RUE DE LA MŒHODIÈRE
que la Gourdan, appareilleuse de première classe, avait été à Paris le ministre des amours de ce prince étranger, qui, un jour qu’il devait s’absenter, l’avait chargée de placer jusqu’à son retour à Sainte-Périne la Dlle Lillier, dont il était le protecteur. Cette jeune femme, pensionnaire en chambre particulière, avait pris au couvent des maîtres, dont les leçons revenaient à 144 livres par mois, outre les 500 livres par an de la pension. Christian IV étant mort sans en régler le compte, les héritiers avaient dû ajouter à la dépense du pavage le mémoire de la femme Gourdan, Aussi bien l’hôtel de Deux-Ponts, antérieurement Conti, se trouvait contigu, rue Neuve-Saint-Augustin, à l’hôtel Richelieu, précédemment d’Antin. Mais il n’y avait pas que les appartements du prince et de la princesse, dans le local considérable où ils ne craignaient pas d’admettre des locataires; ce fut même quelque temps une auberge de distinction.
Quand la voie s’ouvrit à la circulation, M. de Richelieu y était propriétaire de toute ou presque toute la rive gauche; son jardin la bordait, mais restait suspendu à plusieurs pieds du niveau pavé. Quatre maisons étaient pourtant debout, du côté de la place Gaillon; l’une d'elles, peu après la mort du maréchal, fut occupée par deux nouveaux époux, venus des Flandres pour passer l’hiver à Paris: c’était le comte de Lannoy et sa femme, née comtesse de Coswaren. Musicienne pour son plaisir, la comtesse était loin 'de prévoir en ce temps-là que des procès et une révolution la réduiraient, réfugiée à Berlin, à donner des leçons de musique pour vivre : elle publia, dans cette ville, des sonates pour le clavecin et d’autres morceaux de sa composition. Toutefois Mme de Lannoy connut, en revenant à Paris, la misère encore plus à fond et elle en fut réduite à jouer des bouts de rôle, avec ses filles, au théâtre de