‹ Les anciennes maisons de ParisChapitre 66 sur 82 · RUE DES MOULINS · texte numérisé non relu

RUE DES MOULINS

Paris? Parfois le roi, plus souvent ses ministres faisaient mieux que de tolérer ce genre de libertinage ; ils l’encourageaient tacitement, en de certaines circonstances, pour qu’il servît de contrepoids à l’influence prépondérante du clergé.

Le n° 24, où demeurait la présidente de Bussy, jouait le rôle de trait-d’union entre la salle-àmanger de- Y Encyclopédie et une maison infiniment moins raisonneuse.

Déjà, quelques années avant, Mlle Daigremont y avait mené le train de maison irrégulier qui sied aux femmes galantes : tous les frais en étaient-ils faits par Prévost, inventeur des chapeaux de soie, qu’elle avait pour ami intime? La propriétaire actuelle de l’immeuble exerce plus en grand la même hospitalité, par l’entremise d’un petit corps de jeunes femmes sous ses ordres. Elle succède à Mme Guérin, dont les salons venaient 'en première ligne parmi ceux où un homme du monde entrait sans ôter son chapeau.

Rue de Luxembourg. (1)

Le maréchal de Luxembourg a rendu le dernier soupir, le 4 janvier 1691, à Versailles. Son hôtel était contigu à la maison des filles de la Conception, du tiers-ordre de Saint-François, établies rue Saint-Honoré, vis-à-vis de la communauté de l’Assomption, en l’année 1634. L’architecte Leduc avait l’hôtel en sa possession quand l’ouverture d’une rue a été décidée sur son emplacement par des lettres-patentes enregistrées au parlement de Paris en 1722.

La rue a commencé tout de suite à se border d’hôtels à mascarons; mais encore plus de murs que de façades y étaient indiqués sur le plan de Turgot. Voici le recensement des propriétaires de la rue pour l’année 1757, tant en raison de constructions debout qu’eu égard à des jardins et à des places à bâtir :

droite :

d’Herbecourt,

Le Corps, charron, de Tavenot,

Ja Chancellerie,

@atut)£ :

de Launay, de Croixmare, Chomel,

Germain, Langiboust, veuve Rousseau, de l’Epée, de Bouvard,

(1) Notice écrite en 1860.

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de Tugny,

Mmo de Ponichartrain , M.

de Castanier, Mme Besvitux.

Housscau,

Mme de Villemur, de la Live.

de Pontchar train, M. de Launay, M. Hutte, M. de la Live.

Les noms propres en italiques, dans le tableau cidessus, s’appliquent • à deux lots indivis, aux deux extrémités de la rue.

Sous le règne suivant, Mme de Watteville était propriétaire de deux maisons qui se ressemblaient, au coin du boulevard, et le marquis de Toulongeon, d’une autre moins considérable. M. de Bronville, pendant ce temps-là, percevait le loyer du grand hôtel Villequier-d’Àumont (nos 49 et 47). Le duc de Villequier, gentilhomme de la chambre et gouverneur du Boulonnais, en survivance du duc^ d’Aumont, son père, était veuf de la fille du marquis de Courtenyaux, dame d’honneur de Mesdames.

M. Hatte, fermier-général, disposait du 43 avant son gendre, le marquis de Girardin, grand-veneur de Louis XVI. L’hospitalité qu’a offerte ce dernier à Jean-Jacques Rousseau, dans sa propriété d’Ermenonville, le recommande lui-même à la postérité qui, dans sa gratitude pour les hommes de génie, aime à se rappeler aussi leurs protecteurs. De nos jours, M. de Janzé a voué un culte intelligent à l’idolâtrie des curiosités, dans l’ancien hôtel Girardin.

De l’autre côté de la rue, il y avait encore deux maisons à Mme de Watteville, qui ont fait place à d’autres. Le 34, qui a tenu bon, était le derrière de l’hôtel de Béthune, maintenant Schikler, place Vendôme. Le jardin de l’hôtel de la Chancellerie remplit encore les numéros suivants; mais, sous l’ancienne monarchie, il absorbait aussi les dépendances qui donnent une sortie sur notre rue à

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l’hôtel de l’État-Major de la lre division militaire. Parmi les ordres partant de là, pour être distribués sur tous les points de la circonscription, il en est un qui nous regarde. Du moins, dans ce qui nous engage à redoubler de zèle, il entre pour quelque chose de savoir l’intérêt que prend le maréchal Magnan à nos recherches sur la ville, qui lui doit une sécurité dont l’histoire offre peu d’exemples.

