larue des Fossoyeurs (Servandoni) , placé ensuite rue Pavée-au-Marais, puis rue Sainte- Anne. La duchesse de Verneuil, au nom d’Anne d’Autriche, le roi, les Créqui et Turenne, ce grand capitaine, qui avait adjuré lui-même le protestantisme, tels étaient les patrons, les prôneurs zélés de l’œuvre qui réunissait et soutenait des protestantes converties. L’édifice carré des nouvelles-catholiques touchait par-derrière au jardin de M. de Lionne, dont l’hôtel fut plus tard à M. de Pontchartrain. Leur chapelle se trouvait au n° 61.

Cette rue de Lionne a eu aussi pour habitant un sous-fermier, que le système de Law enrichit, tant il eut d’actions de première main ! C’était

RUE SAINTE-ANNE

M. Fillion de Villemur, qui devint à la fois fermier-général, secrétaire du roi et receveur de la généralité de Paris, sans pour cela se montrer moins poli qu’avant de [s’être tiré des petits emplois. Rara avis !

La rue Sainte-Anne proprement dite avait au même temps son financier, pour attendre Helvétius. Il s’appelait Duché, il était fermier-général, et les jaloux ne lui reprochaient que d’aimer le beau sexe un peu trop jeune : défaut mignon que le roi David avait eu !

Hue Samt-Rocli. (i)

Les Dames de Sainte-Anne. — Une petite communauté de Sainte-Anne était établie rue Saint- Roch ; on en revoit au n° 10 la chapelle, au premier, dans une classe de pensionnat. Deux escaliers à petits piliers de bois datent de plus loin que rétablissement religieux, qui y fut fondé pour quinze sœurs, en 1686, par Frémont, grandaudiencier de France. Des jeunes filles pauvres y étaient initiées aux travaux à l’aiguille et préparées à faire leur première communion ; mais la communauté ne se chargeait ni de leur logement ni de leur nourriture. Les dames de Sainte- Anne étaient remplacées, sous l’Empire, par des sœurs de charité.

Le Presbytère. — La fabrique de Saint-Roch avait huit maisons près l’église; mais la plupart n’étaient que des bicoques. Le presbytère actuel servait de siège, à la communauté des prêtres de Saint-Roch ; le 6 est l’ancien presbytère.

, Le Maître de Chapelle. — En face du presbytère il a demeuré un de ces musiciens, formés à l’étranger, dont le talent a signé en France les lettres de naturalisation. Rigel, arrivé à P^ris en 1768, n’avait eu qu’à s’y mettre.au clavecin pour se faire tout de suite remarquer,* puis il avait eu pour élève jusqu’à la princesse de Lambaïle, tout en faisant exécuter des symphonies de sa composition aux concerts de l’hôtel Soubise, sous la direction de Gossec.1 Le Concert spirituel, dont les séances

(1) Notice écrite en 1860.

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