‹ Les anciennes maisons de ParisChapitre 65 sur 82 · RUE UES MOULINS · texte numérisé non relu

RUE UES MOULINS

Sur un horizon de collines plus élevées, plus verdoyantes. Jeanne d’Arc s’y est postée courageusement en 1429, quand les Anglais tenaient encore Paris ; les ducs d’Alençon, de Vendôme et tant d’autres, ses compagnons d’armes, revoyaient de là les tours du Louvre, et l’envie leur y vint, le 8 septembre, de pardonner au nom du roi, si la ville leur ouvrait la porte Saint-Honoré. Mais un trait d’arbalète blessa Jeanne d’Arc, et les soldats de Charles VII allèrent en rejoindre d’autres près de la Loire.

Sous Louis XV, la rue des Moulins n’était pas dépourvue de boutiques ; mais il en manquait rue Royale. Durant le règne suivant, le chevalier de Saint-Lambert avait ce même n° 1 qui fait le coin de la rue des Moineaux, et dont les œils:de-bœuf restent braqués sur les maisons d’en face à petites portes, ou bien ce grand n° 11 qui se replie jusque sur la rue Ventadour.

Le n° 14 appartenait à l’abbé de l’Épée, et il y commença à étendre le bienfait de l’instruction aux sourds-muets. Un nommé Péreire, il est vrai, avait déjà imaginé un moyen d’enseignement spécial ; mais il avait le tort de n’en rien faire et de vouloir que l’abbé de l’Épée négligeât d’expérimenter des découvertes analogues au profit de l’humanité. Les ressources pécuniaires de l’illustre instituteur se bornant à 7,000 livres de rente, le duc de Penthièvre et d’autres amis de l’humanité l’aidèrent à instituer non-seulement un établissement, mais encore une science d’utilité publique. L’empereur Joseph II, pendant son séjour à Paris, assista plusieurs fois, dans la rue des Moulins, aux leçons que l’abbé de l’Épée y donnait.

Mme Marguerite Hébert, épouse séparée de biens du sieur Dufour, disposait du n° 15, dont la cour magistrale - mène à un escalier à rampe de fer. Cet hôtel est sans doute le doyen de la rue. Le père

RÛE DES MOULINS.

de Mme Dufour s’en était rendu adjudicataire eh 1758, sur licitation poursuivie entre les héritiers et représentants de Marie-Jeanne Varlet, épouse en secondes noces de Louis Gluck d’Épreville. Valleton en fut l’acquéreur en 1790, et Jumel deux années après ; celui-ci vendit, dès l’an ni, à Mme veuve Raymond de Saint-Sauveur, qu’un sentiment de gratitude a portée, comme royaliste, à léguer son immeuble à l’avocat Desèze, défenseur de Louis XVI, et à M. de Belletrux, plus tard garde-ducorps de Louis XVIII. D’anciens ministres y ont l’un après l’autre occupé, des appartements : MM. Mérilhou, Corvetto, et il y reste encore M. Sénard.

Le 17 n’est qu’une des façades d’un ancien hôtel de Bazilière, donnant aussi rue Thérèse et rue Ventadour, qui appartenait à Laideguive, d’une famille de notaires. La rue Thérèse, de ce côté, et l’autre, dans sa totalité, ne forment à elles deux qu’un bras de rue. Le garde-notes y avait des voisins porteurs de noms appétissants pour leur contemporain d’Hozier, le généalogiste delà cour: le marquis Brunet d’Évry, la baronne de Montmorency, le marquis de Ferrand, M. de Saint- Wast, M. de Mesgrigny. Dans notre rue, la maison qui suivait avait pour détenteur M. d’Embrun, et celle d’après, le comte de Gouy-d’Arcy : 19 et 21 à l’heure qu’il est.

Vous lisez vis-à-vis : Hôtel de la Côte-d’Or, sur la porte d’une maison qui communiquait avec une de la rue Sainte Anne; elles furent toutes les deux habitées par le fameux baron d’Holbach. On sait que cet amphytrion de la philosophie recevait à sa table les convives que Mme Geoffrin trouvait avancés pour la sienne. D’Holbach passe encore pour l’auteur d’un grand nombre d’écrits ultraphilosophiques, publiés sous le voile de l’anonyme ou du pseudonyme. Aurait-il toujours joui de plus de liberté, pour ses publications, à Genève qu’à

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