M. de la Live de Bellegarde, fermier-général, est celui qui a spéculé, dans le principe, sur des terrains de notre rue. Quelqu’un des siens, si ce n’est pas lui, a disposé du 41 et du 39, qui ont appartenu dans notre siècle à la famille de Casimir Périer, le grand homme politique, et sont maintenant à M. Barillon, député sous le dernier règne. Le duc d’Escars, attaché à la maison du comte de Provence, était chez lui au n° 37. Le comte de Brienne, lieutenant-général, frère du cardinal de Loménie, et qui devint ministre de la guerre en 1787, avait l’une des maisons qui séparaient M. de Brienne d’un architecte, frère de l’abbé de l’Épée, propriétaire du 31. Au n° 29 placez Gailley; au n° 27, Langiboust; au n° 2o, Grandhomme; au n° 23, Ghomel, notaire; au n° 21, un comte Du Luc, autant vaut dire un Vintimille; au n° 19, M. de Launac, et vous aurez, en reculant d’un siècle, moins une vingtaine d’années, gagné la rue Saint-Honoré.

Le Chomel susnommé était probablement proche parent des Ghomel, apothicaires et médecins dont la dynastie n’a pas cessé de régner à Paris sur les catharres, les fièvres et la goutte. Il possédait encore deux maisons à côté de la Chancellerie : le 26 nous en est resté.

Les consuls, par un arrêté du 1er floréal an x, ont ouvert la rue Mondovi, une section de la rue Mont-Thabor et une rue Neuve-de-Luxembourg sur le territoire confisqué des ci-devant dames de

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l’Assomption. Cette maison religieuse faisait suite à celle des haudriettes, fondée sous Philippe-le- Bel dans le. Marais ; le cardinal François de Larochefoucauld l’avait établie dans son hôtel, rue Saint-Honoré, en 1632, et elle avait alors cessé d’être hospitalière. Que reste-t-il de ce couvent à notre époque? D’abord l’église de l’Assomption, élevée au xvne siècle sur lès dessins de Charles Érard. Il subsiste, en outre, l’ancien hôtel Larochefoucauld et des constructions successivement ajoutées par les religieuses à* l’édifice, qui a servi de quartier aux Cent-Suisses, à la garde municipale, etc., et qui s’est transformé enfin en un dépôt du matériel et des archives du ministère des finances. On y admire à juste titre un escalier à balustres de pierre et la balustrade en fer d’une terrasse, qui sont du xvie siècle.

La rue Neuve-de-Luxembourg n’est plus que le commencement de la rue dont l’histoire jusqu’à nous s’arrête où s’arrête cette notice.

Rue de la Miehodiére. (1)

Le Prévôt des Marchands. — La Particule nobiliaire. — Le Prince de Deux-Ponts. — Mmt de Lannoy. — L'hôtel dy Armenonville . — Les Bains chinois.

M. Édouard Fournier reprochait l’année dernière, dans la Patrie , à l’édilité parisienne d’avoir écrit de deux manières le nom que porte cette rue, sur les estampilles officielles chargées d indiquer aux passants où elle commence, où elle passe, où elle finit. Notre confrère connaît son vieux Paris, et nous n’en sommes que plus flatté d’avoir en lui un lecteur assidu, parfaitement capable d’apprécier l’étendué des difficultés que présente le travail de recherches qui nous occupe au jour le jour. M. le préfet de la Seine et la plupart de nos édiles nous font aussi l’honneur de suivre nos études rétrospectives sur la ville à laquelle ils ôtent bien autre chose que ce qu’ils y ajoutent. A plus forte raison se lit la Patrie à l’Hôtel-de- Ville ; on y a donc pris en considération l’observation de M. Édouard Fournier, et, pour obéir à la loi de funiformité, chaque écriteau municipal porte aujourd’hui : De la Miehodiére en trois mots.

Risquons, à notre tour, une critique. Ne vaudrait-il pas mieux qu’on s’en tînt à la manière d’écrire du parrain lui-même de la rue? Jean-

'(1) Notice éciite en 1860. c’est à-dire près de dix années avant la trouée faite au travers de la rue de la Miehodiére par la nouvelle rue du Dix-Décembre.

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